Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 15:00

Ainsi, pour satisfaire aux nombreuses demandes de luxure, débauche, rendre une femme vicieuse ou un époux viril, mais aussi pour des rentrées d’argent, une meilleure situation (car le luxe et la luxure vont souvent de pair), pour une aide d’un succube, pour la vengeance d’un ennemi, les prêtres dits défroqués conseillaient à leur solliciteur de payer une Messe Noire au cours de laquelle on invoquait Lilith, « sainte Lilith ». On retrouve dans le cérémonial un même usage que dans celui de Vénus décrit ici et là (Maïmonide, Francis King) : à savoir que celui qui invoquait une « divinité » d’aspect féminin l’approchait avec une apparence de femme, un travestissement de prime abord ridicule mais qui avait le don de mettre le postulant dans un état psychique déroutant. L’objectif était qu’il se féminise, plutôt qu’il s’affirme dans sa part féminine la plus intime et l’éveille puis se laisse envahir par elle pour devenir à la ressemblance d’un démon féminin.


 

Un rituel sorti d’une Messe Noire consacrée à Lilith est raconté par Sir Edouard Kelly en 1592. La complexité des gestes et le nombre d’avertissements sont autant de lourdeurs qu’il est inutile de préciser ici. Manifestement, le postulant, en entrant dans la salle du sacrifice, sise dans un bas-fond glauque d’une église, sait à quoi il s’attend. Le prêtre qui officie, est souvent accompagné d’une femme, laquelle prend le titre de « prêtresse » ou « domina », ceci pour le plus d’efficacité.

 

L’antique Lilith, Reine des succubes, fut donc ressuscitée – bien qu’elle ne fut jamais morte, tout au plus endormie dans son cercueil tel Dracula – par des prêtres « défroqués » en quête d’une entité mythologique apte à satisfaire les « vœux » que femmes et hommes leur présentaient et qui concernaient la luxure, la richesse et la mort. Le postulant qui déposait la demande se soumettait à l’épreuve du travestissement en se présentant devant le pentagramme renversé avec le bouc, la représentation d’Asmodée et celle de Lilith (chez les poètes grecs, Cupidon et Vénus), une figure, un tableau ou une statue.

 

Le mélange d’encens de Jasmin, de Myrrhe et de Camphre fumait dans l’air, se mélangeant avec celui de Verveine, de Fougère et encens d’Arabie, cher à Asmodée. Le nombre de bougies dépendait du « vœu », les couleurs étaient le noir (ténèbres, Satan), le vert (Asmodée) et le violet (Lilith). La prêtresse portait une cape noire, laquelle recouvrait une nudité insolente perceptible, le corps tatoué à certains endroits des sceaux de la sainte ainsi que du démon de l’impudicité, elle tenait un fouet et sur l’autel, on voyait une coupe d’argent remplie d’un vin délicieux.

 

Le rituel précise que le postulant, à fortiori lorsqu’il est un mâle, « peine à se rendre féminin, encore plus à s’offrir tel une Messaline, une affamée de stupre ». Après les formules de consécration classiques, sainte Lilith, qui apparaît enfin sous son « vrai jour », est invoquée comme la « démone de la luxure et de la mort ».

 

L’encens fume et embrouillarde l’espace ténébreux, éclairé par les seules bougies. La prêtresse donne des ordres et tient le fouet. Nue sous ses voiles, elle suggère la tentation et éveille la sensualité chez le mâle. Ce faisant, il demeure dans son état féminin et récite intimement les premières paroles :

 

«  C’est ma volonté de T’invoquer sainte Lilith, afin que par Ton esprit nous soyons libérés de la peur du sexe et de la mort, et que nous puissions obtenir la pleine satisfaction de notre « vœu » ; Shemhamforash ». 

 

La prêtresse à son tour se consacre ; ce peut être le célébrant qui le fait. L’objectif est que, durant sa récitation, elle devient Lilith « en persona », et l’assistance doit considérer le fait comme tel. Un temps est nécessaire pour cette transformation mais elle doit opérer. Voici l’oraison exacte de la consécration :

 

 « Elle est la fille de la Force et du Courage et elle a ravi toutes les heures de ma jeunesse. Car vois, je suis la Compréhension et la Science réside en moi. Les cieux m’oppressent, ils me désirent et me convoitent avec un désir infini. Nul de ceux qui sont de cette terre ne m’a embrassée, car je suis cachée par les Cercles des Etoiles et couverte par les Nuages du Matin. Mes pieds sont plus légers que le vent et mes mains plus douces que la rosée du matin. Mes habits vêtements sont ceux des origines et ma résidence est en moi-même. Le Lion ne sait pas où je marche, ni les bêtes des champs ne me comprennent. Je suis déflorée et pourtant vierge ; je sanctifie et ne suis pas sanctifiée. Heureux est celui qui m’embrasse, car dans la nuit je suis douce et dans le jour je suis plaisir. Ma compagnie est une harmonie de nombreux symboles, et mes lèvres plus douces que la santé elle-même. Je suis une prostituée pour ceux qui me ravissent et une vierge pour ceux qui ne me connaissent pas. Purgez vos rues, ô fils des hommes, et lavez vos maisons, sanctifiez-vous et soyez droits. Rejetez vos vieilles putes et brûlez leurs vêtements et alors je vous apporterai des enfants et ils seront les Fils de la Consolation de l’Age à venir. »


 

La prêtresse, aidée par le prêtre qui récite des paroles magiques ou des mantras appropriés, s’impose d’entrer dans un état psychique susceptible de se sentir en filiation subtile avec Lilith. Elle répète alors plusieurs fois !

 

 « La chair mangera-t-elle, le sang boira-t-elle ! »

 

Ce à quoi le postulant travesti ajoutant en prenant soin « de peser ses mots » :

 

« Sombre elle est, mais brillante ! Noires sont ses ailes, noir sur noir ! Ses lèvres sont rouges comme les roses, et embrassent l’univers entier ! Elle est Lilith qui mène les hordes des Abysses et mène l’homme à la libération ! Elle est l’irrésistible accomplissement de tous les désirs, la prophétesse des désirs. Première de toutes les femmes elle fut - Lilith, pas Eve - la première ! Sa main apporte la révolution de la Volonté et la véritable libération de l’esprit ! Elle est KI-SI-KIL-LIL-LA-KE, Reine du Cercle Magique ! Regardez-la avec désir et désespoir ! »


 Chacun, à voix haute ou intimement, invoque le nom de « Lilith, Lilith, Lilith » tandis que la prêtresse continue de la sentir prendre possession d’elle. On retrouve ici la mystique de l’Eucharistie, sauf qu’au lieu du pain qui devient le corps du Christ, c’est un être humain qui s’impose d’être possédé par une démone afin qu’elle agisse par sa personne. Lorsque c’est rendu possible, chacun des participants doit sentir dans l’espace une fréquentation subtile pas naturelle, ayant pour conséquences des changements comportementaux, non pas délibérés et passablement imbéciles mais liés à des aptitudes exceptionnelles ou des dons soudainement révélés et cela le temps de la Messe Noire.


A l’instant où le postulant lui-même sent combien l’atmosphère est bouleversée par une présence occulte manifeste, il convient pour lui de se soumettre, en commençant par se prosterner devant Lilith. Dès lors, les pratiques exercées entrent dans le domaine de l’improvisation puisqu’elles dépendent de l’inspiration du moment, des intuitions que chacun reçoit par les nombreux démons incubes succubes qui prennent possession des lieux et entendent s’amuser avec les participants.

 

Si l’objet de culte emblématique du dieu démon demeure le Phallus en même temps que celui-ci est à l’image de l’organe génital mâle, c’est que le corps livré à des fins sensuelles est son meilleur sacrifice. Idem pour le Mullos placé juste à côté et censé figurer la démone. Aussi, le postulant, dont l’esprit est à présent échauffé, soumet ses chairs à l’œuvre de lubricité. Le rituel précise que la prêtresse « peut choisir de le fouetter, de se moquer de lui ou de le séduire. Elle peut commander de commettre différents actes sur l’un ou sur l’autre. Le participant doit se soumettre à Lilith, à quoi que cela puisse être — il serait désormais dangereux de ne pas le faire, il ne faut plus essayer d’offenser Lilith ! » Pratiques sado masochistes, fétichistes, la salle du sacrifice devient peu à peu le sanctuaire du temple de Sodome où jadis, s’honoraient dans la honte femmes et hommes qui invoquaient la démone des démones.

 

Si le postulant ne le peut plus, pris de tous côtés par les démons incubes succubes nombreux présents, chevauché par l’Archidémon lui-même, le prêtre « défroqué » lui-même récite l’incantation suivante :

 

« Rose Noire et Lune Noire, Lilith, sombre sœur,

Dont les mains forment la démoniaque boue,

De ma faiblesse, de ma force

Tu me modèles comme l’argile dans le feu

Rose Noire et Lune Noire, Jugement de la Nuit,

Tu jettes tes ordures sur le sol

Dis le Nom et ne t’envole pas

Fais sortir maintenant le son secret ! »

 

Et d’ajouter encore : « Accomplis le « vœu » pour lequel nous T’avons conviée, pour lequel l’un des nôtres s’est soumis à Ton sacrifice ».

 

Le prêtre « défroqué », emporté par la présence pesante des démons incubes succubes lesquels influencent l’évolution de la débauche, se laisse aller à réciter des versets très subversifs :

 

« Je te salue Lilith, pleine d’outrage,

Mère des incubes succubes (Lilin et Lilis), des élus qui sont tes esclaves,

Le Bouc est avec toi.

Tu es bénie entre toutes les démones,

Et Taniniver le fruit de tes entrailles.

Sainte Lilith, Reine de Sodome,

Maudissez nos âmes errantes,

Maintenant et jusqu’à l’heure de notre mort.

Aum ».

 

Au moment culminant, le vin est bu, et même il est possible qu’on en serve encore un verre, sans chercher la saoulerie, mais la présence des démons inspire de confirmer l’état second, rendant l’homme plus animal et paradoxalement plus apte à percevoir les agissements des puissances subtiles.


 

La science occulte affirme que « toute pensée humaine génère, dans l’astral, des forces correspondant à sa nature, que le théurge considère comme des êtres véritables, vivants éphémères », que l’occultiste Eliphas Lévi nomme « empuses, larves, lémures », qui « aiment la vapeur du sang » comme celle du « semen ». Dans la situation du rituel décrit ici, les pensées humaines, « toutes imprégnées de luxure », prennent donc l’apparence dans le plan subtil d’êtres particulièrement vicieux, et plus on intensifie les pratiques, plus ils se fortifient dans leur espace. Jusqu’à devenir de redoutables partenaires sexuels, car ils grandissent très vite. C’est avec eux aussi que les sorcières et les sorciers du premier moyen âge réalisaient leur sorcellerie.

 

A la fin, nous précise Sir Edouard Kelly, quand les formules d’exécrations sont dites, il faut imposer à Lilith de se retirer des lieux, ainsi qu’aux nombreux démons qui l’accompagnent et chevauchent dans l’assistance. Qu’ils partent, et preuve de leur départ, les participants connaissent une soudaine fatigue. Ils sont désireux de repos.

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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