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Souvent l’on s’interroge de savoir en quoi l’activité luxurieuse avait-elle de
quoi être considérée et déclarée comme une sorcellerie puisqu’il s’agissait, avec notre mode de penser actuel, d’une simple « partie de jambes en l’air » ? Les religieux ascétiques
qui condamnèrent la luxure comme le plus grave de tous les péchés appliquaient-ils leur loi parce qu’ils éprouvaient une haine viscérale du désir sensuel ou bien y avait-il, derrière les
débordements débridés, des pratiques autrement plus intentionnelles ?
On se rappelle le fameux épisode où Messaline s’offre quatorze athlètes
mâles : « C’est ainsi que l’épouse de l’empereur Claude, cette Messaline, fameuse par sa lubricité extrême, et bien digne, sous ce rapport, de figurer à côté du trône des Césars, après
être sortie victorieuse de quatorze athlètes vigoureux, se fit déclarer « invincible », en prit le surnom, et, en mémoire de ces quatorze succès, fit au dieu Priape l’offrande de
quatorze couronnes ». (Jacques-Antoine Dulaure - Les divinités génératrices)
Avant la sorcellerie, il y a la « célébration ». Priape, on le sait, est le Belphégor qui exista du temps des Hébreux et qui fut leur ennemi, peut être l’original Belzébuth phénicien, que les Arabes nomment « Ba’al Zubb »* (lire chapitre « Apis, Priape et Bacchus, Baal et Belzébuth ») ; représentation romaine du Pan ou Mendès égyptien.
(* Zubb : zababa ; mot arabe (venu du Yemen) signifiant « verge », « pénis » ; mot très grossier. Zubb al humâr : verge d’âne. « Bel Zubb » : sans doute la vraie représentation du Belzébuth ayant le sexe énorme et dressé, le « Seigneur au gros Zob » (ZBB), régnant « dans son heure de Gloire », dont la figure est celle du Mendès, sans aucun doute la plus complète et celle utilisée lors des rituels à connotation sexuelle.)
En d’autres termes, l’union des corps est
« un sacrifice rendu à Ba’al Peor ou Belphégor », ni plus ni moins. Pendant que dans d’autres religions, on sacrifiait un animal qu’on brûlait en holocauste pour le Seigneur, les
fidèles de Priape s’adonnaient à la débauche pour lui, affirmant qu’il y avait là « ouvrage au sacrifice ». Ils disaient, devant la figure sculptée du Bouc viril, plus tard souvent fait
en bois : « Grand Dieu ou Grand Démon Priape (Belphégor), nous sacrifions pour toi en nous adonnant aux luxures de l’amour et des forces du désir ; nous laisserons libre-jeu à nos
instincts lubriques afin que les pratiques les plus immodérées soient exercées devant toi, afin que tu constates à quel point nous t’aimons. C’est la meilleure manière pour te rendre
hommage ».
Puis, haute luxure s’en suivait, les partenaires d’un seul coït se succédaient au corps de Messaline et après chacun qu’elle comptait, une couronne était prévue d’être déposée comme offrande devant la stèle de Priape. Où est la sorcellerie devant une telle pratique sacrificielle ?
C’est que la cérémonie n’en finissait pas là. L’on conviait des hôtes, des prêtres et des prêtresses de Priape (Bacchantes) pour jeter des sorts, envisager des complots, exercer des influences, exiger des résultats, satisfaire des ambitions, etc. Par exemple, lorsqu’il s’agit de tromper son époux mais de le garder « ferré » à ses moindres volontés, Messaline demanda aux prêtresses de lui mettre en scène une cérémonie appropriée.
On sait que Messaline fréquentait nombre des prêtresses nommées « Bacchantes » bien que nous étudions Priape, mais nous savons désormais bien que le culte de Bacchus (le père de Priape) était exactement le même que celui de Priape. Tacite rend compte de son mariage avec Silius à l’insu de son époux l’empereur Claude, comble du débordement luxurieux, lors d’une Bacchanale*.
(Extraits choisis de « La dernière bacchanale de Messaline »
Débordements de Messaline
XXVI. Dégoûtée de l’adultère, dont la facilité émoussait le plaisir, déjà Messaline courait à des voluptés inconnues, lorsque de son côté Silius, poussé par un délire fatal, ou cherchant dans le péril même un remède contre le péril, la pressa de renoncer à la dissimulation. (…)
Messaline se marie !
XXVI. (…) Que cette femme ait entendu les paroles des auspices, reçu le voile nuptial, sacrifié aux dieux, pris place à une table entourée de convives ; qu’ensuite soient venus les baisers, les embrassements, la nuit, enfin, passée entre eux dans toutes les libertés de l’hymen.
XXVIII. A cette scène, la maison du prince avait frémi d’horreur. On entendait surtout ceux qui, possédant le pouvoir, avaient le plus à craindre d’une révolution, exhaler leur colère, non plus en murmures secrets, mais hautement et à découvert. « Au moins, disaient-ils, quand un histrion foulait insolemment la couche impériale, s’il outrageait le prince, il ne le détrônait pas. Mais un jeune patricien, distingué par la noblesse de ses traits, la force de son esprit, et qui bientôt sera consul, nourrit assurément de plus hautes espérances.
Claude apprend qu’il a été « répudié »
XXX. Calpurnie (c’était le nom d’une de ces femmes), admise à l’audience secrète du prince, tombe à ses genoux, et s’écrie que Messaline est mariée à Silius. Les Titius, les Vectius, les Plautius, déclarent « qu’il ne vient pas même en ce moment dénoncer des adultères, ni engager le prince à redemander sa maison, ses esclaves, tous les ornements de sa grandeur ; ah ! Plutôt, que le ravisseur jouît des biens, mais qu’il rendît l’épouse, et qu’il déchirât l’acte de son mariage. Sais-tu, César, que tu es répudié ? Le peuple, le sénat, l’armée, ont vu les noces de Silius, et, si tu ne te hâtes, le mari de Messaline est maître de Rome ».
Messaline en Bacchante
XXXI. Alors Claude appelle les principaux de ses amis ; et d’abord il interroge le préfet des vivres Turranius, ensuite Lusius Géta, commandant du prétoire. Enhardis par leur déposition, tous ceux qui environnaient le prince lui crient à l’envi qu’il faut aller au camp… On était alors au milieu de l’automne : Messaline, plus dissolue et plus abandonnée que jamais, donnait dans sa maison, un simulacre de vendanges. On eût vu serrer les pressoirs, les cuves se remplir ; des femmes vêtues de peaux bondir comme les bacchantes dans leurs sacrifices ou dans les transports de leur délire ; Messaline échevelée, secouant un thyrse, et près d’elle Silius couronné de lierre, tous deux chaussés du cothurne, agitant la tête au bruit d’un chœur lascif et tumultueux. On dit que, par une saillie de débauche, Vectius Valens étant monté sur un arbre très-haut, quelqu’un lui demanda ce qu’il voyait, et qu’il répondit : « Un orage furieux du côté d’Ostie » ; soit qu’un orage s’élevât en effet, ou qu’une parole jetée au hasard soit devenue le présage de l’événement ».)
Les prêtresses Bacchantes avaient la propriété de savoir dominer les mâles, qu’elles étaient capables de faire d’eux ce qu’elles voulaient. La technique de
l’envoûtement, habituellement pratiquée en utilisant une dagyde – ex-voto, voult, figurine – en cire, était humaine, un homme* – le plus souvent un homme jeune car viril et impressionnable –, qui
devait se conformer aux exigences de ces maîtresses tandis que l’on invoquait le Grand Bouc et ses démons serviteurs afin que les tourments qu’on lui procurait se produiraient chez la victime
choisie par celle qui en avait fait le « vœu ».
(* Lire chapitre «L’union charnelle avec les Diables (1) » ; entre autres : « Par ordre de la même prêtresse bacchante, les Mystères ne furent plus célébrés que la nuit. Les jeunes garçons qu’on y admettait n’avaient jamais plus de vingt ans. D’un âge plus avancé, ils auraient eu moins d’emportement pour les plaisirs, une imagination moins inflammable, un esprit moins crédule et moins propre à recevoir les impressions qu’on voulait leur donner. Introduit par des prêtres dans des lieux souterrains, le jeune initié se trouvait livré à leur luxure ». (Jacques-Antoine Dulaure – Des Divinités génératrices ou du culte du Phallus chez les anciens et les modernes))
Une autre sorcellerie impliquait une forte luxure. Messaline connaissait sans doute cette pratique, puisque le but de cette magie était d’envoûter son
conjoint et d’en faire sinon son esclave, au moins sa « bête de somme ». La photographie n’existait pas mais on se servait des propriétés magiques du tableau peint. Au cours d’une
cérémonie secrète, l’épouse salace, offerte sur l’autel dédié à Priape (Belphégor), s’offre tant et tant qu’elle peut, avec toute l’ardeur luxurieuse qu’on lui connaît, aux mâles virils qui
viennent l’honorer, certains vêtus en gladiateur d’autres portant des cornes et figurant des satyres, chacun déterminé à la satisfaire ; la sueur coule des pores de l’infidèle impudique et
s’exposant fièrement telle une fille d’un lupanar, et les gouttes viennent souiller un linge de lin ou de chanvre - mais jamais de soie - posé préalablement sur l’autel. Bougies, encens,
invocations font régner l’atmosphère mystique, au-dedans de laquelle frivolités salaces s’exaltent sans la moindre pudeur. Bientôt, le linge est plein des transpirations de l’Impératrice, et l’on
se plaît à ajouter les excédents de cyprine. Sûrement aussi les semences des mâles échappées à l’aveuglette. Les coïts se succèdent à la manière d’une machine infernale, autant les perversions
car l’on jure que leur trace restera dans les lambeaux de lin ou de chanvre. Quand la dépravation et la jouissance ont atteint leur degré le plus haut, les hommes paient la belle qui se retire,
offrant comme convenu autant de gerbes à Priape qu’elle a subi d’assauts copulatoires. Les prêtresses Bacchantes récupèrent le linge trempé et débordant de souillure qu’elles laissent sécher
quelques jours dans un lieu sombre et clos.
Ce linge de lin ou de chanvre – le chanvre est reconnu pour ses propriétés
magiques, de pouvoir reporter à des distances les effets qu’on a imposé sur lui - sert tel quel pour peindre un tableau. Lorsqu’il est parfaitement sec, un peintre vient utiliser ses pinceaux
pour dessiner dessus le portrait de l’Empereur. Pour la confection du tableau, un premier linge est pris pour y écrire et dessiner avec une encre spéciale, parfois du sang de celle qui commande
l’envoûtement, le thème astral de la victime. Sur un deuxième voile, on dessine le sceau du démon invoqué, Priape (sachant que son avatar Pan, celui décrit au moyen âge, est le « maître des
incubes »), peut-être peint-on aussi sa figure de bouc. Enfin, sur le troisième, celui où Messaline a pleinement sué et joui dedans, est peint la figure de Claude. On achève l’ouvrage en
collant soigneusement les trois voiles et que l’on joint à un panneau noir qui servira de fond. Le tableau ainsi fabriqué est placé dans un cadre fait d’or ou fortement doré. Sur le tout, on
passe de l’huile sacrée ainsi que les parfums utilisés par la victime.
La prochaine bacchanale sert à la sorcellerie. Le tableau ainsi terminé du portrait
de l’Empereur est exposé en évidence dans la pièce, devant Messaline, qui libère ses instincts graveleux et s’autorise devant lui à toutes les audaces licencieuses. Les prêtresses Bacchantes
récitent maintes oraisons maléfiques et certaines, voulant joindre le geste à la conjuration pour l’intensifier, jettent un filet sur le cadre. L’on jure, après pareille cérémonie, que la victime
vient à se conduire comme l’esclave le plus modèle. Les débauches exhibées devant le portrait peint produisent des conséquences dans la propre vie affective de la victime.
(Suite dans « Comment obtenir l’impuissance chez un homme ou, au contraire, qu’il soit un étalon ?»)