Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /Août /2009 15:07

(Suite du chapitre « L’union charnelle avec les Diables (1)»)

 

Devant les yeux du possédé prenaient forme des représentations furtives et subtiles qui avaient l’art de s’inscrire dans sa mémoire d’une manière vivace. Asmodée dans la pièce était une femme harnachée d’un priape, dont les allures extérieures exposaient le luxe des bourgeois, tout dans l’érotisme esthétique que l’on nomme aussi « fétichisme » ; mais autour d’elle, il voyait nettement graviter un démon à trois têtes qui sifflait et récitait comme préalable à toute intervention de sa part : « Je t’obéirai en toutes choses, mais à une condition expresse : c’est que tu ne te marieras jamais. Du reste, si tu ne te conformais pas à mon désir sur ce point, qui est la seule loi que je t’impose, j’étranglerais quiconque deviendrait ton épouse ».

 

Comme lors des Bacchanales, tandis que le possédé était sacrifié sur l’autel des démons que des femmes incarnaient tenant le rôle « d’agent », tout autour de lui, des prostituées s’étaient rassemblées et pratiquaient des licences qui portaient la luxure à son registre le plus infâme.

 

Le possédé, perturbé par sa double vision, était promis à la visite de Belphégor. La femme qui incarne ce démon exposait à la vue de tous son priape qui était le plus impressionnant. Des billets de banque pleuvaient sur le corps du sacrifié. A certaines séances, la Maîtresse lui couvrait le visage par un masque de bourreau ou par celui d’un cochon. Sa vue, emportée par les turbulences, embuée par les fumées d’encens, se brouillait ; les boissons alcoolisées bues sous l’effet de l’irritation, les images de débauches qu’offraient à sa vue les prostituées finissaient par lui perturber définitivement l’esprit et il percevait nettement cette face taurine du Ba’al Peor, grand démon phallique, juste au moment où sa représentante ici-bas, ayant fait sonner la cloche, introduisait son membre dans l’autel dédié à Ganymède. Soumis et obéissant tel un domestique, il discernait dans l’air ambiant sa grosse tête de taureau qui allait et venait dans l’air : l’affreux Ba’al Peor, l’infâme Priape*, toujours viril, sorti du fond de l’Histoire et projeté quelques instants dans ce Sanctum Regnum. Autour de lui, les femmes irritées à leur tour ne connaissaient plus de limite dans leur degré de lubricité, sentant elles aussi le taureau viril hanter les lieux maudits.

 

(* La figure au mur montrait Belphégor assis côte à côte de Mammon, ce qui signifie une amitié particulière entre ces deux démons, qu’ils travaillent ensemble. Au moyen-âge, Mammon est montré comme un vieil homme pauvre par trop d’avarice, des cornes coupées sur son chapeau et des chaussures trouées laissant voir des pieds de démon.

En référence aux temps antiques, on disait de Belphégor ou Baal Peor « qu’il était accompagné de nombreux efféminés ». Un nom hébreu de ce dieu devenu démon est « Mipheletzeth » (nom de Priape chez les Hébreux, signifiant « terreur » ?). « Quelques commentateurs, nous dit Jacques-Antoine Dulaure, l’ont jugée du genre féminin et ont cru qu’elle était la déesse Astarté ou Vénus. Les auteurs de la Vulgate auraient-ils pris un sexe pour l’autre, et Priape pour Vénus ? Cette opinion n’est pas solidement appuyée, à moins de lire Rabelais – au temps qui nous occupe – qui fait de Mipheletzeth la souveraine d’une île peuplée par des Andouilles. »)   

 

On croyait que c’était pour l’empêcher de pousser des râles de plaisir que la Maîtresse enfonçait parfois un priape dans la bouche du possédé tandis qu’il était gratifié sur son autel de Ganymède ; en fait, c’était pour être à l’image de Belphégor, dont Saint-Jérôme disait « qu’il fut représenté comme portant à la bouche le signe caractéristique de Priape » (Voici son passage exact dans son Commentaire sur la chapitre 9 du prophète Osée : Denique interpretatur Beel-Phegor idolum tintiginis habens in ore ; id est, in summitate pellem, ut turpitudinem membri virilis ostenderet.)  

 

L’importance du phallus touche à son comble, l’objet obscène est vénéré par le possédé. C’est qu’on dit au sujet des pratiques consacrées jadis à Belphégor : « Vous avez pris des objets de parure, des vases d’or et d’argent qui m’appartenaient et que je vous avais donnés ; vous en avez fabriqué des images du sexe masculin, et vous avez forniqué avec ces images » (Ezéchiel 16 – 16/17). « Ainsi les femmes fabriquèrent, ajoute Jacques-Antoine Dulaure, des phallus d’or et d’argent, et en abusèrent d’une étrange manière ».

 

L’indignité régnait au dessus du sacrifié, l’ambiance dégénérait en une messe décadente. Les lubricités de la Bacchanale antique étaient repris, les sortilèges également : désormais le possédé se trouvait humilié, insulté, on mettait en scène son quotidien. On le punissait pour sa situation misérable, on se moquait de son vécu minable, son destin pitoyable, on riait de son sort malchanceux. Il ne méritait point les billets de banque qu’on l’obligeait de rendre, il n’osait plus approcher les luxures exercées par les femmes excitantes autour de lui, seulement regarder ; il n’avait plus droit qu’à la correction, la marque de son « lot quotidien ». On théâtralisait ainsi symboliquement sa vie au jour le jour. Tandis qu’un énième rideau sombre était tiré apparaissait la statue virile d’un bouc comme un Termes et qui était pour l’heure le grand Belphégor (Priape, Pan, Bacchus, Mendès). La Maîtresse, remarquable dominatrice, irritait le possédé en produisant sur lui les plus fortes excitations en même temps qu’elle l’humiliait plus bas que terre, imposant sa luxure puissante contre la vulnérabilité du soumis. « Te voici un esclave, un vulgaire esclave, bon à rien et dont rien n’est bon, répétait la Maîtresse, crachant sur lui et répétant, nul esclave ne peut servir deux maîtres : tu ne peux servir ton Dieu et Mammon ». Les filles avaient récupéré les billets de banque, il se trouvait pareil que l’image iconographique de Mammon, tel un mendiant. Justement, soumis jusqu’à l’indignité, puni comme un supplicié, on lui imposait de faire l’aumône autour de lui et à chaque demande, il était rejeté.

 

Maintenant, la sensuelle Belphégor harnachée d’un gros priape le tenait avec une laisse de chien et lui demandait de baiser la statue du dieu-taureau ou dieu-bouc. Elle se plaçait derrière lui et lui prouvait à quel point il était un « efféminé » une fois encore (« Le phallus fut vénéré par les Moabites avec le nom de Belphégor ou Ba’al Peor. De même, la fornication fut consacrée à ce dieu ; la Vulgate a traduit son nom hébreu de Mipheletzeth, qui est Priape, fils de Bacchus et de Vénus. Le même culte est passé chez les Grecs, comme le montre Hérodote, puis chez les Romains (Bacchus). Saint Augustin assure que dans de nombreuses villes de l’Italie, non seulement on portait le phallus en triomphe dans les cortèges publics, mais on psalmodiait en son honneur des cantiques obscènes et il était solennellement couronné par la plus expérimentée des femmes dans ce domaine ». Hérodote). Il léchait les chaussures des femmes et remerciait Asmodée pour un tel cadeau ; des satyres présents ayant connu plusieurs filles de joie venaient brûler l’encens sur son dos et il rendait grâce à Satan ; on le faisait embrasser le plus gros priape du tabernacle et il louait Belphégor ; on lui crachait dessus, il glorifiait Mammon.

 

Quand Belphégor eut fini de sacrifier dans le temple de Ganymède du possédé, la Maîtresse lui demanda quelle fille de l’assistance il aimerait à son tour connaître intimement. Il tourna la tête autour de lui, scruta chacune avec une envie bestiale tant et tant ses pulsions avaient pris le dessus sur son esprit, et il choisit sa sodomite Belphégor. Les yeux remplis d’une concupiscence offensive, il eut l’envie avec elle d’être enfin l’agent. Il voulut déclamer sa flamme mais la Maîtresse l’interrompit : « Bon choix ; mais celle que tu as voulu, je décide qu’elle sera foutue par tous les satyres de ce soir devant toi ; car, bien entendu, je te la refuse ». Le possédé n’en crut ni ses oreilles, encore moins ses yeux : il assista à la scène la plus débauchée où Belphégor libèra une perversion dans toutes ses initiatives et lui, si désireux d’une union avec elle, en fut privé. C’est tout juste si la Maîtresse lui laissa invoquer Onan devant ce spectacle qui lui rendit la monnaie de sa pièce qui est la misère. Pris au désespoir mais saisi comme une bête, il vint brûler son propre encens sur la statue du bouc, invoquant Belphégor ou Ba’al Peor, disant : « Hail Ba’al Peor Mammon, Shemhamforash, Shemhamforash, Shemhamforash ». Suivi du fameux mantra grec : « Konx Om Pax », signifiant « Que tes désirs soient accomplis ». La cérémonie était finie.

 

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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