Lundi 27 avril 2009 1 27 /04 /Avr /2009 15:30



Associer le sexe à la magie, pour le théurgiste, s’entend, car il souhaite, par ce moyen, opérer une union d’une nature subtile, avec une entité d’un plan conjoint au nôtre, si possible supérieur*. Lier le sexe à la pratique religieuse, jusqu’à en faire un folklore, est une tout autre affaire : les aphrodisiaques étant absents du commerce, c’est l’Eglise de ce temps moyenâgeux qui prêtait son concours spirituel pour apporter à tout nouveau couple l’espoir d’une fécondité. Celle-ci apparaissait alors comme un « don divin », nécessaire à la vie des champs (troupeaux, récoltes) comme au couple lui-même (enfants, plaisir) : l’effort spirituel avait une influence dans les affaires sexuelles. Mais on le sait aujourd’hui, les temples antiques, entendus aujourd’hui comme des lieux religieux, étaient pour beaucoup, devenus des lupanars, bordels payants, et les belles sculptures érotiques servaient comme nos affiches publicitaires d’aujourd’hui pour attirer le « client ». L’auteur André Van Lysebeth explique très bien le sujet dans son livre « Tantra, le culte de la Féminité » (éditions Flammarion).

 

(* On rappelle ce passage de la magie tantrique : Apparemment, la Dâkinî de la voie Gauche, autrement dit la Vamachara, vit par l’activité sexuelle des hommes. Pas seulement mais sûrement… Un rituel tantrique abonde dans ce sens et prépare à la pratique de la magia sexualis, disant : « La magie sexuelle de certains tantristes de la Main Gauche de Bonpa et Nyimgmapa, ou des Vamachara tantriques de l’Inde, consiste à ce que la Dâkinî qui est invoquée, donc qui préside au rituel, prenne possession d’une partenaire féminine qui devient ainsi un « médium » et copule avec le yogi dévot. Inversement, un yogi dévot suffisamment formé peut devenir médium et copuler avec les éléments de ses « désirs supérieurs » durant sa méditation ou « plongée astrale ». Dans le cas d’un très bon médium, l’une ou l’autre des méthodes peut avoir pour conséquence une « apparition » ou au moins il peut résulter une « matérialisation », ainsi une deuxième copulation vient s’ajouter subtilement à la première. On voit ainsi un parallèle avec des pratiques dépravées de certains spiritualistes du 19ème siècle, s’adonner à des rituels sexuels ou des orgies dans certains « convens » de la Main Gauche, de la renaissance de la Witchcraft ». (Docteur Evans-Wentz) Ce que HPB résume par ces mots dans son « Glossaire théosophique » : « Certains travaux mystiques comme magiques, dont la particularité dominante est la vénération du pouvoir féminin, forcent la personnification de la Shakti. Dévi ou Durgâ (de Kâli*) est ainsi l’énergie spécifique connectée aux rituels sexuels et aux pouvoirs magiques, le meilleur de la magie noire et de la sorcellerie ».)



 

Les temps antiques, comme ceux du premier moyen-âge, voient nombre de « fidèles » approcher le sacré au moyen du sexe, ainsi des groupes sont constamment accusés d’actes licencieux alors qu’eux-mêmes exercent en vue de pratiquer le sexe comme un sacrement. 

 

Le « sexe vécu comme un sacrement » persiste au cours de ce premier moyen-âge parallèlement à l’évolution de l’enseignement chrétien. Bede Redwald dit que le roi, en Angleterre, avait deux autels, « l’un pour le Christ, l’autre pour les diables ». Au huitième siècle, une ordonnance, par exemple, prescrit une pénitence de pain et d’eau en réponse à des prières devant le fascinum (phallus). L’Eglise s’inquiète constamment de la persistance du culte phallique. Toujours en Grande Bretagne, au treizième siècle, un ministre de l’Eglise dénonce la fête qui a lieu lors de Pâques, où des gens dansent autour d’un phallus dans un cimetière, exhortant la fécondité, ce qu’il nomme « l’hommage au Diable ». Comme nous le savons, la machine de l’Inquisition viendra sonner le glas de ces pratiques obscènes et un voile noir rempli de terreur viendra s’abattre sur eux.



 

Les accusations de « sorcellerie » ne seront rien d’autre que les pratiques dites religieuses, ou plutôt « sacrées » engagées devant le phallus (Priape) plutôt que Jésus-Christ. Comme témoignage, Marie de la Ralde, une belle jeune fille de 28 ans, « vit le sabbat comme un mariage » ; Jeanne Dibasson, 29 ans, « le Sabbat est un véritable paradis, un tel plaisir que l’on ne pouvait pas décrire ». Et l’Inquisiteur de Lancre retient « qu’aucune des ces femmes n’éprouvent de honte ou rougissent, décrivent leurs expériences librement et avec joie, comme si la gloire les animait, et sont mortes sans remords ni sans terreur ». Devaient-elles en avoir, alors que lui, les tuant, n’en eût point, alors qu’il se disait « enfant du Christ » ? 

 

Bientôt, la guerre fait rage entre le culte phallique et le christianisme. Boudin, dans ses « Etudes anthropologiques », décrit comment, jusqu’au douzième siècle, les habitants de Slavonie ont adoré leur dieu phallique sous le nom de Priape Pripegala. Les princes de Saxe, à l’appel des prélats français et d’Allemagne qui vinrent à leur rencontre, leur lancèrent : « Réjouissons-nous aujourd’hui. Christ est vaincu, et notre invincible Pripegala son vainqueur ».



 

En Angleterre et en Ecosse, on trouve Saint Bridget (sainte Brigitte) – Brigid -, identifiée à Cérès, déesse grecque du blé : ses dévotes avaient l’habitude de mettre du blé dans leur lit en espoir d’une bonne fécondité.

 

Des saints phalliques ont été créés en France, le plus connu est saint Foutin, réplique de Priape, nom assimilé du premier évêque de Lyon, Pothin, et adapté au verbe « foutre ». Il y eut Guerlichon (greluche), saint René (de « reins », siège de la puissance sexuelle), saint Guignolet (« gignerer » voulant dire « engendrer »)… Les statues des saints portaient généralement de gros phallus : lorsque les Protestants sont entrés dans Embrun en 1585, ils ont trouvé des personnes adorant le phallus de Saint Foutin lesquels, durant leur rituel, versaient du vin sur le bout, d’où son sobriquet de « saint vinaigre ». Certaines femmes entendaient se servir du phallus de la même manière que le faisaient les femmes romaines en leur temps, soit avant d’entrer dans le lit conjugal, utilisaient intimement un phallus en bois recouvert de cuir, celui de Mutunus Tutunus (autre nom de Priape). Un phallus de ce type fut découvert en 1562 quand les Protestants détruisirent l’église d’Orange.



 

En 1786, des pratiques phalliques résistaient ici et là ; un ministre britannique à Naples écrivit au président de la Société Royale pour lui demander comment se faisait-il qu’il ait trouvé dans une partie peu explorée d’Isernia, des paysans qui rendaient un culte « au gros orteil de saint Cosimo » (c’est-à-dire le phallus) avec les rites appropriés. Pendant les trois jours de fête, surtout les femmes, venaient avec des phallus en cire « ex voto », les embrassaient avant de les donner au prêtre en disant « Santo Cosimo benedetto, Io voglio cosi » (« Béni saint Cosimo, c’est comme ça que je veux qu’il soit »). Les hommes présentaient leur membre viril au prêtre afin qu’il soit oint avec de l’huile ; ainsi 1400 flacons de pétrole étaient consommés chaque année à cette fin.   

 


Frazer dit qu’en ce temps-là, l’ancienne Vierge fut nommée « Panaghia Aphroditessa » - l’on vit de façon surprenante d’ailleurs d’anciens temples d’Aphrodite convertis en temples de la Vierge – qui assurait la fécondité des couples, la fertilité des bêtes et des récoltes. Des pierres étaient percées, une pratique « pour enlever la malédiction de la stérilité de la femme, ou pour accroître la virilité des hommes ». 

 

En 1414, on note officiellement à Paris que les « coutumes sales tirées des païens » sont à nouveau « stimulées par les passions ». « Trompée par les démons, l’Eglise rechute dans les turpitudes et la prostitution impunie ». « Les prêtres prennent part aux méfaits, apparaissent au service divin, portent des masques et des vêtements de femme. Ils dansent, chantent des chansons indécentes, mangent du boudin. Ils profanent ainsi le lieu saint. La messe devient une farce. On amène une tête d’âne, la congrégation dit « Hi-han ; hi-han », un satyre chante des chansons indécentes et la congrégation jette ses vêtements en public ». Au point qu’en 1444, une décision du chapitre de Sens implore « ceux qui souhaitent copuler d’aller à l’extérieur de l’église avant de le faire ». (du Tilliot)

 

A la fête de Janus, encore existante au moyen-âge, des rites sexuels avaient lieu lors de l’office sacré. Des hommes se travestissaient en femme pour plaire au démon, on ajoute que « certains avaient perdu leur force », voulant signifier la castration ; or, le but étant la fécondité par la virilité des hommes, c’est plutôt que ces dévots mâles s’offraient à leur Diable comme font les femmes. Certains célébrants portaient des masques d’animaux.

 

En Angleterre, la « fête des fous » fut supprimée et remplacée par celle du « Seigneur de l’Anarchie » ou « abbé de la déraison ». L’auteur Stubbes décrit certains moments du rituel, "lorsque des hommes servaient, vêtus en femme, portant robe, ornés de bijoux, de rubans et de foulards ». Ils faisaient route vers le cimetière, lieu où ils estimaient que les dieux devenus païens que le christianisme leur avait tués se trouvaient, et s’offraient en sacrifice pour le diable et Sathan (Satan). Le lieu du cimetière démontre le caractère religieux de la pratique.



 

Un évêque de Londres publia un décret concernant le comportement dissolu dans le cimetière de Barking. La raison pour laquelle le cimetière était choisi pour ces activités phalliques est connu : les chrétiens avaient entrepris de construire leurs églises sur le site d’autels païens, de sorte que ceux-ci étaient précisément les endroits ou les païens fidèles considéraient que leurs dieux anciens avaient leur habitation, et où leur influence surnaturelle pourrait le mieux se faire sentir.      

 

En France, la « fête des fous » fut remplacée par une « société joyeuse » dirigée par un « abbé Malgouverne », lequel, pour les besoins du rituel, se travestissait en femme, et devait exciter le comportement sexuel de ses disciples. A Sastrow en Allemagne, la partie du cérémonial qui incombe à l’imbécile est jouée par le prêtre, qui pousse une chanson dont le refrain reprend : « La femme est mise au monde afin qu’on la courtise ». Une réplique des antiques Saturnales, puis Bacchanales, devenue aujourd’hui notre poli carnaval.

 

En 1641, un groupe nommé « Famille de l’Amour », vivant dans Bagshot, consacre ses offices à des saints tels Ovide, qui « apprend l’amour », que « Priape a toujours planté son bâton dans la chair pour son meilleur plaisir », à la différence des soldats qui tuaient ainsi, avec leurs armes pointues. Une certaine Susanna Snow, qui s’était jointe à ce groupe, signala combien le chef avait proclamé que Cupidon Eros n’était point mort.    



Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés