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Il faut lire les textes liés au procès de la Voisin pour saisir la folie ambiante de
l’époque, de ces sorciers ou des ces prêtres dits « défroqués » qui allèrent chercher nombre d’enfants mort-nés pour les sacrifier sur l’autel satanique. Là, ils invoquèrent, pour
réaliser des « vœux » de basse luxure, des adultères, infidélités, impuissance (rituel de fascination) et mises à mort d’autrui, la sombre Lilith, laquelle régnait jusque là en une
divinité antique de la licence morale et qui se retrouva démone des plus meurtrières besognes. D’où ce quolibet lancé à sa figure lorsque les mages dits « blancs » l’évoquent :
« Va-t-en, Lilith, retire-toi ! » Les spécialistes d’aujourd’hui dressent le portrait de la Lilith sumérienne ou mésopotamienne, sûrs qu’au moyen âge chacun des pèlerins
connaissait son curriculum vitae. Les crédules et les ignorants, qui comptaient en majorité dans la population, ne savaient rien de l’antique Lilith mais la considéraient de la manière dont les
religieux du premier moyen âge voulaient bien leur enseigner. Ils argumentaient alors en sa faveur, disant que plus dépravée qu’elle au monde, il n’existait aucune entité, qu’elle saurait
satisfaire les besoins luxurieux de chacun, moyennant finances « sur mesure ». Mais lui faire mourir des enfants à peine nés – sujet non abordé dans nos études – pour opérer des
prodiges, et que des religieux avisés se soient autorisés à pareil exercice, ne fut-ce pas là la pratique coupable qui signa l’échec de pareils cultes ?
Certes, l’antiquité avait fait aussi de cette Lilith un succube et la pratique luxurieuse à des fins de sorcellerie prit un essor considérable pour qui la fréquentait assidûment. D’autres auteurs déclarent qu’une prostitution de femmes et d’hommes l’identifia avec une courtisane. C’est vrai que son nom « Lila » (le plaisir) accolé à « Th » (bouc) la décrivit comme « la femme avec la lascivité du bouc » en elle.
Satan eut tant de travail au moyen âge qu’il ne pût se résoudre à l’accomplir seul ; il réclama l’aide d’un alter ego féminin et les prêtres de la mystique noire trouvèrent cette luxurieuse démone sumérienne à leur goût. Elle avait été invoquée par nombre de Gnostiques Ophites, Nicolaites et Sodomites, ceux qui maudissaient jadis ce bas monde et le provoquaient par ces techniques citées par ailleurs (lire chapitre « Satan sodomite (1) : Gnostiques Ophites, Sodomites ») que sont la masturbation, la fellation, la sodomie et le coït interrompu.
Ils disaient que par ces techniques, puisqu’elles permettent d’atteindre la luxure sans le
risque de la génération, ils entraient en commerce charnel avec des entités inférieures qui jouaient un grand rôle dans la vie du quotidien, d’où ces allusions à la sorcellerie. Le sexe étant
synonyme de « lien », « d’action de relier », la conscience du mystique étant ouverte et orientée vers « l’autre côté » (Sitra Ahara), des fréquentations subtiles se
produisent. Les prêtres du premier moyen âge, qui connaissaient toutes ces choses, avaient décidé de substituer méticuleusement aux divinités romaines désormais païennes d’autres puissances, que
les « réformateurs » religieux avaient choisi de faire sombrer dans le règne inférieur, ou plan qliphotique, monde des démons. Celle qui eut leurs suffrages fut Lilith, entité
démoniaque idéale puisqu’au pays de celles et ceux qui jurent avoir affaire avec des incubes et des succubes, elle est la maîtresse. En effet, c’est de l’enseignement des anciens qui
entretenaient son culte que sont sortis ces démons androgynes Lilis (succubes) et Lilin (incubes). Les secrètes pratiques luxurieuses commises au fond des salles obscures de lieux saints furent
commises justement pour attirer ces démoniaques créatures, qu’ensuite les plus angéliques religieuses présentes dans les mêmes enceintes pour des raisons inverses durent subir les subtils assauts
fornicateurs.
Petit à petit se substitua au panthéon romain l’ensemble des démons présents dans l’Arbre Qliphotique. Lilith prit la place de Vénus, comme Asmodée s’appropria celle d’Eros. Car on savait pertinemment, les anciens de Samothrace l’avaient fait connaître, ces démons étaient célébrés sous la forme d’impressionnants phallus, à l’origine symbole de leur puissance, mais désormais emblème de leur luxure sans limite. « Tu es un démon de la chair » : ainsi s’adressaient en ouverture à chacun des démons le prêtre « défroqué ».
Pour s’assurer des services occultes des démons et de leurs serviteurs régnant dans le plan subtil au nôtre, des religieux maintenaient la foi que pour leur être agréable, il fallait les célébrer par des sacrifices luxurieux, charnels. En quoi le démon peut-il trouver du bien au sacrifice d’un animal brûlé, porc, taureau ou bouc, que « l’odeur du fumé lui soit alléchante », lui qui n’en mange pas ? Plutôt préfère-t-il, comme on le figure par un phallus dressé, frôler la sensualité des femmes, les voir s’animer par de redoutables voluptés, connaître des mâles offerts qu’ils conduisent sur les chemins de la honte, inspirer aux uns de s’humilier pour lui, aux autres de le représenter par la domination sur autrui.
Ainsi, s’il exista un temps du moyen âge, couramment
décrit, où les religieux durent se défendre des démons incubes succubes, une précédente époque vit leurs prédécesseurs réclamer leur assistance pour accomplir les ex-voto et autres sorcelleries.
Lilith gagna ainsi un rang de sainte, même si son profil l’exposait comme une prostituée sodomite montrant d’une main le sexe et de l’autre la mort, auprès des prêtres « défroqués »
dont les fidèles réclamaient des offices pour satisfaire leurs charmes. Comme illustre figure, elle eut droit à la même que les autres démons, un bouc assis sur un globe, le regard odieusement
lascif, et un sexe féminin bien ouvert placé au milieu du front. Comme les anciens Gnostiques l’avaient jadis vantée, que ceux-ci l’honoraient au moyen des quatre techniques évitant la
génération, les « défroqués » imaginèrent nombre de cérémonies dites religieuses où celles-ci étaient pratiquées comme sacrifice.
Pour rendre crédible la célébration, on ajoutait de la mise en scène, des décors expressionnistes, de la liturgie. Comme on accrochait parfois une femme en habits blancs au mur, figurant la Vierge, on faisait s’asseoir dans un fauteuil luxueux la plus redoutable des vicieuses du village ou de la ville, on la consacrait comme on le faisait pour les objets sacrés les plus importants, on l’habillait comme la plus attirante des prostituées, puis on l’appelait Lilith (au mieux était choisie la meilleure des prostituées du bordel d’à côté). Ou bien elle aussi, vêtue d’apparats aguicheurs aux couleurs pourpre et noire et de deux ailes sombres dans le dos, on la tenait en l’air, tenue par des cordes qu’on ne voyait pas, planant ainsi au-dessus du lieu de la cérémonie. Sous elle, sur l’autel sacré, un couple s’autorisait désormais les luxures honteuses, jusqu’à ce que le mâle, pris d’un éréthisme véhément devant la femme couchée le ventre sur l’autel, la prenne par derrière. L’accouplement diabolique devait faire entrer Satan dans le lieu saint, ou quelque autre démon ou Lilith pour officier la Messe Noire. Lilith, volant en l’air telle le ferait une sainte, devait témoigner le vice et la débauche. L’encens fumait et les bougies teintes dans la masse brûlaient de la couleur qui convenait au démon invoqué. La Lilith en chair et en os tantôt faisait de la figuration, tantôt commandait la pratique, dès lors qu’elle se sentait investie de pouvoirs extérieurs. Idem pour les hommes pieux qui se tenaient autour de l’autel, invoquant Satan : « Je te Salue, Satan, glorieux Satan… »
Chacun des participants s’était convaincu d’une réalité étudiée par les anciens Gnostiques, que l’activité luxurieuse pratiquée dans un contexte mystique (lieu consacré ainsi que les opérants, liturgie, messe, sceaux, etc.) attirait en même temps qu’engendrait autant d’incubes et de succubes possibles, remplissaient les lieux de ces entités classées inférieures et nommées Farfadets, Gargouilles, Coquemares ou Cauchemars (Vampires, Lamies), surtout Fantasmes (Phantasmes), pullulaient en nombre et se régalaient des souillures perdues ici et là. Mais toute cette luxure ne se commettait pas sans contrepartie… (Suite au chapitre « Messe de Lilith (2) : la femme nue offerte au Démon)
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