Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /Août /2009 15:01

(Suite du chapitre « L’union charnelle avec Satan… »)

 

Ces cérémonies outrageantes qui avaient lieu dans des lieux confinés, souvent dans les bordels, parfois dans des lieux saints, étaient organisées avec plus ou moins d’importance selon l’objet des « vœux ». Certaines chambres étaient ornées jusque dans les murs de phallus artificiels en tous genres, de mullos et autres objets oblongs que les possédés glorifiaient en les caressant ou en copiant Onan pour ce faire.

 

Pour le cérémonial qui nous occupe et qui touche à sa fin, Satan sodomite, ayant éructé maintes vociférations et grands blâmes au sujet de ce bas monde, brûle l’encens sur l’autel du vice et de la honte que lui offre tant impudiquement son possédé, embrassant sceaux et pentagrammes du diable. Il se laisse bientôt tomber sur le ventre, couché sur l’autel, épuisé. L’encens a été brûlé des dizaines et des dizaines de fois autour de lui par les satyres, tous les lieux sont souillés. Et cependant, l’on dit que Satan y règne. Son incarnation prend alors l’épée et vient la poser sur l’épaule du possédé allongé. Il dit « Le crucifié ne t’a rien apporté ; c’est Moi au contraire qui te donne tout. Alors souille ses prières et récite-les pour moi… » Le possédé joint ses mains, parfois que l’on attache pour illustrer sa désormais dépendance et appartenance à Satan, déclame en éructant au Malin tandis qu’il renie le Fils de Dieu et que les autres satyres continuent de brûler l’encens sur son corps nu, le souillant autant que possible :

 

« Saint Satan, qui œuvre en Enfer, béni soit Ton nom.

Ton règne est venu, Ta volonté est faite ; sur Terre comme en Enfer !

Ce soir je prends ce qui nous m’est dû de bon droit, et ne m’engagerai pas sur les chemins de la douleur.

Guide-moi vers la tentation, et délivre-moi de la fausse piété, car Tu es le royaume et le pouvoir et la gloire, pour toujours ! »

 

Je crois en Toi Satan, Démon tout-puissant

Créateur des enfers sous la terre

Et en Eros ton Fils Unique

Notre Sauveur

Qui a été conçu par toi,

Est né de la luxurieuse Vénus.

 

Mon âme te glorifie Satan

Et mon esprit tressaille de jouissance en Toi mon Sauveur

Parce qu’il a jugé de la luxure de sa servante… »

 

Un blasphème de tous les instants, une folie digne d’un possédé du plus infâme démon. Pratiques que l’Eglise va condamner au plus grave comme en atteste l’avertissement suivant tiré des « Arcanes du Diable » (1690) : « Tous ceux qui sont animés de l’amour de Dieu et qui ont souci de l’honneur de l’Eglise devraient être saisis de douleur en entendant dire qu’il se trouve des clercs, et qui plus est, des prêtres voués au service de l’autel, qui se vautrent d’une façon indigne, qui célèbrent les redoutables mystères et tiennent dans leurs mains l’agneau immaculé, pendant qu’ils brûlent de flammes impures et se souillent de honte et d’infamie ; qui portent la mort dans les âmes dont le salut leur est confié, en faisant tourner à leur ruine le divin ministère dont ils sont revêtus. Benoît XIV, en 1741, ordonna de dénoncer tous ceux qui, en confession, par paroles, signes, mouvements, attouchements, auraient excité ou tenu des propos déshonnêtes, et déclara que les prêtres qui se seraient souillés d’un crime aussi infâme ne pourraient jamais absoudre leurs complices ». (R.R.P.P. Bouvier, Clarel, Louvel - Manuel secret des confesseurs ; éd. Jean de Bonnot)

 

Parfois, des hommes apportaient leur épouse dans ce genre de festin lubrique qu’ils livraient jusqu’à une trentaine de mâles en rut, dénichés par la mère maquerelle, pour abuser d’elle de toutes les manières devant lui. C’est ce que le Marquis de Sade laisse entendre au cours de ce dialogue qu’on trouve dans « Juliette ou les prospérités du vice » où la femme de Noirceuil est prise devant lui par deux hommes : «  Ah ! sacredieu, s’écrie Noirceuil, ce groupe est enchanteur ! Je ne connais rien de si joli que de voir ainsi foutre sa femme ; ne la ménagez pas, Saint-Fond, je vous en conjure ».

On relève une pratique identique chez les antiques Gnostiques, les Nicolaïtes*, d’après les révélations des Chrétiens. « Clément d’Alexandrie décrit les Nicolaïtes comme des « boucs lascifs », adeptes de la mise en commun des femmes, qui n’existent plus de son temps. Il raconte que « Nicolas était marié à une très belle femme, dont il était extrêmement jaloux. Comme les apôtres le lui reprochaient, Nicolas amena sa femme devant la communauté et l’offrit à qui la voudrait. Clément précise que Nicolas mène par la suite une vie d’ascète, de même que ses enfants ». Les Nicolaïtes sont donc dans l’erreur quand ils interprètent sa maxime : « Il faut mésuser la chair » ; comme une incitation à la débauche, et non à l’ascèse. Cette distinction entre Nicolas lui-même et les Nicolaïtes ne sera pas reprise par la suite. Au quatrième siècle, Épiphane de Salamine reprend en effet l’histoire de la femme de Nicolas, mais l’interprète de manière radicalement différente : ayant échoué à rester chaste aux côtés de sa femme, Nicolas bâtit une doctrine où les relations sexuelles deviennent la clef du Royaume des cieux. Enfin, Victorin de Pettau attribue aux Nicolaïtes la doctrine selon laquelle les viandes offertes aux idoles (idolothytes) pouvaient être exorcisées puis mangées, et selon laquelle les fornicateurs pouvaient obtenir le pardon le huitième jour. Il s’agit de toute évidence d’un anachronisme, les problèmes évoqués ne se posant pas avant le troisième siècle. Par la suite, les Pères de l’Église se contentent de réitérer les condamnations antérieures des Nicolaïtes, en se focalisant sur le caractère obscène de leur mode de vie. Jérôme de Stridon fait ainsi de Nicolas « l’inventeur de toutes les obscénités », arguant qu’il « conduisait des troupes de femmes ». Augustin d’Hippone résume dans son « Contre les hérésies » (ch. V) toutes les accusations qui sont portées contre eux ». (Source Wikipédia))

 

(* A propos du nom « Nicolaïtes », un groupe gnostique appelé ainsi car leur prêtre se nommait Nicolas, ce terme peut aussi dériver des « disciples du Serpent » ou « Nahash » (prononcé « Nakhash ») et même « Naassènes ».) 

 

On connaît le rituel raconté par Jacques-Antoine Dulaure, datant de l’époque du premier moyen-âge, où un homme accepte de livrer son épouse au prêtre qui la fornique pour la rendre magiquement féconde ; or, dans ce cas, il n’est point question d’honorer la génération, c’est tout le contraire. Alors, quel intérêt pouvons-nous trouver dans cet exercice ? Celui de livrer ce que l’on a de plus cher au démon, espérant satisfaire par là son grand orgueil.

 

Le même Jacques-Antoine Dulaure raconte un rite antique où, pour rendre gloire à Vénus, l’épouse se rendait au temple pour s’y prostituer avec des inconnus, et l’argent qu’elle gagnait était ensuite déposé sur l’autel comme son offrande à la déesse. Pareil exercice, dans des débordements plus graveleux, était commis aussi au moyen-âge.

 

A l’image du prêtre des Nicolaïtes, l’époux, qui attendait d’un démon quelque faveur, lui sacrifiait sa femme : pour ce faire, il la livrait au bordel. Lui-même se cachait derrière le miroir sans tain d’une chambre obscure tatouée de hiéroglyphes barbares pendant que sa femme remplaçait une prostituée et s’offrait impudiquement, sous ses yeux, aux clients qui entraient la chevaucher. Ce que condamnèrent les religieux de la manière suivante : « La prostitution est un métier ou un acte : comme métier, c’est la condition d’une femme prête à recevoir le premier venu et ordinairement pour de l’argent ; (…) La femme qui se livre à la prostitution commet un péché grave, il ne suffit donc pas qu’elle déclare en confession le nombre de ses fornications, elle doit déclarer son état de courtisane. Est punissable lorsque la prostitution est excitée, favorisée ou facilitée par leurs pères, mères, tuteurs ou autres ». (R.R.P.P. Bouvier, Clarel, Louvel - Manuel secret des confesseurs ; éd. Jean de Bonnot)   

 

Pour que le démon rempli d’orgueil soit satisfait de la bourse qu’on lui offre, l’épouse devait, en un temps précis, une demi-journée, gagner le plus d’argent possible, car une partie restait pour le bordel, une autre, minime pour le couple, l’essentiel pour le démon : mais qui la prenait vraiment ? Aussi, le mari devait supporter de la voir chevauchée par un ou plusieurs mâles en rut en même temps, en gardant silence, la passe rapportait davantage. Sa femme savait qu’il était là, pas le client. Tiré d’une même pratique en Italie à la même date, un commentaire rapporte une anecdote où deux femmes voulurent sacrifier sur le lieu d’un ancien temple de Vénus où il ne restait de lui que des gravats, tentèrent par des exhibitions frivoles des mâles de les rejoindre pour immoler ensemble : dix Napolitains accoururent l’idole à la main, grosse de « treize pouces de long sur neuf de tour », immolèrent Vénus trois fois chacun avant de brûler l’encens plus que de raison. Cela se passait de cette façon devant l’époux amoureux de sa tendre, qui sacrifiait de la voir prise devant derrière par une trentaine de furieux, qui devait accepter devant lui les perversions les plus obscènes de ces fripons*.

 

(* « Les Nasamons, peuples de la Lybie, observaient le même usage : « Lorsqu’un d’eux, dit Hérodote, se marie, la mariée accorde ses faveurs, la première nuit de ses noces, à tous les convives ; et chacun lui fait un présent, qu’il a apporté de sa maison. (…) On peut joindre l’exemple qu’offrent les Gindanes, peuple de la Lybie, voisin des Maces. Leurs femmes portent, chacune autour de la cheville du pied, autant de bande de peaux qu’elles ont vu d’hommes : celle qui en a davantage est la plus estimée, comme ayant été aimée d’un plus grand nombre d’hommes ». (Hérodote, Melpomène, chap. 176) A chaque fois, le produit financier des prostitutions était donné pour Vénus. Comme à Rome, où Ovide, à l’occasion des fêtes vinales et floréales consacrées à cette déesse dit : « Jeunes filles, dévouées aux plaisirs publics, célébrez la divinité de Vénus, honorez-là d’un culte assidu : cette déesse procure des richesses à celles qui font profession de se livrer aux caresses du vulgaire. Demandez-lui, l’encens à la main, la beauté, la faveur du peuple, l’art des gestes agaçants, des paroles séduisantes, etc. (Fastes, liv.3). (Jacques-Antoine Dulaure – Des Divinités génératrices ou du culte du Phallus chez les anciens et les modernes)

 

Dulaure, dans le même ouvrage, ajoute : « Si l’on en croit une légende en vers de saint Romain, le culte de Vénus existait encore dans cette ville au septième siècle. Dans les murs de Rouen était un château fortifié : là, sous des voûtes ténébreuses, des sectaires de la déesse se livraient aux excès de la table, et puis à tous ceux de la débauche la plus effrénée. Au centre du château, s’élevait un édifice appelé « temple de Vénus » : une idole de cette déesse y était adorée ; et ses prêtresses, à qui notre légendaire peu poli donne le titre dont le vulgaire grossier apostrophe les plus viles courtisanes, y remplissaient scandaleusement leur indécent ministère. Saint Romain détruisit tous ces repaires de prostitution, renversa le temple, brisa l’idole, et mit en fuite les prêtresses et les partisans ».)  

 

Parfois, l’on poussait le vice très loin, tenant compte de cet aphorisme que « les démons s’attristent en voyant les hommes insuffisamment pervers, et se désolent qu’ils ne soient pas tous damnés » : les tenanciers du bordel eux-mêmes venaient abuser de l’épouse et faisaient tout leur possible pour rendre hystérique la jalousie de son époux, sachant qu’il se terrait derrière le miroir sans tain. La pièce où se commettait l’infâme délit était, depuis le départ, consacré au démon pour qui l’on souhaiter consacrer. Aussi, malgré l’activité on ne peut plus abjecte, une atmosphère particulière régnait ici-bas. Car au final, une maîtresse venait réciter des prières dans cette pièce comme si elle célébrait une petite messe et son autel était les parties intimes souillées de l’épouse. Au commencement de la journée, elles avaient été consacrées par la même maîtresse qui avait frotté dessus une statue d’un Priape en bois (figure de l’actuel Baphomet) et passé le phallus saillant sur ses orifices vénusiens. Parmi les clients, un Satan avait pu passer, soit au début, soit pendant, soit à la fin.

 

Quand sonnait la fin du rituel, l’épouse quittait la pièce pour se laver et s’en aller. L’époux remettait la somme convenue pour le bordel, le démon, et gardait le reste. Le vœu était brûlé*.

 

(* Le livre « Histoire civile, physique et morale de Paris » expose le contexte de ses surprenantes pratiques : « Ils reprochent aux Parisiennes d’aller aux bals, aux banquets, et à l’église pour y parler de galanterie, pour faire des signes d’amitié à leurs amants, tout en disant leurs heures : « N’est-il pas beau de voir la femme d’un avocat qui a acheté son office, et n’a pas dix francs de revenus, s’habiller comme une princesse, étaler l’or à son cou, à sa tête, à sa ceinture . Elle est vêtue suivant son état, dit-elle. Qu’elle aille à tous les diables, elle et son état ! Et vous, monsieur, vous lui donnez l’absolution ! Sans doute, elle dira, ce n’est point mon mari qui me donne de si beaux vêtements ; mais je les gagne à la peine de mon corps. A trente mille diables une telle peine ! »

Maillard ne craint pas de dire en pleine assemblée : « N’est-il pas vrai, mesdemoiselles, qu’il se trouve parmi vous à Paris plus de femmes débauchées que de femmes honnêtes ? (Vos, domicellae, numquid plures sunt ribaldae Parisiis quam proboe mulieres ?)

Je ne reproduirai pas ici les reproches multipliés qu’adresse ce prédicateur aux bourgeoises de Paris, qui, pour soutenir leur luxe, se prostituaient à des conseillers du parlement, à des abbés, à des évêques ; qui vendaient leurs corps aux prêtres et aux moines ; commettaient des indécences dans les bains, en présence de leurs filles ; qui refusaient de payer le salaire de leurs domestiques ; qui médisaient de leurs voisines, en les accusant de tenir chez elles des lieux de prostitution ; consultaient les sorciers et les sorcières ; et mettaient en usage  des opérations magiques, etc.

« Je ne crois pas, dit ce prédicateur dans un autre sermon, que depuis l’incarnation il y ait eu, dans tout le monde, autant d’hommes luxurieux qu’il s’en trouve aujourd’hui à Paris ».

Frère Maillard revient souvent sur l’usage des mères de prostituer leurs filles ; et Menot, qui prêchait à Paris peu de temps après lui, en confirme l’existence : « Les mères, dit-il, damnent leurs filles par le mauvais exemple qu’elles leur donnent, par le goût du luxe et des parures qu’elles leur inspirent, et par la trop grande liberté qu’elles leur laissent. Et ce qui est bien pis encore, elles vendent leurs propres filles à des pourvoyeuses de débauche (Proprias filias venundant lenonibus).

Ce n’était pas seulement les femmes de la dernière classe ni les bourgeoises de Paris qui se livraient à cette infamie : des femmes nobles ne rougissaient pas d’y prendre part. Dans les registres manuscrits du parlement, on trouve, au 10 février 1405, une dame qui est qualifiée de Madame Jeanne de Fenilloy, dame de Voltis, condamnée par le prévôt de Paris pour avoir prostitué sa fille. Elle en appela au parlement qui prononça contre elle une peine fort adoucie. Les lieux de débauche étaient nombreux. Maillard dit qu’ils abondaient dans toutes les rues de Paris (Hodiè quis vicus non abundet meretricibus ?) Maillard se plaint que les magistrats n’exerçaient aucune surveillance à l’égard des filles ». (Jacques-Antoine Dulaure – Histoire civile, physique et morale de Paris)

 

(Suite au chapitre « L’union charnelle avec les Diables»)

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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