Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 17:47

Sorciers, marabouts, mages et autres conteurs vivant du sensationnel sans grande valeur aiment étaler toutes ces recettes sorties de vieux grimoires, supposées apporter tout ce que chacun ambitionne d’obtenir. La réalité est plus simple, le moyen-âge ayant sombré dans une absence totale d’administration correcte et cohérente, ayant condamné sa médecine au « régime sec », jugé ouvrage diabolique car tout ce qui est des affaires des hommes devaient concerner les personnels religieux eux-mêmes dignes du charlatanisme et, somme toute, grotesques, la mystique a dominé sur la science, la chirurgie. Conséquence dramatique, la conviction politique convint son peuple à tort de pouvoir soigner tous les maux des hommes par des pratiques superstitieuses, ceci à force d’avoir accusé les médecins d’alors d’être des enfants du Diable. Résultat, un mal de tête aujourd’hui se soigne avec une aspirine et ceci est commun pour nous tandis qu’au moyen-âge, la même pratique eut été qualifiée de « magique ». Mais à défaut de trouver des médicaments, puisqu’on demandait tout au prêtre, ce dernier, à défaut de connaissance élaborée, inventait des solutions qui sont présentées aujourd’hui comme des « méthodes magiques », puisque surtout, elles « sortent de vieux grimoires ». Et de lire des foutaises comme « d’ajouter à un jaune d’œuf du sang de pigeon avec des écailles de truite et des pelures de peau d’un crapaud trouvé au mois de janvier », puis de « prier » chaque matin entre huit et neuf heures, bref des recettes plus stupides les unes que les autres, et qui, nous le répétons, ne valent pas un seul cachet d’aspirine. Combien d’hommes et de femmes de ce temps auraient-ils aimé se soigner avec un médicament plutôt que d’aller enfouir un jaune d’œuf chaque soir dans le jardin du presbytère après la Lune descendante en priant saint Médard pour se sentir mieux ! Cette magie ne vaut pas un clou.

 

Le déficit des soins était tel qu’on utilisait des aliments pour soigner les maux. N’importe lequel d’entre eux mélangé à un autre qu’on laissait pourrir, ajouté à un animal particulier tué et dépecé - facile à la campagne, sauf que les grimoires abondent en subtilité facétieuse, « il faut les paupières du lapin, sinon cela ne marche pas » -, laisser le tout macérer puis réduire en poudre et semer dans les cheveux pour éviter les hémorroïdes. On l’assure, « bêtise sur bêtise » dans les vieux grimoires, prétentions magiques à chaque page, et chacune d’elle ne vaudra jamais un seul cachet d’aspirine, on le répète, c’est dire. Le seul mot « magie » fait rêver les hommes, aussi est-il tant exploité pour vendre ; sauf que ces prêtres de ce temps maudit font plus pitié qu’autre chose.

 

Pire. La magie noire, celle où des hommes et des femmes allaient faire des « vœux » auprès du curé de l’église du coin pour demander la mort d’un grand père ou d’un mari pour hériter. Pour gagner un procès ou une course, pour tuer un mari violent, une épouse infidèle ; pour blesser un voisin ou un patron. De telles demandes (vœu) abondaient sous l’autel du prêtre et il pratiquait, pour cela, ce qu’on appelle la Messe Noire, moyennant finance, exercée dans une stricte intimité et toutes les paroles sacrées étaient prononcées en vue de la destruction d’un homme voire plusieurs. Ainsi, l’on invoquait les démons les plus terribles que l’on avait pu inventer pour agir dans le mal et exécuter les plus basses besognes réclamées par les hommes à de « pieuses personnes ». C’est parce que les hommes étaient devenus mauvais qu’ils rendirent leurs Démons plus méchants encore, d’où leur réputation malfaisante. Même le Christ fut utilisé pour cela : « L’église Saint-Esprit, sur la place de Grève, était désignée pour les messes dites pour causer la mort de personnes détestées. A Montmartre, le vendredi, dans la chapelle de l’abbaye, on y voyait des femmes agitées par des inquiétudes de ménage, demander à saint Rabboni de molester leurs mauvais maris et de hâter leur mort. On priait partout le Christ de fortifier les adultères, les honteux négoces, la prostitution, les massacres et même la puissance des esprits infernaux ». (Berith Andrax – Grimoire de magie noire et magie rouge – Axiome éditions) En réalité, le peuple était malade, il souffrait de tous les maux, était irrité, et ne savait plus comment se soigner correctement. La science était atrophiée par la folie des quelques-uns religieux intégristes, campés au pouvoir. D’où tous ces débordements de folie, car, la formule le dit si bien, « les hommes ne savaient plus à quel saint se vouer » pour guérir de leurs souffrances physiques.

 

Bientôt, ces prêtres sorciers qui pratiquaient la magie noire pour tuer tel voisin, tel grand père, empêcher telle femme d’accoucher, telle autre d’être contrainte d’avorter, furent nommés les « suppôts de Satan », soit les Grands Méchants. Les hommes qui les sollicitaient ne voulaient pas accomplir eux-mêmes des méfaits, craignant le choc en retour, le prêtre sorcier était normalement mieux protégé, et lui pouvait contacter l’entité malfaisante idéale pour commettre l’horrible méfait. A quoi servent les démons sinon à accomplir ce que les hommes fomentaient dans leur tête comme noir dessein ? On imagine alors à quel point on eut espéré qu’un Asmodée soit à ce point lubrique puisque c’est de cette façon franchouillarde que l’on voulait posséder telle belle jeune fille voisine… Ainsi pour les jeux, ainsi pour l’ivresse, pour le travail, pour les héritages.

 

Sauf que l’expression « suppôt de Satan » est exagérée. Il faut ici distinguer la messe satanique de la messe noire avec pratique de la même couleur, cette dernière consistant à exercer magiquement pour le mal d’autrui, tandis que la première consiste en une célébration de Satan. Ce dernier cas, on le sait, rejoint l’antique culte de Priape, dieu de la chair, aimant la sensualité et l’hédonisme. Le mot « suppôt » signifiant aussi « méchant », il fut volontairement exagéré puisque les Catholiques, normalement les représentants du Bien, motivèrent à la même époque, la mise en place de tribunaux d’Inquisition, salles de tortures et furent plus doués que personne pour couper bras, jambes, têtes, pendre les uns, brûler les autres, faire couler du sang au point que l’Océan Atlantique n’y suffirait pas pour tout contenir, tout cela au seul nom de Jésus-Christ. Alors, qui sont les vrais méchants ?

 

On l’a aisément compris, la magie des grimoires anciens, avec ces recettes toutes plus fantaisistes les unes que les autres, mérite la lecture pour le seul intérêt de découvrir à quel point ces peuples souffraient d’une médecine ramenée à son niveau le plus bas par manque de connaissance, de recherche que les Autorités religieuses d’alors interdisaient. Sinon, pour ce qui serait des recettes miraculeuses à essayer pour obtenir quoique ce soit de bénéfique, nous pouvons « toujours courir ». Même Papus, plus tard, a livré nombre de recettes magiques, non plus en lien avec des démons mais avec des anges planétaires, pour plus de positivité, mais le résultat demeure au point mort. Dans ce domaine, rien ne vaut la science moderne.

 

La leçon de choses, puisqu’elle existe, est que la science doit faire son travail, la mystique doit rester privée. L’Impliquer dans tous les domaines de l’existence la contraint de devenir, tôt ou tard, une superstition douée d’un sentiment intégriste aux conséquences toujours meurtrières. Le sacré ne peut être fréquenté que par ceux qui y consacrent leur temps volontaire et savent édifier des frontières entre le divin et le profane.

 

Au dix-neuvième siècle, des expérimentateurs sont apparus. Papus dans l’occultisme, Monsieur de Rochas dans ses études sur l’hypnose et l’extériorisation de la sensibilité, Eliphas Lévi ou Reichenbach sur l’odyle (Lumière astrale ou Fluide Magnétique), Mesmer et le soin par le magnétisme, des domaines tant variés et qui ne s’imposaient plus seulement comme base celle dogmatisée par l’Eglise. Des recherches qui n’ont pas abouti car cherchant sans cesse à combattre des problèmes de santé physique en travaillant sur l’esprit. Une méthode dont la science actuelle a justement inversée le sens.

 

Là encore, les séances magiques proposées par Papus, et certains de ses amis, sont complexes, lourdes, et pour quel résultat ! « Pactisez avec les forces des ténèbres implique de se méfier du choc en retour, car tout se paie » : quel risque pour demander une augmentation de salaire. Mieux : un seul mage ne suffit pas, il faut être plusieurs ! Combien invoquent ainsi ces dieux et démons de l’autre monde pour obtenir de gagner une grosse somme d’argent au loto lorsque l’on apprend que c’est un voisin, le plus nigaud parmi tous et l’inculte complet en matière de croyance, qui touche le pactole ! Dans ce cas, le célébrant précise : « La générosité de Dieu est aveugle » ; ou « Satan a voulu l’inégalité entre les hommes ». Finalement, ce qui domine cette sorte de magie n’est pas le mystère mais bien la niaiserie.

 

Alors, finalement, la magie existe-t-elle ? Oui, dit-on, elle est à l’œuvre chaque jour autour de nous, les initiés la remarquent sans cesse agir subtilement. Ils continuent de l’appeler « sorcellerie ». L’homme peut-il la célébrer ? Oui, c’est normalement le seul but d’une messe, qu’elle soit blanche ou noire ou rouge ou de quelle couleur que l’on imagine. La cérémonie a ceci de favorable qu’elle fait se relier des entités d’un monde tangible, les hommes, avec celles d’un plan subtil, les Esprits. L’homme peut-il leur demander de l’aide pour agir favorablement ? Normalement oui, mais un compte en banque bien fourni est plus efficace. Qu’en plus, sorti d’un commerce en rapport avec un des sept péchés capitaux, chacun d’eux étant sous la coupe d’un Archidémon, l’homme ne sait rien créer d’autre. 

 

Paracelse fit remarquer que « ces Esprits sont nos progéniteurs », qu’on les trouve dans toutes les mythologies, « élémentals » ici, nommés « Génies » par les Romains, « Djinn » par les Arabes, « Kerubim » par les Hébreux, « Dâka » et « Dâkinî » en Orient, « Herukas » et « Khadomas » au Tibet, « Daïmons » par les Grecs, jusqu’à nos plus farfelus « Démons » du moyen-âge. Si tant de peuples ont cru à ces Esprits, ou bien c’est que le genre humain connaît un besoin impérieux de croire en quelque chose qui le dépasse, ou bien c’est qu’il y a bel et bien du vrai dans tout cela. Sauf que la morale de cette histoire, s’il y en a une, ce n’est pas l’homme qui ordonne aux démons d’accomplir les méfaits qu’il ne veut pas commettre personnellement, mais, pour reprendre un aphorisme théosophique, « ce sont eux qui ont le contrôle des choses mondaines et nos corps leur servent d’instruments ». Cette formule fait accéder l’initié à une autre forme de magie, plus sérieuse, dont le principe repose sur la célébration, disant : « Ces Esprits sont supérieurs à nous, nous ne pouvons les contraindre d’obéir à nos faibles volontés humaines, aussi sommes-nous seulement capables de les célébrer en nous soumettant à eux, qu’ainsi ils deviennent officiellement nos guides ». Notre étude sur la magie ne concerne que cet aspect des choses. 

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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