Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /2009 17:39

A quelques pas du portrait d’un de ses démons à qui l’on conjure l’aide, le demandeur se levait, après l’oraison funèbre du nécromancien, et récitait devant la figurine, suant du feu allumé des bougies mais aussi de cette libération intérieure qu’on lui réclamait afin que volonté, par les voies occultes, s’accomplisse :

 

« Rends ce que tu as volé ou perds-le… Par ce rite, je réclame justice et vengeance ; pour m’avoir fait duper, abuser par… qui m’ont volé et ce qu’ils m’ont volé, qu’ils me le rendent, et s’ils ne le font pas, alors qu’ils le perdent… et qu’ils perdent, et que ça leur serve de leçon, si cela se peut : œil pour œil, dent pour dent, au centuple. J’en appelle à toi le pire Abbadon, Sekhmet, Satan, Anubis, Kashchei, et tous les pires démons de la vengeance, rendez-moi justice contre…, ces forbans qui ont cru pouvoir narguer mon orgueil de sataniste, ils ont osé flouer Satan Lui-même. Ils ont fait croire qu’ils finiraient le boulot, ils ont estimé juste des tarifs qui ne l’étaient pas, j’ai pris la honte et le déshonneur dans la négociation, je les avais traités avec tous les égards de la politesse, je leur ai donnés à boire, à manger, je les ai laissés travailler et que m’ont-ils rendu ? Ils m’ont  floué, je passe pour un sot, tandis qu’ils rigolent dans mon dos, sachant combien ils m’ont volé à la face ; je réclame justice et sentence, que le vol ne reste pas impuni ; j’ai compris ma faute et promets, Mammon, je suis un gueux devant toi Mammon, je reconnais mille fois mes torts, je paie ma faute en pensant à toi, et (ma paie) me suffit pour expier ; le peu que je gagne suffit à me rappeler combien je tiens en esclavage devant toi ; je sacrifie à chaque (salaire) et jure de ne plus céder aux goujats de la place publique, mais rends-moi fortune, que les vils soient châtiés sur l’autel de la justice ; je réclame réparation. Esprits nocifs des enfers, loups garous de l’Autre Côté, sensibles à ma cause, agissez dans l’ombre, défendez-moi, jetez sur eux le courroux du talion : qu’ils perdent ce qu’ils m’ont volé, et bien plus encore, que la sentence serve de leçon ; le calumet de la paix n’est plus ; Esprits nocifs des enfers, qu’ils se souviennent longtemps qu’on ne me vole pas impunément. Car aussi, ils m’ont menti les salauds, et leurs mensonges me riaient à la face tant ils me voyaient naïf à leurs yeux, moi qui suis ton fidèle, Satan ; alors je crie « œil pour œil* »… Seigneur des basses œuvres, je libère ton courroux et t’invoque à la malédiction sur… Je vous implore, Esprits nocifs des enfers, ceux de la vengeance pour la justice, je réclame, car démuni d’armes puissantes à l’extérieur, que vous usiez de vos moyens de tourmenter quiconque pour envoûter ces blaireaux des caniveaux et leur faire payer au prix le plus fort ce qu’ils m’ont coûtés. Esprits nocifs des enfers, faites jaillir mon courroux sur ces…, convaincus d’avoir abusé d’un naïf, sauf que je vous fréquente en secret, vous invoque, pratique la science noire et réclame auprès de vous qu’ils soient châtiés à la hauteur de leur forfait et bien plus… Satan, envoie sur eux ta colère, fais leur connaître ton pouvoir maléfique, enseigne-leur ce qu’est un fils de Satan ; qu’ils perdent l’argent qu’ils m’ont volés et bien plus encore ; que cela leur serve de leçon ; je réclame justice auprès de toi et des tiens, Esprits nocifs des enfers. Agissez, mettez-vous à vos basses œuvres, allez à vos besognes, usez du bâton de Salomon, de l’épée de Damoclès, Anubis, lève-toi, de même tes loups-garous, je réclame vengeance ! Vengeance ! Vengeance ! Maudits soient ces deux mendigots qui ont cru abuser de ma naïveté mais mal leur a pris car je suis l’un des tiens, je suffoque ma haine à cette heure et qu’ils frappent les Esprits nocifs des enfers, Esprits sorciers de l’Autre Côté, qu’ils soient à mes côtés et combattent pour toi ce que j’exige, que justice me soit rendue, que les salauds paient leur abus, qu’ils trinquent à tes genoux, suppliant : « Satan, arrête, j’ai mal, j’ai fauté… » Œil pour œil, dent pour dent, centime pour centime… Satan, Seth, Anubis, Sekhmet, odieux Abbadon, toi le pire dit-on, fais déferler sur eux la haine qui sera le poids de ma vengeance, qu’ils perdent et bien plus, le bien que ces tripaux m’ont volé… Hail Satan Hail Anubis ; Shemhamforash, que vengeance et justice s’en suivent… »

 

וְאִישׁ, כִּי-יִתֵּן מוּם בַּעֲמִיתוֹ--כַּאֲשֶׁר עָשָׂה, כֵּן יֵעָשֶׂה לּוֹ. כ שֶׁבֶר, תַּחַת שֶׁבֶר, עַיִן תַּחַת עַיִן, שֵׁן תַּחַת שֵׁן--כַּאֲשֶׁר יִתֵּן מוּם בָּאָדָם, כֵּן יִנָּתֶן בּוֹ.

 

« Et si quelqu'un fait une blessure à son prochain, comme il a agi lui-même on agira à son égard : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent; selon la lésion qu'il aura faite à autrui, ainsi lui sera-t-il fait ». (Lévitique 24 – 20)

 

Puis, l’on conjurait directement Satan :


 

« Attention ! Les puissantes voix de ma vengeance frappent le calme de l’air et se tiennent comme des monolithes de colère dans une plaine de serpents frémissants. Je suis devenu une machine monstrueuse d’annihilation des fragments purulents du corps de celui ou celle qui me retiendrait.

Aucune repentance à mes requêtes ne chevauche les vents rugissants que multiplie l’aiguillon de mon amertume. Et de grandes formes noires et visqueuses s’élèvent des fosses saumâtres et vomissent leur pestilence dans son cerveau piteux.

Je demande aux messagers de la ruine de frapper avec une délectation sinistre les victimes que j’ai désignées. Silencieux est cet oiseau sans voix qui se nourrit de la pulpe du cerveau de ceux qui m’ont tourmenté, seulement pour servir d’avertissement à ceux qui voudraient me barrer la route.

Ô viens au nom d’Abaddon et détruis ceux que je t’ai désignés.

Ô grands frères de la nuit, vous qui assurez mon confort, qui chevauchez les vents brûlants de l’Enfer, qui vivez auprès du Diable, bougez et apparaissez ! Présentez-vous à ceux qui ont soutenu la pourriture de l’esprit qui anime la bouche bégayante qui moque le juste et le fort ! Arrache cette langue qui cancane et ferme sa gorge, Ô Kâlî ! Transperce ses poumons avec le dard du scorpion. Ô Sekhmet ! Plonge son être dans le vide funeste, Ô puissant Dagon ! Shemhamforash ! Hail Satan !

 

Ce texte est tiré pour partie de la « Bible satanique » d’Anton Szandor LaVey (éditeur Camion Noir) ; mais nous savons, au lu de nombreuses conjurations datant du moyen âge, que les phrases, expressions et mots sont sensiblement les mêmes. Idem pour cette clé qui finalise le rituel, dont le texte codé provient d’un alphabet remis à la lumière du jour par John Dee (1527 – 1606), mathématicien et occultiste britannique :

 

Appel à la vengeance et pour la manifestation de la justice :

 

« Ô vous les fils et les filles à l’esprit moisi, qui siégez au jugement des iniquités qui me sont faites – Regardez ! La voix de Satan ; Sa promesse qui pour vous aura le nom d’accusation et de tribunal suprême ! Approchez et apparaissez ! Ouvrez les mystères de votre création ! Soyez mes amis, car je suis tel qu’en vous-mêmes ! – Le véritable adorateur de l’immense et ineffable Roi de l’Enfer ! »

 

En langage énochien, celui trouvé par John Dee : « Noroni bajihie pasahadsa Oiada ! das tarinuto mirecca ol tahila dodasa tolahame caosago homida ; das berinu orocahe quare : Micama ! Bial ! Oiad ; aisaro toxa das ivame aai Balatima. Zodacare od Zodameranu ! Od cicale Qaa ! Zodoroje, lape zodireco Noco Mada, hoathahe Satan ! »

 

Puis, le message écrit sur parchemin est brûlé en même temps que la figurine, juste après y avoir planté autant de clous de cercueil pour confirmer la malédiction. Des jurons s’en suivent, comme par exemple :

 

 « Celui qui forge l’image, celui qui enchante, la face malfaisante, l’œil malfaisant, la langue malfaisante, la lèvre malfaisante, la parole malfaisante. Esprit du Ciel, souviens-t-en ! Esprit de la terre, souviens-t-en ! »

 

« ben, ben, ben, crbo coum u coa

Et puix surtout, soufreches placa”

(Va, va, va, crève comme un chien, et puis surtout souffre bien…)

Puis : « Haût biste tournes d’oun bienes » (Allons, vite, reviens d’où tu es)

 

Le colonel de Rochas, dans son ouvrage « L’extériorisation de la sensibilité », évoque un envoûtement punitif au sujet d’un vol commis où les victimes cherchent leur voleur :

 

« Une personne s’est-elle évadée d’une maison sans qu’on puisse savoir ce qu’elle est devenue, un voleur a-t-il réussi à s’esquiver de la même façon avec les objets soustraits : il suffit, assure-t-on, pour faire revenir le sujet, de découvrir les traces physiques sur le sol et d’appeler un bonze, non le premier venu, mais passé maître dans la partie. Celui-ci, après avoir aspergé de sang de chien les traces des pieds, y enfonce à coups redoublés un tronçon de bois ou de bambou et inflige ainsi à l’individu, des coliques et des douleurs d’entrailles d’une intensité extrême, tout en excitant en lui un tel besoin de revenir à son point de départ avec la persuasion d’obtenir ainsi sa délivrance, qu’il n’a plus de repos qu’il ne se soit exécuté en rapportant même, s’il s’agit d’un voleur, les objets qu’il avait enlevés. Aussitôt revenu, il recouvre son état normal ».

 

D’origine chinoise et datant aussi du moyen âge, cette anecdote concernant l’envoûtement vient s’ajouter à celle que nous avons décrite pour faire remarquer combien les pratiques d’envoûtements, magiques, nécromanciennes, concernaient le rituel de la destruction et de la malédiction, les raisons humaines, sociales, professionnelles étant nombreuses pour les inspirer.

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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