Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /Mars /2010 16:11

A-asmodai-messe-noire3.jpgAu premier moyen âge, l’Eglise, héritière de Rome, voyaient ses prêtres mélanger naturellement l’enseignement chrétien avec les divinités de la mythologie romaine, dont certaines étaient devenues des saints, lesquels étaient baptisés de nouveaux noms locaux, d’autres des démons mais dont on assurait cependant leur efficace collaboration dans les arcanes de la sexualité, comme la fécondité, y compris de celle des troupeaux.  

 

Les prêtres d’alors n’avaient point à voir avec ceux que nous connaissons aujourd’hui : « Presque tous ceux qui avaient fait quelques études se procuraient le titre de « clercs ». Avec ce grade ecclésiastique, ils étaient affranchis de la juridiction civile, très rigoureuse, et se trouvaient soumis à celle du clergé, qui n’infligeait que des peines pécuniaires. Les registres des tribunaux offrent de très fréquents exemples de criminels arrêtés qui échappent à la justice du roi en montrant leurs lettres de cléricature ou leur couronne, c’est-à-dire leur tonsure ; ils offrent, en même temps, les réclamations faites par les cours épiscopales et par l’université de Paris en faveur des clercs ou des agrégés à cette Université, poursuivis par les tribunaux séculiers ».

 

satan-femme-autel-over-blog-priape-titre.jpgParallèlement, la société civile, très permissive, connaissait une prostitution se développer à grande échelle. En fait, ce n’était pas seulement pour des seules raisons de stupre que ce commerce de la luxure prenait un tel essor mais parce qu’il fallait gagner de l’argent, et que, même les épouses des notables étaient poussées par leur propre mari pour aller se vendre à autrui pour gagner leur luxe : « Nous avons plusieurs mères qui vendent leurs filles, qui les prostituent elles-mêmes ; elles leur font gagner leur mariage à la peine et à la sueur de leur corps. Est-il beau de voir la femme d’un avocat, qui a acheté un office, vêtue comme une princesse ? Sa tête, son cou, sa ceinture, sont couverts d’or. Et vous dites qu’elle est vêtue suivant son état ! A tous les diables l’état, vous, la femme, et vous aussi, M. Jacques, qui leur donnez l’absolution. Elles disent : « Nos maris ne nous donnent point de tels habits ; mais nous les gagnons à la peine de notre corps. A trente mille diables une telle peine ». Il fait tenir le propos suivant à une femme en colère : « Va put… infâme, tu tiens bord… en ta maison ! ».

 

asmod-e-en-cardinal.jpgLes prêtres et tous les leurs de cette époque jouissaient, à cette époque, d’un statut social enviable, avec des belles rentrées d’argent et une respectabilité accordée d’office. D’où qu’ils attiraient à eux ceux des gens dont la monnaie fait tourner la tête, comme c’est le cas des courtisanes, en même temps que ces dernières apportaient aux religieux ce qu’ils vénéraient tant en l’honneur de Vénus, la luxure. « En ces temps troublés et troublants, « le concubinage des prêtres était alors comme dans les siècles précédents, universel et public. Les prélats profitaient de ce désordre, et vendaient aux ecclésiastiques qui n’étaient point mariés, la permission d’avoir des concubines. L’auteur du livre intitulé « Speculum humanae vitae », après avoir passé en revue les abus multipliés qui existaient de son temps dans toutes les classes du clergé, parle ainsi des chanoines : « Plus ils sont libres, plus ils sont licencieux, et se livrent à tous les vices. Une seule femme ne suffit point à un seul chanoine, et outre celle qui vit avec eux dans leur maison comme leur épouse, ils ont encore un grand nombre de jeunes filles pour concubines ». « L’évêque Thierry de Niem parle des débauches de religieuses ; elles étaient, suivant lui, en proie à la luxure des évêques, des moines et des frères convertis. (…) Les couvents étaient appelés des « lieux de plaisirs », et recevaient des qualifications plus déshonorantes. Sauval nous apprend que les religieuses de Montmartre, abandonnées à la prostitution, empoisonnèrent l’abbesse qui voulut les réformer ».

  

Ainsi, parmi les prostituées, il fallait compter non seulement sur les bayadères de la rue, celle dont le seul métier ne peut être que celui-ci, mais aussi des femmes à l’allure bourgeoise, fort belles et très attirantes, s’habillant des plus beaux vêtements et arpentant un certain pavé cossu pour se payer leur luxe au quotidien ; fréquentant du personnel ecclésiastique pour les différents cultes que ces derniers célébraient pour Vénus et qui devinrent les fondements mystiques des futures Messes Noires.  

 

Priape-Poussin.jpg« La prostitution, autorisée par les rois, était encore favorisée par le grand nombre de célibataires, prêtres et moines, par le libertinage des magistrats, des gens de guerre, etc. Les femmes publiques, richement vêtues, se répandaient dans tous les quartiers de Paris, et se trouvaient confondues avec les bourgeoises, menaient une vie fort dissolue ». 

 

« La cour donnait des exemples de débauche qui n’étaient que trop bien imités. Lorsqu’Isabeau de Bavière eut fait son entrée à Paris, entrée magnifique, où fut étalé un luxe extravagant, la cour se rendit, le 2 mai 1389, à l’abbaye de Saint-Denis, où elle passa trois jours en cérémonies religieuses, en fêtes chevaleresques et en plaisirs. On entendit la messe, les offices ; on fit des festins, des jeux et des joutes. Le tout fut suivi de désordres et d’actions très dissolues. « Il était commun et renommé que les dites joutes étaient provenues de choses déshonnêtes, en matières d’amourettes, dit un écrivain de, et dont depuis beaucoup de maux sont venus ». Un autre écrivain ajoute que, « de ces joutes, Lubrica facta sunt » (Jouvenel des Ursins – Histoire de Charles VI).

 

sade-100.jpgLa dernière nuit de cette fête, les princes, princesses, seigneurs et dames, dit l’anonyme de Saint-Denis, se livrèrent, à la faveur de masques dont ils couvrirent leurs visages, à tous les excès de la débauche. Sans respect pour la présence du roi, ni pour la sainteté du lieu, « chacun chercha » à satisfaire ses passions ; et c’est tout dire qu’il y eut des maris qui pâtirent de la mauvaise conduite de leurs femmes, et qu’il y eut aussi des filles qui perdirent le soin de leur honneur. Ces scènes scandaleuses se passaient dans un lieu sacré, qu’on respectait peu et qui, dans ce siècle, comme dans plusieurs autres, n’arrêtait point le débordement des passions.

 

Mayeu ou Mathieu, dans son poème manuscrit intitulé « Matheolus Bigamus » dénonce : « Celui, dit-il, qui mènerait son cheval à l’église pour le vendre, ferait une action très inconvenante ; mais les femmes qui, sous prétexte de religion, viennent à l’église pour s’y vendre elles-mêmes, ne sont-elles pas plus coupables ? Ne convertissent-elles pas la maison du Seigneur en un marché de prostitution ? »

 

« Vous, bourgeois, qui louez vos maisons où les femmes publiques exercent leur immonde métier, où se rendent les agents de la prostitution… vous voulez vivre des produits de la débauche. Vultis vivere de posterioribus meretricum (Maillard, Quadragesim, sermon 28).

 

sexe-et-amour-au-moyen--ge.jpg « Il existait alors à Paris une grande quantité de ces agents de prostitutions, dont la qualification, grossière en français, est cependant crûment énoncée dans les sermons de ce prédicateur. Il s’en trouvait du sexe masculin et du sexe féminin. Dans chacun de ces sermons, on voit figurer ces mots orduriers, ainsi que des déclamations contre l’emploi qu’ils désignent. Ces agents de l’un ou de l’autre sexe exerçaient leur infâme métier dans les lieux de débauche, et auprès des bourgeoises de Paris, des femmes d’avocat, etc. Les jeunes gens adonnés au jeu, aux banquets, étaient, par ce prédicateur, qualifiés de « gaudisseurs » ; les débauchés, de « ribauds » ; les amoureux, de « garçons » ; les maris trompés par leurs femmes, de « cornus » ; les femmes trompées par leurs maris, de « sottes » ; les usuriers, de « gros godons ». Ces différents états sont, tour à tour, le sujet de ses cyniques censures ».     

 

Un look d’enfer habillait ces femmes séductrices pour des raisons vénales : « Elles se fardaient le visage, portaient des perruques ; leurs robes, d’étoffes riches, étaient sade-102.jpgfourrées de pelleteries, et avaient de très longues queues qui, disent nos prédicateurs, balayaient les rues. Ces robes, ouvertes par-devant, laissaient voir leur poitrine nue et découverte jusqu’au ventre, pectus discoopertum usque ad ventrem. Ces robes, garnies de grandes manches, étaient nommées « à la grand-gore », et celles qui les portaient, des « dames gorières ». A leur ceinture dorée pendait un chapelet dont les grains étaient d’or, objet de luxe et non de dévotion. Les prédicateurs reprochent aux Parisiennes d’aller à l’église pour y parler de galanterie, pour faire des signes d’amitié à leurs amants, tout en disant leurs « heures » ; de se trouver souvent avec leurs agents de prostitution et leurs ribauds. Vos, Burgenses, quando habetis Lenones vestros et ribaldos. « N’est-il pas beau de voir la femme d’un avocat qui a acheté son office, et n’a pas dix francs de revenus, s’habiller comme une princesse, étaler l’or à son cou, à sa tête, à sa ceinture ? Elle est vêtue suivant sont état, dit-elle. Qu’elle aille à tous les diables, elle et son état ! Et vous, monsieur Jacques, vous lui donnez l’absolution ! Sans doute, elle dira, ce n’est point mon mari qui me donne de si beaux vêtements ; mais je les gagne à la peine de mon corps. A trente mille diables une telle peine ! »

 

religieux-et-d-mon.jpg« Je ne reproduirai pas ici les reproches multipliés qu’adresse ce prédicateur aux bourgeoises de Paris, qui, pour soutenir ce luxe, se prostituaient à des conseillers du parlement, à des abbés, à des évêques ; qui vendaient leurs corps aux prêtres et aux moines ; commettaient des indécences dans les bains en embrassements conjugaux devant témoins ; mettaient en usage des opérations magiques. Voici un reproche plus grave encore. Les mères prostituaient elles-mêmes leurs filles à des hommes riches, pour leur faire gagner leur dot ».

 

pie-6.jpgEt le même prédicateur d’ajouter : « Et vous, bourgeois, n’est-ce-pas pour prostituer vos filles que vous leur donnez de beaux habits, et que vous les fardez comme si elles étaient des idoles ? » Dans un autre sermon, il dit : « Vous, femmes qui portez des chaînes (objet de luxe), et des queues à vos robes, et qui dites : « Mon père, nous voyons les autres qui en ont et qui ne sont ni plus riches ni plus nobles que nous, et lorsque nous ne sommes pas riches, les évêques et les abbés nous en donnent à la peine de notre corps ». Cela est vrai, réplique le prédicateur ; mais il s’ensuite la damnation de votre âme ».

 

Propos cités tirés du livre de Jacques-Antoine Dulaure, « Histoire civile, physique et morale de Paris », 1825.

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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