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Un passage dans les « Mystères de Paris » conte les probables
débuts de Paris et tente une certaine approche des pratiques dites satanistes dans la capitale au moyen âge ; nous citons : « Paris naît de l’installation de la tribu celtique des
Parisii venue de Germanie dans une île de la Seine. Avant leur arrivée, ce lieu était nommé Lucoticia qui deviendra Lutèce. Entouré de forêts et de marécages, ce village, Lutèce, tombe en 52
avant J.-C. aux mains des Romains. Il s’étend sur la rive gauche et prend l’aspect d’une ville gallo-romaine. Le christianisme apparaît vers le milieu du troisième siècle. Lors de l’invasion des
Huns d’Attila, la population veut fuir, mais sainte Geneviève l’en empêche. Lutèce s’appelle alors Paris. L’élément religieux joue un rôle essentiel dans le développement topographique de Paris,
les monastères donnant naissance à des bourgs ensuite intégrés dans le réseau des voies : bourgs Saint-Germain-des-Prés, Sainte-Geneviève, Saint-Victor et Saint-Marcel, Saint-Germain-l’Auxerrois
et du Temple. Le centre religieux reste cependant l’île de la Cité, avec la cathédrale Notre-Dame, reconstruite à partir de 1163. De fait, Paris a incontestablement deux histoires. Celle que l’on
apprend dans les manuels ou les guides touristiques et l’autre, aussi vieille que la ville et toute de ténèbres, celle des événements insolites, des sortilèges et des messes
noires.
L’autre explication du nom « Paris » vient d’Isis. « Paris »
découlerait de Bar-Isis (la barque d’Isis), parce que la première représentation de la Dame noire serait arrivée sur un navire remontant la Seine jusqu’à l’île de la Cité. Cela expliquerait, de
plus, pourquoi le blason de la ville porte un bateau dans ses armes.
Il est souvent signifié, dans les chroniques les plus anciennes de la capitale, qu’Isis, maîtresse de la doctrine ésotérique et de tous les arts de la magie, a été vénérée à Paris soit d’abord dans l’île de la Cité même, à l’emplacement de Notre-Dame, soit sur les lieux où fut édifiée par la suite l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le moine Abbon, de ce cloître, considère Isis comme la première protectrice des Parisiens dans un poème écrit au neuvième siècle sur le siège de la ville par les Normands. D’ailleurs, le maître d’œuvre de la cathédrale n’omettra point par la suite de la représenter en bonne place, au portail Sainte-Anne, sous les traits d’une femme portant le thyrse.
Quoi qu’il en soit, cette vénération pour Isis se retrouve périodiquement d’un siècle à l’autre tout au long de l’histoire insolite de la capitale. En 1643, on arrêta deux sorcières en train de pratiquer nuitamment des envoûtements dans le cimetière Saint-Sulpice, à l’aide d’une figurine représentant la déesse pourvue de tous ses attributs occultes. En 1720, il existait une chapelle mortuaire au cimetière des Innocents, dans laquelle se réunissaient les sectateurs d’un culte isiaque pratiquant la nécromancie. Après 1850, sans doute à cause du décryptage des hiéroglyphes par Champollion et des nombreuses campagnes de fouilles organisées dans la vallée du Nil, une véritable mode d’égyptologie sacrée s’empara de l’occultisme parisien.
Paris : un lieu sacré ? Plusieurs historiens ont écrit que
l’île de la Cité avait été spécifiquement choisie par les druides gaulois comme emplacement privilégié de célébration de leurs cultes. L’exhumation, entre autres, de plusieurs représentations du
dieu Cernunnos vient à l’appui de cette thèse. A Paris, le Satan traditionnel, avec ses cornes et ses pieds fourchus, n’apparaît pas avant le onzième siècle.
Afin de combattre l’influence des anciens rites et de la faire disparaître, le christianisme a tenté d’en assimiler les éléments principaux chaque fois qu’ils pouvaient s’accorder avec ses propres conceptions. Il a bâti ses églises sur les vieux temples ». Ce qui était à l’origine le culte de Pan Priape, évoluant en saint Foutin, saint Arnaud, saint Guénolé et autres, Seth, Anubis par ailleurs, tous furent transformés en une seule image, celle du Diable, nommé Satan. On reprend : « Le Diable est d’ailleurs partout présent à Paris et notamment sur la Cathédrale de Notre-Dame. La légende connue raconte que les chanoines commandèrent la ferronnerie à un artisan du nom de Biscornet. Le travail était colossal et le serrurier se rendit dans une officine d’un suppôt de Satan. Il signa un pacte avec le sang de son index et le Diable l’assura de son assistance. La veille du jour où il devait rendre son œuvre, il tomba en syncope. Pourtant, tous purent admirer les ferronneries grandioses qu’il n’avait pas façonnées.
Satan avait œuvré pour lui. Gargouilles et diables sculptés ornent les murs de la cathédrale. Ces monstres païens deviennent l’incarnation du Diable. Au moyen âge, ces créatures cauchemardesques sont là pour effrayer et non comme ornement. Il y a eu véritablement un règne du Satan parisien. Ce passé n’est d’ailleurs pas révolu puisque Paris compte le plus grand nombre de sorciers, pythonisses ou thaumaturges ».
Exit dans ce texte les temps meurtriers terrifiants de la période de l’Inquisition qui distingue une forme de pratique religieuse d’une autre, la fin pour Priape ou son avatar chrétien saint Foutin d’être célébré dans une église. Cependant, ce point est capital, car souvenons-nous, des enterrements étranges eurent lieu, pareillement qu’en Angleterre, comme le précise ce précédent chapitre : « L’auteur Stubbes décrit certains moments du rituel, lorsque des hommes servaient, vêtus en femme, portant robe, ornés de bijoux, de rubans et de foulards ». Ils faisaient route vers le cimetière, lieu où ils estimaient que les dieux devenus païens que le christianisme leur avait tués se trouvaient, et s’offraient en sacrifice pour le diable et Sathan (Satan). Le lieu du cimetière démontre le caractère religieux de la pratique. (…) Un évêque de Londres publia un décret concernant le comportement dissolu dans le cimetière de Barking. La raison pour laquelle le cimetière était choisi pour ces activités phalliques est connu : les chrétiens avaient entrepris de construire leurs églises sur le site d’autels païens, de sorte que ceux-ci étaient précisément les endroits ou les païens fidèles considéraient que leurs dieux anciens avaient leur habitation, et où leur influence surnaturelle pourrait le mieux se faire sentir. (…) Les lieux qui voyaient honorer Priape et les siens devinrent des cimetières, ou bien dessus, on fit construire des nouvelles églises. Du coup, les « défroqués » allaient invoquer leurs dieux phalliques déchus au fin fond des lieux réservés aux morts, espérant qu’une de leurs figures subtiles leur apparaîtrait, sous la forme d’un nuage ou d’un animal vivant ou « crevé » ».
Ainsi, il y eu des lieux réservés aux morts où des religieux chrétiens choisirent d’enterrer en grandes pompes d’antiques divinités égyptiennes, grecques et romaines, qui « souillaient » le panthéon chrétien, voire le « pourrissaient ». Statues, effigies et autres symboles matériels furent détruits et enfoncés sous terre, et c’est durant ces temps-là que certains catholiques lancèrent leur célèbre formule : « Le grand Pan est mort ! »
D’abord, certains prêtres réfractaires choisirent de prêcher sur ces lieux mais au vu du risque, ils prirent soin, avec des fidèles, de chercher en terre des objets enterrés ayant encore une valeur sacrée, de les emmener chez eux, les cachant au fond d’une crypte, prêcher sermon et envisager la pratique de la Messe Noire, de la cérémonie satanique. Sur ces lieux maudits où la mort rôde à chaque instant, dans la nuit noire, entre deux tombes et juste à côté d’une lugubre église, un prêtre « défroqué », accompagné de quelques-uns de ses fidèles, fait le sermon suivant :
« Ils t’ont jeté sous terre Priape, croyant t’avoir tué et enterré une
bonne fois pour toutes ; mais à peine t’ont-ils enseveli sous la terre que tu t’es déjà relevé d’entre les morts et te voici Satan, Grand Satan. Ayant connu l’Outre-tombe, tu es notre Prince
des Ténèbres, toi l’antique Dieu de la Chair. Ils ont exulté d’avoir mis à mort le pire des démons mais les démons ne meurent jamais. Tout au plus, ils dorment mais ils veillent toujours. Ils
t’ont maudit lorsque tu te montrais fier le ventre à l’air mais maintenant ils
seront saisis de
stupeur lorsqu’ils te croiseront avec ton long manteau noir ; qui le touche sera déjà froid comme un glaçon. La mort, puisqu’ils t’ont tués, c’est toi, tu te promènes cornu une faux dans ta
main, et tu tailles, tu tailles sec, et sans pitié. Sous ce long et froid manteau noir, puis-je voir si tu demeures Priape, car tu donnes aussi la vie, n’en déplaise au bûcher ; moi, je le
sais, plus que jamais, tu es Priape. Ils t’ont enterré, toi, antique dieu de la vie, te voici à nouveau vivant, désormais, démon de la mort ».
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