Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 18:21

Comme on dit, Satan « ne fait pas dans la dentelle ». Le voici qui inspire l’amour payant, « plus prompt aux réjouissances de la chair sensuelle », car le sentiment n’est pas très utile dans le couple. C’est le Seigneur de Brantôme, citant saint Augustin, qui le dit : « Car, comme le dit Saint Augustin, c’est une grande folie à un mari de requérir la chasteté à sa femme, lui étant plongé au bourbier de la paillardise. Même nous trouvons dans notre Sainte Ecriture qu’il n’est point besoin que le mari et la femme s’entre-aiment fortement ; cela se veut entendre par des amours lascifs et paillards. (…) De plus, ces maris apprennent à leurs femmes, dans leur lit propre, mille lubricités, mille paillardises, mille tours, façons nouvelles ; de telle sorte que, pour un tison de feu qu’elles ont dans le corps, elles y engendrent cent, et les rendent ainsi paillardes ; si bien qu’étant de telle façon dressées, elles ne peuvent le garder pour elles, quittent leurs maris, et vont retrouver d’autres chevaliers ; c’est qu’elles veulent montrer à d’autres ce qu’elles savent faire ; et leurs maris voudraient qu’elles cachent leur savoir ». C’est le « syndrome de Messaline ». 

 

Alors, « au douzième siècle, Guillaume VII, duc d’Aquitaine et comte de Poitou, fit construire dans la ville de Niort, un bâtiment semblable à un monastère, où il recueillit toutes les prostituées. Il voulut en faire une abbaye de femmes débauchées, dit Guillaume, moine de Malmesbury. Il y créa des dignités d’abbesse, de prieure, et autres dont il gratifia les plus distinguées dans leur commerce infâme ».

 

 

La prostitution prend un essor, motivée par l’appât du gain par le moyen des basses œuvres : « Nous avons plusieurs mères qui vendent leurs filles, qui les prostituent elles-mêmes ; elles leur font gagner leur mariage à la peine et à la sueur de leur corps. Est-il beau de voir la femme d’un avocat, qui a acheté un office, vêtue comme une princesse ? Sa tête, son cou, sa ceinture, sont couverts d’or. Et vous dites qu’elle est vêtue suivant son état ! A tous les diables l’état, vous, la femme, et vous aussi, M. Jacques, qui leur donnez l’absolution. Elles disent : « Nos maris ne nous donnent point de tels habits ; mais nous les gagnons à la peine de notre corps. A trente mille diables une telle peine ». Il fait tenir le propos suivant à une femme en colère : « Va put… infâme, tu tiens bord… en ta maison ! ».

 

« L’évêque Thierry de Niem parle des débauches de religieuses ; elles étaient, suivant lui, en proie à la luxure des évêques, des moines et des frères convertis. (…) Les couvents étaient appelés des « lieux de plaisirs », et recevaient des qualifications plus déshonorantes. Sauval nous apprend que les religieuses de Montmartre, abandonnées à la prostitution, empoisonnèrent l’abbesse qui voulut les réformer ».

 

 

Inspirées des mœurs antiques des grecques et des romaines, « il est présumable que si des femmes chrétiennes s’abandonnèrent aux pratiques dégoûtantes, dans des intentions superstitieuses, elles purent, dans les mêmes intentions, fabriquer des Phallus et en abuser. La débauche continua un usage qu’un motif superstitieux avait institué. Des actes de religion qui touchaient de si près à la débauche se confondirent facilement avec elle. Le temps fit oublier le motif religieux, les passions désordonnées le remplacèrent ».

 

 

Rappelons-nous que dans ce premier moyen-âge, « Priape reçut le nom et le costume de « saint » ; mais on lui conserva ses attributions, sa vertu préservatrice et fécondante, et cette partie saillante qui en est le symbole. Le saint de nouvelle création fut honorablement placé dans les églises et invoqué par les chrétiennes stériles, qui, en faisant des offrandes, achetaient l’espérance d’être exaucées. L’on vit souvent des prêtres chrétiens remplir auprès de lui le ministère des prêtres de Lampsaque (Priape). Ce ne fut pas seulement dans les premiers temps du christianisme, que le culte de Priape substitua parmi les peuples qui avaient embrassé cette religion ; ce mélange n’aurait rien d’extraordinaire. Des peuples ignorants et routiniers, incertains entre deux religions dont l’une succède à l’autre, pouvaient bien, en adoptant les dogmes de la nouvelle, conserver les pratiques et les cérémonies de l’ancienne ; mais ce culte s’est maintenu jusqu’au dix-septième siècle en France, et existe encore dans quelques parties de l’Italie ».

 

 

« On offre à ce saint, lit-on dans la « Confession de Sanci », les parties honteuses de l’un ou l’autre sexe, formées en cire. Le plancher de la chapelle en est fort garni, et lorsque le vent les fait entrebattre, cela débauche un peu les dévotions en l’honneur de ce saint. Je fus fort scandalisé, quand j’y passai, d’ouïr force hommes qui avaient nom « Foutin ». La fille de mon hôte avait pour sa marraine une demoiselle appelée « Foutine » ». « On trouve des traces du culte de saint Foutin jusqu’en Allemagne. Un écrivain de ce pays en parle comme d’un saint fort connu au 17ème siècle, et auquel les filles, prêtes à devenir épouses, faisaient hommage de leur robe virginale ».

 

 

En ces temps troublés et troublants, « le concubinage des prêtres était alors comme dans les siècles précédents, universel et public. Les prélats profitaient de ce désordre, et vendaient aux ecclésiastiques qui n’étaient point mariés, la permission d’avoir des concubines. (…) L’auteur du livre intitulé « Speculum humanae vitae », après avoir passé en revue les abus multipliés qui existaient de son temps dans toutes les classes du clergé, parle ainsi des chanoines : « Plus ils sont libres, plus ils sont licencieux, et se livrent à tous les vices. Une seule femme ne suffit point à un seul chanoine, et outre celle qui vit avec eux dans leur maison comme leur épouse, ils ont encore un grand nombre de jeunes filles pour concubines ».

 

 

Les lieux de perdition ne servent pas qu’à la luxure, pensent certains mystiques, ils attirent les forces occultes avec lesquelles ils doivent avoir un commerce charnel. De fait, la phrase suivante, très troublante, est cependant sans ambigüité : « Mais je m’arrêterai à celui qui porte « que si un homme et une femme, tous deux ministres de la débauche publique ; que si un homme dévoué à la prostitution… » ; nous reprenons : « Un homme dévoué à la prostitution »… Ceci rappelle fortement les antiques rituels consacrés à Vénus où l’homme était habillé en femme lorsqu’il venait se prosterner devant la statue… Ici, ce dieu converti en saint mais toujours représenté par un Phallus, par un pieu imposant dressé en érection, une représentation obscène, a le pouvoir d’inspirer à ses fidèles de faire le sacrifice de leur corps physique : même les mâles se soumettent ainsi au rituel d’union nuptiale avec leur dieu de la chair, démon lubrique, assurés qu’ils s’unissent avec leur saint Priape, acceptant le grotesque au nom de l’humiliation sacrée.

 

 

(* Toutes les citations sont tirées du livre de Jacques-Antoine Dulaure – Des Divinités génératrices ou du culte du Phallus chez les anciens et les modernes.)

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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