Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 13:47

Les livres religieux du second moyen âge abondent en histoires relatives aux possessions démoniaques. A propos de nombreux cas, il est clairement accepté aujourd’hui que le ou les démons n’y furent pour rien, l’ignorance dans le domaine de la médecine empêcha de soigner nombre de maladies qui, faute de soins, connurent des crises en tous genres, définies alors comme des folies. On incrimina le Diable de façon à justifier l’activité religieuse, à permettre de donner toute l’importance au Christ que la force la plus brutale pour convaincre de croire n’arrivait pas à bout des gens réticents.

 

Les descriptions exposent une violence qui nous conduit à nouveau vers le Marquis, nous allons ainsi de Sade à Satan ; et de Satan à Sade… Le libertin de la Bastille passerait presque pour un « doux » devant ces faits divers horribles recensés par l’abbé Lecanu dans « L’histoire des possessions démoniaques ». Le pire dans ces histoires, on se demande qui est fou, celui qu’on dit « possédé » ou celui qui veut le sauver ? Exemple :

 

« (…) Mais le 27 août 1731, après les fameuses convulsions du cimetière Saint-Médard, l’une des filles de mauvaise vie éprouva des convulsions très réelles, l’œuvre commença à marcher et surpassa bientôt les espérances de ceux qui l’avaient conçue. Les convulsionnaires se multiplièrent, les convulsions s’élevèrent à une violence inouïe. Laissons parler un libre penseur, témoin oculaire :

 

« Ces filles tombent subitement dans des frémissements, dans des saisissements ; elles se jettent à terre, c’est-à-dire sur des matelas ou des coussins qu’on leur a préparés ; là, leurs grandes agitations commencent. Elles se roulent, elles se frappent, elles se tourmentent ; leur tête tourne de tous côtés avec une extrême vitesse, leurs yeux se renversent ou se ferment, leur langue sort et pend sur leurs lèvres ou se retire au fond du gosier, le cou s’enfle, leur estomac se gonfle, leur ventre s’élève, leur respiration se contraint ; elles ont des suffocations, elles gémissent, elles poussent des cris et des sifflements ; elles aboient comme des chiens et chantent comme des coqs. On aperçoit dans tous leurs membres des secousses et des contorsions ; elles s’élancent tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, elles font des mouvements dont la pudeur s’offense, elles s’agitent sans aucun respect pour les lois de la décence et de la modestie. Elles restent comme mortes des heures, des jours entiers ; elles deviennent, dit-on, sourdes, aveugles, muettes, insensibles et tout semble se passer en elles-mêmes sans elles-mêmes ».

 

L’étrangeté du spectacle, les phénomènes si variés de l’extase, cette agitation, ces cris impressionnaient profondément les spectateurs.

 

Des convulsionnaires restaient en état de mort, d’autres se jetaient dans les brasiers et dans les flammes, où ils restaient sans atteinte et couchés comme sur un lit moelleux. Quelques-unes s’appuyaient le dos à la muraille et se faisaient administrer de cinquante à cent coups de bûche dans la région de l’épigastre par forme de « secours » ; deux ou trois hommes des plus robustes s’y fatiguaient. Jeanne Moulet, jeune fille de 22 ans, recevait le secours avec un chenet pesant trente livres, et allait jusqu’à cinq cent coups. Une autre recevait le secours par le moyen d’une pierre de cinquante à soixante livres, armée d’un anneau de fer, qu’un secouriste levait à la force des poignets et lui laissait retomber de toutes la hauteur qu’il pouvait sur la tête, sur la poitrine, sur le ventre, jusqu’à ce qu’il fût mis hors d’haleine. « Ah ! Que c’est bon, que vous me faites du bien ! C’est du nan nan », disait-elle : ce mot voulait dire du sucre d’orge dans l’argot des miraculés.

 

Celle-ci se faisait placer une longue planche sur le ventre ou sur la poitrine, et dix ou douze hommes y piétinaient pendant une heure ; celle-là se faisait sangler des pieds à la tête par deux ou trois robustes emballeurs, et accrocher pour un demi-jour au mur ou au plafond comme un ballot de marchandises. Quelques-unes se faisaient écraser sous des talons de bottes la main, la langue, le nez. « Ah ! Quel bien ! Que c’est bon ! », disait-elle. Quelques autres se faisaient tordre les mamelles avec des tenailles de fer, jusqu’à en forcer les branches. Tous ces miracles, puisqu’on parlait ainsi, sont démontrés au-delà de toute mesure ; chacun s’est répété des centaines de fois en présence de milliers de spectateurs ».

 

Nous précisons les notes suivantes : comme nous le saurons dans un instant, nombre de ces histoires étaient répétées à la Bastille et servirent aisément au Marquis de Sade pour l’inspirer à l’écriture de ses romans dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont d’abord « violents ». Même si, après ce que nous lisons, ils paraissent « soft » : humour. Ensuite, ceux que les gens d’Eglise appellent les « secouristes » ne sont que des tortionnaires et cela prouve bien que la folie violente et meurtrière ne venait point de celles et ceux que les autorités avaient catalogué comme satanistes, loin de là. Nous poursuivons :

 

« Parmi ces scènes si étranges, les scènes de crucifiement ne furent pas les moins étranges. On vit des femmes se faire crucifier pour la quinzième fois, après être demeurées chaque fois trois heures en croix. La police finit par s’en mêler, et dispersa les réunions : les plus mutins et les meneurs du parti furent mis en prison. A Paris, on remplit de détenus la Bastille et l’Arsenal ». A la Bastille où logeait prisonnier le Marquis de Sade et qui eut donc forcément vent de ces histoires insensées.

 

« Le gouvernement fit fermer le cimetière, mais en vain ; les réunions se tinrent secrètement et se répartirent entre tous les quartiers de la capitale. (…) En effet, nous constatons qu’à Paris les grands du monde n’étaient pas plus sages : un sieur André Dubuisson fut enfermé à la Bastille en 1749, pour « avoir fait voir le diable » au duc d’Orléans à prix d’argent. Le maréchal de Richelieu, étant ambassadeur à Vienne, voulut aussi voir le diable ; il paya fort cher un charlatan, et se couvrit de ridicule. Aussi, disant avec fatuité devant Louis XV que les Bourbons avaient peur du diable : « C’est qu’ils ne l’ont pas vu comme vous », lui répondit le monarque. La marquise de Pompadour allait chez une sorcière, nommée la Bontemps, interroger l’avenir, dans un blanc d’œuf ou un marc de café, sur ses destinées et celles de l’Etat ».

 

Ici, l’Eglise utilisa le subterfuge de la possession démoniaque pour aborder le sujet de la Révolution française et de ceux qui la préparaient, sachant par cet événement historique combien son corps du Clergé perdrait de biens et de pouvoir Nous précisons dans ce sens :

 

« Mais le plus grand courant allait à la franc-maçonnerie. Lorsque Voltaire fut reçu dans la loge des Neuf-Sœurs, rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice, le mardi 7 avril 1778, présidée par le vénérable Jérôme de la Lande, l’astronome, il fut présenté par l’abbé Cordier de Saint-Firmin. Edifiante paternité de la part d’un dignitaire de l’Eglise, se portant garant de la dignité d’Ecrlin. Voltaire signait Ecrlin, ce qui veut dire : « Ecrasons l’Infâme » ; l’infâme, c’était Jésus ». Il y avait ce jour-là le comte Alexandre de Strogonoff, chambellan de l’Impératrice de Russie, le comte d’Ossun, le prince Emmanuel de Salm-Salm, le comte de Milly, le comte de Turpin-Crissé, le prince Camille de Rohan, le marquis de Sasseval, le comte des Sesmaisons, le comte de Jouy, le marquis de Lort, le chevalier de Villars, le comte de Noé, le président de Meslai. Qua’allaient donc faire là ces grands seigneurs ? Ils allaient conspirer contre Dieu ». (abbé Lecanu - « L’histoire des possessions démoniaques »).

 

 

Ici encore, la grande entreprise maçonnique, commencée cent ans plus tôt avant la révolution française et qui avait pour but de changer le visage de la France autant dans ses traits extérieurs que dans son fond, en finir avec cette société dégénérée, immorale et brutale par manque de lois justes, n’est perçue, comprise et acceptée par l’Eglise que comme une vaste conspiration contre Dieu, hypocrisie spirituelle finalement, puisque sous le texte officiel, il s’agit d’une conspiration « contre les intérêts du Clergé », comprenez pouvoir et grandes finances. Rien concernant Satan, qui ne sert que comme prétexte au pouvoir religieux pour livrer violence contre celles et ceux qui commencent à s’opposer à lui. 

 

Ce à quoi renchérit et répond Joris-Karl Huysmans dans « Là-bas » : « En 1855, il existait à Paris, une association composée en majeure partie de femmes ; ces femmes communiaient, plusieurs fois par jour, gardaient les hosties dans leur bouche, les recrachaient pour les lacérer ensuite ou les souiller par de dégoûtants contacts. Ces faits sont révélés par un journal religieux, « Les annales de la Sainteté » ! J’ajoute qu’en 1874, des femmes furent également embauchées à Paris pour pratiquer cet odieux commerce ; elles étaient payées aux pièces, ce qui explique pourquoi elles se présentaient chaque jour, dans des églises différentes, à la Sainte Table. En 1843, lu dans la revue « La voix de la Septaine », on apprend que pendant vingt cinq ans, à Agen, une association sataniste ne cessa de célébrer des Messes Noires et meurtrit et pollua trois mille trois cent vingt hosties ! Oui, nous pouvons le dire, le dix-neuvième siècle regorge d’abbés immondes, qui célèbrent des messes déicides en cachette et se déclarent dévoués au Christ ; ils affirment même qu’ils le défendent, en combattant, à coups d’exorcismes, les possédés… Ces possédés, ce sont eux-mêmes qui les créent ou qui les développent ; ils s’assurent ainsi, dans les couvents surtout, des sujets et des complices. Toutes les folies meurtrières et sadiques, ils les couvrent alors de l’antique et pieux manteau de l’exorcisme. (…) Il y a quelques années, mourut, au loin, dans la pénitence, un certain comte de Lautrec, qui faisait don aux églises des statues pieuses qu’il maléficiait pour sataniser les fidèles ; à Bruges, un prêtre contamine les Saints Ciboires, s’en sert pour apprêter des malengins et des sorts ; enfin, l’on peut citer un cas très net de possession : c’est le cas de la Cantianille qui bouleversa, en 1865, non seulement la ville d’Auxerre, mais encore tout le diocèse de Sens… »

 

« Cette Cantianille, placée dans un couvent de Mont-Saint-Sulpice, fut violée jeune par un prêtre qui la voua au diable. Lui-même avait été pourri dès son enfance par un ecclésiastique qui faisait partie d’une secte de possédés, créée le soir même du jour où fut guillotiné Louis XVI… »

 

« … Ce qui se passa dans ce couvent où plusieurs  nonnes, évidemment exaspérées par l’hystérie, s’associèrent aux démences érotiques et aux rages sacrilèges de cette Cantianille, rappelle à s’y méprendre les procès de la magie d’antan ; elle fut renvoyée du couvent, fut exorcisée par un prêtre du diocèse, l’abbé Thorey, dont la cervelle ne paraît pas avoir bien résisté à ces pratiques. Ce fut bientôt, à Auxerre, de telles scènes scandaleuses, de telles crises diaboliques, que l’évêque dut intervenir. Cantianille fut chassée du pays ; l’abbé Thorey fut frappé disciplinairement et l’affaire alla à Rome. Ce qui est aussi curieux, c’est que l’évêque, terrifié par ce qu’il avait vu, donna sa démission et se retira à Fontainebleau où il mourut, encore dans l’effroi, deux ans après ».

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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