Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 14:16



Ce chapitre vient compléter celui de l’EROS charnel. Notre intérêt s’est porté sur l’existence d’un Dieu « fabricateur du corps de chair de l’homme ». Certains mystiques écrivent qu’il n’est pas seulement un Dieu mais un couple ou une Divinité androgyne. Certains tantriques disent que le Dieu « authentique » est concerné par le monde non-manifesté, la Déesse par le monde de la manifestation. Ainsi, c’est une Entité divine d’aspect féminin (Kâlî) qui règne sur le plan d’en bas et c’est elle qui, par son androgynie, façonne le couple divin Shiva-Shakti ou Saturne-Vénus. Le poème ésotérique qui lui est dédié affirme :

 

Brahmâ, c’est Toi

Qui règnes sur les mondes ;

Vishnu, c’est Toi ; c’est Toi Shiva ;

Et tous les dieux, toutes les choses !

 

Il en est qui vénèrent

Maints autres dieux que Toi, ô Mère,

Montrant par là leur ignorance

De la plus haute Vérité !

 

Ou encore :

 

« Parfois LALITA, la Volupté Suprême, prend une forme masculine et devient Krishna. Elle ensorcelle alors le monde… » (Alain Daniélou – Le mystère du culte du linga)

 

Le chapitre de l’EROS charnel met en relief la réalité suivante : si le sexe est, pour l’homme de chair, d’une importance primordiale, ne serait-ce que pour sa capacité à reproduire l’espèce et à s’assurer une descendance, il devient forcément, sur un plan mystique, un moyen d’approcher le Divin « fabricateur », et les organes sexuels se révèlent ainsi des emblèmes symboliques du Dieu et de la Déesse.

 

L’homme au « corps de chair » peut espérer en son avenir parce qu’il est porteur d’un sexe mais c’est pour cette même raison qu’il est condamné à mourir. C’est ainsi que les Anciens connurent des Dieux qu’ils admiraient et redoutaient en même temps, qu’ils définissaient comme « Dieu du sexe et de la mort ». Les initiés de l’Inde Antique connaissent « Mâra » ; la Doctrine secrète écrit à son sujet : « Mâra est un des noms de Kâma (EROS), le premier Dieu dans les Védas ». (HPB – Doctrine secrète 4 ; p.168) Les anciens cultes des Mystères connaissent aussi Archon, Dieu du sexe et de la mort, figuré avec une tête d’animal.

 

C’est ainsi que dans les cérémonies les plus occultes, ce Dieu particulier est représenté par les organes génitaux de l’homme et de la femme, puisque c’est par eux et par leur réunion que sont engendrés les hommes « de chair et de sang ». C’est ce qui explique en partie la description du culte des Kabirs dans les temples grecs, « en grande partie phallique et, par suite, obscène aux yeux du profane ». 

 

C’est Shiva qui est le plus souvent représenté par un phallus. Une légende à son sujet rapporte : « (…) Parce qu’il ne pouvait trouver un seul instant où Shiva et Shakti n’étaient pas en copulation, le sage (…) les maudit en disant : « Vous serez vénérés sous la forme d’un phallus planté dans une vulve ». En tant que symboles du Divin, les deux organes s’appellent linga (phallus) et yoni (vulve). Le premier est figuré par une forme dressée, érigée (un Djed pour Osiris), le second par une coupe.

 

On connaît ce verset tiré du Skanda Purâna qui prête souvent à confusion et dont le sens véritable est cependant hautement spirituel : « Celui qui laisse s’écouler sa vie sans avoir honoré le phallus, a perdu son temps. Après la mort, il n’atteindra pas un monde meilleur. Son intelligence se dégradera. Si l’on met en balance d’un côté l’adoration du phallus et de l’autre la charité, le jeûne, les pèlerinages, les sacrifices et la vertu, c’est l’adoration du phallus, source de plaisir et de libération, qui protège de l’adversité, qui l’emporte ».

 

La Doctrine secrète écrit pour sa part : « (…) (Celui qui est fait à l’image de Dieu) correspond à une image priapique. Les mots hébreux « Sacr’ » et « N’cabvah » traduits littéralement, veulent dire Lingam (phallus) et Yoni (Ctéïs). Le nom cabalistique (de l’Adam-Kadmon) n’est pas celui d’un homme vivant, mais bien celui des deux sexes ou des deux organes de procréation ; ces deux organes constituent donc « l’image » sous laquelle le « Seigneur Dieu » apparaissait… » (HPB – Doctrine secrète 4 ; p.26)

 

Et que dire encore des cérémonies pratiquées en l’honneur de Saturne, le Gardien du Seuil, évoqué ainsi par ses initiés : « (…) Derrière lui se trouve un pilier colossal dont la forme fait penser à un phallus en érection. C’est la représentation de l’énergie créatrice sous sa forme humaine la plus matérielle ». Sans compter toutes les Divinités des panthéons grec et romain, « phallifiées » et pour cette raison, diabolisées par les Chrétiens ensuite…

 

Mais on le sait aussi, le Dieu « fabricateur du corps de chair de l’homme » ne s’incarne pas. La « tunique de peau » ou « Aor » suppose que la lumière subtile est cachée derrière le vêtement extérieur qui la recouvre, et que trouvera l’initié. Le Dieu lui-même ne portant pas cette peau, il est fait entièrement de cette seule lumière subtile. C’est la Lumière Magnétique que ne peuvent pas « voir » les hommes mortels. Son règne se trouve donc une fois de plus dans ce que les occultistes et les cabalistes appellent le Plan Astral.

 

Si les organes reproducteurs de l’homme et de la femme peuvent servir comme des emblèmes symboliques suffisamment significatifs pour représenter le Dieu et la Déesse, c’est qu’ils sont d’une importance qui dépasse notre propre croyance à leur sujet. Le lingam subtil, divinisé, est décrit ainsi dans la mystique d’Osiris : « L’objet mystérieux est le fétiche, c’est un pieu ou une colonne élargie à sa base et le pharaon lui-même vient célébrer le culte de « l’érection du Djed » ». La coupe qui figure LALITA n’est pas non plus exemptée de louanges puisqu’elle règne au cœur de toute célébration tantrique (pûjâ) ; l’officiant, rendant hommage à la Déesse, prend la coupe dans sa main et dit : « Lève-toi, calice béni, toi en qui la Déesse habite ! Et puisses-Tu, en grâce, me donner toujours le succès ! Qu’il soit à jamais pour les miens pourvu des qualités qui font un bon brahmane ».

 

La version tantrique tend à modérer la suprématie accordée au symbole du phallus. En effet, Dieu le Tout-Puissant ne peut pas être raisonnablement symbolisé par un phallus au risque de restreindre considérablement sa Réalité cosmogonique, astronomique, etc… Etant le Seigneur du monde non-manifesté, sa dimension d’Etre divin est si incompréhensible pour l’homme qu’aucune icône de quelque sorte n’est capable de le représenter correctement. A l’inverse, la Déesse est la manifestation. Elle règne depuis le monde non-manifesté dans celui de la manifestation. Certains auteurs écrivent : « Elle est toute chose et toute chose est Elle. La coupe, posée sur l’autel de sa vénération, est d’abord son emblème ; puis, après les prières liturgiques et les offrandes faites en son nom, les mantras prononcés, elle devient Elle, la Déesse ».

 

La Déesse, androgyne par sa nature, s’implique dans deux formes opposées et complémentaires qui deviennent le Dieu et la Déesse. Leur symbole respectif à chacun devient le phallus (lingam) et la vulve (yoni). Le Dieu apparaît ainsi sous une forme phallique. On peut rester l’air interrogatif devant une pareille théorie et pourtant les différents récits mythologiques des Dieux « masculin » phalliques leur accordent en général des vertus sacrificielles et obéissent à des lois cycliques. Ainsi le Dieu Osiris se trouve tué et coupé en quatorze morceaux par Seth avant d’être jeté dans le Nil ; Isis ne connut jamais un tel sort ! Idem pour Bacchus, qui est « attaqué, mit en pièces et bouilli en morceaux par les Titans » ; Vénus ne souffrit jamais autant ! La mystique du Dieu cornu n’est pas plus tendre avec lui : « (…) Le Dieu cornu se soumet à la Déesse. S’il meurt, c’est toujours au service de la vie ».

 

Le tantrisme n’a donc pas tort d’affirmer que dans les arcanes du Désir, « Shiva, c’est Kâlî » ; ou encore : « Shiva, quand il est uni à Shakti (la voluptueuse Kâmeshvarî, parèdre de Kâma – EROS -), est capable de créer ; mais sans elle, le Dieu est incapable même de se mouvoir ».

 

Les antagonismes foisonnent dans les enseignements ésotériques. Ainsi, le phallus est l’organe sexuel de l’homme mâle dans le plan physique et la vulve, celui de la femme. Mais nous savons aussi que le phallus « démesurément agrandi » peut être la forme subtile du Fluide Magnétique du corps astral inférieur chez la femme Lilith et que la vulve « démesurément agrandie » celle prise par le Fluide chez l’homme mâle. Le Phallus est « Sacr’ » ou « Zakhor » et les valeurs de ses caractères totalisent 11, soit dans le Tarot, la lame de la Force ou du Désir. La vulve est « N’cabvah » ou « niqva » et son total fait 13, soit la Mort (ou la Renaissance ou la « naissance par procréation »). Ils correspondent, dans leur symbolique la plus spirituelle, avec les caractères « Yod » et « Hé », soit le « principe créateur » et la « matrice », cependant leurs éléments sont pour « Yod », la Vierge, et pour « Hé », le Bélier. Or, la Vierge est la Lune, la féminité, Vénus, etc… ; et le Bélier est un emblème phallique et solaire indéniable (Amon-Rhâ). 

 

Ces quelques paradoxes présentent au moins un intérêt : celui de remarquer, en toute logique, que le Fluide Magnétique du corps astral inférieur de la femme Lilith correspond avec la lame 11 du Tarot, soit la Force ou surtout, le Désir. Le mot « Sacr’ » étant sa figure subtile, sa sculpture physique devient le corps glorifié ou corps de glorification. Le même Fluide chez l’homme correspond avec la lame 13 du Tarot, soit la Mort ou la Renaissance. Ici, il ne s’agit pas de la mort physique mais du seul fait que le corps astral inférieur de l’homme n’est pas émetteur d’un rayonnement attractif subtil puisqu’en réalité, il est un « absorbant », un « capteur », celui qui « reçoit afin de transmuter », de transformer positivement.

 

Il ne convient pas pour autant de rabaisser la situation de l’homme mâle. Porteur du phallus en tant qu’organe génital, il est le seul à être le détenteur du semen qui est de la « lumière liquide ». Cette seule possession suffit à lui donner un règne puissant. Il est l’omega du processus étudié jusqu’ici. Sans lui, point de remontée possible, point de transmutation, point de Tejas…

 

Un principe d’inversion ou de retournement semble se dessiner à chaque fois lorsque nous passons du Plan Astral au plan physique et inversement. L’enseignement cabaliste le relève dans l’étude de l’Arbre Séphirotique et l’occultisme le connaît à travers l’étude de la lumière. Ainsi, dans les arcanes du Désir, la femme Lilith est porteuse d’un phallus « démesurément agrandi » dans son double astral et son organe génital est une vulve ; chez l’homme, c’est exactement l’inverse, l’homme mâle est porteur du phallus mais son double astral prend la forme d’une vulve « démesurément agrandie ». En somme, la « tunique de chair » qui vient couvrir l’homme véritable est un « vêtement retourné ». Ceci ne signifie nullement que la femme est un homme et inversement. Car nous savons que la nature du Fluide Magnétique est androgyne et que dans d’autres domaines de la vie, il peut prendre une forme « mâle » ou « femelle » en fonction des circonstances. Il confirme seulement une réalité défendue par certains spiritualistes, dévoilée au précédent chapitre : l’homme est d’une nature androgyne.

 

Une autre réalité s’impose ici : notre conception des pôles masculin et féminin dans le plan physique est différente dans le Plan Astral, elle prend une dimension plus complexe. Ce qu’on appelle communément un Dieu ou une Déesse, étant une Entité androgyne (la représentation de Shiva le montre toujours moitié homme d’un côté, moitié femme de l’autre), il est délicat de lui donner une figure uniquement masculine ou uniquement féminine. Un Dieu n’étant, par définition, pas sexué, il est masculin – féminin. Idem pour la Déesse.

 

Dans le cas du Dieu « fabricateur du corps de chair de l’homme », les différents mystiques le représentent sous une forme phallique et le symbolisent par un « lingam planté dans un yoni ». Autrement, le phallus (lingam) peut bien être considéré comme la représentation la plus efficace, d’un point de vue ésotérique, du Dieu « Seigneur de la vie », « Porteur du Germe divin » et de son « principe créateur », tant qu’il sert à l’honorer dans sa dimension phallique justement.

 

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte
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