Partager l'article ! Mammon vénal et sado masochiste: Les quelques rituels décrits du moyen âge et ceux licencieux du culte rendu au dieu-bouc (Pan, Priape, Me ...
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Les quelques rituels décrits du moyen âge et ceux licencieux du culte rendu au dieu-bouc (Pan, Priape, Mendès, Bacchus, Belzébuth, Belphégor…) montrent des pratiques originales de soumission du mâle à la prêtresse, ou des exercices entre « efféminés », des hommes qui se travestissent en femme pour approcher leur démon représenté par un phallus géant. Mammon ne paraît jamais concerné par ces célébrations obscènes, l’érotisme lui semblant étranger, car obstinément concentré sur l’argent, les richesses et la peur d’en manquer, l’avarice.
Cependant, il faut remarquer que cette pratique de la soumission du mâle répond, en symbolique, à la formule : « Tout se paie » : « Tu paies ainsi ta luxure, par ta soumission qui est « ton prix à payer » ». Et s’il est question de payer, il est tout de même question de Mammon.
La prêtresse Bacchante menace, le Seigneur de Brantôme aussi : « Pour
approcher de la luxure, tu le paies par la soumission ; pour oser la regarder, tu paies à genoux ; la prostituée qui réalise tes vices les plus obscènes, tu la paies, et tu paies de la
honte de devoir la payer ; et tu paies du traitement de la punition qu’elle te fera supporter ! Et s’il te prend d’aimer et d’être aimé, là tu te crois à l’abri de l’humiliation
vénale : naïf, elle te coûtera plus cher encore ! »
Soit, Mammon intervient aussi, à sa façon, dans le sérail érotique et luxurieux ; la « soumission du mâle » est probablement une « marque » de sa présence, le « prix à payer pour avoir droit d’approcher la beauté », tandis que l’incube vient en profiter lascivement. La « soumission du mâle » à sa prêtresse Bacchante est la meilleure représentation du « prix à payer », et il est à croire que Mammon veille tout prêt quand pareil délire a lieu.
L’iconographie de Mammon est sado masochiste. Presque sur chaque image ou gravure, on
voit celui qui l’invoque inspirant la pitié, les genoux pliés au sol, levant les mains vers le ciel, vers lui, implorant de recevoir quelques pièces pour survivre ; et le démon, dominateur,
comme ailleurs, est incarné par un notable riche et puissant, insensible à la misère des braves, et prêt à le piétiner. En filigrane, le pauvre supplie : « Quelques pièces, c’est ma
honte, je suis humilié… Quelques pièces, s’il vous plait ».
Mieux, on nourrit la pauvreté par l’injustice. Mammon, le Grand Argentier des enfers, distribue ses biens à ceux qui ne les méritent pas forcément, laissant crever les gens de bien. Comme dit ailleurs, « le peuple sert à assurer le train de vie des élites ».
Aussi, qu’est-ce que le Grand Argentier des enfers vient-il faire dans les arcanes de
la luxure ? Lui qui passe son temps à compter les billets, lui en reste-t-il encore pour fréquenter la débauche ? La démonologie répond à ces questions, disant que le démon de la luxure
et de l’impudicité est Asmodée - c’est lui qui règne en maître parfait sur le monde salace -, qui a une fille, « diaboliquement belle » - c’est tout dire – dont le nom est Glasya
(Glasya-Labolas). On peut croire que le goût pour la débauche du père a des conséquences sur la vie sexuelle de la fille, d’autant que la mère, dans la kabbale, est Lilith. Et cette démone,
éduquée par de tels parents, est devenue l’épouse… de Mammon, lequel diable siège en Yesod, règne dans Qliphoth de Lilith et de son esprit serviteur, l’obscène Nahashiel.
Au premier moyen âge, quand les rituels reproduits des bacchanales du paganisme
mettaient en scène d’une façon mystique des cérémonials où la luxure dominait les interprètes, on assistait à des célébrations d’un goût douteux où des hommes (antiquement la secte des Baptes) ou
bien des femmes s’offraient comme autel, acceptant les soumissions licencieuses à Mammon ; le démon de l’argent et des richesses agrémentait alors l’ouvrage luxurieux par la domination et la
soumission, inspirant aux esclaves de l’appeler par le titre qui flattait le mieux son orgueil : « Sacrée Majesté », d’où ce fameux « SM ». Quand sa stèle, sous la forme
d’un taureau ou d’un bouc viril entrait dans le Sanctum Regnum, l’on entendait s’exclamer : « Voici Mammon, le Veau d’Or » (le Taureau d’Or) (666) ; chacun croyant l’opulence
entrer dans la pièce, c’est du sadisme qui venait les fréquenter. Maîtresse Glasya et les siennes soumettaient les mâles à leurs moindres caprices, se plaisaient à les voir pratiquer « en
esclave les plus sales raffinements de la volupté la
plus
perverse ». Une soumission équivalait à de l’argent versé ou un bien donné ; Mammon se réjouissait des richesses qu’il engrangeait mais réclamait toujours plus d’exercices luxurieux. Il
aimait répéter son leitmotiv : « Tout se paie ! ». C’est peut être dans des cérémonies de ce genre qu’on inventa les premières confessions car des hommes devaient déclarer à
voix haute ce qu’ils avaient commis comme imprudences luxurieuses durant la semaine : « avoir déshabillé une femme du regard ; avoir surpris sa voisine dans une situation
compromettante ». Mais cela pouvait aller beaucoup plus loin, « certains notables acceptant que leur épouse se prostitue pour s’acheter une garde-robe, ou même leur fille, initiée par la mère* » (Jacques-Antoine Dulaure – Histoire civile, physique et morale de Paris). Pour exemples les plus louables.
(* Lire chapitre « Des femmes abusées pour Satan » : « Ils reprochent aux Parisiennes d’aller aux bals, aux banquets, et à l’église pour y parler de galanterie, pour faire des signes d’amitié à leurs amants, tout en disant leurs heures : « N’est-il pas beau de voir la femme d’un avocat qui a acheté son office, et n’a pas dix francs de revenus, s’habiller comme une princesse, étaler l’or à son cou, à sa tête, à sa ceinture. Elle est vêtue suivant son état, dit-elle. Qu’elle aille à tous les diables, elle et son état ! Et vous, monsieur, vous lui donnez l’absolution ! Sans doute, elle dira, ce n’est point mon mari qui me donne de si beaux vêtements ; mais je les gagne à la peine de mon corps. A trente mille diables une telle peine ! »
Maillard ne craint pas de dire en pleine assemblée : « N’est-il pas vrai, mesdemoiselles, qu’il se trouve parmi vous à Paris plus de femmes débauchées que de femmes honnêtes ? (Vos, domicellae, numquid plures sunt ribaldae Parisiis quam proboe mulieres ?)
Je ne reproduirai pas ici les reproches multipliés qu’adresse ce prédicateur aux bourgeoises de Paris, qui, pour soutenir leur luxe, se prostituaient à des conseillers du parlement, à des abbés, à des évêques ; qui vendaient leurs corps aux prêtres et aux moines ; commettaient des indécences dans les bains, en présence de leurs filles ; qui refusaient de payer le salaire de leurs domestiques ; qui médisaient de leurs voisines, en les accusant de tenir chez elles des lieux de prostitution ; consultaient les sorciers et les sorcières ; et mettaient en usage des opérations magiques, etc. » (Jacques-Antoine Dulaure – Histoire civile, physique et morale de Paris).)
Plus c’était salace, plus cela avait de valeur.
L’extase ambiante de la célébration, une assemblée de libertins, portaient les uns mâles de se faire flageller par de belles
femmes racées, car c’est de cette sorte de maîtresse qu’ils imaginaient Glasya ;
les autres remerciaient humblement ces diablesses de les soumettre à leurs plus insolents caprices. « C’est le prix à payer », répétait Mammon, ne jurant que par la fortune. Un mâle mis
en transe par l’abus des exercices érotiques implora Mammon, demandant : « Que veux-tu encore de moi, en échange d’un peu de sous ? » ; et le démon de l’avarice
répondit : « Ton sexe ! Encore et toujours, que tu me le donnes et qu’il soit à moi, que tu sois mon esclave ton sexe sous ma volonté ! » (La goétie place Mammon dans
Yesod correspondant aux organes génitaux dans le corps humain). Le démon insista : « Ton sexe en échange de la fortune… » ; « Le voici, maître des richesses, je te le
donne, prends-le… » Les pratiques de soumission continuèrent cependant… « Que veux-tu encore de moi ? », soupira le mâle qui faisait l’autel. Mammon répondit :
« Dis-moi, aucun vice ne te répugne, on dirait… »
Plus tard, on demanda : « Que fait Mammon dans pareil lieu de débauche ? » Le démon répondit : « C’est ici chez moi ! Le lupanar antique est mon logis. Une femme luxurieuse, attirante à souhait, n’exige-t-elle pas d’un homme qu’il soit riche et lui fasse profiter de sa fortune ? La luxure ne va-t-elle pas de pair avec le luxe ? Le désir des sens ne s’exalte-t-il pas davantage chez les raffinés plutôt que chez les mendigots, ceux qui croient connaître la luxure tandis qu’ils ouvragent à la génération ? L’opulence est la mère de toutes les tentations, je suis le père de tous les vices. Il n'y a pas de luxure sans argent ».
(Suite dans « Mammon chez les nécromanciens »)
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