« Et ce n’est pas seulement dans les livres sacrés que nous retrouverons les traces de ces usages bizarres et occultes : si nous interrogeons les
monuments élevés par les diverses religions de l’Inde et de l’Égypte, nous pouvons y retrouver des allusions évidentes à ces pratiques théophagiques. Les idoles ithyphalliques de l’Égypte
s’expliquent d’elles-mêmes par ces idées et ces mœurs des prêtres ; il en est de même du culte du Lingam si universel dans l’Inde.
Jérôme Becker nous a cité un temple de la haute Égypte datant des Pharaons, où il a noté, au milieu des
ornements divers de la décoration murale, une figure d’Osiris, tracée en profil, et sur laquelle le dessinateur a figuré un arc symbolique partant des sources de la génération pour arriver à la
bouche, et indiquant ainsi la trajectoire rituélique de la semence sacrée ».
« Le même explorateur, se trouvant au Caire vers les mois d’été, où la ville est abandonnée à
l’ordinaire par les étrangers, eut l’occasion d’assister à une sortie de la procession d’Osiris, auquel les fellahs tiennent encore à rendre cet hommage annuel ; l’image du Dieu portée au cours
de cette manifestation religieuse exécutée en pleine rue, au moyen d’un mécanisme spécial mû par un porteur dissimulé dans le socle, ce que les poètes qui parlent de ces mystères ont coutume
d’appeler : « le geste auguste du Semeur ! » »
« Ce n’est donc point une superstition locale que cette croyance universelle à la possibilité d’établir un lien entre l’homme et Dieu par
la spermatophagie. C’est dans ce milieu de travailleurs confiants et zélés, mais dépourvus de science profonde, que se forma cette conception résumant tout l’enseignement du Christ dans le devoir
d’aimer... Pour mettre ce devoir en pratique, pour réaliser sur terre cette Jérusalem céleste où chacun vit animé d’un sentiment d’adoration illimitée pour tous ses semblables, la première
méthode à suivre, la voie la plus droite, la plus courte, consistait, d’après eux, dans l’action : c’est-à-dire dans des embrassements intimes, confondant tous les fidèles sans distinction d’âge
ni de sexe, de fortune ni de beauté.
Tel fut le principe fondamental des premières communautés chrétiennes, de ces réunions qui eurent lieu
d’abord chaque soir, pour s’espacer ensuite de semaine en semaine, et qui prirent, à raison de leur objet même, le nom d’agape, du grec agapô, « j’aime » (Agapé est considéré comme
l’amour spirituel, à l’instar d’Eros, lié à l’amour physique. Dans la mythologie, Agapé est un troisième frère d’Eros, avec Hyménée (mariage), ce qui inclut forcément de la présence d’Eros dans
l’Agapé initiale). Aucun de ceux qui participaient à ces transports de foi mystique sentie et vécue jusque dans la chair ne concevait le moindre remords ».
« Cette guerre, toute en paroles et en discours à ses débuts, devait amener les apôtres à répondre
comme ils le purent aux attaques auxquelles ils se trouvaient en butte ; forts de la connaissance des mœurs cachées des prêtres païens, ils y cherchèrent une arme contre leurs adversaires, et
Paul se trouva ainsi amené à décrier publiquement ces usages, à attirer sur eux le mépris de la foule, à les représenter comme une aberration des sens et une malédiction de la justice
divine.
C’est ainsi que nous lui voyons dire, dans son « Épître aux Romains », en parlant du sacerdoce
des idoles :
I. 25. Eux qui ont changé la vérité de Dieu en des choses fausses et qui ont adoré et servi la créature,
au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. Amen.
28. C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes; car les femmes, parmi eux, ont changé l’usage
naturel en un autre, qui est contre nature.
27. De même aussi, les hommes, laissant l’usage naturel de la femme, ont été embrasés dans leur convoitise les uns pour les autres commettant
homme avec homme des choses infâmes et recevant en eux-mêmes la récompense qui était due à leur égarement ».
Mais après avoir tenu un langage aussi grossier et aussi insultant à l’égard de ceux qui n’avaient commis
d’autre crime que de faire ce qui se faisait à chaque agapé, comment l’apôtre va-t-il encore oser se présenter à ces chrétiens dont il s’est fait le chef et quel langage va-t-il leur tenir
?
Ah ! l’habileté dans les discours ne lui fait pas défaut et rien ne lui est plus aisé que de montrer deux
visages : l’un courroucé, l’autre pacifique comme le double masque du Dieu Janus ; c’est dans les paroles mêmes du Christ qu’il trouvera le fondement de sa duplicité morale ; le fidèle chrétien
est uni au Christ et par conséquent il profite du même affranchissement ; quoi qu’il fasse, le péché n’a plus d’action sur lui, il est couvert par la grâce ; et même, plus il pèche, ou plus il
fait ce qui serait un péché pour un autre, plus il fait abonder la grâce qui l’innocente ; c’est pour cela que l’apôtre exhorte les fidèles à offrir leur corps en sacrifice vivant, saint et
agréable à Dieu, ce qui est leur service raisonnable (Rom, XIL 1).
Ainsi s’établit cette théorie théologique de la grâce sanctifiante, qui efface tous les péchés et dont le
bénéfice appartient à tous ceux qui ont communion à l’Eucharistie véritable ».
« En examinant de près la situation historique que nous venons d’exposer, le lecteur comprendra
comment la communauté chrétienne, tout en croyant ne pas pêcher dans les actes commandés par Jésus, a dû cependant affirmer que de tels actes étaient immoraux et en cacher soigneusement
l’existence aux yeux du monde extérieur.
Certains écrivains religieux reconnaissaient que de tels usages avaient pu exister chez certaines sectes
chrétiennes, encore qu’elles aient été désavouées publiquement par la grande généralité des fidèles et proclamées hérétiques.
C’est ainsi que Théodoret et Prodicus rapportent que certaines sectes appelaient « communion mystique » l’acte de Vénus pratiqué publiquement dans le temple.
Saint Épiphane donne une description complète de la cérémonie eucharistique, mais il l’attribue
exclusivement aux Gnostiques et a soin de la représenter comme une aberration indigne des vrais chrétiens (Rappelons que le Xristos, figure d’un serpent figuré attaché sur une croix, est une
divinité Gnostique majeure, un envoyé de Sophia pour sauver l’humanité après Ophis, censé être l’original Christ) ; dans leurs assemblées, dit-il, les hommes et les femmes mangent réciproquement
la semence reproductive de l’espèce humaine en se tournant vers l’autel et en disant au Très Haut : « Offerimus tibi donum corpus Christi ». « Nous t’offrons en sacrifice le corps de
Jésus-Christ ! »
Pareillement, nous trouvons le même événement dans la Messe Noire dédiée à Satan où le prêtre dit au même
instant et dans la même solennité affective : « Offerimus tibi donum corpus Domine Satanas ! ».
De même, nous connaissons ce fait divers d’après Sagot de l’abbé défroqué Guibourg, qui, pour agir lors
d’une Messe Noire, réclamait pour son opération magique de la semence mâle : « Il a fait chez la Voisin, revêtu d’aube, d’étole et de manipule, une conjuration en présence de la des
Œillets qui prétendait faire un charme pour le roi et qui était accompagnée d’un homme et qui lui donna la conjuration, et comme il était nécessaire d’avoir du sperme des deux sexes, des Œillets
ayant ses mois n’en put donner mais versa dans le calice de ses menstrues et l’homme qui l’accompagnait, ayant passé dans la ruelle du lit avec lui Guibourg, versa de son sperme dans le calice.
Sur le tout la des Œillets et l’homme mirent chacun d’une poudre de sang de chauve-souris et de la farine pour donner un corps plus ferme à toute la composition et après qu’il eut récité la
conjuration, il tira le tout du calice qui fut mis dans un petit vaisseau que la des Œillets ou l’homme emporta ». (Jacques Bersez – Lucifuge Rofocale)
« Mais, d’une part, pendant que les scribes à la solde de l’Église essaient ainsi de sauver sa réputation en jetant sur
des sectes hérétiques le mauvais renom du culte secret, d’autre part, les autorités dirigeant ce grand mouvement social s’efforcent de discipliner les agapes, d’y rétablir l’ordre, de les rendre
moins attrayantes pour les fidèles, afin qu’ils aient plus présente à l’esprit l’idée du sacrifice qu’ils viennent y offrir à Dieu.
C’est ainsi que le Concile de Laodicée commence par défendre le baiser de paix entre personnes de sexes
différents ; le même Concile alla plus loin et abolit la coutume de dresser des lits dans les églises pour faire l’agape plus commodément.
Il ne s’agit point ici de ces lits d’apparat employés par les classes riches de l’Empire romain comme
siège pour leurs repas ; en effet, les chrétiens étaient tous des travailleurs, en grande partie des esclaves, et si des lits étaient commodes pour l’agape, c’est qu’on s’y livrait à des actes
pour lesquels le lit a toujours été réservé depuis que l’homme en a fait usage.
Mais, malgré ces mesures restrictives, la vérité continuait à sourdre de toutes parts à travers les fentes
des portes qui fermaient les temples chrétiens, et mettaient les mystères à l’abri de la curiosité profane.
Le clergé se sentait menacé par l’explosion du sentiment public vis-à-vis duquel il était obligé de lutter
en ayant recours à la violence de mensonges continuels ; cette situation était intolérable ; d’autre part, l’Église, enrichie, appuyée sur une tradition déjà plusieurs fois séculaire, glorifiée
par d’innombrables martyrs et possédant enfin l’appui de l’autorité impériale, se sentit assez forte pour se mettre entièrement en dehors du monde et pour expulser du sanctuaire la masse des
fidèles. Le Concile de Carthage supprima purement et simplement l’agape, et remplaça ces assemblées fraternelles par la messe, cérémonie froide et symbolique que nous voyons encore célébrée de
nos jours dans les édifices consacrés au culte chrétien ».
« Depuis ce moment, l’Eucharistie réelle n’est plus ouvertement accordée aux fidèles ; elle n’est plus permise qu’aux
prêtres et à ceux qu’ils veulent bien associer volontairement à leurs pratiques ; le corps de Jésus-Christ n’est plus donné au chrétien par le ministère de l’amour divin, sous forme de sperme
émanant d’un saint figurant le Christ lui-même ; c’est l’hostie, simple parcelle de pâte de farine, qui va désormais remplir ce rôle. Les mystères n’ont plus de raison d’être et, à partir de ce
jour, c’est à portes ouvertes que la messe est célébrée ».
« Ouvrons le Monde de l’Eucharistie, publié par M. l’abbé Bion, chez Victor Palmé, Paris, 1873. Cet
ouvrage, parfaitement orthodoxe, a reçu l’approbation de l’ordinaire, conçue en termes flatteurs par M. Augustin, évêque de Nevers, et datée de Châtillon-en-Bazois, 10 octobre 1872. Voici ce que
nous y lisons, p. 191 :
« C’est par la manducation du fruit de l’Arbre de Vie que le salut devait nous arriver... Il nous
fallait le pain de vie, le vin qui fait germer les vierges ». Inutile de faire observer que l’on ne poussera pas, je pense, la croyance à la transsubstantiation assez loin pour tenter de
faire germer une vierge au moyen de quelques fragments d’hostie ! C’est bien une autre substance, celle dont nous avons parlé plus haut, que M. l’abbé Bion vise dans ces
mots ».
« Mais qu’est-ce que le soma ? C’est un breuvage sacré, qui devient parfois le dieu Soma. Sa composition a donné lieu à de nombreuses interprétations. Il est parfois
« sarcastemma viminale » ou « asclepias acida », et peut mener à l’ivresse divine, éventuellement par incorporation de substances hallucinogènes tel le chanvre. Nous trouvons
écrit dans le « Shiva-svarûpa » : « Dans le sacrifice du Soma, le soma liquide est bu par les prêtres. Ceci n’est que le rite exotérique qui correspond au rite intérieur dans
lequel le calice de liqueur divine est le corps même de l’homme et l’élixir de vie qui emplit ce calice est absorbé de l’intérieur pour devenir le breuvage d’immortalité. Les sens sont les coupes
dans lesquelles le breuvage divin peut se boire. L’essence de l’énergie procréative est produite dans la région inférieure, dans le Sud, là où demeurent les ancêtres. La semence purifiée remonte
peu à peu jusqu’à la tête et est recueillie dans un centre appelé Mûjavân. De là, elle s’écoule dans les centres nerveux. La réabsorption de la semence est représentée comme l’absorption du
breuvage d’immortalité. C’est ainsi que le yogi seul boit l’ambroisie que l’homme ordinaire éparpille ».
« Les strophes qui traitent de rituels sexuels, de copulation, sont couchées en termes obscurs et
symboliques, de sorte qu’il est très difficile d’en comprendre au juste l’intention… Les passages concernant l’éjaculation proprement dite sont les plus obscurs de tous. Ce qui est clair, c’est
que le visage de la Shakti est le plus important des chakras et il semblerait, bien que nous ne soyons pas certains d’avoir correctement compris les passages, « que l’homme éjacule dans la
bouche de la femme » ». La bouche étant parfois Muladhara… parfois la bouche physique également.
« En commentant la difficile strophe de la page 91 (vers 128), Jayaratha explique que le sperme devrait passer tour à tour de la bouche de la
femme dans celle de l’homme, pour être finalement recueilli dans un récipient consacré. Kundagolaka est « l’offrande constituée de sperme et de Shonita, sécrétion féminine recueillie dans un
récipient consacré et consommé par l’officiant ». P.C. Ray, en analysant ce texte précise que le laboratoire doit être installé dans la forêt, loin de toute présence impure, que le disciple
doit respecter son maître et vénérer Shiva, car l’alchimie a été révélée par le dieu Lui-même ; en outre, il doit faire un phallus mercuriel à Shiva et participer à certains rituels
érotiques… »
« Giuseppe Tucci fait, par ailleurs, état d’un objet originaire du gandhara qu’il a étudié et qui
semble se rattacher à cette tradition. Il s’agit d’un socle à trois faces représentant trois images sculptées dont l’une figure un personnage en train de se masturber. Sur le sommet un creux
rectangulaire était, semble-t-il destiné à recueillir le Kundagolaka. Et Mircea Eliade tirant les conclusions de cette découverte de Tucci aurait tendance à la rattacher au concept métaphysique
des rites d’une école tantrique, l’Akula. Les traductions que donne Tucci des termes se rattachant à cette école, c’est à dire que « Kula » signifie Shakti, « Akula » est
Shiva ; Akulavira est un « héros solitaire » ; il est toute chose, « il n’est ni Shiva ni Shakti, c’est-à-dire au-delà d’eux, un », nous ramène à de très anciennes traditions
Shivaïstes de pratiques sexuelles secrètes remontant au début de notre ère qui avaient déjà cours dans des rituels dont on retrouve trace dans des textes plus tardifs » (L’Eucharistie - le
Chevalier Le Clément de Saint Marcq).
Ainsi peuvent s’expliquer certains versets au langage crépusculaire du « Karpûrâdi-Stotra », sorte d’invocation, et dédiée à Shakti
Kâlî :
De toutes les puissances
Il deviendra le maître
Et pour toujours sera voyant
Celui qui nuitamment,
Nu, les cheveux défaits,
Prononcera les sept mantras
Et méditera sur Ton nom
Tout en faisant l’amour
Avec pour yoginî
Une fille aux seins lourds
Et aux cuisses bien larges !
Il deviendra Shiva,
Celui qui, maître de ses sens,
Mangera l’oblation
Et méditera sur Tes pieds
En récitant cent mille fois
Les sept mantras,
Puis ira s’unir à minuit
Avec sa yoginî,
Tout en répétant à nouveau
Cent mille fois les sept mantras !
(ps : homis la dernière photo, les autres n'ont pas de lien direct avec le texte.)