Aleister Crowley – Le Livre de la Loi
Liber Al vel Legis sub figura CCXX
Premier chapitre
1.Had ! La manifestation de Nuit.
2.Le dévoilement de l’assemblée du ciel.
3.Chaque homme et chaque femme est une étoile.
4.Chaque nombre est infini ; il n’y a pas de différence.
5.Aide-moi, ô Seigneur guerrier de Thèbes, en mon dévoilement devant les Enfants des hommes !
6.Sois Hadit, mon centre secret, mon cœur & ma langue !
7.Vois ! Ceci est révélé par Aiwass le ministre de Hoor-paar-kraat.
8.Le khabs est dans le Khu, non le Khu dans le Khabs.
9.Adore donc le Khabs, et contemple ma lumière répandue sur toi !
10.Que mes serviteurs soient peu & secrets : ils régneront sur la multitude et le connu.
11.Ce sont des fous que les hommes adorent : leurs Dieux & leurs hommes sont également fous.
12.Montrez-vous, ô enfants, sous les étoiles & prenez votre comble d’amour !
13.Je suis au-dessus de vous et en vous. Mon extase est dans la vôtre. Ma joie est de voir votre joie.
14.Là-haut, l’azur gemmé est la splendeur nue de Nuit ; elle ploie dans l’extase pour embrasser les ardeurs secrètes d’Hadit. Le globe ailé, le bleu étoilé, sont miens, ô Ankh-af-na-khonsu !
15.Maintenant, saurez-vous que le prêtre et apôtre, élu de l’espace infini, est le Prince-Prêtre la Bête ; et en sa femme appelée la Femme Ecarlate est tout pouvoir donné. Ils rassembleront mes enfants en leur bercail : ils apporteront la gloire des étoiles dans le cœur des hommes.
16.Car Il est à jamais un soleil, et elle une lune. Mais à lui est la secrète flamme ailée, et à elle la voûte de lumière stellaire.
17.Mais vous n’êtes pas ainsi élus.
18.Brûle sur leurs fronts, ô splendide serpent !
19.O femme aux paupières azurées, ploie sur eux !
20.La clé des rituels est dans le mot secret que je lui ai donné.
21.Avec le Dieu et l’Adorateur, je suis rien ; ils ne me voient pas. Ils sont tels que sur terre ; je suis le Ciel et il n’y a d’autre Dieu que moi, et mon seigneur Hadit.
22.Maintenant donc, je suis connu de vous par mon nom Nuit, et de lui par un nom secret que je lui donnerai lorsqu’enfin il me connaîtra. Puisque je suis Infini Spatial et son Infini Stellaire, de même faites ainsi. Ne liez rien ! Qu’il n’y ait pas de différence entre telle chose et telle autre chose : car de là vient la douleur.
23.Mais quiconque prévaut en cela, qu’il soit le chef de tous !
24.Je suis Nuit et mon mot est six et cinquante.
25.Divise, additionne, multiplie et comprend.
26.Puis le prophète et esclave de la belle dit : Qui suis-je, et quel sera le signe ? Alors, lui répondit-elle, se penchant, une chatoyante flamme de bleu, touchant tout, pénétrant tout, ses mains adorables sur la terre noire, et son corps arqué pour l’amour, et ses pieds délicats ne faisant aucun mal aux petites fleurs : Tu sais ! Et le signe sera mon extase, la conscience de la continuité de l’existence, l’omniprésence de mon corps.
27.Alors le prêtre répondit et dit à la Reine de l’Espace, embrassant ses adorables sourcils, et la rosée de sa lumière baignant tout son corps d’un doux parfum de sueur : O Nuit, continue du Ciel, qu’il en soit toujours ainsi, que les hommes ne parlent pas de Toi comme Une mais comme Aucune, et qu’ils ne parlent pas du tout de toi puisque tu es continue !
28.Aucune, exhala la lumière, pâle & féérique, des étoiles, et deux.
29.Car je suis divisée, par égard pour l’amour, pour l’opportunité de l’union.
30.Ceci est la création du monde, que la souffrance de la division est comme rien, et la joie de la dissolution tout.
31.De ces fous d’hommes et leurs malheurs, ne te soucie pas ! Ils ressentent peu : ce qui est, est équilibré par de faibles joies ; mais vous êtes mes élus.
32.Obéissez à mon prophète ! Poursuivez les épreuves de ma connaissance ! Ne recherchez que moi ! Alors les joies de mon amour vous délivreront de toute souffrance. C’est ainsi : je le jure par la voûte de mon corps ; par mon cœur et ma langue sacrés ; par tout ce que je puis donner, par tout ce que je désire de vous tous.
33.Alors le prêtre entre dans une transe profonde ou pâmoison & dit à la Rien du Ciel : écris-nous les épreuves ; écris-nous les rituels ; écris-nous la loi !
34.Mais elle dit : les épreuves je n’écris point : les rituels seront à moitié connus et à moitié cachés : la Loi est pour tous.
35.Ce que tu écris est le triple livre de Loi.
36.Mon scribe Ankh-af-na-khonsu, le prêtre des princes, ne devra pas d’une seule lettre changer ce livre : mais de crainte qu’il n’y ait folie, il le commentera par la sagesse de Râ-Hoor-Khu-it.
37.De même les mantras et les incantations ; l’obéah et le wanga ; l’œuvre de la baguette et l’œuvre de l’épée ; ceux-ci apprendra-t-il et enseignera-t-il.
38.Il doit enseigner : mais il peut rendre difficiles les épreuves.
39.Le mot de la Loi est Volonté.
40.Qui nous appelle Thélémites ne se trompera pas, s’il regarde d’assez près le mot. Puisqu’il recèle Trois Grades, l’Ermite, l’Amoureux et l’homme de la Terre. Fais ce que voudras sera le Tout de la Loi.
41.Le mot du péché est Restriction, homme ! Ne refuse pas ta femme si elle veut ! Amoureux, si tu le veux, pars ! Il n’est d’autre lien que l’amour, qui puisse unir le dividé : tout autre est une malédiction. Maudit ! Maudit soit-il pour les éons ! Enfer.
42.Que soit cet état de multitude lié et odieux. Ainsi avec ton tout ; tu n’as nul droit hormis faire ta volonté.
43.Fais ainsi, et nul ne dira nenni.
44.Car le pur vouloir, inassouvi d’objet, libéré de la soif de résultat, est en tout point parfait.
45.Le Parfait et le Parfait sont un Parfait et non deux : non, ne sont aucuns !
46.Rien est une clé secrète de cette Loi. Soixante et un les Juifs l’appellent-ils ; je l’appelle Huit, Quatre-vingts, quatre cent & dix huit.
47.Mais ils ont la moitié : unis par ton art de sorte que tout disparaisse.
48.Mon prophète est un fou avec son un, un, un ; ne sont-ils point le Bœuf, et aucuns par le Livre ?
49.Abrogés sont tous rituels, toutes épreuves, tous mots et signes. Râ-Hoor-Khuit a pris sa place à l’Est à l’Equinoxe des Dieux ; et que Asar soit avec Isa, qui eux aussi sont uns. Mais ils ne sont pas de moi. Que Asar soit l’adorant, Isa la dolente ; Hoor en sa splendeur et son nom secret est le Seigneur initiant.
50.Il y a un mot à dire au sujet de la tâche Hiérophantique. Vois ! Il y a trois épreuves en une, et elle peut être donnée de trois manières. Le brut doit passer par le feu ; que le subtil soit éprouvé par l’intellect, et les élus sublimes, par le plus haut. Ainsi avez-vous étoile & étoile, système & système ; qu’aucun ne connaisse bien l’autre !
51.Il y a quatre portes à un palais ; le sol de ce palais est d’argent et d’or ; lapis lazuli & jaspe sont là ; et tous parfums rares ; jasmin & rose, et les emblèmes de la mort. Qu’il franchisse les quatre portes l’une après l’autre ou en même temps ; qu’il se tienne sur le sol du palais. Ne sombrera-t-il pas ? Amn. Hé ! guerrier, si ton serviteur sombre ? Mais il y a moyens et moyens. Pour cette raison, soyez beaux : revêtez-vous tous de belles parures ; mangez des mets succulents et buvez des vins qui moussent ! Aussi, prenez votre comble et votre désir d’amour à volonté, quand, où, et avec qui vous le voulez ! Mais toujours pour moi.
52.Si cela n’est pas juste ; si tu confonds les marques de l’espace, disant : Elles sont unes ; ou disant, elles sont plusieurs ; si le rituel ne m’est pas toujours consacré : alors, attends-toi aux inquiétants jugements de Râ-Hoor-Khuit !
53.Ceci régénéra le monde, le petit monde ma sœur, mon cœur & ma langue, vers qui j’envoie ce baiser. Aussi, O scribe et prophète, bien que tu sois des princes, ceci ne t’assouvira ni ne t’absoudra. Mais que l’extase soit tienne et joie de la terre : toujours pour moi ! Pour Moi !
54.Ne change pas plus que le style d’une lettre ; car vois ! toi, ô prophète, ne contempleras point tous ces mystères qui sont cachés.
55.L’enfant de tes entrailles, il les verra
56.Ne l’attends ni de l’Est, ni de l’Ouest ; car d’aucune demeure attendue ne vient cet enfant. Aum ! Tous les mots sont sacrés et tous les prophètes sont vrais ; sauf qu’ils ne comprennent qu’un peu ; résouds la première moitié de l’équation, laisse la seconde inattaquée. Mais tu as tout à la claire lumière, et un peu, quoique pas du tout, dans l’obscurité.
57.Invoque moi sous mes étoiles ! l’amour est la loi, l’amour sous la volonté. Ni ne laisse les fous se méprendre sur l’amour ; car il y a amour et amour. Il y a la colombe, et il y a le serpent. Choisissez bien ! Lui, mon prophète, a choisi, connaissant la loi de forteresse, et le grand mystère de la Maison de Dieu. Toutes ces vieilles lettres de mon Livre sont correctes ; mais (Tsaddé) n’est pas l’étoile. Cela aussi est secret ; mon prophète le révèlera aux sages.
58.Je donne d’inimaginables joies sur terre : certitude, non foi, pendant la vie, sur la mort ; paix indicible, repos, extase ; ni ne demande quoi que ce soit en sacrifice.
59.Mon encens et de bois résineux & de gommes ; et il n’y a pas de sang en lui ; à cause de mes cheveux les arbres de l’éternité.
60.Mon nombre est 11, comme tous leurs nombres qui sont des nôtres. L’étoile à cinq branches, avec un cercle en son milieu & le cercle est rouge. Ma couleur est noire pour l’aveugle mais le bleu et l’or sont vus du voyant. J’ai aussi une gloire secrète pour ceux qui m’aiment.
61.Mais m’aimer est mieux que toute chose : si sous les étoiles de la nuit dans le désert, tu brûles à présent mon encens devant moi, m’invoquant d’un cœur pur, et la flamme Serpent au dedans, viendras-tu un peu en mon sein t’y reposer. Pour un baiser, voudras-tu alors tout donner ; mais quiconque donnera ne serait-ce qu’un grain de poussière perdra tout en cette heure. Vous rassemblerez des biens et abondance de femmes et d’épices ; vous porterez de riches joyaux ; vous surpasserez les nations de la terre en splendeur et fierté ; mais toujours pour l’amour de moi, et ainsi viendrez-vous à ma joie. Je vous charge instamment de venir devant moi dans une seule robe et couvert d’une riche coiffe. Je t’aime ! Je te désire ! Pâle ou pourpre, et ivresse du sens le plus intime, te désire. Revêts les ailes et éveille la splendeur lovée en toi : viens à moi !









la
fourrure » est la première œuvre marquante de la littérature qui s’attache à décrire la relation entre un homme et une femme où la représentation extrême de l’amour prend la forme d’un
esclavage librement choisi et consenti.
s’accoupler
avec le « sadisme », autre mot que nous devons au célèbre Marquis de Sade malgré lui, la lecture de « La Vénus en fourrure » n’importe point pour son seul caractère érotique
mais bien parce qu’il détient un contenant mystique, même s’il demeure superficiel, il atteste au moins que l’auteur lui-même s’y soit plongé assez sérieusement pour en extraire une compréhension
affinée.
(…) L’amour en tant que joie parfaite et sérénité divine ne vaut rien pour vous, hommes modernes, fils de la réflexion et de
la raison. La nature est à vos yeux une ennemie.
la femme est l’objet désiré ; voilà son seul avantage, mais combien décisif. La nature nous livre l’homme grâce à la passion, et la femme qui ne sait faire de lui
son humble sujet, son esclave, oui, son jouet, pour enfin le trahir en riant, celle-là n’est guère avisée. Mes principes reposent sur deux mille ans d’expérience. Plus la femme se montre soumise,
plus vite l’homme retrouve son sang-froid et devient dominateur ; mais, plus elle est cruelle et se montre infidèle, plus elle le maltraite, plus elle joue follement avec lui, moins elle
s’attendrit, et plus, alors, elle aiguise la volupté de l’homme, plus elle est aimée et adorée. Il en a été ainsi de tout temps, depuis Hélène et Dalila jusqu’à Catherine II et Lola
Montez ».
Quittant Vénus, l’auteur transfert son dialogue avec une certaine Wanda, laquelle, lorsqu’elle confie son interprétation de l’amour sensuel, profère les mêmes intentions que la
divinité.
Il semble que l’homme qui bat sa femme touche à la bestialité la plus primitive, mais que dans le sens inverse, et lorsque la
femme est à ce point idolâtrée et faisant ainsi d’elle une déesse, l’auteur croit toucher au divin, il accède à la nébuleuse des dieux qui boivent l’Ambroisie. Voici comment Séverin a eu le
déclic du contenant de cruauté dans l’amour et qu’il y a trouvé « matière » à jouissance, lui le « suprasensuel » :
Quant à la fourrure, et que l’auteur insiste de mentionner, comme s’il s’agissait d’un vêtement prompt à la domination sur autrui lorsqu’une femme la porte, Wanda disant que « cela
donne à la femme quelque chose d’altier, d’imposant », elle est finalement défendue pour ce qu’elle fait ressembler Madame « à une grande chatte » : « C’est de là que
vient l’influence bienfaisante et diabolique qu’exercent, sur les êtres spirituels et impressionnables, la compagnie des chats ». L’animal choisi ne peut manquer de rappeler au mystique la
figure de Bastet, divinité correspondant à Vénus, qu’une lionne montrait à son origine, puis panthère (cf. Bacchante) et un chat.
signifiant combien elles se sentaient prêtes à supporter les assauts virils des mâles même les plus exigeants. 
femme n’est
qu’un manque de caractère. La meilleure femme peut momentanément sombrer dans la boue, et la pire peut inopinément s’élever à de grandes et bonnes actions, confondant ainsi ses contempteurs.
Toute femme, bonne ou mauvaise, est capable à chaque instant d’avoir les pensées, les actions et les sentiments les plus diaboliques comme les plus divins, les plus sordides comme les plus purs.
La femme, malgré tous les progrès de la civilisation, est restée telle qu’elle est sortie des mains de la nature, elle est comme les bêtes sauvages, elle peut se montrer fidèle ou infidèle,
bienveillante ou cruelle, selon les sentiments qui la dominent. L’homme obéit à des principes quand la femme, elle, n’obéit qu’à ses sentiments. N’oublie jamais cela, et ne sois jamais sûr de la
femme que tu aimes ».
grands mystères) ; il prouve qu’une entité astrale dispose
d’organes similaires aux nôtres bien qu’invisibles ; et sans doute de proportions différentes. Ainsi, un démon, que ce soit un incube ou un succube (parfois, l’aptitude androgyne du démon
fait qu’il peut être l’un et devenir l’autre), est une entité infernale parce qu’elle est sexuée, et nous pouvons même croire que son sexe est du double de la taille du nôtre, et pourquoi pas du
triple ! Ce ne sont pas les mesures qui comptent ici, mais un moyen d’expliquer la frénésie sexuelle qui habite ces êtres. Un démon succube ou « démone » porte un sexe féminin
d’une taille supérieure à celle d’une femme, d’où qu’une insatiabilité lubrique l’habite continuellement et l’incite constamment à trouver moyen d’obtenir du plaisir
lascif.
impudicité, émanent, ou bien de Vénus,
ou bien de la Lune, c’est-à-dire, respectivement du règne d’Asmodée ou de celui de Lilith et Nahashiel. Le mot « démon », que les Hébreux écrivent « Shedim »
(Shin-Daleth-Yod-Mem) (354), se dit au singulier « Sedu » (Shin-Daleth-Vau) (310) ; aussi le « démon Asmodée » (Aleph-Shin-Mem-Daleth-Aleph-Yod) (356) porte-t-il, lors de
sa célébration « salace » le nombre 310+356+=666. Régnant dans Vénus mais venant de Mars, il est rouge écarlate lorsqu’il est exposé.
pour le commerce charnel avec les hommes, excluant
les Salamandres (Esprits du Feu), trop brûlants, et les Gnomes (Esprits de la Terre), trop petits.
des
hommes n’ont rien de comparable. (…) La terre est remplie presque jusqu’au centre de Gnomes, gens de petite stature, gardiens des trésors, des minières et des pierreries : ceux-ci sont
ingénieux, amis de l’homme, et faciles à commander. Ils fournissent aux enfants des sages tout l’argent qui leur est nécessaire, et ne demandent guère pour prix de leur service, que la gloire
d’être commandés. Les Gnomides leurs femmes sont petites mais fort agréables, et leur habit est fort curieux. (…) Quant aux Salamandres, habitants enflammés de la région du feu, ils servent aux
philosophes : mais ils ne recherchent pas avec empressement leur compagnie ; et leurs filles et leurs femmes se font voir rarement. (…) Les femmes des Salamandres sont belles, et plus
belles même que
toutes les autres, puisqu’elles
sont d’un élément pur. Je ne vous en parlais pas, et je passais succinctement la description de ces peuples, parce que vous les verrez vous-même à loisir et facilement si vous en avez la
curiosité. Vous verrez leurs habits, leurs vivres, leurs mœurs, leur police et leurs lois admirables. Vous serez charmé de la beauté de leur esprit encore plus que de celle de leur corps »
(Comte de Gabalis – Entretiens sur les sciences secrètes).
luxurieuses étaient vécues comme des sacrifices rendus à des déesses
et dieux, où le lubrique se mêlait au sacré, où la lascivité faisait corps avec le sortilège, où le corps-à-corps sexuel servait la magie, forcément des puissances infernales finissaient par
sortir de leur « ombre », et même si elles n’existaient pas, les
gagner davantage
d’argent, les hommes sacrifiaient par la luxure au temple afin de satisfaire leurs vœux et, pour cela, s’impliquaient totalement dans le rituel que le prêtre leur proposait
d’accomplir.
énergétiques formé dans l’invisible. Celui d’un dieu ou d’un démon célèbre est en permanence alimenté par toutes les prières faites en
son nom. Sa puissance vient du fait qu’il est crédité par toutes ces parcelles de pensées-forces, qui viennent à lui, et très peu débité, du fait que le courant, dans l’autre sens, c’est-à-dire
de l’égrégore au particulier, est difficile à établir ».
Eliphas Levi précise à son tour que ces entités sont nommées « des fantômes, les anciens les appelaient encore les
larves, les lémures, les empuses. Ils aimaient la vapeur du sang répandu et fuyaient le tranchant du glaive. La théurgie les évoquait et la kabbale les connaissait sous le nom d’esprits
élémentaires ou élémentals. Ce n’était pourtant que des esprits mortels, des coagulations fluidiques » (Eliphas Levi – La clé des grands mystères).
Eliphas Levi croit bon d’ajouter que « les personnes obsédées par des fantômes sont ordinairement exaltées par un célibat trop rigoureux, ou affaiblies par des excès de
débauche ». Des cas comme ceux-ci devaient être nombreux à fréquenter les temples d’Astarté.
qu’un moyen de communication. Supposons une
réunion d’hommes légers, inconséquents, occupés de leurs plaisirs ; quels seront les Esprits qui s’y trouveront de préférence ? Ainsi, toutes les fois que des hommes s’assemblent, ils
ont avec eux une assemblée occulte qui sympathise avec leurs qualités ou leurs travers, et cela abstraction faite de toute pensée d’évocation. Admettons maintenant qu’ils aient la possibilité de
s’entretenir avec les êtres du monde invisible par un interprète, c’est-à-dire par un médium ; quels sont ceux qui vont répondre à leur appel ? Evidemment ceux qui sont là, tout prêts,
et qui ne cherchent qu’une occasion de se communiquer ».
démons incubes succubes qu’ils ont nommés, pour les mâles des
« Lilioth » et pour les femelles, des « Lilin ». Sans doute en liaison avec l’idolâtrie que les Babyloniens entretenaient avec Astarté Mylitta, la déesse des prostitutions et
des débauches. Des prêtres, ceux que nous appelons les « prêtres d’Astaroth », engendraient de ces démons à partir des unions illégitimes et entretenaient postérieurement avec eux une
liaison en vue de réaliser des vœux bénéfiques ou maléfiques.
D’où, « Babylone la Grande Prostituée », a fait s’émanciper, tel un essaim de guêpes, des millions, des
milliards d’entités attirées par l’obscène et la débauche qui parcourent le monde et entretiennent les hommes comme s’ils voudraient continuellement la voir remettre sur ses flots, cette terre de
la luxure. Et ils y parviennent, quels que soient les courants, contraires ou alliés, Babylone renaît de ses cendres à chaque génération, d’une manière plus ou moins décadente, sur quelque
continent du monde, avec ses mêmes frivolités. Exit les sacrifices, peu leur importe, reste les exercices.
peut être l’origine de ce nom « Mylitta » ? Assurément, il faut se tourner du côté des Grecs anciens qui connaissaient une certaine Ilith ou Ilithye dont
ils dressent un portrait cité ici : « Ilith ou Ilithye (à la rigueur Ilithyie), Ilithyia, autrement Eleutho, haute divinité de la Grèce Asianisante, se prend pour la déesse des
accouchements, mais dans la réalité, s’élève aux rôles de Nuit primitive, de Grande Fécondatrice, de Mère des êtres. Ce qui suit suffira pour convaincre, sans même qu’il soit besoin d’invoquer
des preuves qu’Ilithye n’est point une déesse d’origine grecque. Ceci posé, est-il croyable que l’étymologie puisse reconnaître un mot grec dans son nom ? C’est pourtant ce que l’on a fait
généralement jusqu’ici. Un prétendu verbe est, dit-on, la racine du nom d’Ilithye ».
« Ma-Ilithya ». La racine « Ma », liée à l’antique « Moth » signifiant « mère », peut être rapprochée de « Matrone » (fille) ou
« Matronita » (mère). Très exactement, « « Matrone » signifie « Maîtresse », « Reine » et tout à la fois la fille, la fiancée, l’épouse et la sœur
jumelle du Roi. Anciennement dans le saint des saints du temple, l’union entre le Roi (qu’un Dieu-Bouc figurait) et la Matrone avait lieu une fois par semaine dans la nuit du vendredi au
samedi ; elle est encore une amante, une vierge et une guerrière ». Comme écrit, « Lorsque Matronita est séparée et confrontée avec le Roi, dans l’excellence du Sabbat, toutes
choses deviennent un seul corps » (Ha Idra zuta Kadisha, XXII, 746).
décrit certains sacrifices
qui étaient rendus dans ses temples et qui décrivent des pratiques luxurieuses, car la prostitution sacrée alimentait les lieux. Nous reprenons : « Les Babyloniens, dit-il, ont une loi
bien honteuse. Toute femme, née dans le pays est obligée, une fois dans sa vie, de se rendre au temple de Vénus, pour s’y livrer à un étranger. Quand une femme a pris place en ce lieu, elle ne
peut retourner chez elle que quelque étranger ne lui ait jeté de l’argent sur les genoux, et n’ait eu commerce avec elle hors du lieu sacré. Il faut que l’étranger, en lui jetant de l’argent, lui
dise : « J’invoque la déesse Mylitta. Or, les Assyriens donnent à Vénus le nom de « Mylitta ». Quelque modique que soit la somme, il n’éprouvera point de refus, la loi le
défend ; car cet argent devient sacré. Enfin, quand elle s’est acquittée de ce qu’elle devait à la Déesse, en s’abandonnant à un étranger, elle retourne chez elle. Après cela, quelque somme
qu’on lui donne, il n’est pas possible de la séduire.
Car « Mylitta,
aussi nommée Ninlil, est la parèdre de Enlil ; dans la version akkadienne, on la retrouve aussi sous le nom de Mulissu. Elle est la Déesse de la fertilité et de l’amour physique à qui il
était rendu un culte sous forme de prostitution sacrée selon ce que raconte Hérodote. Sa légende venue de Nippur la décrit ayant une relation amoureuse avec Enlil, et de leur union nait trois
créatures infernales. La jeune Ninlil est séduite par le dieu Enlil alors qu’elle se baigne dans un canal, en dépit des mises en garde de sa mère et elle donne naissance au dieu Nanna.
Lorsqu’Enlil est banni de Nippur à cause de cette relation coupable, Ninlil le suit dans sa fuite jusque dans l’Ikalla. Elle parvient à s’accoupler encore avec lui, malgré les déguisements
multiples du dieu, et conçoit chaque fois un nouvel enfant. Le dernier passage chante les louanges d’Enlil et de Ninlil devenus parents.
Des figures dessinées sur des cônes montrent, à propos du culte de Mylitta, des expositions phalliques supposant une pleine virginité
de la part de ses fidèles. Cependant, « le culte dégénéra, dans la suite, en de honteuses prostitutions. Le souvenir des excès de ce genre qui souillèrent les temples de la divinité se
trouve consigné dans de nombreuses traditions » (Jean-Baptiste Félix Lajard – Recherches sur le culte, les symboles, les attributs et les monuments figurés de Vénus en Orient et en
Occident ; 1837). Le même auteur ajoute : « On trouve encore une représentation de Vénus Mylitta sous l’emblème d’un palmier femelle entouré de deux boucs (Jean-Baptiste Félix
Lajard – Recherches sur le culte, les symboles, les attributs et les monuments figurés de Vénus en Orient et en Occident ; 1837).
hommes. Les prêtres de cette Déesse remplissaient
ordinairement les fonctions de leur ministère avec des habits de femme. La plupart des Grecs déclarèrent Vénus du sexe féminin, et les Romains adoptèrent cette décision. On voit, par ce précepte,
que ce n’était pas seulement les filles, mais aussi les jeunes hommes qui se livraient à cette infâme dévotion qu’est la prostitution sacrée » (Jacques-Antoine Dulaure - Des cultes qui ont
précédé l’idolâtrie).
s’adressait à Mars, elle devait porter, comme un homme, armes et armure » (Francis King – Esotérisme et sexualité).
Toutes deux, la dernière surtout, conviennent à
Ilithye. Lorsque Babylone vient à « chuter » (Le Livre de l’Apocalypse - Ap 18), déesses et dieux eux-mêmes sont jetés, leurs temples sont détruits, leurs prêtres poursuivis, leurs
réalités subtiles chassées sous terre. Un ordre suffit pour qu’ils quittent le Ciel et tombent dans les ténèbres. Des dévots continuent de les idolâtrer mais clandestinement. Comme cela, Mylitta
ou « Ma-Ilithye » devient « Lilith » et gagne les profondeurs ténébreuses. Privée de ses temples, elle est en manque de sexe, d’où qu’elle est décrite comme une
« insatiable ». A moins que ce dernier qualificatif provienne encore des sacrifices luxurieux et débauchés qui lui étaient rendus du temps où elle était Mylitta.
elle le saisit, l’embrasse… ses cheveux sont peignés et teints en rouge. A
ses oreilles pendent des bijoux, sa bouche est tenue à peine ouverte, superbement offerte et sa langue est effilée comme une épée. Ses lèvres magnifiques sont rouges, elle est vêtue de pourpre.
Le fou la suit, boit la coupe de vin, puis se débauche avec elle et s’égare après elle. Lorsqu’elle ôte ses vêtements, elle se transforme en un guerrier puissant qui se dresse contre lui habillé
d’un vêtement de feu ardent » (Mystère des mystères – traduction C. Mopsik).
« La matrona Lilith a l’aspect d’une
belle femme avec une tête fine, mais sous la taille, elle brûle, du nombril aux pieds est faite de feu » (Kabbalah Mâassith). D’un point de vue mystique, le haut du corps peut représenter le
Ciel ; le bas, l’Enfer, Mylitta montrait le haut, Lilith le bas. Mais nous sommes assurés par Monsieur Lajard que leurs attributs symboliques à Mylitta et à Lilith étaient les
mêmes.
Svadhisthana, par déduction nous trouvons là Isis la séductrice et Osiris le premier Priape, lesquels, parce que leur chakra est en liaison
avec Ajna, sont liés à Seth, maître de ce dernier centre de force. Comme l’écrivait Jacques-Antoine Dulaure, « Vénus, le Soleil et Saturne ont affaire avec la génération ». Quel est le
rôle de Seth ? Il est la « conscience » de la luxure, support indispensable à toute excitation, c’est lui qui met un nom aux choses et leur donne ainsi une réalité, donc une
émotion. Si nous disons à quelqu’un : « Ceci est un objet », c’est clair dans l’esprit de celui qui écoute, mais très vague ; si nous précisons : « Ceci est un
piano », l’auditeur peut immédiatement imaginer l’objet. Ici, c’est pareil, ce qui produit une excitation de ce qui n’enthousiasme rien dans le domaine érotique, c’est Saturne-Seth qui en a
cette conscience et qui intervient dès qu’une réalité peut contenir du sensuel en elle et stimuler le génital qui est « Isis et Osiris ». Ou, tout au contraire, qui peut bloquer tout
désir sexuel et empêcher le couple cité de s’enthousiasmer…
Lors de la cérémonie noire, un autel sert aux usages magiques. Dans la Messe Noire, la célébration satanique de Tchort,
celle de Seth, d’Isis et d’Osiris (Bacchus et Vénus), une femme nue sert d’autel, pas systématiquement, et certains se demandent quelles paroles peuvent être prononcées sur ce corps découvert,
offert sensuellement, comme consécration. Le mage Aleister Crowley en avait proposé une efficace pour Babalon ; et nous estimons, pour les idolâtres de Lilith, qu’il suffit de prendre ce
texte et d’y substituer à Babalon « Lilith » pour obtenir les paroles magiques parfaites.
Vêtu des apparats de Satan avec la cape, le célébrant prononce la consécration en pointant avec son index, sa baguette
magique ou son épée (bien que chaque objet ait son rôle particulier, la baguette servant à attirer, comme le doigt, tandis que l’épée sert à chasser ; mais dans le cas présent, l’épée peut
receler un caractère d’impressionnabilité plus important) aux endroits dont il cite la direction, Est, Sud, Nord, Ouest, etc.
Sous l’impudente poitrine de
Babalon
Je suis Son Prêtre la
Bête
Fais ce que voudras
sera le tout de la Loi.
Je jure en direction
du Centre
eaux ; c’est avec elles qu’ont
forniqué les rois de la terre, et les habitants de la terre se sont saoulés du vin de sa prostitution ». Il me transporta au désert, en esprit. Et je vis une femme, assise sur une Bête
écarlate couverte de titres blasphématoires et portant sept têtes et dix couronnes. La femme, vêtue de pourpre et d’écarlate, étincelait d’or, de pierres précieuses et de perles ; elle
tenait à la main une coupe en or, remplie d’abominations et des souillures de sa prostitution. Sur son front, un nom était inscrit – un mystère ! – « Babylone la Grande, la mère des
prostituées et des abominations de la terre ». Et sous mes yeux, la femme se saoulait du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus. A sa vue, je fus bien stupéfait ; mais l’ange
me dit : « Pourquoi t’étonner ? Je vais te dire, moi, le mystère de la femme de la Bête qui la porte, aux sept têtes et aux dix cornes » (Ap 17 – 2/18).


























