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L’un des plus anciens livres où certains religieux
pouvaient étudier les sciences occultes était « Le Livre d’Hermès ». Hérité d’un enseignement égyptien, sa partie écrite en grec aborde un sujet nommé « l’art hiératique », où
il est précisément rapporté l’expérience suivante : « De même que les dialecticiens de l’amour s’élèvent à partir des beautés sensibles jusqu’à ce qu’ils rencontrent le principe même
unique de toute beauté et de tout intelligible, ainsi les initiateurs aux mystères, partant de la sympathie qui unit toute les choses visibles entre elle et avec les puissances invisibles,
ont-ils fondé cette science hiératique. Partant de là, ils ont découvert le moyen d’honorer les puissances d’en-haut, mélangeant certains éléments, en retranchant d’autres à propos. Chacun des
éléments possède quelque chose du (démon) mais ne suffit pas pour l’évoquer ; ils combinent et ainsi fabriquent, par ces mélanges, des images et des aromates pour reproduire la forme du
modèle. Ainsi donc, au moyen de la sympathie, ils attiraient à eux certains (démons) et ils en repoussaient d’autres au moyen de l’antipathie. Ils firent la connaissance des puissances
« démoniaques » dont les essences sont en continuité avec la force éparse dans la nature et dans les corps, et, par ce moyen, ils attirèrent les démons pour entrer en commerce avec eux.
Puis, des démons, ils s’enhardirent jusqu’à opérer sur les (Archidémons) ; enfin, laissant à la terre la nature et les forces naturelles, ils se servirent des puissances (Archidémoniaques)
qui opèrent en tête de la chaîne ». (A-J Festugière - La révélation d’Hermès Trismégiste ; les sciences occultes – Les belles lettres)
C’est de cette façon que certains mystiques décidèrent d’agir : planter
le décor, expressionniste pour une attention toute soutenue, prononcer des formules magiques, lire des versets, faire fumer des encens appropriés, mettre en scène un cérémonial pompeux mais
précis, amener quelques participants triés sur le volet et leur faire jouer un rôle, placer les représentations symboliques des entités convoquées, méditer et se laisser transporter par le fruit
de sa possession mentale.
Comme dit précédemment, on s’était persuadé que toute activité luxurieuse dépensée dans un tel contexte attirait immédiatement ces entités inférieures avides de luxure que sont ces Cauchemars (Mort) et surtout les Fantasmes (Sexe). La fille la plus excitante du village ou de la ville venait s’offrir sur l’autel propice aux relations avec des Incubes Succubes de l’anti-monde, désignée par la Lilith qui planait au-dessus du lieu saint qu’on allait souiller. Mais comme le dit un jour une de ces autorités religieuses, « l’homme pieux peut commettre les mêmes saletés que le commun des mortels, il ne se souille jamais, il demeure pur ». Une phrase qui revêt un caractère injuste dans un contexte social mais qui connaît un sens subtil dès lors qu’il est replacé dans le cadre que celui décrit ici.
Lilith se fait remarquer par deux aspects majeurs : par l’obscénité, puisque son serviteur principal est Nahashiel, que les spécialistes traduisent par « serpent obscène » ; et par la luxure, comme elle, ou sa fille, est l’épouse d’Asmodée. Donc, lorsqu’au cours de ce rituel solennel, le sexe a pris toute sa place infâme et conduit les êtres présents aux plus sensuelles envies de débauche, que l’obscénité et la luxure ont pris possession de la femme nue qui s’autorise sans conditions à toutes les basses œuvres du Démon, voici alors que l’on remarque immédiatement l’arrivée sous la forme d’essaims des Fantasmes, Lamies, ou Incubes Succubes.
Le trop célèbre abbé Boullan (disciple de Vintras) raconte que lors de ses
Messes Noires, « des participants exaltés se masturbent sur l’autel, à côté ou même dessus, sachant qu’ainsi ils commettent avec des Incubes Succubes, forniquent inspirés par les
Fantasmes ». La pratique qui rendit célèbre Onan sert aussi lors des usages occultes aux participants de fréquenter des entités inférieures elles-mêmes sexuées. Car c’est cela qui motive la
participation de ces Fantasmes à ces cérémonies, c’est qu’on les perçoit portant de gros sexes et toujours dressés, exactement comme Priape, cherchant constamment quelque activité luxurieuse sur
le globe pour participer subtilement et soulager ainsi leur besoin impérieux de lubricité ; contrairement à l’interprétation du comte de Gabalis*, ayant fait croire dans ses
« Entretiens sur la science secrète » (livre qui n’est plus publié) que « ces Farfadets, Gargouilles et autres Feux-follets étaient mortels, nécessitaient donc pour vivre et
assurer leur propre génération du semen du mâle, substance dont le Tout Puissant les priva de détenir ». Ce genre d’allusions à quelque faiblesse ou état de soumission de ces êtres vis-à-vis
de nous lui coûta peut-être sa peau puisqu’il fut sauvagement assassiné.
(* Si ces convictions nous paraissent fausses et faussées, sa description des élémentals est juste et loupée à la fois ; extrait : « Ecoutez-donc jusqu’à la fin, et fâchés que les mers et les fleuves sont habités de même que l’air ; les anciens sages ont nommé « Ondins » ou « Nymphes » cette espèce de peuples. Ils sont peu de mâles et les femmes y sont en grand nombre, et les filles des hommes n’ont rien de comparable. (…) Renoncez aux inutiles et fades plaisirs qu’on peut trouver avec les femmes ; la plus belle d’entre elles est horrible auprès de la moindre Sylphide : aucun dégoût ne fuit jamais nos sages embrassements. Misérables ignorants, que vous êtes à plaindre de ne pouvoir pas goûter les voluptés philosophiques ».)
Car les anciens l’avaient menacé, ces « entités inférieures nous sont
supérieures, elles ne craignent point pour leur vie, c’est nous qui leur devons soumission, célébration et respect pour qui s’autorise de pratiquer l’art magique ». Le terme
« inférieur » pour qualifier ces démons ne signifie pas qu’ils sont en-dessous de nous mais qu’ils règnent dans un plan invisible conjoint au nôtre, que certains nomment « l’autre
côté », et les Lucifériens, « l’anti-monde », dont la capitale est Sodome. Ils sont « inférieurs » parce qu’ils nous fréquentent, nous côtoient, nous croisent
subtilement. Le théosophe Docteur Huxley écrit : « Il serait étrange que l’espace autour de nous fût vide et que les habitants de la terre fussent les seules formes dans lesquelles
l’intelligence pût se manifester. Si ces êtres ont les sens qui correspondent à des vibrations différentes de celles qui affectent les nôtres, nous pouvons vivre les uns à côté des autres, nous
pouvons nous côtoyer, nous rencontrer, passer même à travers les uns des autres, sans en savoir jamais davantage sur notre existence réciproque ».
Rudolf Steiner, décrivant le mécanisme de ces entités avides de luxure – qu’il nomme les
« esprits de Saturne » - pour s’introduire dans l’être humain, confirme l’affirmation du Docteur Huxley : « Il est bien difficile de comprendre la manière dont les esprits de Saturne agissent sur l’homme. Ce sont des esprits capables de
développer des passions d’ordre sensuel terriblement dévastatrices contre lesquelles tout ce que l’homme peut mettre en œuvre dans ce contexte, ne sont que jeux d’enfants. Les esprits saturniens
s’insinuent d’une façon encore plus mystérieuse dans le corps humain, à savoir par les sensations. Lorsque l’homme dirige son regard sur une belle chose, sur une pure et noble chose, cela suscite
en lui une représentation ; s’il dirige son regard vers une chose sordide et triviale, une autre représentation est suscitée. Tandis que des impressions
extérieures font naître une représentation dans l’âme, les esprits saturniens, bons et mauvais, s’insinuent par ce biais et dans le même temps en l’homme. Et à travers tout ce qu’il déploie
autour de lui par simple sympathie ou antipathie à l’égard de ce qui l’entoure, sous forme de ce qu’il voit, entend et sent, l’homme s’expose à cette infiltration furtive de tels ou tels esprits
saturniens. Ceux-ci pénètrent par les yeux, les oreilles et par la peau, lorsque la sensibilité de l’homme est en action. (…) Par l’observation occulte, il est par exemple tout à fait incroyable
de constater quels esprits monstrueux contenus dans certains parfums très prisés socialement, s’insinuent par le nez des gens qui se trouvent dans cet environnement, sans parler de ce qui pénètre
par le nez des personnes qui portent elles-mêmes ces parfums ». (Rudolf Steiner – L’intervention des forces spirituelles en l’homme)
L’anthroposophe Rudolf Steiner évoque ces entités ivres
de luxure par le titre des « esprits de Saturne », ce qui ne signifie point qu’ils appartiennent à la planète de ce nom. En fait, Saturne est le maître du Capricorne, ou Capri
Cornus ; et l’on revient immanquablement à la forme du bouc lascif, qui est l’animal symbole… de Vénus. Au cas où il s’agissait bien des esprits de Saturne, la science occulte leur donnait
les formes particulières suivantes : « Corps long et gracile, le visage irrité, ayant ainsi quatre visages, dont l’un placé sur l’occiput et l’autre sur le devant de la tête, ont tous
les deux la forme d’un bec. Sur l’un et l’autre genou apparaissent aussi des figures, de couleur noire cependant très lumineuses. Ils s’agitent comme les vents (cf. Marout). Leurs objets
fétiches : un porc, un dragon, un hibou, un vêtement noir, une faux ». Mais aussi une « femme mûre sur un bâton », image que certains figurèrent par une « femme à
l’allure de prostituée assise sur un priape ». Car la propriété de ces esprits « est de semer la discorde, de donner du plomb, de mutiler, mais surtout d’exciter de mauvaises
pensées ». Au premier moyen âge, leur Archidémon, pour Berith Andrax dans « Grimoire de magie noire et magie rouge », est « Statanachia » qui a « la puissance de
soumettre toutes les femmes et de commander la légions des esprits ». Il se rapporte, confère à l’Arbre Qliphotique, à Satariel* (layratas), Serviteur de Lucifer (lire chapitre
« Goetia Sexualis : les 10 principaux maîtres des enfers »). On l’attire lui et les siens
avec de l’encens mâle (Olibanum).
(* Satariel est d’une taille gigantesque, la tête voilée de noir avec de grandes cornes et des yeux hideux accompagné par le maléfique Centaure Seiriel (note : Seirim signifie le « velu » et se rapporte à la physionomie apparente du Satyre grec). Satariel insiste sur la pudeur, qui va bientôt tomber ; ou sur le vêtement qui cache le corps de la femme mais qu’on rêve d’enlever. Par extension, concerne tous les vêtements érotiques (fétichisme).)
Car autant certains religieux que des sorciers anciens percevaient dans l’air ces entités douées d’une virilité à toute épreuve, comme le rapporte cette légende de Kaydara lue dans le « Dictionnaire des symboles » : « Le bouc tournait autour d’une souche, sur laquelle il montait, descendait et remontait sans arrêt. A chaque escalade, le mâle caprin éjaculait sur la souche, comme s’il s’accouplait avec une chèvre ; malgré la quantité considérable de sperme qu’il déversait, il ne parvenait point à étreindre son ardeur virile ».
Les mystiques affirmaient alors que dans pareille cérémonie, la nudité sensuelle portait sa propriété d’une manière efficace, « qu’on découvrait ses parties génitales, ce qu’on protège habituellement des puissances maléfiques » (Encyclopédie des symboles). De leur côté dans le subtil, ces Incubes exhibent leur pieu monstrueux, approchent ainsi femmes et hommes, tournoient autour d’eux, s’autorisent à des caresses intimes et expertes, ce qui a pour effet d’exciter chacune et chacun. Ils font savoir leur désir de forniquer car leur frénésie de stupre les rend irritables. Les Succubes, pareillement aux Dâkinî, « apparaissent nues dans une attitude héroïque (dominante) ». Les deux apparences font partie d’un tout puisque la nature du démon est androgyne.
Dans pareille circonstance, Mircéa Eliade, dans « Forgerons et alchimistes »
(Paris, 1956) dit que « la fornication (sur l’autel qui est la femme nue offerte) produit un feu subtil que des prêtres noirs associent au règne démoniaque,
car il est propice à engendrer des démons, celles et ceux dont la présence est invoquée lors de l’office (opus) ». Le frottement par un va-et-vient lascif dans le conduit de la femme nue
offerte déclare un incendie, règne aussi des démons vulcanales. Et là, comme Satan l’a dit : « Je suis un démon de la
chair » : c’est par l’adoration de la chair qu’il apparaît ou qu’on peut l’approcher ; c’est par le moyen de la luxure
qu’il entre dans le lieu saint. »
S’en suivent des scènes chères au Marquis de Sade, où des fornications s’enchaînent
et où l’on conte que « des Incubes besognent des femmes et des hommes durant plus de trois heures, certaines n’arrivant pas à s’échapper des assauts de ces esprits au Priape effronté,
certains hypnotisés et bouleversés sur place pour avoir été violés par un Succube » (Jules Delassus – Les incubes et les succubes). Les Fantasmes assaillent les lieux saints, pris par une
ivresse violente qui ne connaît ni limite ni fin, aussi les hommes pieux les rappellent à leur engagement : satisfaire aux « vœux » qui furent posés sur l’autel au début de la
cérémonie.
La femme lascive et surexcitée incarnant l’autel a produit sa luxure qui évolue dans l’air car voici le Serpent Tortueux grandi dans toute sa majesté, premier Fluide ; les hommes autour ont fréquenté ses influences magnétiques et ont connu la nature des démons puisqu’ils ont vu leur membre se dresser, deuxième Fluide ; enfin, au moment de dire « tout est accompli », ils ont souillé l’autel ainsi que les vœux, les saints exposés et même leurs images de leur semence en répétant aux démons : « Faites à présent ce que vous avez à faire », troisième Fluide. L’équilibre est retrouvé. « Shemhamforash » ; « Konx Om Pax » (Que tes désirs soient accomplis). Le religieux en chef fait trois signes de croix en direction du lieu de la débauche, ce qui clôt la cérémonie ».
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