eros666
Nous écrivions au chapitre précédent : « Un autre cas est celui
d’Asmodée : connu par les mystiques sous le nom Aeshma Deva, il est une divinité perse, dieu de la guerre, d’un tempérament colérique, peu ou pas porté sur la luxure, si ce n’est durant les
heures où les soldats fréquentaient le bordel. Comment ce Génie a-t-il dégénéré en un démon de l’impudicité ? Le Talmud donne une indication intéressante, disant « qu’il devint un
mauvais démon comparable à un satyre grec », car un passage le décrit « se mariant avec Lilith, qui devint sa Reine ». Cette union signifie sûrement que les temples dédiés au
Aeshma Deva perse succombèrent à la tentation de s’associer à ceux de Lilitu sumérienne, laquelle était encore identifiée à la Vénus Mylitta ou Ninlin, alors Déesse de la prostitution sacrée
(d’où que le démon Asmodée, dont le règne est Geburah (Mars) dans Qliphoth, vient gouverner dans Netzah (Vénus), apparaît ainsi comme le maître de la luxure et de
l’impudicité).
Ceci au point qu’Asmodée, assimilé avec la pratique
des prostitutions sacrées, des libertinages en tous genres, vint personnifier Vénus à son tour et l’ensemble des
rites sexuels qui la concernaient. En conséquence, les mythologues chrétiens du moyen âge le dénoncèrent comme le démon de la fornication, de la jalousie, de
la sensualité, de la luxure, de la colère et de la vengeance. Sa mission principale est de perturber la vie sexuelle des couples mariés, détruire les mariages récents, et encourager le désir des
hommes envers les femmes. Asmodée est également un des démons responsable des obsessions. Il a toujours été considéré comme un des démons les plus craint des Enfers. Il est habituellement
représenté avec des ailes et trois têtes : un monstre, un bélier, et un taureau, symbole de virilité et de fertilité. Il est assis sur un dragon, armé d’une lance, et crache du feu. Ses pieds
sont ceux d’un coq et il a une queue de serpent ».
Sauf que celui qui en parle le premier, nous dit-on,
est Tobit, confère le Livre de Tobie publié dans certaines Bibles seulement. Les erreurs historiques existant dans le texte, les spécialistes estiment que l’écrit fut rédigé non pas en 900 avant
J.C. mais vers 200… en Grèce, bien que tout concerne le monde hébreu ; comme dit l’étude des
rédacteurs de Rennes-le-Château, ayant étudié Asmodée : « L’auteur se présente comme Tobit lui-même, il ne s’agit évidemment pas d’un livre écrit au moment de la captivité
des Juifs dans le royaume assyrien. En fait, tout indique que le livre a été rédigé pendant la période grecque, probablement vers 200 avant notre ère (ainsi, il est question de payer l’ange
Raphaël avec des drachmes en 5,15). Sans certitude, cet ouvrage est peut-être l’œuvre d’un Juif de la diaspora, qui essaye de réfléchir à la manière de vivre sa foi en milieu païen. Le livre de
Tobie témoigne d’un monothéisme fervent et d’un attachement scrupuleux à la Loi. Le monde païen est perçu comme hostile et le Juif fidèle doit l’éviter autant que faire se peut. Tobie témoigne
d’une réelle confiance en la providence divine, capable de se manifester alors que tout semble définitivement perdu ». A quoi s’ajoute le commentaire suivant : « Ce livre est
utilisé pour prouver l’existence de Raphaël, le troisième archange reconnu par l’Église catholique, dont il est le seul à parler. Toutefois, ce livre est sujet à controverse en raison de ses
inexactitudes et du fait qu’il est un écrit deutérocanonique. À ce titre, il est exclu des canons hébraïque et protestant. Par exemple, la période que couvre la vie de Tobie va de la révolte des
tribus du Nord qui a eu lieu en 997 avant l’ère chrétienne après la mort du roi Salomon (Tobie 1:4,5), à la déportation de Ninive de la tribu de Tobie en 740 avant l’ère chrétienne, soit 257 ans.
Pourtant, (Tobie 14:1-3) parle de la mort de Tobie à 103 ans ». La TOB dit : « Au premier aspect, le récit donne l’impression d’être strictement historique par l’abondance des
détails sur les temps, les lieux, les personnes et les grands épisodes de l’histoire commune de l’Assyrie et d’Israël entre 754 et 612 avant J.C. ; mais nombre de données ne résistent pas à
l’examen critique. Visiblement, l’auteur ne connaît que de loin les rois dont il parle et il n’a pas voyagé dans les régions qu’il décrit. Il veut seulement conférer vraisemblance et autorité à
son récit ». En tout, l’on compte « cinq erreurs historiques en neuf pages ! »
Voici le texte citant Asmodée : « Il arriva en ce même jour, à Ecbatane, ville des Mèdes, que Sara, fille de Raguel, entendit, elle aussi, les injures d’une des servantes de son père. Car elle avait été successivement donnée en mariage à sept maris, et un démon, nommé Asmodée, les avait fait mourir aussitôt qu’ils étaient venus auprès d’elle. Comme elle reprenait donc cette servante pour quelque faute, celle-ci lui répondit en disant : « Que jamais nous ne voyions sur la terre ni fils ni fille de toi, meurtrière de tes maris ! Veux-tu donc me donner aussi la mort, comme tu as déjà fait mourir sept maris ? » A cette parole, Sara monta dans la chambre haute de sa maison et y resta trois jours et trois nuits, sans boire ni manger. Mais, persévérant dans la prière, elle suppliait Dieu avec larmes de la délivrer de cet opprobre. Le troisième jour, elle acheva sa prière et bénit le Seigneur, en disant : « Béni soit votre nom, ô Dieu de nos pères, qui, lors même que vous êtes irrité, faites miséricorde, et qui, au temps de la tribulation, pardonnez les péchés à ceux qui vous invoquent. Vers vous, Seigneur, je tourne mon visage, vers vous j'élève mes yeux. Je vous demande, Seigneur, de me délivrer des liens de cet opprobre ; sinon, de me retirer de cette terre. (Tb 3 – 1/10)
Le texte, fidèle au leitmotiv religieux « croissez et multipliez », s’inquiète toujours du problème de la génération : et manifestement, pour eux, la femme ne sert vraiment qu’à cela, procréer. Bien sûr, tel contexte rend toute femme pleine d’inquiétude, surtout après avoir eu sept époux, tous morts. L’on invoque l’action d’Asmodée. Celui qui le nomme sait que c’est lui qui s’occupe des affaires luxurieuses ; ou plutôt, de son ancienne relation avec Lilith dans les temples antiques pratiquant la prostitution sacrée, son obsession n’était pas la génération mais la luxure. Quand la loi établissait cette pratique officiellement au lieu de la préserver au cadre intime de la vie de couple et de la laisser aux dépens de la volonté de chacun - l’affaire étant trop juteuse pour l’Etat -, il est à croire que le diabolique Asmodée utilisa dans ses chambres religieuses des moyens de rentabiliser les lieux en faisant voir les exercices prostitutionnels par des œilletons ou des miroirs sans tain à des voyeurs moyennant quelques finances. Des rumeurs ont pu courir ici et là que certains visiteurs louchaient les parties fines qui s’y déroulaient, sous couvert de religiosité, mâtaient des pratiquantes à leur insu, des voisins admiraient ainsi leurs voisines alors qu’elles sacrifiaient pour Vénus. Nous voilà effectivement bien loin de la procréation.
Puis, nous trouvons ces versets citant Asmodée :
« Dans l’instant même, leur prière à tous deux fut entendue en présence de la gloire de Dieu et Raphaël fut envoyé pour les guérir tous deux : Tobit, en faisant partir les leucomes de
ses yeux, afin qu’il voie de ses yeux la lumière de Dieu ; Sara, la fille de Ragouël, en la donnant pour femme à Tobias, le fils de Tobit, et en expulsant d’elle Asmodée, le démon mauvais,
c’est à Tobias, en effet, qu’il revenait de l’obtenir avant tous les autres représentants ». (Tb 3 – 16/17) Cette fois-ci, un phénomène connu des prêtres sataniques, mages de
Bacchus Priape, sorciers noirs et autres nécromanciens a lieu : celui d’un exorcisme où
l’on est capable d’extérioriser la sensibilité d’une personne, en faisant d’elle un « fantôme », ou bien d’introduire en elle la force d’un démon, laquelle peut rendre des services
maléfiques. D’une femme fatale, un nécromancien extériorisera son « esprit volant », le rendant « fantasme » (les Fantasmes d’antan, entités fantomatiques identifiées à des
vampires ayant l’aspect de larves) ou, inversement, il condamnera une femme qui veut être mère à la stérilité en incorporant en elle une entité anti-générationnelle. Que ces phénomènes soient
pratiqués avec réussite ou pas ne nous intéressent pas présentement ; mais que pour une pratique de sorcellerie visant la stérilité, l’auteur du Livre de Tobit mentionne le nom du démon
Asmodée. Paradoxal que ce diable, maître de Vénus, haut règne s’il en est un de la génération, soit pourtant réputé de garantir la stérilité. Signe sûrement que le dieu antique était bel et bien
déchu en l’an 200 avant J.C., tombé en disgrâce auprès des foules, et que des kabbalistes l’avaient disposé en bonne place dans le grand Arbre Qliphotique composé pour l’essentiel des antiques
dieux que la génération n’intéressa pas. Il ne faut point croire là que « procréer » fut l’obsession de toutes les Divinités antiques. Oui dans les cultes monothéistes, non chez les
polythéistes.
Comme en témoigne, avec sa plume agressive de surcroît
violente, l’odieux Marquis de Sade, dans un pamphlet tiré de « Justine ou les malheurs de la vertu » : « Mais ceci
serait-il une erreur du siècle, et la femme est-elle mieux vue chez ceux qui
précédèrent ? Les Perses, les Mèdes, les Babyloniens, les Grecs, les Romains honoraient-ils ce sexe odieux dont nous osons aujourd’hui faire notre idole ? Hélas ! Je le vois
opprimé partout, partout rigoureusement éloigné des affaires, partout méprisé, avili, enfermé ; les femmes, en un mot, partout traitées comme des bêtes dont on se sert à l’instant du besoin,
et qu’on recèle aussitôt dans le bercail. M’arrêté-je un moment à Rome, j’entends Caton le gage me crier du sein de l’ancienne capitale du monde : Si les hommes étaient sans femmes, ils
converseraient encore avec les dieux. J’entends un censeur romain commencer sa harangue par ces mots : Messieurs, s’il nous était possible de vivre sans femme, nous connaîtrions dès lors le
vrai bonheur. J’entends les poètes chanter sur les théâtres de la Grèce : Ô Jupiter ! Quelle raison put t’obliger de créer les femmes ? Ne pouvais-tu donner l’être aux humains par
des voies meilleures et plus sages, par des moyens, en un mot, qui nous eussent évité le fléau des femmes ? Je vois ces mêmes peuples, les Grecs, tenir ce sexe dans un tel mépris qu’il faut
des lois pour obliger un Spartiate à la propagation, et qu’une des peines de ces républiques est de contraindre un malfaiteur a s’habiller en femme, c’est-à-dire à se revêtir comme l’être le plus
vil et le plus méprisé qu’elles connaissent.
Mais sans aller chercher des exemples dans des siècles
si loin de nous, de quel œil ce malheureux sexe est-il vu même encore sur la surface du globe ? Comment y est-il traité ? Je le vois, enfermé dans toute l’Asie, y servir en esclave aux
caprices barbares d’un despote qui le moleste, qui le tourmente, et qui se fait un jeu de ses
douleurs. En Amérique, je vois des peuples naturellement humains, les Esquimaux, pratiquer entre hommes tous les actes possibles de bienfaisance, et traiter les femmes avec toute la
dureté imaginable ; je les vois humiliées, prostituées aux étrangers, servir de monnaie dans une autre. En Afrique, bien plus avilies sans doute, je les vois exerçant le métier de bêtes de
somme, labourer la terre, l’ensemencer et ne servir leurs maris qu’à genoux. Suivrai-je le capitaine Cook dans ses nouvelles découvertes ? L’île charmante d’Otaïti, où la grossesse est un
crime qui vaut quelquefois la mort à la mère, et presque toujours à l’enfant, m’offrira-t-elle des femmes plus heureuses ? Dans d’autres îles découvertes par ce même marin, je les vois
battues, vexées par leurs propres enfants, et le mari lui-même se joindre à sa famille pour les tourmenter avec plus de rigueur.
Oh, Thérèse ! Ne t’étonne point de tout cela, ne te surprends pas davantage du droit général qu’eurent, de tous les temps, les époux sur leurs femmes : plus les peuples sont rapprochés de la nature, mieux ils en suivent les lois ; la femme ne peut avoir avec son mari d’autres rapports que celui de l’esclave avec son maître ; elle n’a décidément aucun droit pour prétendre à des titres plus chers. Il ne faut pas confondre avec des droits, de ridicules abus qui, dégradant notre sexe, élevèrent un instant le vôtre : il faut rechercher la cause de ces abus, la dire, et n’en revenir que plus constamment après aux sages conseils de la raison. Or la voici. Thérèse, cette cause du respect momentané qu’obtint autrefois votre sexe, et qui abuse encore aujourd’hui, sans qu’ils s’en doutent, ceux qui prolongent ce respect.
Dans les Gaules jadis, c’est-à-dire dans cette seule partie du monde qui ne traitait pas
totalement les femmes en esclaves, elles étaient dans l’usage de prophétiser, de dire la bonne aventure : le peuple s’imagina qu’elles ne réussissaient à ce métier qu’en raison du commerce
intime qu’elles avaient sans doute avec les dieux ; de là elles furent, pour ainsi dire, associées au sacerdoce, et jouirent d’une partie de la considération attachée aux prêtres. La
Chevalerie s’établit en France sur ces préjugés, et les trouvant favorables à son esprit, elle les adopta ; mais il en fut de cela comme de tout : les causes s’éteignirent et les effets
se conservèrent ; la Chevalerie disparut, et les préjugés qu’elle avait nourris s'accrurent. Cet ancien respect accordé à des titres chimériques ne put pas même s’anéantir, quand se dissipa
ce qui fondait ces titres : on ne respecta plus des sorcières, mais on vénéra des catins, et ce qu’il y eut de pis, on continua de s’égorger pour elles. Que de telles platitudes cessent
d’influer sur l’esprit des philosophes, et, remettant les femmes à leur véritable place, qu’ils ne voient en elles, ainsi que l’indique la nature, ainsi que l’admettent les peuples les plus
sages, que des individus créés pour leurs plaisirs, soumis à leurs caprices, dont la faiblesse et la méchanceté ne doivent mériter d’eux que des mépris.
Mais non seulement, Thérèse, tous les peuples de la terre jouirent des droits les plus étendus sur leurs femmes, il s’en trouva même qui les condamnaient à la mort dès qu’elles venaient au monde, ne conservant absolument que le petit nombre nécessaire à la reproduction de l’espèce. Les Arabes, connus sous le nom de Koreihs, enterraient leurs filles dès l’âge de sept ans, sur une montagne auprès de La Mecque, parce qu’un sexe aussi vil leur paraissait, disaient-ils, indigne de voir le jour. Dans le sérail du roi d’Achem, pour le seul soupçon d’infidélité, pour la plus légère désobéissance dans le service des voluptés du prince, ou sitôt qu’elles inspirent le dégoût, les plus affreux supplices leur servent à l'instant de punition. Aux bords du Gange, elles sont obligées de s’immoler elles-mêmes sur les cendres de leurs époux, comme inutiles au monde, dès que leurs maîtres n’en peuvent plus jouir. Ailleurs on les chasse comme des bêtes fauves, c’est un honneur que d’en tuer beaucoup ; en Égypte, on les immole aux dieux ; à Formose, on les foule aux pieds si elles deviennent enceintes. Les lois germaines ne condamnaient qu’à dix écus d’amende celui qui tuait une femme étrangère, rien si c’était la sienne, ou une courtisane. Partout, en un mot, je le répète, partout je vois les femmes humiliées, molestées, partout sacrifiées à la superstition des prêtres, à la barbarie des époux ou aux caprices des libertins. Et parce que j’ai le malheur de vivre chez un peuple encore assez grossier pour n’oser abolir le plus ridicule des préjugés, je me priverais des droits que la nature m'accorde sur ce sexe ! Je renoncerais à tous les plaisirs qui naissent de ces droits !... Non, non, Thérèse, cela n’est pas juste : je voilerai ma conduite, puisqu’il le faut, mais je me dédommagerai en silence, dans la retraite où je m’exile, des chaînes absurdes où la législation me condamne, et là, je traiterai ma femme comme j’en trouve le droit dans tous les codes de l’univers, dans mon cœur et dans la nature ».
Manifestement, nous sommes loin des conceptions mystiques du tantrisme et même du satanisme, où la femme est tant idolâtrée. Ce qui permettrait du coup pleinement de comprendre pourquoi ce dernier mouvement fut tant et tant condamné.
(A suivre au chapitre suivant « Asmodée et les femmes impudiques, exhibitionnistes… »)