L’affaire des Bacchanales
[39,8] Origines du scandale
L’année suivante, les consuls Sp. Postumius Albinus et Q. Marcius Philippus négligèrent l’organisation de leurs armées, leurs préparatifs de guerre et le gouvernement de leurs provinces pour s’occuper uniquement d’étouffer une conjuration domestique.
Les préteurs tirèrent au sort leurs départements. T. Maenius eut la juridiction de la
ville ; M. Licinius Lucullus celle des
étrangers ; C. Aurélius Scaurus, la Sardaigne ; P. Cornélius Sylla, la Sicile ; L. Quinctius Crispinus, l’Espagne citérieure ; C. Calpurnius Piso, l’Espagne ultérieure. Les deux consuls furent
chargés par un décret d'instruire contre les associations secrètes.
Un Grec de naissance obscure était venu d’abord en Étrurie; il n’avait aucune de ces connaissances propres à former l’esprit et le corps dont l’admirable civilisation de la Grèce nous a enrichis. Ce n’était qu'une espèce de prêtre et de devin, non point de ceux qui prêchent leur doctrine à découvert et qui, tout en faisant publiquement métier d’instruire le peuple, lui inspirent des craintes superstitieuses, mais un de ces ministres d’une religion mystérieuse qui s’entoure des ombres de la nuit. Il n’initia d’abord à ses mystères que très peu de personnes; bientôt il y admit indistinctement les hommes et les femmes et, pour attirer un plus grand nombre de prosélytes, il mêla les plaisirs du vin et de la table à ses pratiques religieuses.
Les vapeurs de l’ivresse, l’obscurité de la nuit, le mélange des sexes et des âges eurent bientôt éteint tout sentiment de pudeur, et l’on s’abandonna sans réserve à toutes sortes de débauches ; chacun trouvait sous sa main les voluptés qui flattaient le plus les penchants de sa nature. Le commerce infâme des hommes et des femmes n’était pas le seul scandale de ces orgies ; c’était comme une sentine impure d’où sortaient de faux témoignages, de fausses signatures, des testaments supposés, de calomnieuses dénonciations, quelquefois même des empoisonnements et des meurtres si secrets qu’on ne retrouvait pas les corps des victimes pour leur donner la sépulture. Souvent la ruse, plus souvent encore la violence, présidaient à ces attentats. Des hurlements sauvages et le bruit des tambours et des cymbales protégeaient la violence en étouffant les cris de ceux qu’on déshonorait ou qu’on égorgeait.
[39,9] Une victime toute désignée : P. Aebutius.
Cette lèpre hideuse passa, comme par contagion, de l’Étrurie à Rome. L’étendue de la ville, qui lui permettait de receler plus facilement dans son sein de pareils désordres, les déroba d’abord aux regards ; mais enfin le consul Postumius fut mis sur la trace des coupables.
P. Aebutius, fils d’un chevalier romain, ayant perdu son père puis ses tuteurs, avait été élevé sons la tutelle de sa mère Duronia et du second mari de cette femme, T. Sempronius Rutilus. Duronia était dévouée à son mari et Rutilus, qui avait géré la tutelle de manière à ne pouvoir en rendre compte, cherchait à se défaire de son pupille ou à le tenir sous sa dépendance par quelque lien puissant. Le seul moyen de le corrompre, c’était de l’initier aux Bacchanales. La mère fit venir le jeune homme. « Pendant qu’il était malade, lui dit-elle, elle avait fait vœu de l’initier aux mystères de Bacchus, aussitôt après sa guérison. Puisque les dieux avaient daigné l’exaucer, elle voulait accomplir son vœu. Il fallait pour cela qu’il observât pendant dix jours la plus grande chasteté ; au bout de ce temps, elle le conduirait au sanctuaire, lorsqu’il aurait soupé et pris un bain pour se purifier ».
Il y avait à Rome une courtisane fameuse, l’affranchie Hipsala Faecénia : c’était une femme au-dessus du métier auquel elle s’était livrée quand elle était esclave et que, depuis son affranchissement, elle avait continué par besoin. Le voisinage avait fait naître entre elle et Aebutius des relations qui ne nuisaient ni à la fortune ni à la réputation du jeune homme. C’était elle qui l’avait aimé et recherché la première et la générosité de la courtisane lui fournissait ce que lui refusait l’avarice de ses parents. Elle avait même fini par s'attacher tellement à Aebutius qu’après la mort de son patron elle demanda un tuteur aux tribuns et au préteur pour se faire autoriser à contracter, et elle rédigea un testament où elle institua Aebutius son légataire universel.
[39,10] La mise en garde d’Hipsala Faecénia
Après de pareils gages d’amour, ils n’eurent plus de secrets l’un pour l’autre. Un jour,
le jeune homme dit en plaisantant à sa
maîtresse de ne pas s’étonner si pendant plusieurs nuits elle le voyait découcher. « Un motif religieux l’y obligeait, ajouta-t-il, afin d’acquitter un vœu fait pour sa guérison; il voulait
se faire initier aux mystères de Bacchus. - Les dieux vous en préservent ! s’écria aussitôt Hipsala tout éperdue, plutôt la mort et pour vous et pour moi qu’une pareille extravagance ! »
Puis elle se répandit en menaces et en imprécations contre ceux qui lui avaient donné ce conseil.
Le jeune homme, étonné des paroles et de l'émotion de sa maîtresse, l’engagea à modérer ses transports, puisqu’il ne faisait qu’obéir aux ordres que sa mère lui avait donnés, avec l’aveu de son beau-père. « Votre beau-père, reprit-elle, car je n’oserais accuser votre mère, a donc hâte de vous enlever tout à la fois l’honneur, la réputation, l’avenir et la vie ? » Aebutius, de plus en plus étonné, la pressa de s’expliquer.
Alors Hipsala, demandant aux dieux et aux déesses de pardonner à l’excès de son amour la révélation de ces secrets qu’elle aurait dû taire, lui déclara qu’étant esclave elle était entrée dans ce sanctuaire avec son maître, mais que depuis son affranchissement elle n’y avait jamais mis le pied. « Elle savait, dit-elle, que c’était une école d’abominations de toute sorte, et il était constant que depuis deux années on n’avait initié personne au-dessus de l’âge de vingt ans. Dès qu’on y était introduit, on était livré comme une victime aux mains des prêtres et ils vous conduisaient en un lieu où des hurlements affreux, le son des instruments, le bruit des cymbales et des tambours étouffaient les cris de la pudeur outragée. « Elle le pria ensuite et le conjura de rompre à tout prix son engagement et de ne pas se précipiter dans un abîme où il aurait d’abord à supporter toutes les infamies, pour les exercer à son tour sur d’autres; enfin elle ne le laissa partir qu’après avoir obtenu sa parole qu’il éviterait cette initiation.
[39,11] Intervention du consul Postumius
Lorsqu’il fut rentré chez lui, sa mère lui énuméra toutes les formalités qu’il devait remplir le jour même et les jours suivants afin de se préparer à la cérémonie ; mais il protesta qu’il n’en ferait rien et qu’il ne voulait pas se faire initier. Le beau-père était présent. « Quoi ! reprit aussitôt Duronia, il ne pouvait se passer pendant dix nuits de sa concubine Hipsala ; enivré par les caresses empoisonnées de cette vipère, il ne respectait plus ni sa mère, ni son beau-père, ni les dieux mêmes ! » Des reproches qu’ils lui adressaient tour à tour, Rutilus et Duronia en vinrent à le chasser de chez eux avec quatre esclaves.
Le jeune homme se retira chez Aebutia, sa tante paternelle, et lui raconta pourquoi sa mère l’avait chassé. Le lendemain il alla, d’après les conseils de cette dame, trouver le consul Postumius sans témoins et lui faire sa déposition. Le consul lui dit de revenir au bout de trois jours et le renvoya. Puis il s’informa lui-même auprès de sa belle-mère Sulpicia, qui jouissait d’une grande considération, si elle connaissait une dame âgée, du nom d’Aebutia, demeurant sur l’Aventin. Sulpicia répondit qu’elle la connaissait et que c’était une femme d’honneur, qui avait conservé toute la pureté des mœurs antiques. « J’ai besoin de la voir, reprit le consul. Envoyez-la prier de venir auprès de vous ».
Aebutia se rendit à l’invitation de Sulpicia, et le consul arrivant peu de temps après, comme par hasard, fit tomber la conversation sur Aebutius. À ce nom, la dame se prit à pleurer et à gémir sur le malheur de son neveu qui, dépouillé de sa fortune par ses protecteurs naturels, avait été chassé par sa mère et réduit à chercher un asile chez elle, parce qu’il refusait, l’honnête jeune homme (que les dieux voulussent bien le protéger !), de se faire initier à des mystères qu’on disait infâmes.
[39,12] La déposition d’Hipsala
Le consul, jugeant par ces informations qu’Aebutius ne lui en avait pas imposé, congédia
Aebutia et pria sa belle-mère de faire venir chez elle l’affranchie Hipsala, qui demeurait aussi sur l’Aventin et qui était bien connue dans le voisinage. Il avait, dit-il, quelques questions à
lui adresser également. Le message de Sulpicia troubla d’abord la courtisane, parce qu'elle ignorait le motif qui la faisait mander chez une dame de si haut rang et si respectable : mais
lorsqu’elle aperçut dans le vestibule les licteurs, la suite du consul et le consul lui-même, elle faillit s’évanouir. Postumius l’emmena dans un appartement retiré, et là, en présence de sa
belle-mère, il lui déclara qu’elle n’avait rien à craindre si elle pouvait se résoudre à dire la vérité ; qu’il lui en donnait pour garant sa parole ou celle de Sulpicia, dont elle
connaissait la
vertu. Il l’engagea à révéler ce qui
se passait dans le bois sacré de Stimula, aux mystères nocturnes des Bacchanales.
À ces mots, Hipsala saisie de frayeur fut agitée dans tous ses membres d’un tel tremblement qu’elle resta quelque temps sans pouvoir ouvrir la bouche. Quand elle eut enfin repris courage, elle protesta quelle était fort jeune encore lorsque sa maîtresse l’avait fait initier avec elle, mais que depuis plusieurs années, depuis l’époque de son affranchissement, elle ignorait ce qui se passait dans ces fêtes. Le consul la loua de n’avoir pas nié qu’elle eût été initiée, mais il la pressa de poursuivre ses révélations avec la même franchise. Comme elle persistait dans ses dénégations, il ajouta que, si on parvenait à la convaincre par le témoignage d’un autre, elle n’obtiendrait pas le pardon et l’indulgence que lui mériteraient des aveux volontaires, et qu’il avait tout appris de la bouche de celui à qui elle avait elle-même tout révélé.
[39,13] Le culte des Bacchanales
Hipsala ne doutant plus qu’Aebulius n’eût trahi son secret, comme cela était en effet, se jeta aux pieds de Sulpicia et la conjura d’abord de ne point faire une affaire sérieuse et même capitale de la conversation d’une affranchie avec son amant; c’était pour l’effrayer, et non parce qu’elle savait quelque chose, qu’elle lui avait fait ce récit. Postumius l’interrompit avec colère. Elle croyait sans doute encore, lui dit-il, plaisanter avec son amant Aebutius, et non s’adresser à un consul, dans la maison d’une dame très respectable ; mais Sulpicia vint au secours de sa frayeur, l’encouragea et chercha à calmer son gendre.
Hipsala se rassura enfin et, après s’être plaint amèrement de la perfidie d’Aebutius, qui avait si mal reconnu un service de la plus haute importance, elle déclara qu’elle redoutait beaucoup les dieux dont elle révélait les secrets mystères, mais plus encore les hommes qui se vengeraient de sa révélation en la déchirant de leurs propres mains. Elle conjurait donc et Sulpicia et le consul de lui faire la grâce de la reléguer hors de l’Italie, dans quelque retraite inconnue, où elle pût passer le reste de ses jours en sûreté. Postumius lui dit d’être sans inquiétude et lui promit de veiller à ce qu’elle pût habiter Rome même sans danger.
Hipsala reprit alors l’origine des mystères. « Ce sanctuaire, dit-elle, n’avait d’abord été ouvert qu’aux femmes, et on n’y admettait ordinairement aucun homme. Il y avait dans l’année trois jours fixes pour l’initiation, qui se faisait en plein jour. Les dames étaient, chacune à leur tour, investies du sacerdoce. C’était une certaine Paculla Annia, de Campanie qui, pendant son sacerdoce, avait tout changé, prétendant en avoir reçu l’ordre des dieux. C’était elle qui la première avait initié des hommes, en amenant ses deux fils, Minius et Hérennius Cerrinius, consacré la nuit en place du jour à la cérémonie, et réglé qu’au lieu de trois jours par an, il y en aurait cinq par mois pour les initiations. Depuis l’admission des hommes et le mélange des sexes, depuis qu’on avait fait choix de la nuit, si favorable à la licence, il n’était sorte de forfaits et d’infamies qui n’eussent été accomplis et les hommes se livraient plus à la débauche entre eux qu’avec les femmes. Ceux qui se prêtaient avec quelque répugnance à ces excès monstrueux, ou qui semblaient peu disposés à les commettre eux-mêmes, étaient immolés comme des victimes. Le comble de la dévotion parmi eux, c’était de ne reculer devant aucun crime.
Les hommes paraissaient avoir perdu la raison et prophétisaient l’avenir en se livrant à des contorsions fanatiques ; les femmes, vêtues en bacchantes et les cheveux épars, descendaient au Tibre en courant, avec des torches ardentes qu’elles plongeaient dans l’eau et qu’elles retiraient tout allumées, parce que ces torches renfermaient un mélange de chaux vive et de soufre naturel. Les dieux étaient supposés enlever des malheureux, qu’on attachait à une machine et qu’on faisait disparaître en les précipitant dans de sombres cavernes. On choisissait pour cela ceux qui avaient refusé de se lier par un serment ou de s’associer aux forfaits ou de se laisser déshonorer. La secte était déjà si nombreuse qu’elle formait presque un peuple ; des hommes et des femmes de nobles familles en faisaient partie. Depuis deux ans il avait été décidé qu’on n’admettrait personne au-dessus de vingt ans ; on voulait avoir des initiés dont l’âge se prêtât facilement à la séduction et au déshonneur ».
[39,14] Révélation du complot au sénat
Après avoir achevé cette déposition, Hipsala tomba de nouveau à genoux et redemanda avec les mêmes instances à être éloignée de l’Italie. Le consul pria sa belle-mère d’abandonner à cette femme un logement dans sa maison, et Sulpicia lui donna une chambre à l’étage le plus élevé ; on ferma l’escalier qui conduisait de cette chambre à la rue, et on ouvrit une entrée à l’intérieur de la maison. On y transporta sur-le-champ tous les effets de Faecénia, et on fit venir ses esclaves. Aebutius eut ordre de se retirer chez un des clients du consul.
Lorsque Postumius eut ainsi les deux dénonciateurs en sa puissance, il fit son rapport au sénat et lui exposa successivement les révélations qu’il avait reçues et le résultat des informations qu’il avait prises. Les sénateurs conçurent les plus vives alarmes, tant pour la sûreté publique, qui pouvait être compromise par quelque trame perfide élaborée dans ces réunions et assemblées nocturnes, que pour le repos de leurs propres familles, dans lesquelles ils craignaient de trouver quelque coupable. Ils votèrent cependant des remerciements au consul pour avoir conduit cette enquête avec une rare vigilance et le plus profond mystère. Ils chargèrent ensuite les consuls d’entamer une procédure extraordinaire contre les Bacchanales et les sacrifices nocturnes, de veiller sur la personne des dénonciateurs Aebutius et Faecénia, et de provoquer de nouvelles révélations par l’appât des récompenses.
On convint en outre de faire rechercher soit à Rome, soit dans tous les villages voisins, les prêtres ou prêtresses qui présidaient à ces sacrifices, pour les mettre à la disposition des consuls, et de faire publier dans la ville ainsi que dans toute l’Italie un édit portant défense à tous les initiés aux mystères de Bacchus de se réunir et de se rassembler pour célébrer cette cérémonie ou toute autre semblable. Avant toutes choses, on devait poursuivre ceux qui se réuniraient ou s’engageraient par des serments pour attenter à l'honneur ou à la vie des citoyens. Telle fut la substance du sénatus-consulte. Les consuls enjoignirent aux édiles curules de rechercher tous les ministres de cette religion et, lorsqu’ils les auraient arrêtés, de les tenir enfermés où ils le jugeraient à propos, afin qu’on pût les interroger. Les édiles plébéiens eurent ordre de veiller à ce qu’il ne se fît aucune cérémonie secrète. On chargea les triumvirs capitaux d’établir des postes dans tous les quartiers et d’empêcher les réunions nocturnes. Enfin, pour prévenir les incendies, on adjoignit aux triumvirs des quinquévirs qui devaient surveiller, chacun dans son quartier, les maisons situées en deçà du Tibre.
[39,15] Discours de Postumius devant le peuple
Après avoir envoyé tous ces magistrats à leurs différents postes, les consuls montèrent à la tribune, et là, en présence de l’assemblée générale du peuple, Postumius, après avoir prononcé la formule solennelle d’invocation, par laquelle les magistrats commencent toujours leurs harangues au peuple, s’exprima en ces termes :
« Citoyens, jamais discours ne fut plus à propos et n’eut plus besoin d’être précédé de cette invocation solennelle, qui vient de vous rappeler quels sont les dieux que vos ancêtres ont toujours honorés de leur adoration, de leurs hommages et de leurs prières, car ils n’ont jamais reconnu ces divinités étrangères, dont le culte infâme aveugle les esprits et les pousse par une sorte de délire fanatique dans un abîme de forfaits et de souillures. Je ne sais en effet ce que je dois vous taire, et jusqu’à quel point je puis parler. Je crains de manquer à mon devoir si je vous laisse ignorer quelque chose, et de vous inspirer une trop grande frayeur si je vous dévoile tout. Quoi que je puisse dire, souvenez-vous que je resterai toujours au-dessous de la vérité dans cette monstrueuse affaire. J’aurai soin cependant d’en dire assez pour que sous soyez désormais sur vos gardes ».
« Vous savez que les Bacchanales se célèbrent depuis longtemps dans toute l’Italie, et maintenant même dans plusieurs quartiers de Rome. À défaut de la renommée qui vous en ait instruits, vous l’auriez appris, j’en suis sûr, par ces sons discordants et ces hurlements qui retentissent la nuit dans toute la ville. Mais vous ignorez en quoi consistent ces mystères. Les uns croient que c’est quelque rite particulier, les autres que ce sont des divertissements et des plaisirs permis, tous que ces réunions, quel qu’en soit l’objet, sont peu nombreuses. À l’égard du nombre, quand je vous dirai qu’on y compte plusieurs milliers d’hommes, vous allez vous effrayer sur-le-champ, si je ne vous les fais connaître ».
« D’abord ce sont en grande partie des femmes, et là fut la source du mal, puis des hommes efféminés, corrompus ou corrupteurs, fanatiques abrutis par les veilles, l’ivresse, le bruit des instruments et les cris nocturnes. C’est une association sans force jusqu’à présent, mais qui menace de devenir très redoutable, parce que de jour en jour elle reçoit de nouveaux adeptes. Vos ancêtres ont cru ne devoir permettre vos assemblées que dans le cas où l’étendard, déployé sur la citadelle, appelait les centuries hors de Rome pour voter aux comices, ou bien lorsque les tribuns convoquaient les tribus, ou encore lorsqu’un magistrat désirait haranguer le peuple. Ils ont voulu aussi que partout où l’assemblée avait lieu, il y eût, pour la diriger, une autorité reconnue par la loi ».
« Quelle idée aurez-vous donc de ces réunions, qui se tiennent la nuit et où les sexes sont confondus ? Si vous saviez à quel âge les hommes y sont initiés, vous ne vous borneriez pas à les plaindre, vous rougiriez pour eux. Citoyens, pensez-vous qu’on doive admettre dans vos armées des jeunes gens enrôlés dans cette milice ? Les tirer de cet infâme repaire pour leur confier des armes ? Remettre à ces misérables, souillés de prostitutions, dont ils ont été les agents ou les victimes, le soin de combattre pour l’honneur de vos femmes et de vos enfants ? »
[39,16] Suite du discours de Postumius
« Ce ne serait rien encore si leurs débauches n’avaient d’autre effet que de les énerver et de les couvrir d’une honte toute personnelle, si leurs bras restaient étrangers au crime et leur âme à la perfidie. Mais jamais la république ne fut attaquée d’un fléau plus terrible ni plus contagieux. Tous les excès du libertinage, tous les attentats commis dans ces dernières années sont sortis, sachez-le bien, de cet infâme repaire. Et les forfaits dont on a juré l’exécution ne se sont pas encore tous produits au grand jour. Les membres de cette association impie se bornent encore à des crimes particuliers, parce qu’ils ne sont pas assez forts pour écraser la république. Chaque jour le mal s’accroît et s’étend; il a déjà fait trop de progrès pour se renfermer dans le cercle des violences particulières ; c’est à l’état tout entier qu’il veut s’attaquer ».
« Si vous n’y prenez garde, citoyens, à cette assemblée qui a lieu en plein jour, et qui a été légalement convoquée par le consul, va bientôt succéder une assemblée de nuit tout aussi nombreuse. Ils vous craignent maintenant, ces coupables, parce qu’ils sont isolés et que vous êtes tous réunis en assemblée ; mais à peine vous serez-vous séparés pour retourner dans vos maisons ou dans vos champs, qu’ils se réuniront à leur tour ; ils délibéreront sur les moyens d’assurer leur salut et votre perte ; alors vous serez seuls et vous devrez les craindre, car ils seront réunis. Chacun de vous doit donc faire des vœux pour que tous les siens se soient préservés de la contagion. S’il en est que le libertinage ou la folie a entraînés dans ce gouffre, il faut les considérer comme appartenant, non plus à sa famille, mais à cette bande de débauchés et d’assassins à laquelle ils se sont liés par leurs serments ».
« Et que personne ne se fasse ici de vaines illusions ; je ne suis pas rassuré sur votre compte. Rien ne contribue mieux à égarer l’homme que la superstition. Lorsque le crime se couvre du manteau de la religion, on craint de porter quelque atteinte aux droits de la divinité en punissant les forfaits des hommes. Que ces scrupules ne vous arrêtent pas ; de nombreux décrets des pontifes, des sénatus-consultes et les réponses des haruspices doivent vous en affranchir. Combien de fois nos pères et nos aïeux n’ont-ils pas chargé les magistrats de s’opposer à toute cérémonie d’un culte étranger, d’interdire le Forum, le Cirque et la ville aux prêtres et aux devins, de rechercher et de brûler les livres de prophéties, de proscrire tout rite, tout sacrifice autres que ceux des Romains ! Ils pensaient en effet, ces hommes si versés dans la connaissance des lois divines et humaines, que rien ne tendait plus à détruire le culte national que l'introduction des pratiques étrangères ».
« Voilà ce dont j’ai cru devoir vous prévenir, pour éloigner de vos esprits toute crainte superstitieuse, quand vous nous verrez anéantir les Bacchanales et dissoudre ces infâmes réunions. Dans tout cela, nous agirons avec l’aide et la protection des dieux. Ce sont eux qui, indignés de voir le crime et la débauche profaner leur majesté de leurs souillures, les ont fait sortir de l’obscurité où ils se cachaient et les ont dévoilés au grand jour, non pour les laisser impunis mais pour les écraser sous le poids d’une éclatante vengeance ».
« Le sénat m’a chargé, ainsi que mon collègue, d’informer extraordinairement sur cette affaire ; nous accomplirons avec zèle la mission qui nous est personnellement confiée. Nous avons enjoint aux magistrats inférieurs de veiller la nuit sur la ville. Vous, de votre côté, remplissez les devoirs de votre position ; que chacun exécute ponctuellement, dans le poste qui lui sera assigné, les ordres qu’il recevra, et prévienne par sa vigilance les dangers ou les troubles que pourrait faire naître la trahison ».
[39,17] Mesures prises contre la secte
Les consuls firent ensuite donner lecture des sénatus-consultes et annoncer des récompenses pour quiconque leur amènerait ou leur découvrirait un coupable. « Si quelque prévenu, dirent-ils, prenait la fuite, ils lui fixeraient un jour pour comparaître et, s’il ne répondait pas à la citation, il serait condamné par contumace. Si parmi les accusés il s’en trouvait qui fussent en ce moment hors de l’Italie, on leur accorderait un plus long délai pour leur donner les moyens de venir plaider leur cause. « Ils défendirent ensuite de rien vendre ou acheter qui pût favoriser la fuite, d’accueillir, de cacher ou d’aider en aucune façon les fugitifs.
L’assemblée était à peine congédiée que de vives alarmes se répandirent par toute la ville. Cette frayeur ne se renferma point dans l’enceinte de Rome ni même dans son territoire, mais elle gagna bientôt l’Italie dans tous les sens, lorsqu’on eut reçu les lettres des citoyens qui communiquaient à leurs hôtes des villes le sénatus-consulte, la harangue de Postumius et l’édit des consuls. Pendant la nuit qui suivit le jour où l’affaire fut exposée au peuple, les postes établis aux portes par les triumvirs arrêtèrent beaucoup de fugitifs et les forcèrent à retourner sur leurs pas ; d’autres furent dénoncés et quelques-uns d’entre eux, hommes et femmes, se donnèrent la mort.
On portait le nombre des conjurés à plus de sept mille personnes des deux sexes. On savait que les chefs du complot étaient les plébéiens Marcus et Caius Atinius, le Falisque L. Opicernius et le Campanien Minius Cerrinius. C’étaient eux qui avaient commencé la série des forfaits et des infamies, eux qui étaient les grands-prêtres et les fondateurs de la nouvelle religion. On s’occupa de les saisir au plus tôt. Ils furent amenés devant les consuls, avouèrent tout et furent exécutés sur-le-champ.
[39,18] La répression
Mais le nombre des fugitifs était si considérable que, pour épargner une condamnation à plusieurs citoyens qui étaient en procès, les préteurs T. Minius et M. Licinius furent obligés d’accorder un sursis de trente jours et d’attendre que les consuls eussent achevé leur enquête. Il en fut de même pour les accusés qui ne comparaissaient pas à Rome et qu’on n’y pouvait trouver ; leur absence força les consuls à parcourir les bourgs voisins pour y chercher ceux qu’ils poursuivaient et les juger.
Ceux qui n’avaient été qu’initiés et qui n’avaient fait que répéter après le prêtre la formule sacramentelle, comprenant l’engagement infâme de se livrer à tous les excès, du crime et du libertinage, mais qui n’avaient souffert ou commis aucune des turpitudes dont leur serment leur faisait une loi, furent laissés en prison. Tous les initiés coupables de prostitution ou de meurtre, de faux témoignages, de fausses signatures, de testaments supposés, ou de toute autre fraude aussi déshonorante, furent condamnés à mort. Leur nombre fut plus grand que celui des prisonniers : on remarqua dans les deux catégories beaucoup d’hommes et de femmes. Les femmes condamnées furent remises entre les mains de leurs parents ou de ceux en puissance de qui elles se trouvaient, pour qu’ils les fissent exécuter en particulier. S’il n’y avait personne qui pût être chargé de leur supplice, on les exécutait publiquement.
On enjoignit ensuite aux consuls de s’occuper de détruire les Bacchanales d’abord à Rome, puis dans toute l’Italie, et de ne respecter que les autels ou statues anciennement consacrés à Bacchus. Un sénatus-consulte régla pour l’avenir qu’il n’y aurait plus de Bacchanales à Rome, ni dans l’Italie ; que si quelqu’un était convaincu de l’importance et de la nécessité de ces mystères, s’il croyait ne pouvoir se dispenser de les célébrer sans éprouver des scrupules et redouter un malheur, il ferait sa déclaration au préteur, qui en référerait au sénat ; et si cent sénateurs au moins lui accordaient l’autorisation, il ne pourrait célébrer la cérémonie qu’en présence de cinq personnes au plus, sans qu’on eût mis de l’argent en commun pour les frais, sans qu’on eût pris un prêtre ou un sacrificateur.









par les initiés dans les
temples de Samothrace, parmi lesquels nous trouvons, lorsqu’ils ne sont que deux, Jupiter en haut et Bacchus en bas. Jacques-Antoine Dulaure prétend que le nom, puisqu’il est calqué sur Baal, est
un diminutif de « Baal de Koush ». Car Bacchus est le nom romain du dieu grec Dionysos, dont le même auteur cité, ajoute qu’il est Adon, Dieu-Taureau, que la mythologie helléniste finit
par appeler Adonis. Adon est identifié avec Thammuz. Toutefois, passer de « Dionysos » à « Bacchus » pour célébrer la même divinité réclame des précisions. Dulaure assimile
alors Mendès, Dieu-Bouc des Egyptiens du Nord, avec Bacis et propose alors que ce nom ait servi pour former « Bacchus ».
provient « Vache » ; étant mâle, il est le
« taureau », et les Bacchantes à son côté sont logiquement les « femmes du taureau » (Dieu-Taureau) ».
à Bacchus, à Minerve, etc. C’est pour cela que nos
coutumes défendent qu’on les mène dans les jeunes bois, ou qu’on les laisse aller dans les vignes mais seulement dans les montagnes et les lieux incultes. Les boucs et les chèvres sont les plus
lascifs de tous les animaux et ceux dont l’odeur est plus forte et plus mauvaise. Les Hébreux donnent l’épithète de (Tsaddé-Phé-Yod-Resh), ou « matineux », soit parce qu’il est en
effet, et qu’il conduit les chèvres aux pâturages de bon matin, soit parce qu’en certaine saison il se tourne toujours du côté de l’Orient » (Dictionnaire universel français et latin
vulgairement appelé Dictionnaire de Trevoux).
l’ancien vocabulaire slave en « Bog » signifiant « noir », et nous connaissons
« Tchernobog », voulant dire « dieu noir ». Sauf que sa représentation, à ce dieu saturnien, pouvait bien être celle d’un caprin cornu, à n’en pas douter, et que bien
des assistants à la célébration qui lui était faite jadis dans les bois, disaient qu’ils allaient « voir le Noir » tout en visualisant une idole comme celle d’un bouc empaillé. Et qu’à
force, « Bog » évolué en « Bock » s’est apparenté à l’animal, et qui a pris finalement le nom de « Bouc ».
Ceux-ci avaient-ils vocation à en
rajouter sur le caractère dangereux de pareilles sectes, est-ce la « pure vérité », ou des intérêts ont poussé à noircir volontairement les traits de ces cérémonies ? Car, ajoutons
de suite, que ceux des Romains au pouvoir qui s’exclamèrent de frayeur pour ce qu’il se passait dans les Bacchanales ne peuvent pas défendre un bilan plus brillant en ce qui concerne les usages
quotidiens des différents César, dont l’Histoire envisage pour le compte de chacun, orgie sur orgie, crime sur crime, infamie sur infamie.
Qui entend
« Génie », terme romain, comprend « Djinn », terme arabe. Repris par les Hébreux, ce mot « Djinn » (Guimel-Yod-Nun) a pour nombre 63, qui est le chiffre de
l’abréviation « Zon » pour « Zakhor va N’qava » signifiant « le mâle dans la femelle ». C’est sans doute primaire, mais le « Djinn », notre indispensable
compagnon, s’il faut lui donner une figure, vient s’apparenter « au mâle dans la femelle ». Ceci peut plus simplement signifier que le Djinn est un être sexué, d’où qu’il est demi-dieu,
à la fois dieu, à la fois comme nous. Paracelse confirme « que les hommes sont les fils des élémentals, ceux-ci sont nos progéniteurs ».
compté comme lettre finale. Et 713 est le chiffre de « Shabbathaï », qui est le nom hébreu de la planète Saturne. A son tour, Saturne est le maître de la
constellation du Capricorne ou Caprin cornu. Conséquence : une figure possible du Djinn est celle d’un capricorne ou bouc. En somme, l’entité est un demi-dieu mais il peut être représenté
sous la force d’un cornu.
« corne » (Annick de Souzenelle écrit de
« Qeren », valant 1000, qu’il s’agit de la « toute-puissance »), qu’ainsi la représentation d’une entité avec des cornes marquait qu’il était un être
lumineux.
figuré sous cette forme. Et comme ce signe zodiacal comprend
en lui la constellation du Cocher et dans celle-ci l’étoile la plus lumineuse nommée « Capella » (chèvre), les hommes pouvaient appeler indifféremment ce signe du Taureau ou du
Bouc ; ce même Bouc qui vient finir ses derniers jours avant de mourir dans le signe du Capricorne. Donc, les figures du bouc et du taureau représentaient ce Dieu-Soleil, d’où qu’Osiris
avait cette représentation, et tant d’autres après lui.
« signe des
Poissons » étant « Mazal Daguim » (Mem-Zain-Lamed/Daleth-Guimel-Yod-Mem), et « Nun » étant le « poisson mâle » - qui s’inclut dans « Djinn », d’où les
mystiques orientaux ont obtenu le nom « Daguini » pour « Dâkinî » (mot sanscrit) ; ce qui suppose que l’apparence de cette divinité féminine devient celle d’une femme avec des
caractéristiques du poisson, réputé pour la « perpétuation », un aspect qui vient inclure la « génération ». Les mêmes mystiques orientaux, par le nombre des langues vivantes,
ont vu permuter les noms, ainsi nous trouvons « Nâga », d’une certaine manière le mot « Djinn » inversé, qui est le « serpent ». Et la Nymphe ou Ondine est appelée
« Nâgy Apsara » ou « Serpente des Eaux » ; et l’on ajoute qu’elle est la « patronne de l’amour ». L’icône du poisson se change en un serpent femelle, ainsi l’on
ajoute à la perpétuation de l’espèce (génération) l’érotisme (le mouvement ondulant du serpent lorsqu’il se déplace). Donc, la représentation d’une divinité d’aspect féminin pouvait être celle
d’une femme ayant des signes auspicieux du serpent, pour signifier, lorsqu’elle fut exposée, que ceux des hommes qui vouaient un culte devant sa face ne sacrifiaient pas à une femme mais bien à
une divinité, laquelle appartenait au règne des puissances élémentales.
fécondité, cela altéra la vertu des exercices et augmenta les
raisons de la débauche. Qu’encore d’autres commandèrent des vœux lors de ces célébrations, qu’ainsi le sexe devint synonyme de sorcellerie, incantation, bénéfice ou maléfice, magie noire :
et la même orgie se changea en une conjuration. Enfin, que certains supplantèrent au phallus un mullos (culte du Yoni, culte de Shakti, culte de AO chez Seth, culte de OB, etc…) et que des hommes
firent vœu de dévotion devant le sexe féminin engendra maints ennemis, et les pratiques allant toujours plus vers la licence, rendirent le rituel à l’égal d’un art sexuel éloigné du spirituel,
jusqu’à prendre, pour exister encore, le chemin de la clandestinité.
croient en Jésus-Christ, comme prophète, élu pour instruire les hommes, et leur donner la loi. Ils adressent indifféremment leurs prières
aux apôtres, à la vierge et aux anciens prophètes. Ils pratiquent le baptême d’immersion ; ils célèbrent la nativité, l’ascension de Jésus-Christ, et quelques autres fêtes instituées parmi
nous. Ils en ont une singulière, qu’ils appellent du nom de la « Matrice ». On les voit, dans cette solennité, saluer les femmes avec un saint respect, se prosterner devant elles, et
embrasser affectueusement leurs genoux. De là vient qu’on les nomme « Adorateurs de la Matrice ».
Cette nation est connue en Syrie sous la dénomination de « Cirsundre », conçue et formée de l’action d’éteindre les lumières »
(Voyage dans l’île de Chypre, la Syrie et la Palestine, par l’abbé Mariti, t. II, p.62).
« qu’Astar » a quelque lien avec Astarté, Jean-Baptiste Félix Lajard, de son côté, tente d’expliquer ce nom : « Plusieurs auteurs modernes ont fait dériver du mot
persan « astara » (astar) ou « étoile », le nom « d’Astarté ». Il faut ajouter qu’en zend, « çtâra » signifie « astres », et que ce mot répond au
sanscrit védique « strî » et au sanscrit actuel « târâ » ou « étoile ». Les mots « astara » pour « étoile » et « Al-Zahar » pour
« splendeur, éclat » décrivent la planète Vénus et semblent former le nom « Astarté » ». Monsieur Lajard ajoute, en outre, « que le mot persan pour
« or » est « zara » ou « zérin », lié à « brillance », d’où les Arabes appelaient la planète Vénus (la Brillante)
« Al-Zahar ».)
considérée comme le
seul moyen par lequel pouvait s’accomplir parfaitement l’union spirituelle ». Nous trouvons pareille adoration du Yoni chez les mystiques tantriques, dont la représentation figure Shakti*.
Nous reprenons : « Dessiné sur le cône, précisément auprès de cette moitié de l’image de Mylitta (androgyne) qui appartient au sexe masculin, le ctéis semble, par cette position, y
indiquer quel sacrifice particulier cette divinité exigeait de ses nombreuses sectatrices, en même temps que ses prêtresses juraient, au pied de ses images ou de ses autels » (Jean-Baptiste
Félix Lajard – Recherches sur le culte, les symboles, les attributs et les monuments figurés de Vénus en Orient et en Occident ; 1837). Toutes ces dévotions phalliques sont proches de celles
qui se célébraient pour le culte rendu à Seth le débauché (Setan) ou Satan le serpent lascif.
libertinage. Les mystères de la Vénus populaire, et ceux
de Cotytto, ces assemblées nocturnes, où des personnes des deux sexes se livraient indistinctement à la fougue de leurs désirs ; assemblées dont l’existence est attestée par plusieurs
écrivains de l’antiquité, et qui subsistent encore dans quelques parties de la Syrie, de la Perse et de l’Inde, sont les preuves de la dégradation et des suites funestes de l’usage antique des
prostitutions religieuses ».
l’Euphrate, par Sestini, p.136, 139). Une secte d’Indiens pratique la même
cérémonie, qu’ils nomment le sacrifice de Shakti. Les brames, confondus avec les « parias », se réunissent pour manger les mets les plus sales, et affectent, dans ce festin, la
malpropreté la plus dégoûtante. Tous les convives s’enivrent, et s’abandonnent ensuite à tous les excès de la plus infâme débauche » (Voyez « Le voyage au pays de Bambout », suivi
d’observations sur les castes indiennes). Bien sûr, chacun le comprend, ceci est bel et bien une description faite par un profane de la cérémonie pûjâ des 5M connue par certains tantristes,
incluant la célèbre pratique du Maïthuna » (Jacques-Antoine Dulaure - Des cultes qui ont précédé l’idolâtrie).
« d’Heva » le grand serpent luxurieux, et les kabbalistes noirs distinguent « Heva » (Chet-Vau-Aleph », qui est un
« pouvoir », de « Eve » (Chet-Vau-Hé), qui est la « mère des vivants », celle qui engendre ou qui procrée. L’Orient traduit « Heva » par « le désir de
séduire », ajoutant : « Heva est la séduction comme battre des cils, faire danser les yeux, rire, parler en s’interrompant, ressentir un amour profond pour l’amant et se comporter
en conséquence » ; puis, « Lîlâ » est « l’amusement » ; enfin « Lâlitâ » est le « charme », l’action pour la fille ou la femme
« de mouvoir avec art ses cils, ses yeux, ses mains, ses pieds ».
naît de quatre façons : de
la pratique (abbyâsa), de l’imagination (vichâra = abhimâna), de la substitution (sampratyapâda), ou de l’objet (vishaya) ».
fantasme qui mène la danse. D’un point de vue magique, les sorciers ont établi une existence de certains incubes dont c’est l’ouvrage de tenter
l’imaginaire humain par des pensées salaces et honteuses, et ceux-ci sont justement nommés « Fantasmes ».
l’art d’aimer est un homme mort ».
Parfois encore, il y a des « serviteurs » (Lilioth), qui « portent des anneaux brillants à leurs oreilles,
pratiquent le coït buccal avec d’autres hommes ». « Des citadins qui ont ce genre d’inclinations et qui renoncent aux femmes et s’en passent volontiers parce qu’ils s’aiment, liés par
une profonde et confiante amitié, se marient ensemble. « Fais-moi cela, après je te le ferai ». Plaçant leurs corps en position contraire, ils restent indifférents à tout dans les
moments de passion. Ils sont de deux sortes, selon qu’ils vivent ouvertement sans complexes ou sont dissimulés. Les femmes se comportent de même. Parfois dans le secret des appartements
intérieurs, ayant une totale confiance l’une dans l’autre, à la manière des putains, elles se lèchent mutuellement la vulve » (Kamasutra).


























