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Satan, on le sait, bien qu’ayant toujours la même apparence, connaît pourtant plusieurs
origines probables. Il est le Priape de l’Antiquité, lui-même descendant de Pan, Apis, Bacis et Mendès en Egypte ; il est aussi Seth, l’autre Egyptien, converti en un démon noir au moyen
âge. D’où cette anecdote mythologique venue de Grèce antique qui veut que « Priape détesta l’âne car celui-ci avait un phallus plus gros que le sien »*. En fait, si cette légende
imageait une guerre entre deux cultes, à quoi bon Priape se serait-il offusqué de la présence d’un concurrent puisqu’il dominait la religiosité de l’époque ? Plutôt, cette fâcherie provint
de ce que le culte de AO (Seth), dont la figure originelle montre un âne en érection, engendra une descendance qui vit glorifier un Satan, ce que revendiquait d’être Priape. Satan sorti de Seth
tel un phénix renaît de ses cendres, exhiba un pieu digne d’un âne sauvage, prit les couleurs de Vénus, et vint s’asseoir sur son trône au fond de son temple maudit. Quand fut l’heure de signer
la paix, car les ennemis devenaient toujours plus nombreux contre l’âne, fidèles de Priape et disciples de Seth s’affranchirent de leurs « querelles de clocher », ils envisagèrent une
figure commune héritée des deux Génies. Satan hérita de Priape le moyen de faire jouir quiconque ; de Seth le moyen de tuer chacun. Inversement, Seth renforça le caractère lubrique de Satan,
le rendant adepte du sado masochiste au lieu qu’il sombre à la manière d’un fougueux fornicateur priapique dont on se lasse.
(* Cette anecdote mythologique grecque entre Priape et Seth, gentiment ludique bien qu’obscène aujourd’hui, remplace la fameuse légende égyptienne qui raconte l’histoire mouvementée, bien plus dramatique et meurtrière, entre Osiris et Seth. La sorcellerie du moyen-âge, en quête de figures négatives capables de réaliser les vœux maléfiques des hommes, rassemblera ces opposants d’un autre temps pour engendrer les pires démons.)
Ajoutons qu’une habitude des anciens mystiques, du temps des Grecs, consistait à unifier des dieux
et de leur donner un nom composé, comme par exemple, Hermès uni à Anubis devint le dieu Hermanubis ; Amon joint à Rhâ prit le nom Amon-Rhâ. On peut croire qu’un lien put être trouvé avec
Seth, dieu devenu « malfaisant » pour ses opposants (l’invention d’un Dieu unique qui fait face à Satan le Diable vient de cette guerre que se livraient les cultes antiques, justement
celui de Yaweh contre celui de Seth, dieu en Egypte qui évolua jusqu’en Syrie, figuré là, lui aussi, par un Phallus dressé) et Anubis, psychopompe, dieu dans la mort (lire chapitre
« Anubis » et « Fautus, le Satan à tête de loup, le masque utilisé par les magiciens »). Ainsi l’on inventa Seth-Anubis, dieu évidemment maudit par son caractère de
« nécrophage lubrique ».
Sous une forme contractée, le nom prend la phonétique Sethanubis jusqu’à « Sathanubis » et « Sathan » (Satan). Etrange mais probable aussi. Car le Satan du moyen-âge, on le sait, ne représente pas seulement Priape figuré par un phallus mais aussi un être vêtu de noir et agissant dans le règne de la mort puisque c’est lui le plus souvent que les gens qui déposaient des « vœux de destruction, de malheur, maladie, accident et mise à mort » à l’église invoquaient. Satan, tapi dans l’ombre, portant les plus sombres vêtements, entouré de têtes de mort, opérait avec sa main sans pitié et, moyennant Messe Noire et finances substantielles, accomplissait froidement les plus noirs desseins des hommes. Jusqu’à la mort. Ce trait de caractère maudit n’apparaît pas chez Priape : il est donc indéniable que ce Satan du moyen âge trouve quelque origine dans une divinité égyptienne démonisée plus tard et qui se présente sous une forme composée telle qu’Anubis dieu des morts associé à Seth le malfaisant (Aleister Crowley, dans son adaptation de la Kundalini positionne Seth dans Muladhara, le chakra-racine, et Anubis dans Svadhisthana, tous deux affectés directement à la sexualité*).
(* Du fait d’être « sexué », nous sommes « mortel ».)
HPB, dans « Isis dévoilée », précise bien, page 150, « que le nom connu de Satan (Shin – Teth – Nun) provient d’un jeu de mots que des facétieux ont envisagé pour lui nuire, comme s’il venait du verbe « sitan » (Shin – Teth – Nun) signifiant « s’opposer » ou du mot « adversaire ». En réalité, il faut chercher ailleurs, déjà chez Seth ou Sutek, ou Sat-an, qui était dieu en Egypte et le devint jusqu’en Syrie, identifié à Typhon ». La racine « An » fait toujours référence à « Anu » signifiant « Géant » - confère aux Géants de l’Atlantide – mais pour rester sur un support strictement mythologique et lié à un culte, « An » se réfère à Anubis, lui-même étant « psychopompe » comme Satan, « prince des ténèbres ».
Il demeure un autre mystère. Les astrologues le répètent souvent, « Vénus est
le maître du signe du Taureau et celui de la Balance ». Seulement, nous le savons pour d’autres raisons, le nom « Vénus » dérive du peuple de Carthage où sévissait dans l’Antiquité
la prostitution pour le culte, et l’on appelait les « tentes des filles » les « Succoth Benoth » (Jacques-Antoine Dulaure), « Benoth » ayant évolué en
« Benos » puis « Venos » (lire chapitre « L’origine de Vénus » selon J-A Dulaure). Toujours selon Dulaure, c’est finalement ce nom devenu « Vénus »,
personnifié sur ordre des Romains par une « belle femme désirable », qui servit pour devenir celui de la planète dont le symbole est un cercle ayant une croix dessous. Nous savons que
l’Inde antique appelait cette planète du nom de « Shukra », dieu mâle à la beauté magnétique ; qu’elle fut « Hillel » chez les Hébreux, puis « Lucifer »,
« Nogah » et même « l’Etoile du Berger » pour les fameux Rois Mages.
Qui dit « Lucifer » - un « autre nom » de Vénus – dit « Satan ». Ainsi, dans la plus lointaine antiquité, est-il possible que cette planète fut glorifiée sous le nom de Satan (d’où « Satan, icône de l’ancien monde, celui où les cultes phalliques pratiquaient des débauches ») ? D’abord, nous relevons que le nom ayant donné « Vénus » est « Benoth », que la tente « que l’on dresse, que l’on érige » se nomme « Succoth » ; et que le nom égyptien de Seth est « Sutek ». Une inversion des lettres à la manière d’une anagramme fait correspondre « Succoth » (Samech – Quoph – Vau – Tau) avec « Sutek » (Samech – Vau - Tau – Quoph). On sait que le culte de l’égyptien Seth grandit en influence jusqu’en Syrie antique, pays qui mit au monde Aphrodite (Aphroditessa) ; c’est ici aussi que le mot « Benoth » évolua en « Vénus ». De même, c’est là que nous connaissons nombre de rites dits religieux et qui incluent des pratiques luxurieuses et proprement débauchées (cf. secte des Aphaques dans le chapitre « Sodome ou les cultes aux mœurs sexuelles dégoûtantes 1 »). On peut croire que le mot « Succoth » ne signifie pas seulement « tente » mais rejoint le sens secret de « Seth », Bunsen est intimement convaincu que le nom « Seth en égyptien signifie dans un sens général « en érection », voire « élever » » : référence visuelle indéniable portée au Phallus. Comme quoi « Succoth Benoth » peut vouloir sous-entendre « les filles vouées au culte du Phallus dressé » ou plus simplement, « les filles de Sutek (Seth) ».
Ce n’est pas tout pour le nom « Seth ». Avec ces innombrables transformations phonétiques des noms sacrés, ce même Bunsen convient que le nom « Seth » peut dériver de « Teth » signifiant « serpent » (serpent magnétique), car certaines représentations ésotériques égyptiennes du divin le montrent « avec une tête d’âne montée sur un corps de serpent ». Mais, ajoutons-nous, « Seth » est aussi proche de « Cheth », lettre du péché ou « Heith », que pratique lubriquement les fidèles du divin futur démon lascif. D’autant plus que le temple syrien accorde à Seth la compagne Astarté : sachant qu’en accouplant ces deux vicieuses créatures, la débauche atteindra son summum. On trouve ici les ancêtres du tandem redoutable agissant au moyen âge Satan et Lilith. Si le serpent magnétique est « Teth », en lui ajoutant aussi le titre de « Sorcier », il est « Nahash », de surcroît dans sa catégorie de Grand Pervers, « Nahash Heith ».
Donc, il n’est pas impossible qu’avant Vénus, ce fut le nom de Seth qui fut employé par certains peuples pour nommer la planète que tous considéraient comme liée à l’amour et au désir. Plus tard, les ascétiques firent l’elle « l’étoile du matin », « l’étoile du berger » et lui donnèrent un caractère noble, d’amour pur et désintéressé, contrastant avec les mœurs de prostitution et de débauches qui se déroulaient jusque-là. Comme il fallut distinguer ces deux comportements opposés, on attribua à Vénus d’avoir un côté lumineux, un autre sombre. Le premier devint celui de Vénus, surtout de l’ange Anaël - un ange plutôt que l’image d’une femme atténue toute luxure - ; l’autre, de Hillel, qui était jadis Seth, l’antique Satan.
En pénétrant dans le Taureau, Satan apparaissait sous la forme de Mendès, Pan ou Priape, il montrait un désir fougueux autant qu’impérieux et sa puissance génésique réveillait la Nature comme les envies des hommes ; parcourant le zodiaque jusque dans la Balance, le même Satan, le sexe toujours dressé malgré une quantité d’éjaculations, s’exhibait comme un bouc et donnait libre-cours à l’expression de sa lascivité jusqu’à la plus immonde.
Dans un rituel « Die Elektrischen Vorspiele »
(Anton Szandor LaVey – Les rituels sataniques – éditeur Camion Noir) censé concerner Satan, Seth et Anubis sont cités, ce qui confirme l’objet de notre sujet : « (…) Dérivez, si vous le
voulez, dans les dimensions extérieures à votre conscience, et soyez piégés pour toujours. Vous ne connaissez pas l’essence de votre création. Je vous accueille au nom de Seth, vous qui vous
délectez de misères infondées. Nous vous réservons une place confortable pour que vous demeuriez dans de sublimes tourments. Ne luttez pas contre les bêtes qui gardent les portes de l’Enfer, car
là se trouve le Paradis, et Anubis est l’Ouvreur du Chemin ».
Cette orthographe diablement secrète de Seth (tyc) est souvent précédée du phonème « AO », son mantra ainsi que celui du pouvoir féminin, orthographié normalement avec deux fois « Hé » sauf que l’initié sait que le second concernant le plan humain profane, il est enlevé : reste la formule « AO Seth » (tyc vh).
Pour Anubis, les mêmes initiés au fond du temple secret le nomment « Anpu » (vfna) ; et son nombre est 137, celui de la lumière subtile, un nombre considéré comme parfait. Il image aussi « celui qui reçoit et qui transmet », puisque c’est le chiffre du mot « kabbale ».
Loin de son orthographe officielle, le tandem démoniaque (Nmvd) Seth – Anubis (vfna tyc vh), tel qu’il est abordé dans le naos, nous fait approcher la « Grande Bête » et l’ensemble du symbolisme qui le concerne et des pouvoirs occultes qui lui sont propres. Exposé ainsi, il est le plus complet des « Satan », lequel deviendra même, nous l’étudierons plus loin, dans sa version poétisée grecque le duo des frères Eros et Thanatos.
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