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Les enseignements complexes des antiques Gnostiques, Ophites, Sodomites et même Caïnistes avaient été réduits à leur portion congrue par les religieux du premier moyen âge, et même du début du second, où, pris par les tourments de la luxure, ils interprétèrent la science occulte à minima, estimant le sacrifice charnel à sa plus haute distinction, l’honorant de toutes les beautés liturgiques, le mettant en scène pour le rendre sacré, excluant toute autre conduite la jugeant sans aucun intérêt. C’est ici que les religieux qui se consacraient encore au culte du Priape, devenu saint Foutin, et désormais Satan, assurèrent nombre des leurs profanes qu’au cours de leur messe phallique, le Malin entrait dans le plan physique au moyen de la fornication par derrière. On formait un couple illégitime, élu par le Ciel des ténèbres en ayant placé différents noms dans une urne, en s’assurant tout de même que le mâle était bien viril et la femme redoutable à la luxure, qui devaient s’unir sur l’autel sacré, s’offrir l’un l’autre comme on le fait d’ordinaire dans l’intimité, puis forniquer par derrière, les hommes pieux tapis autour et implorant : « Satan, je te salue, Satan, je t’invoque… » ; car, à mesure que la fornication prenait en puissance, chacun sentait le Grand Démon noir sortir subtilement de l’intimité rectale de la femme, investir les lieux saints avant de se les approprier.
Marquis de Sade
La Messe Noire était à son comble lorsque, comme nous le confie le Marquis de Sade, on prenait une hostie sainte pour la poser sur le gland d’un homme pieux, lequel avançait solennellement vers le plus petit orifice des deux de la femme, cependant largement ouvert par l’effet de la copulation virile, introduisait à son tour son membre dressé chapeauté de l’hostie dans l’intimité et forniquait ainsi. L’assistance se réjouissait alors de ce que la nourriture sacrée de forme ronde et de couleur blanche était écrasée par les forces de Sodome et que Satan se voyait là honoré et glorifié de la meilleure façon.
Les scènes qui suivent, extraites du livre « Justine ou les malheurs de la vertu » sont choisies car elles décrivent des Messes Noires, dont on a l’impression que "l’ignoblerie" ne connaît point de limite au contraire de la spiritualité qui n’a point de commencement. Le Marquis de Sade choisit un pape de son temps, Pie VI, pour jouer le premier rôle, si grand était son goût pour la provocation. Nombreux sont les historiens qui évitent le sujet. Aussi faisons-nous de même, et gardons le texte pour ce qu’il est, du roman libertin, avant d’être un compte-rendu historique. Par contre, confère aux écrits de Jacques-Antoine Dulaure, il est certain que le Marquis se soit inspiré, pour ses écrits, des nombreux récits écrits et rapportés sur les agissements de ces hommes pieux du premier moyen âge, ceux de saint Foutin ou de Priape-Gala.
L’auteur Philippe Sollers*, dans « Femmes », défend le Marquis, défendant la liberté d’écrire ou bien que l’écriture doive être d’abord un signe de liberté, avant même de chercher à connaître le vrai du faux. Nous gardons ici ce même état d’esprit.
(*« Dans la séquence sur Saint-Pierre-de-Rome, j’aurais dû me promener avec Sade ! Bien sûr ! C’est la clé de Juliette ! Ce que personne ne veut voir, me dit-il, c’est que tout le roman est construit autour de cet épisode central... La messe des Messes Noires ! Comme quoi Sade a bien compris l’essentiel... C’est vrai... Il a senti comme personne qu’il fallait culminer là... Au point juste ! Au lieu même de la négation suprême de la matière ! A l’oméga du parcours ! Les cultes abolis ! Les plus archaïques ! Récapituler l’histoire du coït ! Depuis la préhistoire la plus enfouie ! Avec une majesté de dinosaure ! Insatiable ! Ecumant ! Sacrifices humains ! Mayas ! Trip de tripes ! Giclages en plein charniers successifs ! Viscères déployés ! Cervelles éclatées ! Fœtus foulés aux pieds ! Tringlages de culs à la chaîne ! Gougnoteries en série ! Décapitations ! Monstruosités lentes ! Pantelantes ! Le plus amusant, c’est la façon dont le mot de l’époque pour désigner le pénis, la queue, la bite, a vieilli... Le vit... Le vit du Pape ! Le pauvre Pape mis en scène par Sade n’est autre que Pie VI, Jean-Ange Braschi, né en 1717, mort en France, à Valence, en 1799... Les dates parlent d’elles-mêmes... Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin... Sade fait de Pie VI un blasphémateur, un enculé-enculeur, un fouteur, un dépeceur... Il semble éprouver une rage particulière, le délicieux Marquis, à représenter tout ça sous le baldaquin de Saint-Pierre... Les hosties consacrées posées sur les vits en érection et aussitôt transférés dans les culs forcés des victimes... Quel éloge de la transsubstantiation ! Quelle vertigineuse analyse concrète de l’Eucharistie ! Quelle intuition du grand TUBE humain, du serpent digestif lui-même ! Quel prodigieux effort de résistance à l’endroit exact où la péripétie humaine est intrinsèquement dévoilée ! Quelle vision ! Des messes incessantes mêlées à des sacrifices répétés ! Inouï ! Sade, ou la Théologie malgré lui... On immole les corps attachés aux quatre colonnes... J’accorde tout cela à S... Il est plein de son sujet... C’est plus fort que Diderot... Plus acharné... Plus révélateur de la tornade qui a secoué la France, puis l’Europe, puis le monde... « Un homme comme moi ne se souille jamais, ma chère fille, me répondit le Pape. Successeur des disciples de Dieu, les vertus de l’Eternel m’entourent, et je ne suis pas même un homme quand j’adopte un instant leur défauts ». Sade se fait baiser comme un Pape... Insulter, fouetter, ordurifier, sans perdre un instant sa souveraineté... Il se donne le démon femelle adéquat... Le succube rationaliste de luxe ! Juliette est implacable ! Elle dérobe à la caisse ! Pille le trésor ! Elle arrache les faux-semblants de l’hypocrite ! De l’infâme ! Elle veut une franchise totale, Juliette ! La Vérité ! La virilité ! Caton ! Brutus ! On les voit, ces deux-là, dans le théâtre en question ! La gueule qu’ils feraient ! L’Antiquité à poil ! Dans la sodomisation intégrale ! Platon et Aristote en orgie ! » (Philippe Sollers – Femmes ; Gallimard)
(Justine raconte.) (1791). (…) Deux nuits après, je couchai chez Jérôme ; je ne vous peindrai point ses horreurs, elles furent plus effrayantes
encore. Quelle école, grand Dieu ! Enfin, au bout d’une semaine, toutes mes tournées furent faites. Alors Omphale me demanda s’il n'était pas vrai que, de tous, Clément fût celui dont
j’eusse le plus à me plaindre.
- Hélas ! répondis-je, au milieu d’une foule d’horreurs et de saletés qui tantôt dégoûtent et tantôt révoltent, il est bien difficile que je prononce sur le plus odieux de ces scélérats ; je suis excédée de tous, et je voudrais déjà me voir dehors, quel que soit le destin qui m’attende.
- Il serait possible que tu fusses bientôt satisfaite, me répondit ma compagne ; nous touchons à l’époque de la fête : rarement cette circonstance a lieu sans leur rapporter des victimes ; ou ils séduisent des jeunes filles par le moyen de la confession, ou ils en escamotent, s’ils le peuvent ; autant de nouvelles recrues qui supposent toujours des réformes...
Elle arriva, cette fameuse fête... Pourrez-vous croire, madame, à quelle impiété monstrueuse se portèrent les moines à cet événement ? Ils imaginèrent qu’un miracle visible doublerait l’éclat de leur réputation ; en conséquence, ils revêtirent Florette, la plus jeune des filles, de tous les ornements de la Vierge ; par des cordons qui ne se voyaient pas, ils la lièrent au mur de la niche, et lui ordonnèrent de lever tout à coup les bras avec componction vers le ciel, quand on y élèverait l’hostie. Comme cette petite créature était menacée des plus cruels châtiments si elle venait à dire un seul mot, ou à manquer son rôle, elle s’en tira à merveille, et la fraude eut tout le succès qu’on pouvait en attendre. Le peuple cria au miracle, laissa de riches offrandes à la Vierge, et s’en retourna plus convaincu que jamais de l’efficacité des grâces de cette mère céleste. Nos libertins voulurent, pour doubler leurs impiétés, que Florette parût aux orgies du soir dans les mêmes vêtements qui lui avaient attiré tant d’hommages, et chacun d’eux enflamma ses odieux désirs à la soumettre, sous ce costume, à l’irrégularité de ses caprices. Irrités de ce premier crime, les sacrilèges ne s’en tiennent point là : ils font mettre nue cette enfant, ils la couchent à plat ventre sur une grande table, ils allument des cierges, ils placent l’image de notre Sauveur au milieu des reins de la jeune fille et osent consommer sur ses fesses le plus redoutable de nos mystères. Je m’évanouis à ce spectacle horrible, il me fut impossible de le soutenir. Sévérino, me voyant en cet état, dit que pour m’y apprivoiser, il fallait que je servisse d’autel à mon tour. On me saisit ; on me place au même lieu que Florette ; le sacrifice se consomme, et l’hostie... ce symbole sacré de notre auguste religion... Sévérino s’en saisit, il l’enfonce au local obscène de ses sodomites jouissances..., la foule avec injure..., la presse avec ignominie sous les coups redoublés de son dard monstrueux, et lance, en blasphémant, sur le corps même de son Sauveur, les flots impurs du torrent de sa lubricité ! »
(Puis, Juliette raconte…) (1797). « - Partons, il est tard : n’avez-vous pas dit qu’il ne fallait point que l’aurore nous retrouvât dans nos
impuretés ?...
Nous passâmes dans l’église. D’énormes paravents enveloppaient l’autel isolé de saint Pierre, et donnaient une salle d’environ cent pieds carrés, dont l’autel formait le centre, et qui n’avait plus, au moyen de cela, aucune communication avec le reste de l’église. Vingt jeunes filles ou jeunes garçons, placés sur des gradins, ornaient les quatre côtés de ce superbe autel. Également dans les quatre coins, entre les marches et les gradins, était, dans chacun, un petit autel à la grecque destiné aux victimes. (…) Trois prêtres étaient en face de l’autel, prêts à consommer le sacrifice (…). Braschi et moi, nous étions couchés dans une ottomane élevée sur une estrade de dix pieds de haut, à laquelle on ne parvenait que par des marches recouvertes de superbes tapis de Turquie ; cette estrade formait un théâtre où vingt personnes pouvaient se tenir à l’aise. (…) Différents costumes, aussi galants que pittoresques, embellissaient les hommes, mais celui des femmes était trop délicieux pour ne pas mériter une description particulière. Elles étaient vêtues d’une chemise de gaze écrue qui flottait négligemment sur leur taille sans la masquer ; une collerette en fraise ornait leur cou ; et la tunique que je viens de décrire était, par le moyen d’un large ruban rose, renouée au-dessous de leurs reins, qu’elle laissait absolument à découvert ; par-dessus cette chemise, elles avaient une simarre de taffetas bleu, qui, se rejetant et voltigeant en arrière, n’ombrageait en rien le devant ; une simple couronne de roses ornait leurs cheveux, flottant en boucles sur leurs épaules. Ce déshabillé me parut d’une telle élégance que je voulus m’en revêtir sur-le-champ. La cérémonie commença.
Aussitôt que le Saint-Père formait un désir, les six aides de camp, placés sur
les marches de notre estrade, volaient aussitôt pour le satisfaire. Trois filles furent demandées. Le pape s’assit sur la figure de l’une, en lui ordonnant de lui gamahucher l’anus ; la
seconde suça son vit ; la troisième chatouilla ses couilles ; et mon cul, pendant ce temps-là, devint l’objet des baisers du Saint-Père. La messe se disait, et les ordres donnés pour
que mes désirs s’exécutassent avec la même célérité que ceux du souverain pontife. Dès que l’hostie fut consacrée, l’acolyte l’apporta sur l’estrade et la déposa respectueusement sur la tête du
vit papal ; aussitôt qu’il l’y voit, le bougre m’encule avec. Six jeunes filles et six beaux garçons lui présentent indistinctement alors, et leurs vits et leurs culs ; j’étais moi-même
branlée en dessous par un très joli jeune homme, dont une fille masturbait le vit. Nous ne résistons point à ce conflit de luxure ; les soupirs, les trépignements, les blasphèmes de Braschi
m’annoncent son extase et décident la mienne ; nous déchargeons en hurlant de plaisir. Sodomisée par le pape, le corps de Jésus-Christ dans le cul, ô mes amis, quelles délices ! Il me
semblait que je n’en avais jamais tant goûté de ma vie. Nous retombâmes épuisés au milieu des divins objets de luxure qui nous entouraient, et le sacrifice s’acheva.
Il s’agissait de retrouver des forces ; Braschi ne voulait pas que les supplices commençassent avant qu’il ne rebandât. Pendant que vingt filles et
autant de garçons travaillaient à le rendre à la vie, je me fis foutre une trentaine de coups, sous les yeux du pape, au milieu d’un groupe de jeunes gens ; j’en excitais communément quatre
pendant que j’étais l’objet des caresses de deux. Braschi jouissait des excès de mon libertinage ; il m’encourageait à en redoubler les élans. Une nouvelle messe se célébra, et, cette
fois-ci, l’hostie apportée sur le plus beau vit de la salle, s’introduisit dans le cul du Saint-Père, qui, commençant à rebander, me rencula en s’entourant de fesses.
- Bon ! dit-il en se retirant au bout de quelques courses, je ne voulais que bander. Immolons maintenant.
Il ordonne le premier supplice ; il devait s’exécuter sur le jeune homme de dix-huit ans. Nous le faisons approcher de nous, et, l’ayant caressé, baisé, pollué, sucé, Braschi lui déclare qu’il va le crucifier comme saint Pierre, la tête en bas. Il reçoit sa sentence avec résignation et la subit avec courage. Je branlais Braschi pendant qu’on exécutait ; et devinez quels étaient les bourreaux ! Les mêmes prêtres qui venaient de célébrer des messes. Le jeune homme, ainsi traité, fut attaché avec sa croix à l’une des colonnes torses de l'autel de saint Pierre.
(…) Il suffit d’être sur le trône pour porter ces infamies à leur dernier période : l’impunité de ces coquins couronnés les entraîne à des recherches que n’inventeraient jamais d’autres hommes. Enfin ce scélérat, ivre de luxure, arrache le cœur de cet enfant, et le dévore en perdant son foutre. Il restait la femme grosse. (…) Braschi voulut absolument que je passasse le reste de la nuit avec lui ; le libertin m’adorait.
- Tu es ferme, me disait-il, voilà comme j’aime les femmes : celles qui te ressemblent sont rares.
- La Borghèse me surpasse, répondis-je.
- Il s’en faut, me dit le pape, elle est à tout moment déchirée de remords. Dans huit jours, poursuivit le Saint-Père, je te donne, avec elle et les deux cardinaux, tes amis, le souper où je me suis engagé ; et là, cher amour, sois-en sûre, nous ferons, j’espère, quelques horreurs qui surpasseront celles-ci.
- Je m’en flatte, dis-je faussement au pontife, n’entendant par cette réponse que le vol que je m’apprêtais à lui faire ce jour-là ; oui, j'espère que nous en ferons de bonnes.
Braschi, qui venait de se frotter les couilles avec une eau spiritueuse et faite pour provoquer au plaisir, voulut essayer de nouvelles tentatives.
- Je ne bande pas assez pour t’enculer, me dit-il, mais suce-moi.
Je me mis à cheval sur sa poitrine ; le trou de mon cul posait sur sa bouche, et le coquin, tout pape qu’il était, déchargea en reniant Dieu comme un athée.
Il s’endormit. (…) Pie VI* ne tarda pas à se réveiller. Il y avait consistoire ce jour-là ». (Marquis Donatien Alphonse François de Sade – Justine ou les malheurs de la vertu ; Le Livre de Poche)
(* Pie VI : Giannangelo, comte Braschi, né à Césène, en Romagne, le 25 décembre 1717, mort à Valence (France) le 29 août 1799, pape sous le nom de Pie VI (nom latin : Pius VI ; nom italien : Pio VI) du 15 février 1775 à sa mort. Source : Wikipédia)