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(Suite du chapitre « Des femmes abusées pour Satan »)
Mais il y eut pire. Pour des besoins de cérémonies particulières, le possédé devait se travestir en une femme*, ce qui, pour un notable ou un religieux, fut compté comme un péché mortel, un sacrilège.
(*« C’est évidemment un péché mortel de prendre les vêtements d’un autre sexe avec des intentions ou grave danger de lubricité, ou lorsqu’il en résulte un grand scandale ». (R.R.P.P. Bouvier, Clarel, Louvel - Manuel secret des confesseurs – Traité de chasteté ; éd. Jean de Bonnot))
Mais
« le rituel a ses raisons que la raison ignore ». Saint Augustin l’a dit avant nous : « La raison montre qu’il n’y aurait pas de choses spirituelles mauvaises et malfaisantes
s’il n’existait pas d’esprits malfaisants et mauvais. Saint Augustin dit : « Nous voyons beaucoup de choses se faire qui, en aucune façon, ne peuvent venir des corps célestes, par
exemple qu’un ignorant parle plusieurs langues, récite des vers et des discours, interprète des choses obscures et difficiles, découvre ce qui est caché, révèle les secrets des hommes, ou que des
statues parlent à des statues ».
Lilith, la stérile et l’immorale, est accompagnée d’innombrables incubes qui aiment autant connaître les femmes que les hommes. Elle commande ainsi pareillement aux mâles de sacrifier pour Vénus-Satan car des siens aiment les pourfendre, les chevaucher, les assaillir ; le chef de la bande est Gamaliel Nahashiel, l’Obscène sodomite. Le moine, se punissant pour avoir succombé à son influence, vient réclamer à Lilith sa sentence, et Lilith commande qu’il soit immolé*.
( * Ces exercices sont inspirés directement des cérémonies noires qui accompagnaient le culte du Bacchus infernal aux temps antiques ; nous citons Jacques-Antoine Dulaure : « Les Bacchanales étaient célébrées dans le bois sacré appelé Stimula, situé près du Tibre. D’abord, les femmes seules y étaient admises ; et la lumière du jour en éclairait toutes les cérémonies. Des dames respectables et mariées étaient tour-à-tour revêtues de la dignité de prêtresses. Aucun bruit scandaleux d’abord, lorsqu’une femme de la Campanie, nommée Pacculla Minia, obtint le sacredoce des Mystères de Bacchus. Elle en changea entièrement l’institution, en initiant ses deux fils. Cet exemple fut suivi. Des hommes furent introduits, et les désordres avec eux. Par ordre de la même prêtresse, les Mystères ne furent plus célébrés que la nuit. Les jeunes garçons qu’on y admettait n’avaient jamais plus de vingt ans. D’un âge plus avancé, ils auraient eu moins d’emportement pour les plaisirs, une imagination moins inflammable, un esprit moins crédule et moins propre à recevoir les impressions qu’on voulait leur donner. Introduit par des prêtres dans des lieux souterrains, le jeune initié se trouvait livré à leur luxure.
Les excès de la table, où le vin coulait en abondance, excitaient à d’autres excès que la nuit favorisait par ses ténèbres. Tout âge, tout sexe, étaient confondus. Chacun satisfaisait le goût auquel il était enclin ; toute pudeur était bannie ; tous les genres de luxure, même ceux que la nature réprouve, souillaient le temple de la divinité. Dans sa Satire IXème, Juvenal revient sur ces Bacchanales comme sur les prostitutions pratiquées dans le temple d’Isis (l’appelant « le temple de la putain Isis) : il nous apprend que Vénus y était souvent remplacée par Ganymède ».
C’est ici sans doute qu’il faut placer dans son contexte l’épisode secret raconté par Edouard Schuré dans « Les grands initiés » : « Tour à tour magiciennes, séductrices, les Bacchantes avaient leurs sanctuaires en des vallées sauvages et reculées : par quel charme sombre, par quelle ardente curiosité hommes et femmes étaient-ils attirés… ? Des formes nues – des danses lascives au fond d’un bois… puis des rires, un grand cri – et cent Bacchantes se jetaient sur l’étranger pour le terrasser. Ils devaient leur jurer soumission et se soumettre à leurs rites ou périr. La nuit, les bras enroulées de serpents, elles se prosternaient devant la triple Hécate ; puis en des rondes frénétiques, évoquaient Bacchus souterrain, au double sexe et à face de taureau. Ce Bacchus à face de taureau (Osiris, Pan Apis, Mendès, Priape, Belzébuth, Belphégor…) se retrouve dans le vingt neuvième hymne orphique. C’est un souvenir de l’ancien culte qui n’appartient nullement à la tradition d’Orphée. Car celui-ci épura complètement et transfigura le Bacchus populaire (infernal) en Dionysos céleste. Chose curieuse, nous retrouvons le Bacchus infernal des Bacchantes dans le Satan à face de taureau qu’évoquaient et qu’adoraient les sorcières du moyen âge en leurs sabbats nocturnes ». (Edouard Schuré – Les grands initiés)
Nous reprenons Jacques-Antoine Dulaure : « Des crimes d’un autre genre s’ourdissaient dans ces assemblées nocturnes. On y préparait des poisons ; on y disposait des délation et de faux témoignages, on fabriquait des testaments ; on projetait des assassinats.
Elles nous sont connues, les secrètes pratiques du culte de la Bonne Déesse, dit Juvénal. Etourdies par le bruit des trompettes, enivrées de vin, ces Bacchantes luxurieuses courent échevelées, et appellent Priape à leur secours. Qui pourra exprimer l’ardeur libidineuse qui les dévore, peindre leurs danses lascives, les torrents de vin dont elles sont toutes inondées ? Voyez Laufella remporter le prix de la débauche sur toutes les courtisanes, Médulline qui la surpasse dans l’art des postures et des mouvements lascifs. Les plus grands excès attirent le plus de gloire : rien n’est figuré, tout est réel dans leurs actions. Les vieillards les plus refroidis par l’âge, Priam et Nestor, s’enflammeraient à la vue de leur lubricité s’ils pouvaient en supporter le spectacle.
Bientôt, ces Furies, irritées par les progrès de leurs désirs appellent : « Qu’on fasse entrer des hommes, il en est temps ! Serait-il endormi, mon amant . Qu’on l’éveille ». L’amant ne vient pas. « Faites venir des esclaves ; s’il ne s’en trouve point, un porteur d’eau ». (Jacques-Antoine Dulaure – Des Divinités génératrices ou du culte du Phallus chez les anciens et les modernes))
Le pieu serviteur se
trouve au centre de la même pièce devant une statue d’un Priape au sexe tendu, qu’on lui présente afin qu’il rende sa gloire devant lui. Sur le côté, un rideau de velours couleur bordeaux est
tendu et tiré. Ce soir, il veut sacrifier pour Priape, qui est Pan, Apis, Bacchus, Osiris… mais aussi Belphégor ; et l’on donne de ce dernier la description si troublante : « Il
séduit les hommes en prenant un corps de jeune femme et en leur donnant des richesses ». Son portrait de démon hideux est accroché au mur dans un cadre doré et prête à la confusion. Mais
Lilith tire le rideau : une prostituée dominatrice née du signe du Taureau apparaît, jeune et infernale, au magnétisme insolent, assise fièrement dans un fauteuil noir, vêtue des dessous qui
irritent le mâle, portant autour des hanches cette fameuse ceinture soutenant un priape offensif (la femme était très belle car « beau, belle sont deux adjectifs qui dérivent directement de
Ba’al ou « Seigneur » »). Sur son front, la signature de Belphégor ou Belzébuth. Elle jette avec nonchalance des billets de banque.
De cette manière, on peut trouver aussi Gamaliel Nahashiel (« L’Obscène ou le Gamaliel règne dans la Sphère de la Lune. C'est l’obscurité et les profondeurs de Lilith l’Archidémone de cette Sephirah, la goûteuse et la séductrice. Gamaliel peut être vu comme la forme d’un succube, Lili, qui font partie des enfants sexuels de la démone Lilith ») ; Abalam, Alnirach, Paymon, Gomory, Sytry Bitru, Satan lui-même selon les circonstances et Lilith, originale agent sodomite. Et même le démon Baphomet* !
(*« Si l’on en croit l’historien Henri Martin, (…) au cours du célèbre procès, on entretint autour du Baphomet et du Temple une confusion telle qu’il est assez difficile de savoir quel était le culte correspondant à l’idole et par conséquent quelle était sa signification. Sous l’instigation de tous ceux que l’immense fortune des Templiers incommodait, on accusa ces moines d’évoquer les démons, de se livrer à la sorcellerie et aux plus infâmes débauches ; le culte de l’idole comportait un serment secret, les contraignant à cracher sur le crucifix et à se livrer à la sodomie. On fit avouer sous la torture à trois commandeurs de l’Ordre du Temple qu’à un chapitre tenu la nuit à Montpellier, le diable était apparu sous la figure d’un chat, qu’il avait parlé avec bienveillance aux assistants, que plusieurs démons étaient apparus ensuite sous forme de femmes à raison d’une par frère, mais que ceux-ci avaient eu avec elles des rapports anormaux ».)
Les
vœux portent sur la débauche et l’argent. Théorème : « La luxure tente les hommes et pour l’atteindre, il faut des richesses ; et si l’on est riche, mais sans luxure, l’excédent ne
vaut rien. Et pour avoir le tout, il faut du pouvoir ». Raison estimable de convoquer les trois grands démons responsables que sont respectivement Asmodée, Mammon et Belzébuth, ce dernier
étant remplacé par Belphégor car certains affirment qu’il s’agit du même. Et Mammon, nous dit-on, est parfois assimilé à Lucifer, ou à Pan Apis (« Pan-A » de valeur 136 comme
« Mammon »), même à Belphégor. Peut-être est-ce le nom commun « mammon » pour « richesses » que l’on prononça volontairement devant un Ba’al pour l’invoquer avec le
mot qui portait en lui la raison qu’on avait de l’appeler.
Le possédé,
exorcisé afin de connaître la nature du démon qui veut le prendre, sacrifie sur l’autel de la honte et de l’humiliation, mais « telle est la vérité de ce bas monde ». Une lectrice,
portant la longue tunique noire, récite :
« Ainsi, Ô puissant et terrible Seigneur des Ténèbres, Satan, nous T’implorons pour que tu reçoives et acceptes ce sacrifice, que cette assemblée T’offre, sur laquelle Tu as posé ta marque, puisses-Tu nous faire prospérer toute notre vie, sous Ta protection. De concert, cette nuit, je Te demande ton aide infaillible ainsi qu’aux tiens convoqués maintenant (le vœu est jeté dans le feu). Dans l’unité de cette confrérie impie, nous Te prions et T’honorons, Belphégor Baphomet, Asmodée et toi Mammon, les hôtes puissants de l’Enfer, ceux qui peuvent nous aider à renforcer nos bourses, nos esprits, notre corps et notre volonté. Shemhamforash ! »
Puis il
délire : « Belphégor, fais de moi ce que tu veux, pourfends-moi, humilie-moi, je suis ta bête de somme et toi mon dieu ; Belphégor, fais-moi honte de moi-même, je te glorifie,
luxure-moi, souille-moi, devant toi je veux m’avilir ».
S’en suit la même cérémonie que celle où le possédé s’unit charnellement à Satan, sauf qu’il s’agit de Belphégor et que c’est une femme qui est l’agent sodomite.
La messe folle ne serait point complète sans la prostituée qui incarne Léviathan. Au grand dam de la cérémonie, le mammifère marin glouton est interprété par une femme dont la prétention était d’avoir une gorge profonde (en guématrie, 496 est le nombre du Léviathan, 306 celui de la femme : la différence est de 190, nombre des « hanches », dont le déhanchement particulier pour son déploiement de la sensualité épouse la démarche d’un crocodile ou d’un serpent que les Orientaux appellent « Makara », les Occidentaux « Léviathan » ; on peut dire que Baphomet est Léviathan et inversement).
Lorsque le possédé
« défroqué » refusait cette irritation causée par le démon, on lui proposait l’alternative de retourner auprès du Christ. Il s’allongeait au sol contre une croix diagonale placée au
centre de la pièce, on l’attachait et relevait. « Que peux-tu attendre de ton Christ ? Tout ce qui est bon, il te l’interdit, tu es en état perpétuel de péché mortel… Oses-tu la
fornication ? Non ! Oses-tu l’onanisme ? Non ! Oses-tu le stupre ? Non ! Ton Dieu crucifié ne veut rien de tout cela ». En même temps, il était fouetté par une
personne masquée comme un bourreau tandis qu’en face de lui, des prostituées se livraient insolemment à des licences entre elles. « Vois-tu le règne d’Asmodée comme il est agréable et
attirant ? Veux-tu le rejoindre ? », demandait le Diable. « Non, je ne veux pas, j’appartiens au Christ et ma vie est avec lui ; je mérite le fouet car j’ai ces pensées
lubriques dont vous me présentez impudiquement les réalités, je n’en veux pas ; aide-moi à ne pas succomber, Sauveur… » La flagellation continuait et le Diable disait : « Le
règne de ton Dieu est celui de la flagellation, de l’auto-flagellation, de l’abstinence et du péché ». On doit imaginer d’autres soumissions, d’autres humiliations, le catalogue dans ce
domaine, à cette époque, en est rempli. Des satyres rejoignaient les filles de joie en pleine activité amoureuse et les connaissaient intimement, exhibant leur licence devant le moine attaché et
battu. Jusqu’à l’heure maudite ou le religieux, ayant sa propre idole dressée, n’en pouvait plus et réclamait de quitter l’office du crucifié. On le détachait pour qu’il vienne s’agenouiller
devant ce spectacle de luxure exposé devant lui, qui n’était que la représentation d’Asmodée ; encore à genoux, il peinait à se lever quand Satan, s’approchant de lui son priape dans toute
sa vigueur, lui réclama, pour se faire remercier, une gratification buccale.
Belphégor en
réclame tout autant. Le possédé, agenouillé et comme prosterné se retourne du côté de l’idole que lui présente insolemment la femme marquée du signe du Belphégor et lui l’impose devant la bouche.
Lui-même réclame une femme pour, dit-il, assouvir sa luxure qui désormais le domine. Mais la seule à laquelle il a droit est la Vierge Marie, et les dominatrices lui amènent une figure en forme
de statue, de couleur blanche, montrant une femme sainte. Les autres lui demandent de se relever et de pêcher du motif qui condamna Onan devant la Vierge jusqu’à la souiller*.
(* « Le prêtre qui, en administrant les sacrements, en célébrant la messe, ou revêtu des ornements sacrés pour la célébrer, ou même en descendant de l’autel, se livre volontairement à la pollution, ou se délecte des plaisirs vénériens, ne peut être excusé d’un double sacrilège. Saint Ligori, 1. 3, n°463. (…) La pollution revêt la malice de l’adultère, de l’inceste, du stupre, de la bestialité, du sacrilège ou de la sodomie, selon que celui qui s’y adonne pense à une femme mariée, à sa parente, etc. ; ainsi, commettrait un horrible sacrilège celui qui porterait des désirs de concupiscence sur la bienheureuse Vierge en se livrant à la pollution devant sa statue ». (R.R.P.P. Bouvier, Clarel, Louvel - Manuel secret des confesseurs – Traité de chasteté ; éd. Jean de Bonnot))
Puis, la furie
reprend de plus belle, Belphégor se jette sur le possédé ou bien les autres Diables l’allongent sur l’autel et chacun vient déposer dans le temple de Ganymède ou Vénus-Satan. Pour chaque visite,
Belphégor jette de l’argent, des billets de banque. Bien que la Maîtresse des lieux ne cesse de répéter le célèbre verset de Matthieu : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou il
haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ». (Matthieu 6 – 24) Le mot « argent » étant dit
« mammon », les versions de la Maîtresse dégénèrent en une formule sèche : « Tu ne peux servir ton Dieu et Mammon ; choisis… » (Luc écrit le verset précisant :
« Nul serviteur ou domestique », gens qui ne gagnaient pas la fortune et devaient donc, par dépit, choisir Dieu. Cette catégorie professionnelle est rangée, dans certains pays, au rang
« d’esclave ») L’exaltation du sortilège faisait dégénérer le verset en une formule indigne : « Nul esclave ne peut servir deux maîtres ; tu ne peux servir ton Dieu et
Mammon… ». Du tabernacle, on sortait l’idole de Belphégor que sa représentation physique exhibait au possédé, annonçant qu’elle allait immolait son autel de Vénus-Satan ou Ganymède.
Certaines femmes, autour de lui, jetaient des feuilles mortes au nom de Dieu, d’autres des billets pour Mammon. Le possédé jurait « Deus » ce qui ne le faisait pas appartenir au cortège
de Mammon. Le sacrifice était pratiqué comme une punition. Belphégor invoquait le dieu des richesses par Ganymède et le possédé, pris d’extase, reconnaissait des démons partout actifs dans la
pièce.
(Suite au chapitre « L’union charnelle avec les Diables (2)»)