Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 14:11



Il est toujours délicat de mélanger des matières aussi éloignées que peuvent l’être la physiologie et la mystique. Cependant, selon des initiés, chaque partie du corps est utilisée comme un symbole ou ayant une correspondance significative. Par exemple, l’œil conduit à l’âme ; les bras ou les jambes symbolisent la force. L’enseignement cabaliste propose même une description entière du corps humain, vue sous un angle mystique, intitulé le « microcosme ».

 

Même le glorieux art hiératique nous conduit à cette forme d’étude, étant dans la logique de la théorie des semblables. Nous rappelons : « De même que les dialecticiens de l’amour s’élèvent à partir de toutes beautés sensibles jusqu’à ce qu’ils rencontrent le principe unique de toute beauté, ainsi les « initiés » ont-ils fondé cette science hiératique ».

 

Par exemple, en reprenant certaines de nos explications d’un nom, nous savons, d’après certains auteurs, que les divinités Ishtar (Babylonie), Astarté (Phénicie), Isis, Hathor (Egypte), Vénus (Rome), Innana (Mésopotamie) ou encore Asheroth sont, au commencement de leur « carrière », la même Entité. Donc, logiquement, la construction de leur nom, même la plus officielle, doit correspondre. Ainsi nous obtenons pour Hathor le sens de « maison mondaine d’Horus » (Nelchael) et pour Ishtar la racine « Isha » signifiant la Senora, la Maîtresse ou la Déesse. Par « maison mondaine », chacun comprend qu’il s’agit, sur le plan physiologique, de la matrice. Ainsi la matrice est la Senora, la Maîtresse ou la Déesse ; elle revêt ainsi, pour le mystique, une valeur des plus importantes. Le tantrisme vient conformer pareil propos puisqu’il est écrit que « le yoni est la Déesse ». Bien sûr, rendre sacré un objet nécessite un rituel approprié, d’où la pratique du Maïthuna par exemple ; dans ce cas de figure, la matrice ou le yoni est célébrée jusqu’à ce qu’elle devienne effectivement, dans l’esprit du dévot, la représentation de la Déesse.

 

Une pareille célébration est évoquée dans le poème dédié à Kâlî :

 

« Il devient à coup sûr

Le maître de ce monde

Celui qui, dans un cimetière,

Nu, les cheveux défaits,

Médite sur Ta gloire (yoni – matrice)

Et récite les sept mantras ;

(…)

Il vivra dans Ton paradis

Celui qui redira

Sans cesse tes mantras

En méditant sur le yoni (gloire)

Qu’il couvrira de fleurs ».

 

Puis vient la cuisse de la jambe. Chez la femme favorable ou yoginî, elle participe activement à l’augmentation de sa force érotique (vîrya). L’expression « droit de cuissage » utilise indirectement le mot « cuisse » alors que l’expression signifie « un droit légendaire, qu’auraient possédé certains seigneurs, de passer avec la femme d’un serf, la première nuit de noces ». Nous avons convenu qu’une pareille pratique peut exister entre une Entité supérieure du Désir et un initié. La Nagî Apsara – la succube – peut imposer à son « élu » un droit de cuissage.

 

Le « Dictionnaire des Symboles » propose une symbolique de la cuisse qui ne laisse aucune ambiguïté sur son sens luxurieux. En résumé, comme « la Reine Maeve offre l’amitié de sa cuisse aux hommes qu’elle veut tenter ou dont elle est simplement amoureuse », la cuisse n’a d’autre symbolique meilleure que la possession érotique puis celle de la matrice – le mythe de la cuisse de Jupiter – dans laquelle l’élu doit réapprendre son éducation sexuelle dans sa compréhension véritable, c’est-à-dire mystique.

 

La cuisse étant par ailleurs un symbole de la force, de la puissance, la femme favorable ou yoginî qui a de belles cuisses est douée d’une force sexuelle redoutable. Mais annoncer une telle correspondance sans chercher à en comprendre le sens profond reviendrait à écrire un ouvrage de morphologie sexuelle. En fait, la force, nous le savons, correspond à Mars. Ce dernier est en affinité avec le caractère « Phé ». Il est maître du signe du Scorpion et celui-ci est lié au caractère « Nun » signifiant « poisson ». Dans le corps humain, le signe des Poissons correspond aux pieds, dont nous savons par ailleurs, qu’ils sont un emblème, pour les Chinois, de l’Entité douée de « la plus haute subtilité sensuelle ».

 

C’est le signe du Sagittaire qui correspond, dans le corps humain, aux cuisses. Le « porteur de l’arc et des flèches » n’est autre que le divin Eros. Mais nous savons, par ailleurs, que Vénus s’est appropriée ses pouvoirs et qu’elle règne ainsi (dans le zodiaque des brahmanes, le maître du Scorpion est Kâma – Eros -). De même, le mythe sexuel concernant l’union de Mars avec Vénus signifie que l’aspect fougueux, impétueux de Mars a totalement été « absorbé » par la Vénus du Scorpion. C’est elle qui est Mars. Ou comme le confirme d’une autre manière un verset du poème dédié à Kâlî :

 

« Brahmâ, c’est Toi (Kâlî)

Qui règnes sur les mondes ;

Vishnou, c’est Toi ; c’est Toi, Shiva ;

Et tous les dieux, toutes les choses » !

 

En somme, dans sa configuration érotique, la cuisse est un symbole du viril Mars… qui est en fait Vénus ou Kâlî ! La description du microcosme homme, dans l’enseignement cabaliste, confirme cette proposition : « (…) De Netzah (Vénus – NDA) et Hod (Mercure – NDA) sont formées les cuisses et les jambes, qui se terminent, comme les bras, par les symboles du 5, mais qui ne sont pas aussi mobiles, suites à l’influence de Malkuth ».

 

En transposant ces éléments d’informations avec notre sujet, la Déesse « de la plus haute subtilité sensuelle » marque la force redoutable de sa vigueur sexuelle dans la cuisse, elle déploie l’énergie « vîrya » qui impose sa nature dominatrice. C’est Kiel Lillal, la Maîtresse (Senora) qui porte le Vajra (phallus), debout et dominant « sur le seuil de son palais ».

 

La cuisse tient encore pour un lieu de gestation, à l’égal d’une grotte ou d’une caverne. On ne peut s’empêcher d’évoquer l’aspect initiatique qui prévaut dans toute quête mystique, même et surtout lorsqu’elle concerne des aspects probants ayant trait à l’érotisme.

 

Comme le fait comprendre l’auteur Ellis Havelock dans son ouvrage « Erotic symbolism », les « pieds biens faits » d’une femme, chaussés dans un soulier à haut talons, peuvent susciter un plaisir intense chez le fétichiste. Une raison supérieure peut être qu’ils deviennent alors une représentation symbolique directe de la Déesse (la Vénus dans le Scorpion, par ailleurs « porteuse des emblèmes sexuels »). Pour sa part, la cuisse manifeste sa puissance redoutable dans le domaine érotique, au point de la rendre dominatrice sans égal. 

 

Nous venons de l’écrire plus haut et nous reprenons, les cuisses ne sont pas seulement formées par Netzah (Vénus) mais aussi par Hod (Mercure) ou Mercure - Hermès. Nous retrouvons cette pareille collaboration dans les correspondances des yeux : « (…) Vénus est l’œil gauche ; Mercure est l’œil droit, « l’œil de la Sagesse », c’est-à-dire qu’il correspond magnétiquement avec le centre occulte situé dans le cerveau appelé « Troisième Œil » ». (HPB – Doctrine secrète 6 ; p.160) Par ailleurs, nous savons que le rayon OD (rayonnant séducteur) se réfère à Vénus et le rayon OB (absorbant phallique) à Mercure – Hermès.

 

Ces deux influences (OD=11 (Force ou Désir – Serpent) et OB=9 (Teth – Serpent), Eliphas Lévi les devine dans le symbole du caducée d’Hermès. L’auteur cabaliste écrit : « Ces forces sont des puissances magnétiques, figurées par les deux serpents du caducée : la Lumière Astrale OD active (dite positive), OB passive (dite négative) et AOUR lorsqu’elle est équilibrée ; soit les deux serpents d’Hermès, l’un bleu et l’autre rouge, qui s’enlacent autour d’un sceptre d’argent à tête d’or ».

 

Ce symbole du caducée n’est pas seulement un emblème de la vie, de la santé, ou encore de l’alchimie ou de la cabale. En Inde, il existe de nombreux caducées dessinés sur des pierres ou sur des gravures. A ceux-ci, des mystiques leur accordent un sens phallique, démontrent ainsi, malgré eux, qu’il existe un lien entre la Lumière magnétique de l’OD et le plaisir des sens lorsqu’il est envisagé sous son aspect  mystique.

 

L’auteur de « Tantra, le culte de la féminité », écrit : « (…) Le symbolisme sexuel du Nagâ est majeur dans le tantrisme. (…) Il est si chargé de sexualité que des femmes stériles lui font des offrandes et viennent se frotter contre la pierre pour avoir des enfants. Le Nagâ dessine un lingam mais sa forme en zigzag finit par former des cercles à l’image du yoni ». L’auteur ajoute qu’on a trouvé un caducée pareil à Sumer, là où les mystiques trouvèrent le nom de Kiel Lillal ou Ishtaritu Lilitu. Car, soulignons-le ici, « Nagî » est le féminin de Nagâ, ce fameux serpent du caducée visible en Inde

 

Puis André Van Lysebeth écrit : « (…) En parcourant le pays dravidien, au sud de Madras, j’ai été surpris de voir à quel point ces caducées dravidiens sont la copie conforme du caducée méditerranéen (caducée d’Hermès). (…) Les brahmanes nous disent que les deux serpents symbolisent des conduits d’énergie longeant la colonne vertébrale alors que le Nagâ est un symbole sexuel tantrique, au même titre que le lingam : en Inde, chacun sait qu’il s’agit de cobras copulant, car c’est enlacés et dressés que les serpents s’accouplent ». (André Van Lysebeth – Tantra, le culte de la féminité)

 

En même temps que le caducée est considéré comme un symbole sexuel tantrique, Eliphas Lévi l’envisage comme un emblème parfait du phénomène appelé OD OB AOUR : «  (OD OB AOUR), c’est l’élément vital qui se manifeste par les phénomènes de chaleur, de lumière, d’électricité et de magnétisme, qui aimante tous les globes terrestres et tous les êtres vivants. Dans cet agent même se manifestent les preuves (…) sur l’équilibre et sur le mouvement par la double polarité dont l’une attire, tandis que l’autre repousse, dont l’une produit le chaud, l’autre le froid (…). La Lumière Astrale est nommée OD OB et AOUR ; soit les deux serpents d’Hermès, l’un bleu et l’autre rouge, qui s’enlacent autour d’un sceptre d’argent à tête d’or. Ces forces sont le mouvement perpétuel de l’horloge des siècles : lorsque l’un des serpents se resserre, l’autre se détend ». (Eliphas Lévi – La clef des grands mystères)

 

L’influence OD, qui traverse l’œil de la femme favorable ou yoginî, agit sur le pôle phallique astral de l’homme mâle (le « bouc » doué du processus de transmutation des énergies reçues, captées ou absorbées) ; pour l’aider, OD est accompagnée de OB, une influence décrite comme phallique, parce que déjà douée de ce pouvoir de transmutation. L’auteur Akron dit de ce pôle phallique astral dans l’homme mâle, qu’il est « Mercurius, l’esprit créateur emprisonné dans la forme ». Plus loin, il ajoute au sujet du processus solve – coagula : « (…) C’est le processus alchimique de purification et de transformation par lequel est libéré l’esprit prisonnier de la matière et grâce auquel se réunifient ce qui était délié (cf. citations de Rudolf Steiner sur la séparation chaque nuit des corps astral et divin du corps physique) ».

 

Jusqu’ici, nous avons fait correspondre le nombre 11 avec la lame de la Force ou du Désir, elle-même liée au caractère « Teth » (Tarot de Crowley) et le nombre 9 avec ce même « Teth », pour signifier qu’il s’agissait à chaque fois d’une influence. Ici, nous devons considérer la nature profonde de celle-ci. Le 9 correspond au caractère « Yod » ou « principe créateur originel, force divine » et le signe qui lui est affilié est la Vierge. Pour notre part, nous connaissons deux Vierge, la Vierge pure « d’en haut » et la Vierge dans le Scorpion « descendue ou tombée dans la génération ». Manifestement, la Vierge participe d’un processus solve – coagula ressemblant fortement au sixième verset de la Table d’Emeraude d’Hermès Trismégiste : « Tu sépareras le subtil de l’épais, doucement avec grande industrie ». Et le septième verset voulant dessiner ce processus d’action : « Il monte de la Terre au Ciel (Plan Astral – NDA) et derechef (de nouveau – NDA), il descend en terre et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures ».

 

La Vierge (d’en haut) diffuse une Lumière pure qui tombe dans un plan en-dessous du sien et perd ainsi de sa vertu. La Vierge dans le Scorpion la reçoit et la projette à son tour dans le monde phénoménal. Le pôle phallique du corps astral de chacun ou Mercurius éprouve la nécessité de capter à lui des particules ou des « poussières » de cette Lumière, composée d’OD et de OB. Celle-ci, émise dans le plan inférieur, sitôt perçue par l’homme, subit le désagrément de la souillure. Elle a pourtant conformément suivi le principe : « Nous devons descendre en terre pour espérer remonter vers la plus haute Lumière ». Mercurius, aidé de OB, se charge de transmuter ces « poussières » de Lumière afin de les purifier pour qu’elles puissent remonter dans le Plan Supérieur, d’en faire ainsi l’offrande à la gloire de la Vierge dans le Scorpion. Ainsi, la boucle est bouclée.    

 

Une précision s’impose ici : à chaque fois le nom d’une autre divinité est employé pour signifier les propriétés du « bouc », le pôle phallique masculin. Quand son processus alchimique ou « processus de transmutation des énergies reçues » est évoqué, il est appelé Mercurius ; quand c’est sa virilité, c’est Mars ; quand c’est son pouvoir créateur (procréateur dans le plan physique, créateur dans le plan métaphysique), c’est Saturne (Bacchus, etc…). La mystique occultiste enseigne que les sept Elohim, lorsqu’ils prirent l’initiative de créer l’homme à leur ressemblance ne purent y arriver, « faute de puissance virile » : il leur manquait « l’âme de la paternité » que pouvait seul leur apporter (Saturne). (Gerald Massey / source HPB ; Doctrine secrète 5 ; p.218)

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte
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