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Ainsi en rend compte Jules Delassus dans « Les incubes
et les succubes » : Les curieux phénomènes de l’incubat et du succubat remontent aux temps très
anciens, à l’origine du monde. Le serpent qui « se mêla avec Eve » c’était l’incube Samaël*. Le rabbin Elias raconte que pendant cent trente ans, Adam fut visité par des diablesses qui
accouchèrent d’esprits de larves et de succubes. Ces diablesses étaient des formes de Lilith, l’épouse de Samaël. Dans la Genèse (Ch.6.v.4), il est dit que les fils de Dieu connurent des filles
des hommes. De ce commerce naquirent des géants (NDA - cf. Atlantide). D’après les commentaires des théologiens qui discutèrent longuement sur ce point, ces fils de Dieu n’étaient autres que des
anges déchus qui jouaient le rôle d’incubes. Au Deutéronome, chapitre 4, il est dit encore que tous ceux qui s’étaient accouplés au diable Péhor (Ba’al Peor ou Belphégor) moururent
malheureusement ; et au Lévitique : « Vous n’irez plus sacrifier à vos satyres diables avec lesquels vous avez paillardé ». S’il faut en croire Isaïe, à Babylone il y avait des êtres
« velus » (Seirim) qui cohabitaient avec les mortels. Ce sont les Faunes et les Satyres du paganisme. Suivant saint Augustin, ils tourmentaient les femmes pour jouir d’elles, et bien
souvent ils réussissaient dans leurs entreprises luxurieuses.
(* On relève, pour les amateurs en guématrie, que le nom « Samaël » (lmas) a pour nombre 131, comme Pan (Naf), futur Priape ; ou, pour suivre la mythologie grecque, « Pan et son héritier Priape ». Au cas où Samaël est Priape (On dit que « Samaël est le maître des incubes », et au moyen âge, « que c’est Pan », précisant qu’il ne s’agit pas du Pan antique ; peut-être bien Priape), Lilith est logiquement Vénus, et compte tenu de son caractère, la Vénus noire, donc la Vénus stérile.)
« Dans leurs réunions, bourgeoises réductions du Sabbat, Satan apparaît «
visible et tangible ». Il est donc assez vraisemblable que les sataniques ont avec lui des rapports sexuels. Le Diable ne doit pas négliger de s’attacher par la toute puissante chaîne de la
salacité ceux qui lui sont déjà dévoués. Donc, toutes ou presque toutes les personnes qui satanisent avec un entier consentement et en pleine connaissance de cause sont coupables d’incubat ou de
succubat.
Les médecins observent assez fréquemment les phénomènes de l’incubat chez des hystériques qui se plaignent d’être violées la nuit par des êtres fantastiques ou par des personnes qu’elles connaissent, et qui, souvent frigides dans les rapports sexuels normaux, éprouvent les plus vives jouissances dans leur hallucinations. Des individus atteints d’une hyperesthésie sexuelle très avancée se livrent à des pratiques qui, sous le nom de « coït idéal », ont de grands rapports avec l’incubat.
D’après les docteurs Von Krafft-Ebing, Hammond Moll, ces individus, se trouvant en présence d’une femme qui leur semble désirable, « se mettent psychiquement en relation sexuelle et arrivent à l’orgasme et à l’éjaculation ».
On peut donc distinguer dans les phénomènes de l’incubat et du succubat deux grandes classes : l’incubat involontaire, celui des maléficiés et des malades. L’incubat volontaire, des sorciers, des spirites et de certains individus se livrant à des pratiques spéciales.
La science officielle est aujourd’hui de l’avis de Paul Eginète. Pour elle, il n’y a pas d’intervention étrangère. Les cas fréquents d’hallucination érotique observés par les médecins sont le résultat de troubles nerveux. Ce sont de simples variétés de l’érotomanie, du satyriasis (priapisme) et de la nymphomanie. La grande névrose explique tout. Les centres nerveux génésiques peuvent entrer en fonction sous l’influence d’excitations internes dues à des causes diverses, le plus souvent morbides. Les hallucinations sexuelles se produisent généralement lorsque le sujet est couché sur le dos. Cette position, par suite de la pression des viscères sur les vaisseaux du bassin, favorise l’orgasme vénérien. Chez beaucoup d’individus hystériques, on observe une hyperesthésie sexuelle très grande, qui se traduit par des illusions du coït. Le récit des malades est sensiblement analogue à celui que faisaient les sorcières du stupre démoniaque. La grossesse hystérique présente tous les symptômes de la grossesse véritable, et cependant elle est absolument vaine.
Les maladies des organes génito-urinaires, par suite de l’excitation qui en résulte, peuvent elles aussi, provoquer des illusions de l’incubat. A la ménopause, c’est à dire à l’âge où les règles cessent chez les femmes, et chez certains maniaques, on trouve des hallucinations du même genre. Des femmes se figurent avoir des relations sexuelles avec le Saint-Esprit ; leurs hanches ondulent, simulant les mouvements du coït. Presque toujours les victimes des incubes et des succubes sont des personnes pieuses appartenant au monde religieux.
L’extase religieuse présente, en effet, de très grands rapports avec les
jouissances physiques de l’amour. A l’époque de la puberté, au moment de l’éveil sexuel, très souvent se produisent des extases religieuses accompagnées de délires érotico-mystiques. Les vies des
Saints sont pleines de sensations de luxure. Sainte Catherine de Gênes souffrait d’une telle chaleur intérieure que pour l’apaiser, elle se couchait par terre et criait : « Amour, amour, je n’en
peux plus » (Dr Von Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis , traduction Laurent et Csapo ; page 9, note 1)
On peut encore citer comme très caractéristique cette prière, trouvée dans un très ancien missel : « Oh ! puissai-je t’avoir dans mon lit ! Combien mon âme et mon corps s’en réjouiraient ! Viens, entre chez moi, mon cœur sera ta chambre ! » (Dr Von Krafft – Ebing , op cit, page 9, note 1) Le même docteur cite encore Maria Magdalena de Pazzi et Elisabeth de Genton, qui se flagellaient, tant elles déliraient d’amour, étaient obsédées de visions voluptueuses qui mettaient leur chasteté à rude épreuve.
Et les savants attribuent tous ces troubles à une simple déséquilibration des centres nerveux. Cette explication est évidemment exacte dans certains cas. Il est possible que des troubles fonctionnels, des névroses, accompagnées d’hyperesthésie sexuelle, produisent des hallucinations du coït. Très probablement les sorcières qui allaient au Sabbat, les moniales qui dans leur cellule recevaient l’incube étaient des hystériques. Mais leur hystérie n’était elle pas artificielle ? Ces hallucinations ne peuvent-elles pas avoir d’autres causes ? Et tout d’abord l’hypnose ? Un individu peut, par autosuggestion, se donner une illusion quelconque. On peut aussi persuader à un sujet qu’il aura, à un moment déterminé, la sensation de posséder telle personne. Ici déjà, la larve cérébrale créée par la suggestion a une véritable existence individuelle. C’est l’incubat authentique.
Bien plus, on peut donner la suggestion à distance, et des hallucinations sont provoquées de cette façon alors que le sujet est endormi. Par hypnose, on est allé plus loin encore. Monsieur de Rochas a réussi, dans les états profonds, à extérioriser la sensibilité. Il est, en somme, arrivé à former une sorte de fantôme dont toutes les impressions se répercutent sur l’être hypnotisé. Crookes a pu photographier le spectre Katie King. Et actuellement une femme, Eusapia Paladino, produit des formes fluidiques ayant figure humaine, dont on obtient des moulages. Il est difficile de douter de ces faits, observés par des hommes d’un talent scientifique immense, et dans des conditions rendant toute supercherie impossible. Pour expliquer ces phénomènes, il faut bien admettre l’existence du plan astral, dont les savants de bonne foi, au courant des découvertes de la science, ne peuvent plus nier l’existence, affirmée depuis des milliers d’années par tous les collèges initiatiques, par tous les adeptes. L’hallucination est la perception de phénomènes en astral, perception aussi exacte, aussi vraie que la perception directe des phénomènes du plan physique.
Ainsi donc, il existe réellement des coagulations fluidiques qui restent en communication constante avec l’individu d’où provient la substance astrale qui les compose, et le corps physique de cet individu ressent d’une façon synchrone toutes les impressions de son double astral. Il n’est donc pas impossible qu’un fantôme de ce genre puisse posséder un homme ou une femme s’abandonnant ou mis dans l’impossibilité de résister soit par le sommeil naturel, soit par le sommeil cataleptique qui se produit spontanément dans certaines affections nerveuses et dans l’extase. Toutes les sensations seraient ressenties par la personne qui se serait extériorisée et qui jouirait ainsi, réellement et à distance, de l’être convoité.
D’autre part, un individu en hypnose peut projeter son fluide astral sur l’être convoité,
quel que soit l’espace qui l’en sépare. Le fluide astral s’imprègne en quelque sorte de la forme de l’être désiré ; une larve façonnée à son image revient incube ou succube vers celui qui l’a
évoquée. Mais il est des faits plus étranges encore ; les savants qui poussèrent loin les expériences d’extériorisation du corps astral se heurtèrent à de véritables individualités n’ayant aucun
rapport avec la personne servant de sujet. Il semblait que des entités intelligentes, venues on ne sait d’où, s’étaient emparées du fluide astral du médium, et l’employaient pour agir et se
manifester*. En face de l’expérimentateur se trouvait un être inconnu, doué de volonté et d’intelligence vagues peut être, mais s’affirmant assez cependant pour qu’il fût difficile de ne pas voir
une intervention étrangère, que les spirites attribuent aux âmes des défunts.
Ainsi paraissent se vérifier les antiques théories des kabbalistes, qui peuplaient l’espace d’êtres spéciaux, coagulations fluidiques semi intelligentes, qui peuvent donner une grande réalité objective aux incubes et aux succubes ».
(* Dans le cadre des puissances luxurieuses, le Livre
des Médiums rend compte d’une sorte d’esprits de la manière suivante : « Médiums à communications triviales et ordurières ; ces mots indiquent le genre de communications que
certains médiums
reçoivent d'habitude, et la nature des Esprits qui les
font. Quiconque a étudié le monde spirite à tous les degrés de l'échelle sait qu'il y en a dont la perversité égale celle des hommes les plus dépravés, et qui se complaisent à exprimer leurs
pensées dans les termes les plus grossiers. D'autres, moins abjects, se contentent d'expressions triviales. On comprend que ces médiums doivent avoir le désir d'être délivrés de la préférence que
ces Esprits leur accordent, et qu'ils doivent envier ceux qui, dans les communications qu'ils reçoivent, n'ont jamais eu un mot malséant. Il faudrait une étrange aberration d'idées et avoir
divorcé avec le bon sens, pour croire qu'un pareil langage puisse être le fait de bons Esprits ».)
Même Léo Taxil convient d’apporter son jugement sur tous ces faits :
« Encore faut-il se rappeler le caractère mystérieux et insaisissable du monde qui la science commençait à révéler à cette époque. On vivait, on l’apprenait, entouré d’invisibles sortilèges.
Une larve, un « esprit volant » n’est pas en somme plus extraordinaire qu’un microbe venu de loin et qui vous empoisonne, sans qu’on s’en doute ; l’atmosphère peut tout aussi bien
charrier des Esprits que des bacilles. Quelle était la différence entre les ondes électriques et les fluides d’un hypnotiste, d’un magnétiseur ? On ne savait pas très bien ». (Léo Taxil
– Satan franc-maçon)