Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 16:35

La traduction généralement avancée pour « diable » est « divisé » pour « dia » et « calomniateur » pour « bolos », deux racines grecques. Ou alors « bolos » peut aussi signifier « jeter » et alors le diable est « celui qui est à jeter » car, l’exact sens, selon Jacques Lacan, est « jeté à côté », donc le « diable fait l’objet d’un ratage permanent ». On devine aisément combien toutes ces traductions conviennent à l’Eglise autant d’hier que d’aujourd’hui.


Pourtant, nos recherches assidues pour trouver un sens crédible au mot « diable » obligent d’avoir étudié cette fameuse science des incubes et des succubes. Tout simplement déjà parce que « dia » signifiant « double » abonde dans le sens enseigné par Joris-Karl Huysmans dans « Là-bas » qui veut que le démon peut être incube puis succube, il peut changer du mâle à la femelle, rejoint ainsi le Shiva oriental de nature androgyne. Soit, le « diable » est le démon « qui est fait des deux natures », mâle ou femelle selon sa volonté, incube et succube.

 

 

 

Vient « bolos » qui signifie « jet, action de jeter » et aussi « trait, coup de dés, de filet ». Pour ce dernier sens, on entendrait alors « celui qui se jette sur… » ; « celui qui jette son dévolu », « qui jette son influence ».

 

C’est sans aucun doute plus profond que cela. On connaît dans le domaine des sciences occultes un célèbre alchimiste que « Le Livre d’Hermès », traduit en grec, nous fait connaître nommé Bolos. Il demeure à Mendès en Egypte. Il travaille sur la transmutation des métaux précieux et est capable de changer le plomb en or. Les pierres précieuses font partie de son domaine d’études. Comment se fait-il que ce brave alchimiste très réputé travaille dans une cité dont il fait l’éloge pour ses productions et qui n’est autre que Mendès, nom qui veut dire « bouc » selon Jacques-Antoine Dulaure ; car l’on adorait le Bouc Mendès, selon Hérodote ; qui est la meilleure représentation de Satan selon les Satanistes.

 

Le nom « Bolos » adjoint à « Mendès » n’est pas le fait du hasard. Il ne s’agit pas d’une identité. On sait bien que le « Livre d’Hermès » n’est pas le livre d’un certain « Hermès » mais d’une confrérie qui compta au moins deux cent cinquante Hermès… « Bolos », et du fait de son travail, a quelque chose à voir avec le bouc. Comme le nom signifie « jet, action de jeter », le terme se rapporte à « l’éjaculation » du mâle ; confère cette légende africaine de Kaydara qui décrit un bouc barbu : « Il tournait autour d’une souche, sur laquelle il montait, descendait et remontait sans arrêt. A chaque escalade, le mâle caprin éjaculait sur la souche, comme s’il s’accouplait à une chèvre ; malgré la quantité considérable de sperme qu’il déversait, il ne parvenait point à éteindre son ardeur virile ».

 

L’enseignement chrétien du moyen-âge nous a constamment inculqué le danger de ces démons incubes et succubes qui tentent l’homme pour lui voler sa semence (« celui qui tend un coup de filet pour prendre le produit de l’éjaculation (semence) »). Mais ici apparaît une autre mise en scène : la luxure des hommes attire le bouc lascif, et les pratiques charnelles l’attisent, « il vient tourner autour, monte et descend, remonte sans arrêt, éjacule, déverse sa semence, ne pouvant point éteindre son ardeur virile ». Dans les cérémonies antiques du Priape, les luxures des Ménades (Mendès) servent à attirer le bouc subtil, elles lui sont destinées, et Lui vient visiter les lieux, attiré par la luxure produite, puis tourne autour et se met à éjaculer à chaque passage, ne pouvant bientôt plus freiner son envie ». Lui-même tente à la nymphomanie. Ce sperme subtil qui vient combler l’air du lieu consacré au bouc doit imprégner les dévots présents, les visiter et leur apporter faveurs et bénéfices.

 

Dans ce cas, « diable » prend un sens nouveau : « bouc à la double polarité (génésique et tutélaire), actif passif, mâle femelle, incube succube ; éjaculateur ». Plus clairement encore, « démon incube et succube éjaculateur ».



 

De ce Bolos de Mendès, on peut encore lire dans « Le Livre d’Hermès » : « (…) C’est grâce à Bolos que les pratiques artisanales sortirent, ses études concernant la teinture d’or, les pierres précieuses et la pourpre ». En outre, il pratique les sciences occultes « qu’il a empruntées à la littérature que couvrait le nom d’un mage perse ». La formule basique s’établit ainsi : « la nature est charmée par la nature… une nature est charmée par une nature ». Ses traités évoquent le principe des affinités et des répulsions entre les divers métaux, entre les divers éléments de la Nature. Sujet instructif mais fort audacieux pour les élites religieuses du moyen-âge, et ces textes, datant de plusieurs siècles avant J-C, purent être jugés subversifs à cause de leurs sous-entendus. On relève ainsi que ce Bolos, un homme ou une assemblée de prêtres antiques, est non seulement répertorié pour ses connaissances en alchimie mais aussi en sciences occultes dont on trouve une formule voilée par son apparence poétique : « Une nature est charmée par une nature ». Les « sciences occultes » rapprochent de la « sorcellerie », d’autant plus si elle est envisagée sous l’angle des attractions et des répulsions. Là encore, l’art hiératique vient apporter sa pierre « coupable » malgré lui, en expliquant comment attirer le démon, par le moyen des affinités : « A partir des objets et d’autres semblables, ils firent la connaissance des puissances démoniaques dont les essences sont en continuité avec la force dans la Nature et dans les corps, et, par ce moyen, ils attirèrent les démons pour entrer en commerce avec eux ».  


Il existe encore une possibilité apportée par la culture arabe. Satan est nommé Iblîs, Âblis ou Eblîs, il est qualifié de « mauvais » Djinn, ce qui fait de lui un « Shayatin », d’où son nom ; et le linguiste Klein proposa l’existence d’une syllabe générique initiale, laquelle aurait disparu à l’usage, qui aurait fait « di – Âblis » : d’où ce nom « Diable ».Ce « di » pourrait être une contraction de « Djinn », d’où le Diable signifierait le « Djinn Âblis ». L’origine reste entière puisque les uns font dériver ce nom arabe Âblis du grec « diable » et d’autres sont convaincus du parcours inverse.


On saisit mieux cette description trouvée dans le « Zohar », « où le serpent qui fut employé par Samaël, le Satan supposé, dans le but de séduire Eve, était une sorte de « chameau volant » (HPB – Doctrine secrète 3 ; p.295 ; De Mirville – Des Esprits II ; p.423 ; Maimonides – More Névochim). Les spécialistes en guématrie relèveront que « chameau » se dit « Gamal », son chiffre est 73, celui de « Djinn » (Guimel – Yod – Nun – Yod) en hébreu. Donc, le « chameau volant » est un « Djinn qui se déplace dans l’air subtil » (Prâna, autre…), qui peut être un « Shayatin » (Djinn sexué) comme c’est le cas pour Samaël. A noter pour les mêmes initiés que le nom « Samaël » a pour nombre 131, exactement celui du Pan grec, qui est Priape. Et tous deux sont identifiés à Satan. Qu’Eve fréquente un Djinn situe le règne de sa Création, autant celui d’Adam.


« Djinn » est encore employé pour les entités élémentales liées au Feu, nommées aussi « Saraph » (Salamandres) voulant dire « serpent ». Dans ce cas, le « Serpent de la Genèse » fut un Djinn de l’élément Feu (Saraph). Toujours pour les spécialistes en guématrie, « Saraph » a le même nombre 580 que « Seir » (Shin – Ayin – Yod – Resh) mentionnés dans la Bible par Isaïe, qui sont les « Velus » et identifiés aux « Satyres » de la mythologie grecque.

 

Sa parèdre à Samaël est Lilith. Son nom, mille fois analysé sous ses origines mésopotamiennes, ne l’est pas sous son versant tantrique. En Orient, l’iconographie de Vénus accompagnée d’un petit angelot malicieux nommé Cupidon est inversée : c’est Kâma (Eros Cupidon) « qui est le Roi et Seigneur des Apsaras (Nymphes ; Djinns d’aspect féminin ; Liliths), dont Pramlochâ fait partie ». Or, « lochâ », dérivé de « locanâ », signifie « œil ». Pramlochâ, puissante séductrice, réussit à troubler Kandu le Sage ascétique dans la mythologie, qui finit par dire : « Va-t-en, retire-toi ! » ; exacte réplique utilisée par le Mage, dont Papus rend compte dans « La conjuration des sept » : « Retire-toi Lilith, va-t-en ! » ; d’où la déduction que l’une est l’autre. Pramlochâ, nom lié à l’œil, signifie « l’Hypnotiseuse », ce qui est plus que probablement le vrai sens du nom « Lilith » en plus de « plaisir », « luxure » ou « lascivité » ; elle est la « Fascinante ». « Apte à hypnotiser quiconque », capable de perturber tous les esprits mondains, Lilith est douée du pouvoir de sorcellerie. Ce qui fait d’elle, aux yeux des religieux à la fin du moyen âge, la première des Diablesses.  

 

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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