Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /2009 17:38
(suite de l'article " Mammon vénal et sado masochiste")


Comme dit plus haut : « C’est une pratique courante chez les kabbalistes de donner à un démon le nom de sa fonction, aussi ne fut-il pas difficile de créer Mammon, qui signifie « richesses », et même « argent » ». Donc, des « richesses », les kabbalistes ont érigé un « démon des richesses » nommé logiquement Mammon ». Les mystiques du premier moyen âge distinguèrent aussi un démon du nom de Mammon et l’affublèrent du péché de l’avarice et de la cupidité. Mammon personnifia autant l’avare que le riche, ce qui est compréhensible socialement parlant.

 

 

Mais étrangement, les religieux noirs et autres sorciers invoquaient davantage Asmodée pour réclamer des richesses que Mammon. En fait, le quatuor démoniaque pour une demande pécuniaire était formé de  Belphégor, Asmodée, Satan et Mammon ; un cinquième insistait parfois pour être présent, ils l’invitaient, c’était Léviathan. Les mages sortaient les cierges dorés pour Belphégor, ceux de couleur verte pour Asmodée*.

 

(* A noter que le nom hébreu « Asmodée » (Asmodai ou Ashmeddai) connaît une autre orthographe chez les kabbalistes chrétiens du moyen âge : Asmodée (yadmwa) (356) ; au moyen âge : (ydvmsa) (121).)

 

En fait, il y a lieu de croire qu’aux temps antiques, Mammon était la figure de Belphégor, le Baal Peor ou Priape, ex Pan ou Mendès. Aussi, pour former un quatuor démoniaque qui tient aux quatre points cardinaux, les nécromanciens les plaçaient de la sorte :

 

 

Nord

Belphégor Mammon

 

Ouest

Léviathan

(ou Mammon)

 

Est

Asmodée

 

Sud

Satan

 

 

Les nécromanciens pratiquaient des envoûtements par le moyen de l’effigie en cire pour obtenir la fortune, détroussaient ainsi les riches notables en leur provoquant souffrances et maladies par voie indirecte. Ils maîtrisaient l’hypnose et endormaient des femmes réputées les plus vénales, extériorisaient leur fantôme (corps astral) avant de l’envoyer chercher des richesses partout où cela était possible d’en trouver. Ils appelaient ce véhicule subtil un « esprit volant ». Nous répétons ce qu’écrit à son sujet Joris-Karl Huysmans dans « Là-bas » : « On a le choix entre deux moyens pour atteindre l’ennemi que l’on vise. Le premier est celui-ci : le magicien se sert d’une voyante, d’une femme qui s’appelle, dans ce monde-là, un « esprit volant » ; c’est une somnambule qui, mise en état d’hypnotisme, peut se rendre en esprit où l’on veut qu’elle aille. Il est dès lors possible de lui faire porter, à des centaines de lieux et à la personne qu’on lui désigne, les poisons magiques. Ceux qui sont atteints par cette voie, n’ont vu personne et ils deviennent fous ou meurent, sans même soupçonner le « vénéfice ». Le second moyen consiste à évoquer, ainsi que dans le spiritisme (anciennement la nécromancie), l’esprit d’un mort et à l’envoyer frapper, avec le maléfice préparé, la victime. Le résultat est le même, mais le véhicule change ».

 

Albert de Rochas vient citer le poète Edouard Dubus (1863 - 1895), expliquant d’une façon scientifique sur ce sujet : « Quelques occultistes sont allés plus loin et, s’appuyant sur l’hypothèse du corps astral ou fluidique, ils ont décrit ainsi et expliqué l’envoûtement à « l’esprit volant » :

« Il vous faut, pour l’exécuter, avoir à votre disposition un sujet hypnotisé, dont le corps astral (de nature fluidique) abandonne, sur votre ordre, le corps matériel et soit dirigé par votre volonté vers votre ennemi. Le corps astral ainsi extériorisé, ou bien pénètre la victime qui est désignée et l’étouffe par sa seule pénétration, en arrêtant, par exemple, les mouvements du cœur ; ou bien il l’empoisonne au moyen de toxiques que vous avez eu l’art de volatiliser. L’opération terminée, vous réintégrez dans le corps matériel de votre sujet son corps astral et vous les réveillez. Certains sorciers, craignant des indiscrétions possibles, s’adressent à un corps astral déjà désincarné, c’est-à-dire au corps astral d’un mort ». (Ed. Dubus – L’art d’envoûter) 

 

Ce court explicatif rend compte des activités d’un vampire, d’un succube, d’un empoisonneur à distance, à chaque fois un « esprit volant » manipulé par un nécromancien magnétiseur capable d’extérioriser le fantôme d’un être humain et de lui commander une mission qu’il exécutera parfaitement.

 


Sachant que le profit est d’une certaine connivence avec la luxure, les liens de parenté étant établis entre Asmodée, Glasya et Mammon, la Messe Noire des sorciers avait pour autel la croupe nue d’une femme, ce que confirme Joris-Karl Huysmans dans l’ouvrage cité plus haut : « Mais, dit Durtal, au moyen âge, la messe se célébrait de façon autre ; l’autel était alors une croupe nue de femme ; au XVIIème siècle, c’est le ventre… » Pourquoi cela ? Mammon répondit en forme de question retournée : « Quel est l’emblème de la luxure sinon la croupe nue d’une femme ? Si l’on m’avait demandé de rendre gloire à la virilité, j’aurais porté ma dévotion sur le Priape… » Du temps raconté par Jacques-Antoine Dulaure où l’on célébrait des cérémonies sataniques dans des loges secrètes d’un bordel, des filles de joie participaient au rituel macabre et l’on prenait pour autel celle des femmes qui avait attiré dans son lit le plus de mâles, qui avait connu le plus d’assauts illégitimes.

 

 

Lors d’une histoire, un médium fut placé devant elle, un « sensitif » de la volupté féminine, il fascina presque naturellement : quelques regards d’un nécromancien, des passes magnétiques, des mots portés toujours sur le même ton calme le mirent en léthargie. Devant lui, l’autel écarta ses jambes et la Messe commença. Le médium, ouvrant ses yeux, regarda devant lui l’insolente luxure et fut pris d’une soudaine agressivité. Le cérémonial se déroula sous les auspices de Vénus, les figures dessinées, la couleur des bougies et l’odeur de l’encens en témoignèrent. On demanda alors au médium ce qu’il voyait et il répondit : « Je vois un bouc sortir du corps de cette femme allongée*… »

 

(* Les correspondances, dans le « Traité méthodique de magie pratique » de Papus, sont, pour les élémentals de Vénus, le bouc ; et l’on se rappelle l’expérience du colonel de Rochas sur une femme mise sous hypnose après lui avoir frotté sur le ventre un bocal d’eau qu’un homme également mis sous hypnose boit en disant : « l’eau a une odeur épouvantable de bouc » ; juste avant d’adopter un goût pour la chair crue, se montrant vorace.)  

 

Les participants ne voyaient rien avec leurs yeux éveillés, mais le médium en état de léthargie insista, non sans une certaine crainte, qu’un bouc noir sortait du corps de la femme luxurieuse et se tenait assis sur elle.

 


Les nécromanciens ne virent là que des signes favorables. Sur l’autel de la luxure, ils invoquèrent Asmodée, Belphégor, Satan et le démon des opulences Mammon. Ils dirent au médium : « Si Mammon parle, qu’il parle par toi… » ; Aussitôt dit, aussitôt fait. C’est son fort d’apparaître sous la forme d’une femme (Mammon, démon de l’avarice mais aussi de la cupidité, est figuré par « une femme cornue montée sur un taureau, vêtue de blanc et de vert, deux serpents s’enroulant à ses cornes et à chacun de ses pieds et de ses mains »), de parler par un homme. Certains, assurés que « Mammon* » n’était qu’un autre nom pour Belphégor, présentèrent dans l’espace un pieu arrogant, figure emblématique du démon. D’autres, plus réservés, jetèrent des billets pour l’attirer. On engagea des luxures sur l’autel pour qu’il vienne, sachant qu’Asmodée était déjà là.

 

(* D’autres disent encore qu’il fut identifié avec Moloch et qu’on lui sacrifia des enfants ; et encore qu’il fut l’antique égyptien Amon ou Ammon, Ben-Amon ; ici, nous en restons au Mammon du moyen âge, qui n’a plus grand-chose à voir avec lui-même ancêtre.)

 

 

Des derniers nécromanciens jugèrent du bouc subtil assis sur l’autel qu’il était le meilleur des « esprits volants » et lui intimèrent d’aller chercher partout où il le pouvait fortune en gros billets. « Démon Mammon, tu sais mieux que personne où il y a de l’argent à prendre, les trésors en regorgent, va le chercher dans l’heure, nous t’attendons… »

 

Tantôt, ces « esprits volants » avaient pour mission d’irriter ceux qui juraient « d’avoir fait une croix » sur les « choses luxurieuses », les attaquaient à l’arrogance et ne leur laissaient plus un seul instant en paix, poussant les plus vertueux aux pires dépravations, possédant les récalcitrants et les plongeant dans la folie. Pareillement pour les besoins en argent, ceux des plus riches qui s’empêchaient de succomber aux attaques nocturnes des « esprits volants » étaient brûlés en dedans, empoisonnés ou violentés dans leur lit sans en savoir l’origine démoniaque. La nuit, le jour, leurs pensées étaient obsédées par des visions salaces remplies des plus belles femmes en même temps qu’ils se sentaient constamment pris par derrière : ceci jusqu’à temps qu’ils vident tout leur magot.    

 

D’autres nécromanciens invoquaient des esprits morts pour les aider dans leur entreprise funeste : c’est ainsi qu’ils appelaient Messaline, juraient qu’en échange de ses services comme « esprit volant » d’aller leur chercher fortune, ils l’incarneraient temporairement dans le corps d’une femme la plus hardie et que des mâles recrutés viendraient l’honorer tout le reste de la nuit, sacrifieraient sur ses autels jusqu’au matin.     

 

Une pratique d’envoûtement pour la fortune est décrite, qui marque les forces démoniaques de Mammon : « Mlle Jeanne, presque sans fortune, désirait vivement épouser un de ses parents, M. Paul, ayant quarante ans de plus qu’elle, mais fort riche. La sœur de M. Paul, Mme Louise, s’opposait à ce mariage, qui aurait eu pour effet probable de priver ses propres enfants de l’héritage de leur oncle. Mlle Jeanne et sa sœur, Mme Berthe, eurent l’idée d’aller consulter une sorcière en réputation dans la ville où elles habitaient. Cette sorcière, chez laquelle elles se rendaient pour la première fois, leur raconta que la demoiselle désirait se marier, qu’une femme s’y opposait, mais qu’il était possible de s’en débarrasser sans sortir de la maison.

Mlle Jeanne et sa sœur, Mme Berthe, crurent à une plaisanterie, mais Jeanne, qui était une enfant gâtée et très curieuse, tint absolument à voir comment la sorcière s’y prendrait.

On fit sortir de la chambre Mme Berthe ; quand la sorcière fut seule avec Mlle Jeanne, elle montra une statuette en cire, demanda le nom de la dame qu’il fallait supprimer, la baptisa de ce nom, puis donna à la jeune fille une épingle pour la piquer.

Mlle Jeanne la piqua au ventre.

Le soir même, les deux sœurs dînaient chez un parent lorsqu’on apporta à ce dernier une dépêche annonçant que Mme Louise était morte subitement, le matin, à l’église, pendant une messe de mariage.

Elles furent naturellement très émotionnées et demandèrent des renseignements. Quelques jours plus tard, elles apprirent que Mme Louise était morte d’une perforation de l’intestin… L’année était à peine écoulée que M. Paul épousait Mlle Jeanne ! Ce qui semblerait presque prouver que le drame a été moins noir qu’on me l’a dit ». (Albert de Rochas – L’extériorisation de la sensibilité)

 

Le médium, possédé par une extase tenace, visualisa un bouc noir qui sortit du corps de la femme nue et les uns dirent qu’il s’agissait du Grand Bouc de la cérémonie, d’autres sentirent que c’était « l’esprit volant », celui capable d’irriter tout homme, quel que soit son niveau social et d’en faire son chien le plus soumis et le plus fidèle. Il passe les murs et les portes, entend à des kilomètres à la ronde, attaque uniquement ceux qu’on lui a désignés et les réduit à l’esclavage.

 

 

Des spécialistes du monde subtil ont imaginé que le taureau subtil représentait le sexe mâle (bien que le taureau soit un animal « lunaire » à l’inverse du bélier (solaire)) tandis que le bouc était de sexe féminin (le bouc est « lunaire ») ; mais le médium précisa que le bouc, lorsque les nécromanciens lui commandaient d’abuser ou de punir celui qui refuserait de leur donner son argent, « exhibait un pieu impressionnant, prêt au rut ». Il était autant femelle que mâle.   

 

 

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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