Toujours en regard aux versets d’Esaïe
décrivant Lilith résidant dans un lieu désertique, aride, lié aux ténèbres et à la mort (lire chapitre « Comment la Lilith fardée devint Lilith d’outre-tombe… »), il faut se tourner du
côté de la mystique tantrique pour en saisir le sens occulte. L’auteur Edward Sellon, détaillant nombre de pratiques sacrées, expose le culte de la Shakti*, dont l’organe qui le représente est le
ctéis, mot grec pour le sexe féminin au grand complet. Ce qui vaut au culte de la Shakti de correspondre au culte de Vénus, dont les rites sont qualifiés généralement « de
lascifs ».
(* Edward Sellon
identifie Shakti avec Seth, dieu égyptien masculin, expliquant qu’ils représentaient la même chose : « Par « Seth », qui est Typhon, on désignait « l’Energie tyrannique
et toute puissante », ce qui implique souvent « la force qui bouleverse toutes choses et renverse toutes les barrières » (Plutarque). Les tabous ? … Il n’en demeure pas moins
qu’un emblème de la Shakti est un serpent en S placé sur un triangle pointe en bas (forme du sexe féminin) et que certains mystiques font dériver « Seth » de « Teth » qui est
le « serpent magnétique » ; et que, de plus, son nom occulte « AO » ou « IAO », dont une représentation est un âne viril, renvoie au pôle féminin car
« AO » est la femme en langage ésotérique.)
Sauf ici, où cette pratique est proposée :
« Quand le but de l’acte religieux est d’établir un lien avec des esprits impurs, ou de les dominer, la présence d’un cadavre s’impose. L’adepte doit se rendre seul, à minuit, dans un
cimetière ou dans un lieu où on brûle les morts. Assis sur le cadavre, il doit procéder aux offrandes d’usage et, s’il le fait sans crainte ni dégoût, les Dhutas, les Yoginis et autres démons
mâles et femelles se soumettront à sa parole ». Voici le poème exact commandant cette pratique : « Il devient à coup sûr / Le maître de ce monde / Celui qui, dans un
cimetière, / Nu, les cheveux défaits, / Médite sur Ta gloire / Et récite les sept mantras / En t’offrant des fleurs et des graines. / Et de même, à coup sûr, / On règne sur ce monde, / On devient
un Voyant, / On circule à dos d’éléphant / Lorsque l’on sait, Déesse, / T’offrir, un mardi soir, / A minuit, dans un cimetière, / Des poils pris à la yoginî, / Tout en récitant tes
mantras ! » (Jean Varenne – L’enseignement secret de la Divine Shakti – Invocation à Kâlî). En somme, il est dit que des démones et des démons apparaissent aux initiés (Siddhas)
lorsqu’ils fréquentent les lieux de mort, de crémation, qu’ils nomment des Varnis ou Vanis (nom ayant engendré « Vénus » ? Comme « Benoth » par ailleurs ?), ou
Vamacharas, d’où que Lilith, identifiée avec ces entités, soit décrite « aimant loger dans un lieu lugubre ».
Nous remarquons d’ailleurs la ressemblance entre ce
lieu décrit :
« Les épines croîtront dans ses
palais,
Les ronces et les chardons dans ses
forteresses.
Ce sera la demeure des
chacals,
Le repaire des autruches
;
Les chats sauvages du désert rencontreront les
hyènes,
Et les Séirim (satyres) s’y appelleront les uns les
autres ;
Là aussi se tapira Lilith pour y trouver le
calme ». Esaïe 34 - 14

Et celui-ci (Invocation à
Kâlî) :
Toi (Kâlî) qui, parée d’une ceinture / Faite de
bras coupés, / Te couches dans un cimetière / Sur un cadavre / Et fais l’amour avec Shiva ! / Epouse de Shiva, / Installée dans un cimetière / Où fument les bûchers : / Partout des
ossements / Que se disputent les chacals / Des cadavres, des crânes, / Et Toi, jeune et jolie, / Et jouissant de Ton mari…
Les initiés utilisent, pour agir magiquement, le
« principe des semblables », nommé « art hiératique », qui est expliqué dans Le Livre d’Hermès : « (…) Ainsi donc, au moyen de la sympathie, les initiés attiraient à
eux certaines puissances divines et en repoussaient d’autres au moyen de l’antipathie ; (…) à partir de ces objets et d’autres semblables, ils firent la connaissance des puissances (…) dont
les essences sont en continuité avec la force éparse dans la nature et dans les corps et, par ce moyen, ils attirèrent les Esprits pour entrer en commerce avec eux » (A.-J. Festugière – La
révélation d’Hermès Trismégiste).
D’où que pour côtoyer des entités de l’Anti-Monde,
régnant dans le plan qu’on appelle « celui des morts », il faut approcher les nôtres, humains en cendres. Car, en Orient, les morts sont brûlés et non enterrés.
Pareillement, lorsqu’il s’agit de se mettre en affinité
avec des entités subtiles, d’autres méthodes existent et se rapportent au sexe : ce que les experts appellent la « magia sexualis ». Un exercice qui impose alors la présence d’une
femme : « Pour l’adoration de la Shakti ou Energie, les initiés exigent la présence d’une fille, jeune et belle, en tant que symbole vivant de la déesse. Celle qui représente la Shakti
est une jeune fille nue, qui est ainsi l’objet d’une adoration rituelle et prend pour cela le nom de « Yoginî ». Le final de la célébration se termine par une orgie à laquelle les
dévots s’adonnent avec une licence toute particulière. On donne à ces cérémonies les noms de Sri Chakra, ou Purnabisheka, soit « le cercle de la Roue ».
« Lorsqu’on procède aux rituels du culte, femmes
et jeunes filles déposent un vêtement intime comme un corsage dans une caisse confiée au prêtre. A la fin, chaque initié mâle prend un linge au hasard dans la boîte et la femme à qui il
appartient, serait-elle la sœur de l’homme, devient sa partenaire d’un soir pour les orgies qui suivent ». Exactement la même pratique nous est décrite au Temple des Aphaques dans l’antique
Syrie, comme chez les Gnostiques Nicolaïtes, tant condamnés pour des luxures similaires.
« Purna » signifie « plein »
(« Pleine Lune » ou « PurnaChandra ») ou « cercle » ; mais le nom utilisé pour l’orgie du Maïthuna en fit un nom lié à la fornication, d’où le sens de
« Porneïa » en grec ou « prostitution ». De cela, les initiés en firent même un démon « Porna ». « Pornographie » concerne donc des écrits comprenant des
scènes de fornication, qu’un détournement par le moyen du cinéma a changée en « images montrant des fornications ».
Les anciens, révélant de ces pûjâs tantriques,
racontèrent à Edward Sellon, que « les filles choisies ne connaissaient point la pudeur, savaient danser de manière voluptueuse, devenaient les maîtresses attitrées des prêtres desservants,
et devaient se prostituer au tout-venant dans les cours du temple, afin d’obtenir des fonds pour le lieu auquel elles appartenaient. Etant toujours des femmes au charme puissant, rehaussé par les
séductions du vêtement, des joyaux, elles recevaient fréquemment de grosses sommes d’argent. Une femme s’estimait particulièrement privilégiée quand les hommes faisaient d’elle la « Radha
Dea » de la fête.
Les femmes – courtisanes – ne boivent pas, observent
une scrupuleuse propreté corporelle, s’habillent avec somptuosité, portent une profusion de bijoux de prix, entremêlées de perles ou de diamants, elles connaissent sur le bout du doigt tous les
arts et subtilités de l’amour, elles sont capables de satisfaire n’importe quel goût. Pour le visage comme pour l’allure, aucune femme dans le monde ne peut rivaliser. Elles ont une coutume qui
paraît singulière à un occidental. Non seulement elles se rasent le Mont de Vénus, mais elles se tiennent parfaitement glabres par en-dessous, et, lorsqu’on jette un coup d’œil sur leurs seins
durs, pleins, enchanteurs et beaux au-delà de toute comparaison, on s’imagine contempler des statues. Les femmes du Râjputâna arrachent leurs poils, au moyen d’une pince, dès qu’ils sortent,
comme faisaient les femmes de la Grèce antique » (Edward Sellon - Annotations on the Sacred Writings
of the Hindus - 1865).
Francis King, dans « Esotérisme et
sexualité », complète l’exercice mystique décrit par Sellon : « Dans l’adoration mentale de la Shakti (l’initié visualise fortement dans son esprit le sexe féminin puisque le ctéis
est la forme physique de Shakti), l’adepte se concentre sur un diagramme encadré et visualise une image qui se trouverait à l’intérieur de la vulve. C’est depuis sa face qu’il imagine que s’élève
un autel ».
Un symbole marqué à la cendre que le dévot inscrit sur
son front est formé de trois petits traits verticaux, deux de couleur noire et celui du centre en rouge.
Le même exercice, dans le satanisme, inspire au dévot
d’adorer mentalement Vénus sous la forme du pentagramme avec le bouc à l’intérieur, qui est l’actuelle représentation dite de Satan.
« Quand vient le moment du coït rituel, le
célébrant mâle dessine sur la couche un diagramme triangulaire, emblème de la déesse et du serpent de feu qui est son aspect au centre du corps humain. Durant un certain temps, il adore la
déesse, en projetant mentalement son image dans le triangle qu’il a dessiné, puis il appelle sa partenaire. Ayant procédé à diverses purification, il l’étend sur la couche puis, visualisant sa
propre personne comme étant le dieu Shiva et la femme comme son épouse, il l’étreint ».
Pareille scène est trouvée dans un culte sacré rendu à
Frey (mythologie scandinave), identifié à Priape : « Le culte de Frey comprenait des rites sexuels, notamment se produisait l’accouplement rituel d’un prêtre et d’une prêtresse qui
étaient alors considérés comme le Seigneur (Frey) et la Dame ( Freya) (Jean-Paul Ronecker – ABC des Runes – éditeur Jacques Grancher)
Idem dans le satanisme, le célébrant s’identifie à un
moment donné à Satan lui-même, lorsqu’il vient adorer Lilith qu’incarne la femme qui vient s’allonger nue sur l’autel recouvert d’une nappe noire dont le dessin est celui du pentagramme inversé
le plus souvent cerclé. A moins que par modestie, il renonce à incarner Satan, et dans ce cas, il s’assimile à un Satyre.
Les adeptes du bouddhisme tantrique moderne aiment
préciser, pour distinguer le rituel de Shakti de la débauche vulgaire, que le dévot pratique « la retenue du semen », s’interdisant l’acmé physique ; alors qu’à l’inverse, dans
l’antique pratique hindou, précise Francis King, « le partenaire mâle terminait le coït en lâchant la semence dans le vagin de la femme ». De plus, le langage crépusculaire voilant un
maximum l’exercice réel, Francis King devine dans les versets suivants : « Il devient à
coup sûr / Le maître de ce monde / Celui qui, dans un cimetière, / Nu, les cheveux défaits, / Médite sur Ta gloire / Et récite les sept mantras / En t’offrant des fleurs et des
graines » ; que ces fleurs et ces graines sont du sperme. Si Jean Varenne croit que « les fleurs sont du sperme, les graines du sang », Francis King suggère autre chose en
continuant son récit : « Selon un Tantra, « celui qui consacre un poil de sa Shakti dans un cimetière devient un grand poète, ira son chemin monté sur un éléphant (sera riche –
NDA) » : le poil dont il s’agit provient du pubis, qu’il a gardé sa racine et qu’il a trempé dans la semence après l’éjaculation de l’homme. Ailleurs, le même Tantra conseille à l’homme
d’avaler la semence prise à même le vagin de sa partenaire » (Francis King – Esotérisme et sexualité – Bibliothèque Payot). D’où que les « fleurs » seraient la cyprine qui coule du
sexe de la femme et les « graines » le sperme de l’homme.
Ou bien, « Au moment de l’orgasme, le maître
recueille le sperme dans une coupelle en os, constituée par le sommet d’un crâne humain, et il compose, par adjonction d’herbes magiques, une mixture qu’il fait boire à ses deux
disciples ».
D’où cette utilisation par Edward Sellon du verbe
« gamahucher » pendant le rituel, « qu’elle me laisse la gamahucher », de me « gamahucher à mon tour », le terme le plus couramment employé au dix-neuvième siècle
pour désigner les contacts buccaux-génitaux. On le retrouve sous une forme abrégée dans le mot populaire « gam ».