Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /2009 14:55

L’étude au sujet des nécromanciens laisse croire qu’eux-mêmes avaient hérité de leurs connaissances des mages des temps antiques. Dans ce cas, nous pouvons garder pour certain que les récits des Bacchantes décrivent, dans certains cas (« Les Bacchantes » d’Euripide), des femmes mises sous hypnose, devenues ainsi des « médiums » et dont le corps astral, évolué en « esprit volant » ou en « fantôme », obéit à la volonté d’un magnétiseur* (nécromancien du moyen âge) du culte de Bacchus Priape (Belphégor du moyen âge), connait ainsi des temps d’extase et de furie, qui s’apparentent à des moments de léthargie, fascination et autres somnambulisme propres à l’hypnose. C’est vu sous ce seul angle que l’on peut croire à leurs déplacements furtifs dans l’air et l’espace (les sorcières sur leur balai), à leurs forces et à leurs pouvoirs, au fait qu’on lit, chez Euripide, « une mère tue sauvagement son fils sans jamais le reconnaître », sauf lorsqu’il est trop tard, comme si elle était sous hypnose.

 

(* C’est l’explication du poète Edouard Dubus au chapitre « Mammon chez les nécromanciens », dont nous répétons l’extrait : « « Il vous faut, pour l’exécuter, avoir à votre disposition un sujet hypnotisé, dont le corps astral (de nature fluidique) abandonne, sur votre ordre, le corps matériel et soit dirigé par votre volonté vers votre ennemi. Le corps astral ainsi extériorisé, ou bien pénètre la victime qui est désignée et l’étouffe par sa seule pénétration, en arrêtant, par exemple, les mouvements du cœur ; ou bien il l’empoisonne au moyen de toxiques que vous avez eu l’art de volatiliser. L’opération terminée, vous réintégrez dans le corps matériel de votre sujet son corps astral et vous les réveillez. Certains sorciers, craignant des indiscrétions possibles, s’adressent à un corps astral déjà désincarné, c’est-à-dire au corps astral d’un mort ». (Ed. Dubus – L’art d’envoûter) Pareillement, dans le cas du succubat humain, le corps astral d’une femme réputée « lascive et nymphomane » était envoyée à des kilomètres de là par un nécromancien (un sorcier ou un magnétiseur) pour agresser telle victime précise et en faire un esclave de la luxure.) 

 

L’autre objectif pour les mages antiques (les sorciers et les nécromanciens du moyen âge) d’extérioriser le corps astral d’une femme « bacchante », apparaissant alors comme un « esprit volant », était de le faire côtoyer des esprits inférieurs, des esprits infernaux, sachant qu’un principe magique est établi, celui que « ce ne sont ni les médiums ni les spirites qui ont créé les Esprits, mais bien les Esprits qui ont fait qu’il y a des spirites et des médiums » ; la femme « bacchante » était ici un sujet médium féminin mis sous hypnose, endormi en léthargie ou en somnambulisme, et apte, dans ces conditions, à connaître des fréquentations avec des esprits supérieurs et infernaux, capable d’en rendre compte par oral ou par écrit, pouvant entrer en extase dans ces moments-là, ou comme on dit, « être en transes ». Elle pouvait ainsi « voir » des réalités du plan invisible, cerner des formes blanches ou noires appelées « fantômes » ou « vampires » (terme datant cependant de la fin du moyen âge) et s’engager dans des liaisons supranaturelles qui lui donnaient des forces supra humaines. Elle était capable de regarder ce qu’un homme en état « normal » ne peut remarquer ; de même, par le moyen de la suggestion, les mages pouvaient la mettre dans un état tel que les réalités autour d’elle lui paraissaient autres (« Les Bacchantes » d’Euripide).

 

(* Lire au sujet des Bacchantes, le chapitre « L’union charnelle avec les Diables (1) » ; extrait : « Autre incubat, que les Bacchantes nous révèlent bien malgré elles : Elles nous sont connues, les secrètes pratiques du culte de la « bonne déesse », dit Juvénal. Ces ménades appellent Priape au secours. Qui pourra exprimer l’ardeur libidineuse qui les dévore ? Qui pourra peindre leurs danses lascives, mêlées de cris ? Voyez Laufella, qui, la tête couronnée de fleurs, provoque jusqu’aux servantes des plus viles courtisanes ; mais Médulline la supasse dans l’art des postures et des mouvements lascifs. Ce sont ici les plus grands excès qui attirent le plus de gloire ; rien n’est figuré, tout est réel dans leurs actions. Les vieillards les plus refroidis par l’âge s’enflammeraient à la vue de leur lubricité ». Leurs danses voluptueuses, leurs mouvements lascifs doivent faire émaner d’elles incubes et succubes, ou au moins leurs effluves ». Edouard Schuré ajoute : « Tour à tour magiciennes, séductrices, les Bacchantes avaient leurs sanctuaires en des vallées sauvages et reculées : par quel charme sombre, par quelle ardente curiosité hommes et femmes étaient-ils attirés… ? Des formes nues – des danses lascives au fond d’un bois… puis des rires, un grand cri – et cent Bacchantes se jetaient sur l’étranger pour le terrasser. Ils devaient leur jurer soumission et se soumettre à leurs rites ou périr.) 

 

De nombreuses femmes étaient ainsi hypnotisées : les mages écoutaient leur délire (transport) et lorsqu’elles exultaient de fréquenter à ce point les esprits infernaux avec lesquels elles entamaient des sympathies particulières, ils tentaient au mieux de cerner ces fantômes supérieurs et de leur intimer les objets de leur convocation, car, dit la magie, la « volonté mâle est directrice ».

 

Ils exerçaient un envoûtement particulier, peu exposé mais toujours pratiqué : d’un médium féminin endormi, les mages extériorisaient son « fantôme » - car, comme dit Maxwell (Recherches et doutes sur le magnétisme animal ; 1784), le (corps astral, fantôme, « esprit volant ») n’est pas seulement dans son propre corps visible, mais il est aussi en dehors de lui, n’est pas circonscrit par le corps organique ; il opère en dehors de ce qu’on appelle son propre corps - et l’envoyaient loger dans le tableau d’une victime, celui d’une belle femme envoûtante ; et lorsque son propriétaire venait à s’approcher de l’image peinte, regardant avec engouement les formes galbées de la belle personne, plongeant dans ses yeux, « l’esprit volant » invisible se jetait dans les siens et possédait son esprit. Ou bien, plus fort et pourtant très vraisemblable, les mages demandaient à « l’esprit volant » d’un médium féminin endormi (bacchante) de trouver un esprit infernal d’aspect féminin, parmi les fantômes invoqués au cours de la cérémonie, et de lui faire pratiquer l’exercice du tableau envoûté, mécanisme que les esprits luxurieux connaissent parfaitement bien - pour entrer dans la cérémonie, de quelque point du globe où il se trouve, l’esprit infernal vient à grande vitesse sitôt qu’on l’appelle. Et s’il est trop occupé, il envoie l’un de ses meilleurs serviteurs -.

 

Outre la pratique de l’hypnose, il est plus que probable que les mages donnaient à ces femmes bacchantes des pommades spéciales (onguents) qui leur chauffaient le corps, leur administraient des drogues ou leur faisaient prendre des boissons enivrantes. Peut être pour certaines la seule fréquentation de ces célébrations la nuit au fond d’un bois et le caractère libertin des rituels leur faisaient « tourner la tête » et certaines « endiablées », aidées par une musique rythmée, s’adonnaient à des danses « lascives », libérant leur force luxurieuse, que les mages tentaient d’orienter en vue de leurs desseins. Excitées par l’ambiance, elles ôtaient chacune leur vêtement et se dénudaient ainsi tout en continuant de se balancer sensuellement. D’autres bacchantes mises sous hypnose, ouvraient les yeux et voyaient le spectacle sous un mode « halluciné » : les mages les questionnaient de ce qu’elles percevaient dans l’invisible, et lorsqu’elles s’exclamaient autant de stupeur que de stupre qu’un « velu portant un priape démesuré sortait du ventre d’une danseuse, puis un autre », ils savaient que la débauche qui suivrait allait faire participer les fantômes infernaux.

 

En comparaison, un exemple, du même genre mais sans luxure, est rapporté dans « Le Livre des Médiums » d’Allan Kardec : « 170. Voici un autre fait qui prouve l’influence que les Esprits exercent sur les hommes à leur insu. Nous étions, comme ce soir-là, à une représentation théâtrale avec un autre médium voyant. Ayant engagé une conversation avec un Esprit spectateur, celui-ci nous dit : Vous voyez bien ces deux dames seules dans cette loge des premières ; eh bien ! Je me fais fort de leur faire quitter la salle. Cela dit, on le vit aller se placer dans la loge en question et parler aux deux dames ; tout à coup celles-ci, qui étaient très attentives au spectacle, se regardent, semblent se consulter, puis s’en vont et ne reparaissent plus. L’Esprit nous fit alors un geste comique pour montrer qu’il avait tenu parole ; mais nous ne le revîmes plus pour lui demander de plus amples explications. C’est ainsi que nous avons pu maintes fois être témoin du rôle que jouent les Esprits parmi les vivants ; nous les avons observés dans divers lieux de réunion, au bal, au concert, au sermon, aux funérailles, aux noces, etc., et partout nous en avons trouvé attisant les passions mauvaises, soufflant la discorde, excitant les rixes et se réjouissant de leurs prouesses ; d’autres, au contraire, combattaient cette influence pernicieuse, mais n’étaient que rarement écoutés ».

 

Hormis que le père du spiritisme Allan Kardec n’aima pas du tout les esprits infernaux, surtout pas parmi eux les esprits luxurieux, l’histoire ne dit pas si l’Esprit en question fut justement l’un de ceux qui « attisent les passions mauvaises » qui inspira aux deux femmes ce qui suit. Car voici l’extrait d’une confidence magique, écrite au premier moyen âge, dans le même style que l’on trouve dans « Le diable boiteux » d’Alain-René Lesage, et mettant en scène le démon de l’impudicité et de la luxure, Asmodée :

 

« A la nuit tombée, alors que les esprits de ces dames étaient bien échauffés, Asmodée s’approcha de moi, assis, et me dit : « Vois-tu ces deux belles femmes qui ne se connaissent point et pourtant viennent de s’adresser la parole ? Eh bien ! Je me fais fort de les faire s’aimer ensemble et que dans quelques minutes, je les amènerai à faire entre elles les luxures les plus insensées dans le petit salon à côté ». Puis il me quitta et je vis les deux femmes bientôt se faire un sourire, un clin d’œil et disparaître par le couloir à côté. Asmodée me fit alors un geste de venir vers lui. Je me levai dans sa direction et le démon me fit signe d’avancer dans un couloir sombre, approcher d’une porte et me chuchota de regarder par le trou de la serrure : les deux femmes sacrifiaient lascivement à Lesbos ».

 

« Plus tard, Asmodée m’invita à le suivre dans un endroit réservé mais plein de sa considération. Les couples s’échangeaient et la débauche était le maître-mot des jeux de ce club privé. On ne priait que par saint Fornicat et je fus gêné par tant de nudités insolentes, pénétrées en force par des époux vigoureux rigoureusement anonymes. Voyant Asmodée, je ne pus m’empêcher de lui livrer mon trouble et lui demandai, pour paraître à l’aise, son avis : « Ce n’est pas trop mal, dit-il, mais cela manque de vices : les hommes forniquent comme des chiens, les femmes se font secouer comme des sacs, voilà tout ; il n’y a pas d’inspiration. Attends-moi ici, ajouta-t-il, je vais leur donner un peu du feu sacré ». Alors je le vis s’élever vers le plafond, planant au-dessus des débauchés ; un effluve partit de lui et se répandit sur eux ; à ce moment, on vit les femmes s’ébattre ensemble, provoquant les mâles et une recrudescence visible de perversité anima les esprits de chacun ».

 

Il est bien entendu que dans les arcanes de Satan, lorsqu’il est question de la femme nue, ce n’est point de celle qui enfante (« Io » des Grecs, Eve), de celle qui aspire être mère ou de celle qui consulte son médecin, mais de la « femme sexuellement s’entend », de celle qui, en « s’effeuillant », met K.O. les mâles. De ces mages du culte du Bacchus Priape, il en est qui avouèrent « qu’il sortait des démons de la femme bacchante lorsqu’elle s’exhibait nue dans une attitude arrogante autant qu’insolente, faisant chavirer les esprits des mâles, car chacune de ses femmes désirables se voyait escortée par un démon infernal* ».

 

(* Idem, pareille description est faite dans « Le livre des médiums », d’un tout autre genre, nous en convenons : « Un Esprit était constamment auprès d’une des principales cantatrices ; nous lui crûmes des intentions un peu légères ; l’ayant appelé après la chute du rideau, il vint à nous, et nous reprocha avec quelque sévérité notre jugement téméraire. Je ne suis pas ce que vous croyez, dit-il, je suis son guide et son Esprit protecteur ; c’est moi qui suis chargé de la diriger. Après quelques minutes d’un entretien très grave, il nous quitta en disant : Adieu ; elle est dans sa loge ; il faut que j’aille veiller sur elle ».)

 

Le redoutable pouvoir de la femme sexuelle, de la bacchante mise en transe, est là, les médiums autour en attestent : « Des velus fortement membrés sortent de son ventre, de son sexe ; de même, des sortes de sirènes dont les yeux font brûler ceux des hommes qui les rencontrent… »

 

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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