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De tous les démons,
celui qui irritait le plus les personnels religieux de l’Eglise du premier moyen-âge était assurément Asmodée, classé comme le plus libidineux. Des moines au treizième siècle se faisaient
volontairement flageller pour réprimer les pulsions qu’ils avaient pu ressentir durant la semaine pour la luxure, dont Asmodée était le principal agent occulte.
(*« On trouve que, dès le commencement du douzième siècle, Guillaume VII, duc d’Aquitaine et comte de Poitou, fit construire dans la ville de Niort, un bâtiment, semblable à un monastère, où il recueillit toutes les prostituées. Il voulut en faire une « abbaye » de femmes débauchées, dit Guillaume, moine de Malmesbury. Il y créa des dignités d’abbesse, de prieure, et autres dont il gratifia les plus distinguées dans leur commerce infâme.
Depuis longtemps il existait à Toulouse un lieu de débauche très célèbre, auquel plusieurs de nos rois donnèrent des privilèges. Il portait de même le nom « d’abbaye ». Charles VI donna en sa faveur des lettres dont voici quelques passages. Il débute ainsi : « Oye la supplication qui faite nous a été de la partie des filles de joie du bordel de Toulouse, dit « grant abbaye », etc. » Puis il ordonne au sénéchal et viguier de Toulouse et autres officiers de faire « lesdites suppliantes et celles qui au temps à venir seront ou demeureront en l’abbaye susdite, jouir et user paisiblement et perpétuellement, sans les molester ou souffrir d’être molestées, ores ne pour le temps à venir » (1389) ».
« Les prêtres d’une église élisaient un « évêque des fous », qui venait, pompeusement accompagné, se placer dans le chœur sur le siège épiscopal. La grand’messe commençait alors ; tous les ecclésiastiques y assistaient, le visage barbouillé de noir, ou couvert d’un masque hideux ou ridicule. Pendant la célébration, les uns, vêtus en baladins ou en femmes, dansaient au milieu du chœur et y chantaient des chansons bouffonnes ou obscènes. Après la messe, nouveaux actes d’extravagance et d’impiété. Les prêtres, confondus avec les habitants des deux sexes, couraient, dansaient dans l’église, s’excitaient à toutes les folies, à toutes les actions licencieuses que leur inspirait une imagination effrénée. Plus de honte, plus de pudeur ; aucune digue n’arrêtait le débordement de la folie et des passions. Le lieu saint qui en était le théâtre n’en imposait plus. Au milieu du tumulte, des blasphèmes et des chants dissolus, on voyait les uns se dépouiller entièrement de leurs habits, d’autres se livrer aux actes du plus honteux libertinage. La scène se portait ensuite hors de l’église. Moins sacrilège, elle n’en était pas plus décente. Les plus libertins d’entre les séculiers se mêlaient parmi le clergé, et, sous des habits de moines ou de religieuses, exécutaient des mouvements lascifs, prenaient toutes les postures de la débauche la plus effrénée, et ces scènes étaient toujours accompagnées de chansons ordurières et impies.
Ces cérémonies, étonnantes par leur mélange avec la religion, par le lieu sacré où elles s’exécutaient en partie, et par la dignité sacerdotale dont étaient revêtus les acteurs, ont subsisté pendant douze ou quinze siècles ; elles ont trouvé des apologistes parmi les docteurs de l’église, et n’ont été abolies qu’avec la plus grande difficulté. Dans les premiers siècles du christianisme, les prélats fouettaient les pénitents pour les réconcilier à l’église. Lorsque vers la fin du onzième siècle la confession fut généralement établie parmi les chrétiens, les confesseurs fouettèrent eux-mêmes leurs pénitents et pénitentes, qui, pour cette exécution, se plaçaient dans un lieu secret de l’église. On sent quels désordres devaient résulter de pareilles pénitences, plus propres d’ailleurs à allumer qu’à éteindre certaines passions ». (Jacques-Antoine Dulaure – Des Divinités génératrices ou du culte du Phallus chez les anciens et les modernes ; 1805))
Du coup, les possédés d’Asmodée et de ses nombreux incubes succubes organisaient des cérémonies salaces ancêtres de la future Messe Noire ; parfois mises en scène dans les cryptes des églises ou bien des pièces agencées comme des intérieurs d’église mais préparées au bordel. Celui des hommes qui avait succombé au démon le plus licencieux, irrité par trop de tentations, venait s’offrir en sacrifice dans ce Sanctum Regnum assuré de continuer plus tard par des sociétés secrètes dont l’une était les « Fils de Satan ».
Le possédé, espérant être sauvé du Mal, venait se plaindre auprès du démon dispensateur de ces effluves néfastes. Au lieu d’être clément, le Diable, confortablement installé dans la pièce éclairée par des bougies, montrait une désinvolture et prononçait la sentence : « plus de luxure encore ! »
Tandis
que d’un côté de la pièce, on voyait Mammon incarné par « une femme cornue un taureau dessiné sur son torse, vêtue de blanc et de vert, deux serpents d’enroulant à ses cornes et à chacun de
ses pieds et de ses mains », Asmodée faisait son entrée dans le Sanctum Regnum vêtu… comme un cardinal* ! Le sacrilège ne connaîtra donc aucune limite !
(*« L’union charnelle, même légitime, entre époux, accomplie sans nécessité dans le lieu sacré, entraîne la malice du sacrilège ; les auteurs s’accordent généralement sur ce point d’après le tit. 68, c. 3. Si, cependant, cet acte est accompli dans le lieu sacré par pure nécessité, comme lorsque deux époux y sont détenus en temps de guerre, et qu’ils sont en danger prochain d’incontinence et s’ils ne pratiquent pas le coït, le lieu n’est pas souillé et les époux ne pèchent pas…
Par « choses sacrées » on entend tous les objets, autres que personnes et lieux, qui sont consacrés au culte divin, comme les ornements et les vases sacrés. Il est certain que c’est un horrible sacrilège d’abuser de ces choses pour commettre des actes honteux, comme de se servir superstitieusement de l’eau bénite, des saintes huiles ou de l’Eucharistie dans un but de luxure.
Les théologiens disent qu’il est coupable de sacrilège le prêtre qui porte sur lui l’Eucharistie en même temps qu’il pêche contre la chasteté, ou célébrant la messe, revêtu des ornements sacrés pour la célébrer, se livre volontairement à la pollution, ou se délecte des plaisirs vénériens ». (R.R.P.P. Bouvier, Clarel, Louvel - Manuel secret des confesseurs – Traité de chasteté ; éd. Jean de Bonnot))
Sacrilège
effroyable pour un démon des plus lubriques que celui de porter les habits d’un saint, Asmodée poussait le parjure d’être accompagné d’un nombre de bourreaux et d’hommes vêtus et maquillés en
satyres, cherchant à assouvir leurs pulsions basses avec les filles de joie qui composaient l’assemblée. Une Maîtresse animait la cérémonie noire et Asmodée réclamait du possédé « qu’il
vénère, « ô comble du péché », la femme, son meilleur agent ». Normalement, les satanistes disent qu’une pareille messe est celle de Satan mais le commentaire suivant
relativise :
« Asmodée* est le premier né des Diables, il est le Prince des Enfers et le Maître du neuvième plan infernal. Sa puissance, tant personnelle que politique, est immense et sert au mieux son intelligence exceptionnelle. Il est particulièrement retors. Il est depuis longtemps très indépendant de Satan et traite avec lui d’égal à égal ». (Siméon Galmakir, Prêtre de Fires – Traité de démonologie générale)
(* « Asmodée, « Asmodeus », appartient à la caste des démons les plus puissants. Il est, comme Belphégor, le démon de la fornication, de la jalousie, de la sensualité, de la luxure, de la colère et de la vengeance. Sa mission principale est de perturber la vie sexuelle des couples mariés, détruire les mariages récents, encourager le désir des hommes envers les femmes, s’engager dans des liaisons adultères et pècheresses. Asmodée est également un des démons responsable des obsessions. Il a toujours été considéré comme un des démons le plus craint des enfers. Il est habituellement représenté avec des ailes et trois têtes : un roi, un bélier, et un taureau, symbole de virilité et de fertilité. Il est assis sur un dragon, armé d’une lance, et crache du feu. Ses pieds sont ceux d’une oie, symbole de l’impudicité et il a une queue de serpent.
Il est le surintendant de toutes les maisons de jeu des Enfers, mais également le pourvoyeur général des distractions. Il sème la discorde et l’erreur ».)
On
peut s’interroger de savoir quel personnage mythologique la Maîtresse qui officiait la séance personnifiait. Son apparence était parfois celle d’une égyptienne. Mature, élancée, souvent blonde
mais pas forcément, avec tous les atours d’une femme au charme ensorceleur redoutable, on aurait cru voir Hathor, d’autant plus qu’il est indiqué, concernant ses temples qui pratiquaient la
prostitution sacrée, que les femmes présentes étaient en grande partie des blondes. Hathor pouvait-elle régner au côté du Ba’al Peor ? Horus, son époux, est connu comme une divinité. Le
commentaire de Pierre Nicolas, datant du dix-neuvième siècle, est révélateur : « Horus est l’emblème du monde produit par l’action combinée du principe actif et du principe passif de la
nature… il est le Bacchus éleusinien. (…) Horus est souvent représenté tenant en main l’organe de la génération dans une forte érection. Il était la même divinité que Priape. Les Egyptiens lui
donnaient pour symbole l’épervier : plusieurs savants prétendent même que le mot Horus est un nom égyptien qui signifie la lumière (discutée par ailleurs) » (Pierre Nicolas Rolle –
Recherches sur le culte de Bacchus. 1819). En somme, si Horus est Bacchus et Priape, et que ce dernier est assimilé à Ba’al Peor, l’identification est possible. Horus, conducteur du char du
Soleil, est vu ici davantage comme un dieu de la fécondité ; et, parallèlement, Ba’al Peor ou Belphégor règne, dans l’Arbre Qliphotique, dans la Sphère Tiphereth dont l’astre correspondant
est le Soleil. De même, Horus tient l’organe de la génération dans sa main et « le phallus comme la fornication sont les emblèmes de Belphégor ». Ainsi, la Maîtresse qui commande la
cérémonie noire où l’on sacrifie à Belphégor peut bien être Hathor, qu’une blonde au magnétisme insolent interprétait parfaitement bien.
Et comme la mythologie veut que Vénus et Bacchus aient engendré un fils, Eros, forcément il doit exister une trinité chez Belphégor. Sa progéniture dans le règne des démons est Sorath, logiquement l’équivalent de ce Cupidon, même si ce n’est pas lui, ce dernier se trouvant dans la Sphère de Vénus. Peu importe, pour l’heure, si son père a pour emblèmes le phallus et la fornication, le fils connaît les arcanes de la luxure. On peut même s’étonner d’une proximité phonétique entre « Eros » anciennement « Aroth » et « Sorath » ; en caractères hébraïques, il n’y a que « sa » qui devient « a » (de « Samech » (serpent) à « Aleph » (taureau)).
La Maîtresse qui officiait au culte de Ba’al Peor ou Belphégor était choisie entre autres pour avoir dans son thème astral Vénus en Taureau ; celle qui incarnait Asmodée avait Vénus en Balance ; celle de Satan sa Vénus en Lion ; enfin la figure de Lilith avait sa Vénus en Scorpion.
On croyait Asmodée
bon et généreux, il réclamait la flagellation* aussi, autant pour ceux qui avaient succombé à sa luxure diffusée par ses dames, que pour ceux qui ne cédaient pas assez à la tentation du stupre.
L’infâme démon accoutré en cardinal, entouré des filles de joie aussi jolies que salaces, s’accommodait du spectacle en se faisant caresser les parties intimes tandis qu’il récitait des stances
diaboliques. Le possédé, entre deux flagellations, devait aller se prosterner devant les quatre priapes que la Maîtresse avait sortis du tabernacle et qu’elle exposait sur un petit autel,
représentant Satan, Mammon, Belphégor et Asmodée. Le possédé devait poser un baiser sur chacun des priapes en signe de sa reconnaissance pour les quatre démons des forces du Mal et de son
appartenance secrète et définitive au pouvoir satanique.
(* « De sa ceinture pendait un fouet, autrefois employé dans les flagellations ; le fouet situait l’homme devant la Divinité qui est la soumission » ; « naturellement, nous sommes soumis, plus exactement, nous devons « avoir la crainte du Seigneur ». Mais cette crainte n’est pas seulement synonyme de peur, elle est « infini respect ». La Divinité détient le « fouet » : signe et preuve qu’elle décide, en premier et dernier ressort, du sens que doivent prendre les événements (le destin) concernant l’homme ». Propos du moyen âge)
Les litanies se récitaient d’abord devant chacun des quatre angles : « Lucifer : miserere nobis. Bélial : miserere nobis. Léviathan : miserere nobis. Satan : miserere nobis ». Puis, devant ces objets obscènes, ces récitations suivantes : Belphégor : ora pro nobis. Asmodée : ora pro nobis. Satan : ora pro nobis. Léviathan : ora pro nobis.
Puis le serment : « Je promets à vous, Asmodée, que je vous servirai toute ma vie, et vous donne mon cœur et mon âme, toutes les facultés de mon âme, tous les sens de mon corps, toutes mes œuvres, tous mes désirs et soupirs, toutes les affections de mon cœur, toutes mes oraisons et mes pensées, je vous donne toutes les parties de mon corps, toutes les gouttes de mon sang, tous mes nerfs, tous mes ossements et toutes mes veines, et tout ce qui est dans mon corps et ce que créature pourrait offrir. En confirmation de quoi, j’ai écrit et signé la présente de mon propre sang ».
Venait le temps des « lamentations » : le possédé reprochait à Asmodée de subir ses assauts au moyen des incubes qui venaient l’irriter jour et nuit. Il reprochait : « Tout le jour, je n’ose regarder ces dames la gorge déployée provocante, et leurs atours déshabillés, l’air provocante, me croiser avec nonchalance et allumer le feu de mes désirs ; pour les éteindre, je prie le Seigneur pour conserver ma chasteté, je m’enferme dans mon lieu réservé et saint, je verrouille ma chambre dénuée de luxe, je me couvre sous mes couvertures pour t’oublier ; mais tes « immondes » veillent même dans les murs, ils attendent leur heure et viennent me fasciner jusque dans mon sommeil, tourmentent mon esprit, me suggèrent des salacités et poussent à des envies charnelles, je prie et prie mon Seigneur tout-puissant, ne m’abandonne pas ; mais déjà, je sens les crispations agir en moi, Asmodée le Vilain, tu prends le dessus sur mes pulsions, et tes incubes viennent faire le reste. Puis chaque jour que Dieu fait, je me retiens de libérer mes passions, alors les tiens m’importunent au moment le plus vulnérable de la nuit, violent mon esprit et mon corps, m’assaillent à plusieurs, exigent de moi les infamies les plus sauvages. Au matin, souillé par les tiens, je me jette aux pieds de mon Seigneur, je prie avant de me confesser et la pénitence, je la connais, cinquante bons coups de fouet. Pour t’oublier, te maudire, te détester… Mais c’est peine perdue, à ma première sortie en ville, les pensées nauséabondes, qui sont celles que tu m’envoies, reviennent plus intensément encore… »
Asmodée en tenue de cardinal s’amusait, entouré des femmes les plus désirables, les plus expertes en sciences salaces aussi. Il réclamait son sacrifice. Pour un époux, il devait donner sa femme que plusieurs satyres, choisis pour leurs prétentions physiques et leur goût pour l’obscénité, s’empressaient de souiller. Pour un célibataire, il payait la plus chère des filles de joie et la remettait aux mêmes. A chaque vice supplémentaire que la belle devait accomplir à la demande d’un satyre, le tarif augmentait et c’est le possédé qui devait sortir les billets. Infâmant. Rituel Nicolaïte, on le rappelle, « l’homme trouve la plus belle femme, en l’occurrence le prêtre Niklos (ou Nahash) puis la livre « aux autres », qui sont les démons fornicateurs, il leur sacrifie ce qui est pour lui « ce qu’il a de plus cher »…
Avant le début de l’orgie, la femme offerte se tint debout devant Asmodée et un satyre posa sur elle une épée disant :
« - Et nous l’immolerons sur l’autel d’Asmodée ; Ô toi le Grand Démon Asmodée, daigne agréer le sacrifice que nous allons t’offrir… que nous allons immoler pour toi, sur lequel nous allons brûler l’encens ; jouis donc, luxurieuse créature… »
Si la femme n’était pas suffisamment au goût du démon, Asmodée disait :
« - Arrête ton bras, ô sacrificateur ; Asmodée ne se contente pas d’une aussi piètre victime… » ; dans le cas inverse, la débauche prenait cours.
Le possédé qui venait là déposer son vœu devait connaître pareille humiliation, parfois même qu’on le réduisait à l’esclavage. L’épreuve qui animait le rituel consistait à mettre en scène sa vie misérable qu’il menait dans son quotidien afin de l’exorciser.
Même les riches connaissaient pareille humiliation lorsqu’ils participaient à pareille célébration. D’ailleurs, les très pauvres n’y avaient pas accès, par manque de moyens financiers autant que de connaissance.
Le
« cardinal » Asmodée exigeait ensuite les pires pratiques luxurieuses, montrant une déception chronique à ce que les perversions n’étaient pas aussi poussées qu’il le voulait. Comme on
se souvient l’avoir lu dans une telle pratique dans l’antique temple des Aphaques en Syrie : « « L’auteur du Traité de la Déesse de Syrie (Aphrodite Vénus) en parle comme d’une
antiquité vénérable. Eusèbe en fait un tableau hideux. C’était, suivant lui, de vieilles masures, entourées d’arbustes et broussailles épaisses, où aucun chemin, aucun sentier n’aboutissaient.
Les ministres du temps y tenaient école de débauche. Des hommes efféminés, impudents, pour apaiser le démon qui y présidait, se livraient entre eux aux excès du plus honteux libertinage. En
outre, des hommes et des femmes mariés s’y réunissaient, se confondaient ensemble, et assouvissaient la violence de leurs désirs. Il raconte des choses semblables du temple d’Héliopolis, et dit
que les habitants y prostituaient leurs filles aux étrangers qui passaient dans leur pays ». (Jacques-Antoine Dulaure – Des cultes qui ont précédé et amené l’idolâtrie)
Un moine jurait contre les démons, leur reprochant leur goût pour le stupre et leur obsessionnelle folie de l’assaillir ; nous lisons dans « Les incubes et les succubes » de Jules Delassus : « Mais l’incubat ne revêtait pas toujours des formes aussi repoussantes. Le diable était quelquefois facétieux. Si l’on en croit Boethius, un moine fut poursuivi par un succube très beau qui l’embrassa lui faisant des invites obscènes. Inclinant son corps, la beauté d’enfer se mit dans la position des chevaux et des bêtes qui n’ont point d’âme ; déjà le moine s’efforçait d’accomplir l’acte charnel, le succube poussa un ululement sinistre, et ombre ténue, phantasme léger, s’évapora entre les bras du malheureux galant qui culbuta tout honteux. Le plus souvent d’ailleurs, surtout en dehors du sabbat, une volupté intense captivait les victimes ». (Jules Delassus – Les incubes et les succubes)
Lors des lamentations, le possédé fustigeait contre les démons serviteurs d’Asmodée : « Compte tenu du misérabilisme de l’existence, et du fardeau que nous devons chacun porter, j’en déduis que les démons ne sont point là pour satisfaire aux besoins des hommes mais pour les soumettre à leur folie inique ; cette nuit encore, je me suis trouvé irrité par un incube qui a influencé mon esprit de ces images dont tu es un si grand maître dans l’art de les fabriquer. Honte à toi, ta luxure m’importune, je souffre de tes tentations au point d’être porté à croire saint le vice et la dépravation ; tu inverses le sens des valeurs dans mon esprit ».
Mais Asmodée, fier par de telles injures, rappelle : « Les hommes sont là pour satisfaire mes serviteurs… »
On
croyait Asmodée plus clément que Belphégor. Le « Diable boiteux », par son caractère libidineux, est supposé apporter aux hommes ce dont ils ont besoin pour assouvir leurs besoins
hédonistes. Sauf qu’il est un démon et qu’il est dans sa nature donc de soumettre les hommes et de les réduire à plus bas que terre. Les cérémonies noires qui le célébraient comprenaient ainsi
nombre de pratiques salaces, immondes et infâmes, où le cérémonial était fétichiste, vu l’originalité des costumes utilisés.
(Suite au chapitre « Messe infâme : le fantôme de Messaline »)
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