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On nous répète, dans nombre d’ouvrages mythologiques, le nom de « Ba’al
Peor » provient de ce que la divinité en question fut honorée tel un « Seigneur » (Ba’al) sur la montagne d’un village, d’une ville ou d’une terre nommée
« Peor ».
« Peor » peut bien être le nom d’une localité, il n’empêche que le choix autant que l’origine du nom sert sans doute à mieux approcher la divinité glorifiée en ces temps et sombrée depuis dans le démonisme.
De Ba’al Peor (rvif lib), outre de relever que l’on trouve dans « Peor » le mot « Aor » (rvi) qui est la « tunique de peau », la « structure charnelle » de l’homme, on remarque d’autres originalités. Déjà, avec pareil découpage « rvi – f », « phé » (f) étant la bouche mais aussi le sexe, l’interprétation la plus simple inciterait à traduire par « le sexe de l’enveloppe charnelle ou corps sensuel ». Un sens qui ne peut qu’appuyer son affectation en enfer.
Ensuite, on sait que le mot « Paro » (irf), très proche de « Peor » (rvif), veut dire « mettre à nu, ôter le frein, lâcher la bride », ce qui laisse présager des débauches et autres scènes décrites comme licencieuses et exercées pour un culte rendu à Ba’al Peor. La racine « Phar » (rf) est importante, on l’utilise pour de nombreux noms, mots et titres, allant de Frey, divinité scandinave de l’érotisme, jusqu’à « pharaon » car signifiant « fécondité », directement lié au « moyen de la perpétuation de l’espèce ». Et « Perot » (trf) sont les « fruits », que l’on interprétera dans le cas de Ba’al Peor comme la « semence ».
De « Peor » (rvif) dans Ba’al Peor, on trouve autant la chair sensuelle (rvi) que la poussière (rfi), d’où ce verset très connu prononcé à l’homme charnel : « Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras » (Gen 3 /10). « Râ » (ir) est autant « lumière » que « ténèbres ».
Et si « Phar » (rf), et parfois « Pri » (yrf) constituent les racines qui forment la « fondation »
du nom Ba’al Peor, étant la « fécondité » ou la « génération », par extension volontaire et dans le cadre d’un culte rendu « l’exaltation des sens » (débauche,
licence…), il n’en demeure pas moins que « Peor » apparaît finalement, ni plus ni moins, comme une défiguration phonétique de « Priape », et c’est sans aucun doute pour cela
que Jacques-Antoine Dulaure confirme que l’un est identifié avec l’autre, que l’originale représentation de ce divin fut celle du taureau Apis des Egyptiens comme du bouc de Mendès.
« Priape » lui-même contient ces racines « Pri » (yrf) (fécondation) et « Apis » (syfa).
Comment le bouc viril, figure du Pan antique, du Priape connu sous le nom de Ba’al Peor au moyen orient devint-il ce repoussant personnage au moyen âge ? La réponse est simple : à la luxure tant débauchée des rituels rendus au premier, on conçut une figure on ne peut plus perverse au second. La kabbale le positionne dans la Sphère d’Influence Tiphereth car il est un symbole solaire. Mais dans le tableau des sept péchés capitaux, il est placé dans Yesod, le règne de la paresse. Là, on y trouve déjà Lilith, son serviteur obscène Nahashiel, et… Mammon, le démon de l’avarice, mais « maître des richesses ». Comme Belphégor, qu’on nous décrit de la sorte : « C’est le démon des découvertes et des inventions ingénieuses ; il a toujours la bouche ouverte, séduit les hommes en leur donnant des richesses et prend un corps de jeune femme pour les fréquenter ».
On sait qu’aux rituels de Vénus, les hommes qui venaient lui rendre un culte portaient des vêtements féminins et de nombreux connaissaient les mêmes pratiques que celles des efféminés.
Dans « Là-bas » de Joris-Karl Huysmans, on relate un fait curieux du même acabit : « Un prêtre qui croyait à l’Incarnation du Saint-Esprit, au Paraclet, et qui institua dans la Lombardie, qu’il agita furieusement, douze apôtres et douze apostolines, chargés de prêcher son culte, celui-là, l’abbé Beccarelli, mésusait comme tous les prêtres de son gabarit, du reste, des deux sexes et il disait la messe sans s’être confessé de ses luxures. Peu à peu, il versa dans les offices à rebours où il distribuait aux assistants des pastilles aphrodisiaques qui présentaient cette particularité qu’après les avoir avalées, les hommes se croyaient changés en femmes et les femmes en hommes ». Cérémonie dont l’objet portait sur la luxure : le démon était-il Belphégor ?