Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /Sep /2009 17:35

Ces mystiques du premier moyen âge imaginèrent des expériences hypnotiques très particulières, et exercèrent sur des sujets « l’extériorisation de la sensibilité ». Bien sûr, ils n’agissaient point dans un cadre imparti et réservé à la science mais dans le but d’établir des contacts supra-humains. Ils avaient eu vent de ces pratiques par les derniers récits qui restaient ici et là des prêtresses Bacchantes, entre autres, qui assumaient de faire entrer les démons dans le plan physique, au moyen de leurs atouts physiques, de leur seul regard, avec leur volonté : elles hypnotisaient et pratiquaient l’extériorisation de la sensibilité.

 

Ceux qui « délirèrent » avec ces sciences furent des sorciers ceux que l’on appelait les « nécromanciens » ou « nécromans » ; ou « nigromans » comme dit Paracelse, les ancêtres des « spirites », bien que plus sorciers tout de même. Ils invitaient une femme morte à pénétrer des lieux cérémonieux et à agir pour eux dans l’invisible.

 

Eliphas Lévi nous l’a affirmé, « ce que les sorciers et les nécromanciens cherchaient avant tout dans leurs évocations de l’Esprit du Mal, c’est le pouvoir magnétique qui est la propriété légale du véritable adepte et dont ils désiraient obtenir la possession ». (Eliphas Lévi – Dogme et Rituel de Haute Magie). La femme étant celle qui fait entrer la puissance magnétique (Heith) dans le plan physique, des sorciers nécromanciens, comme avant eux des prêtres de Priape, imaginèrent maintes pratiques magiques allant dans ce sens, incluant hypnose et extériorisation de la sensibilité.

 

Encore chez Huysmans, nous citons ce passage qui sert à notre sujet : « (…) « J’ai bien peur que non seulement ces soi-disant astrologues, mais encore tous les mages, tous les théosophes, tous les occultistes et kabbalistes de l’heure actuelle ne sachent absolument rien ; ceux que je connais sont, à n’en point douter, de parfaits ignares et d’incontestables imbéciles. Et c’est la pure vérité, messieurs ! Ces gens sont, pour la plupart, de vieux feuilletonistes ratés ou des petits jeunes qui cherchent à exploiter le goût d’un public que le positivisme harasse ! Ils démarquent Eliphas Lévi, pillent Fabre d’Olivet, écrivent des traités sans queue ni tête, qu’ils seraient bien incapables d’expliquer eux-mêmes. C’est une vraie pitié quand on y songe. Tous ces gens sont incapables d’obtenir dans la pratique un effet quelconque ; le seul dans ce siècle qui, sans être alors un saint ou un diabolique, ait pénétré dans le mystère, c’est William Crookes ». Durtal paraissait douter de la vérité des apparitions affirmées par cet anglais… « Permettez, nous avons le choix entre des doctrines diverses : ou bien l’apparition est formée par le fluide dégagé du médium en transe et combiné avec le fluide des personnes présentes… »

 

Nous y voilà. La femme étant le diffuseur de « Heith », le plus redoutable courant magnétique, les célébrants de la cérémonie magique faisaient d’elle le centre de tous leurs intérêts. D’abord portée à la gloire et célébrée telle une déesse, puis « calice » en chair et en os dans la Messe Noire, elle prit enfin un rôle principal dans toutes sortes d’expériences métaphysiques. Des nécromanciens pratiquaient des séances d’hypnose avec des femmes douées d’une luxure redoutable, et lorsqu’elles tombaient en léthargie, devenant « médium », ils tentaient d’extérioriser leur corps astral, celui qui tenait en lui cette puissance « Heith », de le déplacer vers une figurine, de le combiner avec d’autres personnes, ou d’invoquer des esprits infernaux d’y séjourner temporairement.

 

Pour conjurer le bon démon, il fallait pour ces nécromanciens, trouver la femme idéale. Un système reposant sur l’horoscope, jugé fantaisiste et facétieux aujourd’hui, était utilisé. On disait que l’œil gauche appartient à Vénus, l’œil droit à Mercure. La kabbale, de son côté, faisait correspondre la Lune à l’œil gauche, le Soleil à l’œil droit. Nous précisons même, puisqu’il s’agit d’ouvrage luxurieux, qu’on s’occupait de la Lune Noire dans le thème astral plutôt que de la Lune. D’où la condamnation de Lilith « sans circonstances atténuantes » par les Pères de L’église.

 

 

Œil droit

Œil gauche

Correspondance (théosophie)

Mercure

Vénus

Correspondance (kabbale)

Soleil

Lune Noire

 

Pour trouver le médium féminin idéal, les nécromanciens recrutaient parmi les filles et femmes les plus attirantes du coin local ou autres, élaboraient puis étudiaient leur thème astral*, cherchaient les positions de Vénus, Mercure, de la Lune Noire et du Soleil. Un horoscope idéal voyait ces planètes dominer les signes du Taureau, ou du Lion, de la Balance ou du Scorpion, respectivement liés à Belphégor (Priape, Pan, Mendès, Bacchus, Apis), Satan, Asmodée et Lilith (Léviathan).

 

(* Nous lisons dans « Là-bas » : « Des Hermies l’aida et voulant être aussi utile à Durtal, il amena la conversation sur les horoscopes. Alors Gevingey put officier. De son ton satisfait, il parla de ses immenses travaux, des six mois de calculs qu’exigeait un horoscope, de la surprise des gens lorsqu’il déclarait qu’une œuvre pareille n’était pas payée par le prix qu’il en réclamait, par cinq cents francs. « Je ne puis cependant donner ma science pour rien. (…) Mais aujourd’hui, l’on doute de l’Astrologie qui fut révérée dans l’Antiquité, après un silence. Au moyen âge également, elle fut quasi sainte. Voyez, au reste, messieurs, le portail de Notre-Dame-de-Paris ; les trois portes que les archéologues, qui ne sont point initiés à la symbolique chrétienne et occulte, désignent sous le nom de porte du Jugement, de porte de la Vierge, de porte de Sainte-Anne ou Saint-Marcel, représentent en réalité la Mystique, l’Astrologie et l’Alchimie, les trois grandes sciences du moyen âge ». (Joris-Karl Huysmans – Là-bas))

 

Pour exemple, un tel thème astral :


 

 












Donnait le résultat suivant :

 

Œil droit

Œil gauche

Taureau

Taureau

Taureau

Scorpion

(* Mars était observé pour conforter du degré de vigueur luxurieuse)

 

; tableau dont les nécromanciens en déduisaient :

 

Œil droit

Œil gauche

Belphégor

Belphégor

Belphégor

Lilith

 

; puis, comme dit par Huysmans, la femme déifiée, vénérée à la manière d’une Bacchante servait comme prêtresse, tandis qu’une seconde devenait le médium, que l’on mettait dans un état léthargique ; puis, par des passes magnétiques, les sorciers tentaient d’extérioriser son corps astral, saturé de fluide luxurieux « Heith » - magnétique -, qu’ils déplaçaient dans l’espace ambiant, le piquant légèrement pour suivre ses déplacements ; tantôt ils le faisaient descendre et les participants tentaient de baigner dedans, « de se combiner à lui » ; ou bien ils tentaient de le déplacer en direction d’une statue, qui était la représentation du bouc viril. De sentir son corps fantomatique frotté contre le bouc faisait entrer la femme dans une hystérie luxurieuse peu commune (d’où la fameuse « extase » des Bacchantes). Les nécromanciens invoquaient des esprits des morts de se servir de ce corps astral saturé de force magnétique (Heith) comme vêtement pour les fréquenter. Ou bien des démons.  

 

C’est ainsi qu’on connaît le Belphégor de ce moyen âge. La démonologie dit de lui « qu’il séduit les hommes en prenant un corps de jeune femme » ; puis, pour accentuer encore le caractère luxurieux, les auteurs précisent, « un beau corps de jeune femme nue ». En fait, comme dit plus haut, une beauté luxurieuse était mise sous hypnose et les nécromanciens tentaient d’extérioriser son corps astral décrit comme un fantôme et de le déplacer afin qu’il se pose en des endroits sacrés. Dans le cas de notre exemple, on invoquait alors Belphégor « qu’il s’habille temporairement de ce fantôme – fluidique forcément – afin d’être présent dans les lieux ».

 

Lors des cérémonies très luxurieuses, les nécromanciens, qui maintenaient ce fantôme - teinté de bleu (parfois violet) et de rouge (parfois orange) - dans l’espace et hors du corps physique du médium, le conduisaient au moyen de passes magnétiques vers le Priape artificiel que l’on sortait du tabernacle et qui figurait si bien Belphégor. En même temps, ils conjuraient le démon de prendre pour vêtement ce fantôme. Un autre sujet témoin hypnotisé rendait compte de ce qu’il se passait dans l’invisible lorsqu’on le questionnait. Les nécromanciens opéraient et conjuraient tant et tant que le sujet témoin ne décrivait pas de nouvelles formes apparaissant dans l’espace subtil. Lorsqu’enfin, on le voyait s’agiter, entrer dans une sorte de transe effrayé par ce qu’il voyait avec ses yeux hallucinés, on lui demandait d’intercéder auprès de l’entité qu’il devinait en leur faveur.

 

Ou bien pour autre témoin l’on tenait un homme vêtu à la façon des sorciers sauf que ses parties génitales étaient exposées à la vue de tous, allongé sur l’autel ou debout contre lui, conjurant lui aussi les esprits infernaux ; et lorsque les nécromanciens faisaient s’approcher de lui le fantôme fluidique de la belle femme luxurieuse à l’aide de passes magnétiques, on voyait son membre viril se dresser énergiquement. Ils tentèrent ainsi de créer parfois l’androgyne.    

 

Pareillement, les mêmes nécromanciens tentèrent de travailler de la même manière mais à partir d’images.  

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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