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Dans son paragraphe plusieurs fois cité - mais ici exactement -, Eliphas Lévi
rend compte – à demi-mots – des activités « diaboliques » de certains nécromanciens ou « nigromans » : « Ce que les sorciers et nigromans cherchaient surtout dans
leurs évocations de l’esprit impur, c’était cette puissance magnétique qui est le partage du véritable adepte, et qu’ils voulaient usurper pour en abuser indignement. La folie des sorciers étant
une folie méchante, un de leurs buts surtout, c’était le pouvoir des envoûtements ou des influences délétères ». (Eliphas Lévi – Dogme et rituel de la haute magie)
En affirmant que « le corps astral de la femme est actif, celui de l’homme passif », cela signifiait aussi pour les nécromanciens que « l’esprit volant » de la femme est un « agent actif », pouvant contraindre quiconque à l’exécution des vœux. Certaines expériences diaboliques avaient vu le magnétiseur perdre son contrôle – à cause de la fatigue – et son médium endormi gagner ses forces. Mieux, ce dernier, sa sensibilité extériorisée, vint renforcer la structure astrale du magnétiseur. De ce fait, des nécromanciens entreprirent d’agir de la sorte : ils mirent sous hypnose un sorcier, extériorisèrent son corps astral, en même temps qu’ils dégagèrent celui d’une femme douée d’un puissant magnétisme, les firent se joindre et les envoyèrent exécuter un maléfice ou une mission favorable, la structure subtile du magnétiseur utilisant le fantôme féminin pour réussir son sortilège.
Aucune publication ne rend compte d’expériences hypnotiques tentées pour mieux saisir le domaine érotique de l’homme. Tout au plus faut-il savoir lire entre les lignes. Le baron Von Reichenbach avoue, par exemple, que « le rituel de la génération produit un flamboiement odique ». Nous devons comprendre ici que l’union charnelle augmente en lumière subtile les organes concernés et surtout le corps tout entier, au point de le voir sous hypnose, flamboyer.
Pourtant, aux temps antiques de Bacchus Priape et jusqu’au moyen âge des
libertins, nombre de mages, de sorciers et même de prêtres « défroqués » ont pratiqué des expérimentations de cette nature qu’ils orientaient vers les arcanes d’Eros. Au
« fluide » que les docteurs du dix-neuvième siècle, spécialisés en hypnose, ont affirmé d’exister, polarisé l’un de couleur bleue l’autre rouge, nous avons superposé l’autre rayonnement
magnétique, « l’effluve de la Bête » (Heit) des sorciers noirs, diffusé par la femme pour entrer dans le plan physique et canalisé par le mâle. En des Messes Noires particulières,
certains médiums ont vu sortir du corps nu de la femme servant d’autel un bouc lubrique, d’une forme subtile, et ont cru reconnaître un démon ou bien le fantôme. De ses doigts s’échappaient des
faisceaux lumineux et même des aimants. De ses yeux irradiait un rayonnement puissant capable de brûler une victime, et d’autres boucs en sortaient.
Ce fantôme fut jugé tellement puissant – par une force magnétique redoutable – que des nécromanciens imaginèrent de l’échanger temporairement et de le transférer à d’autres médiums présents et endormis. Un sorcier extériorisa la sensibilité d’une femme très désirable et grande pratiquante des aventures luxurieuses, éleva son « fantôme » puis le dirigea vers un médium mâle. Celui-ci avait été endormi après avoir été subjugué par le charme de cette femme. Lorsqu’on fit « entrer » la sensibilité de cette déesse de l’amour en lui, il éprouva d’abord de vifs rejets puis un changement net de son comportement, désireux des plaisirs qui satisfont un efféminé et n’ayant plus aucune virilité. Ceci, dans le cas où le fantôme est animé par de bonnes intentions ; si, au contraire, les sorciers eurent commandé un maléfice, ou bien l’homme mâle aurait tout fait pour l’empêcher d’entrer en lui, ou bien en aurait été rendu esclave ou même tué. On rapporte, pour ce dernier cas, des exemples dans l’Antiquité, où des mages eux-mêmes ont extériorisé la sensibilité d’un des leurs, lequel alla accompagner « l’esprit volant » d’une bacchante en direction d’une victime, et tandis que ce dernier la perturba, le mage lui versa du poison.
C’est ici que le caractère diabolique prend une avancée
prononcée. Ces « nécromanciens du terrible » expliquaient - confère à un paragraphe du « Livre des Médiums » d’Allan Kardec :
« 163. On aurait tort cependant de les regarder comme des médiums ceux qui sont doués d’une certaine dose d’électricité naturelle,
car la
véritable
médiumnité suppose l’intervention directe d’un Esprit ». (…) D’après ce que nous avons vu sur les causes de sympathie ou d’antipathie des Esprits, on comprendra aisément que
nous devons être entourés de ceux qui ont de l’affinité pour notre propre Esprit, selon qu’il est élevé ou dégradé »
-, pour expliquer le pouvoir érotique d’une femme bacchante – ce qui, au moyen âge, correspondit aux femmes
luxurieuses et prostituées initiées qui participaient aux Messes Noires dont l’objet concernait la luxure -, celle qui faisait des hommes mâles « ses damnés », que son fantôme
travaillait de pair avec un esprit infernal de cette nature. Un tel, selon la goétie, est affilié à Asmodée, démon de la luxure et de l’impudicité.
Le quatuor (le plus simple) des esprits infernaux de la luxure :
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Nord (Terre ; Taureau) Priape (moyen âge : Belphégor) |
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Ouest (Eau ; Scorpion) Lilith |
AUTEL |
Est (Air, Balance) Asmodée |
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Satan (Feu ; Lion) Sud |
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C’est cause qu’un esprit infernal de la luxure intervenait directement sur « l’esprit
volant » d’une femme bacchante qu’elle se trouvait puissante d’un magnétisme redoutable. Les nécromanciens ajoutaient que ce démon était de nature androgyne, par conséquent à la fois incube
succube, pouvant cingler l’esprit du mâle par une apparence féminine très attirante ou bien une forme virile monstrueuse.
Dans l’expérience décrite plus haut, les sorciers prouvèrent que l’esprit d’un des leurs pouvait accompagner le fantôme d’une femme bacchante endormie et exécuter sa mission lui-même. Cela suffit pour démontrer qu’un esprit infernal peut agir exactement de même. Dans le cas de la femme présentée dans l’exemple, son tempérament volcanique aux choses de l’amour imposa aux nécromanciens de croire qu’un esprit infernal agissait dans son invisible*.
(* Ils pensaient que « chaque grande force dans la Nature appartient à un démon ; que, pour la maintenir dans sa toute puissance, celui-ci doit la fixer dans le plan physique, l’entretenir et la conserver : pour réaliser cette dernière mission, les hommes leur ont été créés, qu’ils sont leurs agents ».)
Les techniques de succubat humain démontrèrent à ces
nécromanciens qu’un fantôme d’une femme bacchante pouvait « attaquer » un homme, et dans le cas d’un envoûtement érotique, faire du plus respectable des hommes un « odieux
lubrique ». De même, ils comprirent que la pratique luxurieuse allumait un feu subtil puisque les
voyants (les sujets hypnotisés) décrivaient des rayonnements s’échapper du corps des amants, accompagnés de bêtes, des boucs et des serpents… Là, sous le coup
de l’extase, des médiums s’écriaient : « Satan ! Il est là ! » ; Ou alors, ils paraissaient terrifiés devant telle figure monstrueuse qui ne pouvait qu’être celle
d’un démon. Ce n’était pas tant dans l’action luxurieuse qu’on voyait le mieux ces esprits infernaux mais parce que certaines femmes bacchantes étaient tant de grandes pratiquantes de la luxure
qu’en simple représentation où elles cherchaient naturellement à plaire, les médiums voyaient ces serviteurs d’Asmodée, s’exhiber sous la forme d’un bouc ou d’un serpent, d’un faune viril,
figurer subtilement au-dessus d’elles, les accompagner et se jeter sur qui les regardaient avec concupiscence.
Ils affirmèrent aussi que certaines pratiques charnelles, celles jugées les plus obscènes, avaient pour propriété de dégager cette lumière que nous nommons « Heit » d’un rayonnement plus intense, irritant les instincts des gens témoins, les inspirant de devenir bestiaux, d’un bleu prononcé chez les femmes et rouge ardent chez les hommes. Donc : si lumière il y a, fantôme il y a. Ce dernier, au cas où l’activité lubrique le fait s’intensifier, est-il toujours lui-même, ou peut-il se trouver soudain supplanté par un esprit infernal de la luxure ?
Les nécromanciens de la fin du dix-neuvième siècle, qu’on ne nommait plus ainsi, eurent l’idée de photographier pareil phénomène, croyant ainsi contenir dans une image de la force d’un esprit infernal de la luxure. Pour ensuite en disposer, non pas en réclamant de lui comme un patron le fait avec son ouvrier, mais comme un mage éprouve de la dévotion pour son Supérieur Invisible.