Samedi 20 juin 2009 6 20 /06 /Juin /2009 14:48

La figure de l’angelot ailé au visage joufflu (figure de Cupidon pas du tout d’Eros ; mais le premier fut identifié au second par les Romains),  tâche au mieux de présenter un culte aux apparences ludiques. Pourtant, il y a fort à penser qu’à l’origine, l’inspiration vint des armées. Les soldats n’étant pas décrits comme des êtres angéliques mais comme des batailleurs et fréquentant les terrains de la mort, comment un fétiche sorti de leur esprit a-t-il pu devenir l’emblème de l’amour ?


                                                                                           Un "braquemart"


A propos du culte qui était rendu à Mars : « Ces peuples, dit Hérodote, n’ont aucune espèce de temple, plantent en terre une épée nue, qu’ils adorent avec beaucoup de vénération, comme étant le dieu Mars ». Les Romains adoraient une lance, et c’était là leur Mars, comme le témoigne Varron. En effet, le mot « Quirinus » (de « Qeren » (Nrq) signifiant « cornu »), qui était aussi le surnom de ce dieu, dérivait de « curis », qui, chez les anciens Sabins, signifiait une lance. Ainsi, lorsque les Sabéistes eurent découvert la planète que nous appelons « Mars », et qu’ils voulurent la diviniser, ils empruntèrent le nom et la figure des fétiches adorés chez plusieurs peuples comme divinités de la guerre, et ils caractérisèrent le signe de cette planète par la pointe d’une lance, ainsi qu’elle est encore représentée ».


 

(Symbole de Mars, un cercle avec une flèche dressée par sa droite : on retrouve la même flèche dans la main d’Eros ; sauf que ce dernier ne tue pas avec son arme mais trouble les cœurs.) 

 

  1. Si Mars est figuré portant une lance, Eros tient une flèche ;
  2. Aeshma, Génie perse, futur Asmodée identifié plus tard à Cupidon, fut à l’origine une divinité de la guerre comme Mars ;
  3. L’association du culte de Mars avec celui de Vénus résulte d’une réalité : les soldats, bien rémunérés et souvent en déplacement, fréquentaient des prostituées dans des lupanars, lieu de prédilection de Vénus.

 

« Ces peuples ne voyaient point dans la lance, leur objet d’adoration, un dieu, leurs idées étaient trop bornées, trop grossières pour concevoir une essence spirituelle et dégagée de la matière ; Mars n’était pas pour eux un dieu mais un talisman, un fétiche qui pouvait contribuer au succès de leurs guerres, à la gloire de leurs nations ».

 

« Le nom de Mars paraît même n’avoir signifié qu’une arme offensive ; d’où sont dérivés les mots « marteau », « martel », « braquemart », espèces d’armes autrefois fort en usage, ainsi que les mots « meurtre », « martyr », qui sont les effets de ces mêmes armes ». Mars, appelé par les Latins « Mavors », par les Gallois « Mawrth », par les Bretons « Meurth », dut sa dénomination au celtique-scythique « Mawrther », un meurtrier ». Pourtant, c’est bel et bien ce meurtrier qui va s’acoquiner avec la belle des belles, autrement dit, les soldats en guerre qui vont fréquenter les lupanars. 

 

Le Mars romain est Arès dans la mythologie grecque, nom dont la sonorité est d’évidence proche d’Eros. Quant à la Vénus romaine, nous savons, par Jacques-Antoine Dulaure, que son nom connaîtrait une origine de l’antique Carthage (cf. chapitre « L’origine de Vénus selon J-A Dulaure ») et dériverait de « Benoth » signifiant « filles » et lié à la prostitution dite sacrée. Le nom d’Eros résulte de la réunion de celui d’Arès avec Benoth (« Benoth » vint jusqu’en Syrie s’accoler à la divinité du Désir, d’où « Aphrodite Benoth » : ou « Aphrodite Vénus ») et ses prêtres, pour le nommer, prirent le commencement du nom « Arès »* avec la terminaison de « Benoth », faisant ainsi « Aroth », la sonorité « A » pouvant se prononcer « E », comme c’est le cas pour le caractère hébreu « Aleph » ; soit, « Eroth », d’où le mot « érotisme » avec « t » pour « Eros » finissant avec « s ». Ensuite, on le sait, « th » se prononçait en Syrie antique « s » et « Aroth » devint « Eros ». On ajoutera que le « O » en Egypte a toujours fait référence au Soleil, à une divinité solaire, comme O-siris par exemple, et ce caractère solaire profite à Eros par le son « O » dominant le nom. Comme c’est précisé ici : « Les Egyptiens lui appliquèrent le nom du Soleil, qui, à ce qu’il paraît, était, dans les premiers temps, appelé « O » : cri d’admiration, exclamation adoratrice, dont le caractère graphique est l’image même du Soleil. Ils formèrent de cette voyelle la syllabe « On », qui fut le nom connu et particulier qu’ils donnaient au Soleil. Quelques savants trouvent des rapports entre « On » et « Om » des Indiens ».

(* On précisera encore une proximité phonétique entre « Arès » et le mot hébreu « Aryeh » (216) signifiant « lion » ; en référence au signe du Lion, dont le maître est le Soleil, et le caractère « Teth », figuré par un serpent magnétique. En plus de la lance, « Arès » peut être lié à « lion », un animal de référence pour les soldats ; pour Eros, la lance devient une flèche et le lion le fait figurer comme un « serpent magnétique au déplacement luxurieux, « sifflant en se glissant ça et là en zigzags » (HPB – Doctrine secrète 1 ; p.55) ; ou « se déplaçant sinueusement à la manière du crocodile (Makara) car incarnant la nature sensuelle de la personne dominée par le chakra Svadhisthana » (Harish Johari – Chakras)… Tout comme avance encore le « serpent tortueux » (נָחָשׁ עֲקַלָּתוֹן) normalement figuré par Lilith. Ce qui préciserait dans ce cas qu’Eros est en réalité une femme, chose étonnante à priori ; mais, au regard de l’Histoire, son culte ayant succédé à celui de Vénus, dont la personnification est une femme, rend l’affirmation moins surprenante. La flèche rend le Génie dans une nature androgyne ; puis, le bébé angelot lui confirme son caractère ludique, espiègle, que les poètes affectionnent tant.)

 

C’est-à-dire que les soldats, ceux qui sortaient vivants des combats sanglants et meurtriers dans lesquels ils bravaient la mort, fréquentaient les lieux de luxure où des filles se donnaient à eux, impudiques, commettant ainsi leur sacrifice pour Vénus. Les hommes de courage sur le terrain avaient l’habitude d’invoquer Mars au moment d’aller se battre (d’ailleurs, le Romain répétait souvent ce leitmotiv à son prochain : « Puissent les dieux être avec toi… ») ; pareillement lorsqu’ils entraient au lupanar, les hommes soucieux de leur virilité réclamaient d’invoquer un bon Génie de la même sorte qu’Arès mais doué pour leur assurer une puissance sexuelle supérieure. Des initiés réfléchirent à la question et ainsi conçurent « Eros ».

 

De cette façon, le premier Eros fut honoré sous la forme d’une lance, puis d’une borne qui prit vite la forme d’un braquemart. Né de Vénus, les femmes étaient nombreuses pour pratiquer ses cérémonies ; né de Mars, l’eucharistie voyait s’accoupler un homme avec une femme pour célébrer le Génie.

 

Son succès fut tel qu’il dépassa rapidement les enceintes militaires et les lupanars. Il séduisit « les gymnases, se présentant sous la forme d’un beau jeune homme, fort et musclé, et fut considéré comme le protecteur des amours homosexuelles » (Michael Grant / John Hazel - Dictionnaire de la mythologie). Présent partout où la virilité fut réclamée, chez les soldats, les gladiateurs et les sportifs, le Génie né d’Arès et de Vénus attira à lui nombre de fidèles demandeurs d’une puissance virile accrue qu’il plongea ensuite dans un stupre et une luxure inégalés. C’est que les postulants, nous l’avons dit, vivant au quotidien des épreuves de force, réclamaient des réjouissances de même portée comme titre de compensation : aussi, au nom du Génie, les hommes réclamèrent les débauches les plus insensées au point de faire sombrer le Régime entier dans la décadence.

 

Mais un culte ne se fonde pas sur les pulsions bestiales des hommes. Ces prêtres de Vénus qui intègrent le culte d’Eros connaissent nombre de pratiques magiques qu’ils associent à la sexualité de l’homme et vont ainsi exercer nombre de sortilèges, invoquer Fantasmes et Cauchemars pour mettre en œuvre les noirs desseins que leur demandent de réaliser des femmes et hommes d’influence. Sur l’autel de la luxure, qui ne sera pas autre chose qu’un couple illégitime pratiquant l’œuvre de chair, des soldats serviront, le plus souvent sans le savoir, aux basses œuvres magiques. Et lorsque « l’ex-voto » concernera des buts conséquents, une demande de victoire d’une bataille par exemple, l’autel prendra la forme de plusieurs couples illégitimes qui s’ébattront lascivement dans la débauche et l’orgie.     

 

Bientôt, la « lance solaire » vient ressembler au Phallus de Priape. Preuve en est cet épisode rapporté où l’Empereur romain « Caligula, ne parvenant pas à satisfaire une jeune vierge au cours d’une cérémonie dédiée au dieu Priape, se déroulant sur le mont Phallus, va vivre des aventures polissonnes pour retrouver sa puissance sexuelle ».

 

De fait, le culte d’Eros substitua rapidement à la lance solaire le Phallus priapique. Et les soldats ne demeurèrent pas toujours ces hommes virils, surtout lors d’une cérémonie dédiée à la divinité de l’Amour et du Désir, comme en témoigne cette scène cinématographique : « Avec beaucoup plus de vraisemblance historique, le film de Guccione met en relation les aspirations de Caligula à être adoré comme un dieu avec le culte d’Isis dont il était un dévot. C’est à l'exemple des monarques hellénistiques que voulait régner le quatrième César (ne fit-il pas enlever ou copier la cuirasse d’or d’Alexandre le Grand, son modèle ?). Qu'on n'oublie pas que nous sommes au sortir du règne de Tibère, vieux romain traditionaliste qui interdit le culte d’Isis et celui de Iahvé, et ne risquait point de confondre la rigueur de l’étiquette romaine avec la licence de ses fêtes privées. La dichotomie entre le Tibère économe, pondéré, et le bouc de Capri ravagé de vices étonnera toujours les commentateurs. Apulée nous donne toute une série de précisions sur le culte d’Isis, jugé plutôt austère aux dires des uns, alors qu’il est permis d’imaginer les pires excès : après tout, les Grecs n’assimilaient-ils pas Isis à Aphrodite (Vénus) ? Pour Bob Guccione, les nobles romaines qui célèbrent son culte dans la maison de Drusilla s’ébattent dans une piscine où une statue égyptienne de pierre noire a été couchée. Elles se caressent, se masturbent, etc. et dansent autour de la pièce d’eau en répandant des pétales de roses. Caligula qui, déguisé en femme, s’est introduit parmi elles en quête d’une épouse, remarque Cæsonia et la fait venir dans la chapelle attenante où, fantaisie personnelle ou rite supposé, il lui entaille légèrement le cou et boit son sang ! Caligula rime donc avec Dracula, autrement le vampirisme aurait fait défaut au curriculum vitæ du parfait pervers polymorphe dont Guccione et consorts nous ont tracé l’esquisse. Comme sa sœur Drusilla, Caius Caligula était prêtre d’Isis. Et il y a une statue d’Isis avec sur son socle l’inscription « ISIDI SACR » ».

 

Comme c’est rapporté par ailleurs, des hommes se travestissaient en femme pour côtoyer leur divinité féminine : ici, c’est idem, Isis, en forme de Vénus, est approché par Caligula, « déguisé en femme ».


 

La « lance solaire taillée comme un phallus » devient l’emblème de ce nouveau Génie nommé Eros dont la fonction est d’assurer la vigueur sexuelle des soldats qui viennent chevaucher les plus vicieuses des femmes qu’on puisse trouver au lupanar. La figure originale du Génie n’a donc rien à voir avec celle du Génie ailé ludique Cupidon car sa « clientèle » réclame l’excès en matière de vice, leur vie sur le champ de bataille étant rude et ne tenant qu’à un fil. Eros le sait et c’est pourquoi, à l’image de sa mère Vénus, il prendra vite l’apparence du bouc et son emblème sera le foutu braquemart. Le même chemin sera suivi par son homologue perse Aeshma, futur Asmodée.      

 

(* Chaque citation est tirée de l’ouvrage de Jacques-Antoine Dulaure intitulé « Des cultes qui ont précédé et amené l’idolâtrie ».)


 

Les initiés ayant conçu ce culte d’Eros, nouveau dieu sorti de la cuisse de Vénus, remportent un grand succès auprès du public. Eros est jeune, et cependant, son culte est riche d’antécédents. Car il n’est pas pensable de résumer son culte à des seules parties de jambes en l’air entre hétaïres et soldats, qu’ils soient romains ou grecs. D’autant plus que le Génie Eros connaît un frère, du nom de Thanatos, qui personnifie la Mort. On trouve exactement le même « tandem » dans la mystique indienne avec Kâma, l’avatar d’Eros, et Mara, divinité de la Mort : les noms « Kâma » et « Mara » sont extraits de « Makara », l’équivalent oriental du Baphomet. De même, Eros et Thanatos sont la réplique « poétisée » à la façon grecque de Seth et Anubis, divinités égyptiennes tombées dans le règne des démons. Seth est la force vitale, Anubis est le psychopompe. Le nom « Seth », nous l’avions mentionné dans un précédent chapitre (cf. chapitre « Qui est le Satan ésotérique ? »), pouvait se confondre avec « Teth », caractère lié à la mystique du serpent, au Fluide Magnétique, au Grand Agent Magique, au Désir : exactement comme Eros, dont la lettre correspondante est aussi « Teth ». L’antique serpent à la tête d’âne qu’on invoque par le mantra AO, contenant en lui le pouvoir féminin (Isis ; Vénus), régnant en divin au Sud de l’Egypte et rendu démon au Nord, ne s’est-il pas réincarné en Eros lorsqu’il émigra à Athènes, et son allié Anubis « Anpou » prit les traits du frère Thanatos ? C’est envisageable. La guématrie au chapitre suivant (cf. chapitre « Guématrie avec Eros et Thanatos ») nous donne des droits de le croire. En cela aussi, il est un point à relever : pour échapper à la « satanisation » de Seth, la Grèce antique fit de ce dernier un Eros à la figure enfantine et au caractère malicieux, mais l’initié n’ignorait pas les filiations occultes et savait bien qu’Eros est Satan.


 

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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