eros666
Tout le problème consiste ensuite à savoir à quoi se réfère la « Bête ». Les
mystères de Samothrace, avec leurs divinités infernales nommées les Kabirs, présentaient des dieux sortis du feu, avec des visages parfois monstrueux – héritage oriental – et souvent des corps
d’animaux. Rapidement, ces divinités devinrent phalliques, précisément, on sculptait à leur figure un pieu démesuré par rapport à la taille du corps. Nous savons d’ailleurs, pour continuer sur
l’étymologie, que l’adjectif « dressé » du « serpent dressé » (Nahash Barah ou Nahash Bara(c)h) peut aussi bien se rapporter à l’éréthisme dont le « membrum virile »
a la propriété d’être doué. Et « Bara(c)h » est une permutation de « Kabir ». D’autant plus que, même l’enseignement théosophique le dit : « Ainsi, tandis qu’en
Samothrace et dans les plus anciens temples égyptiens, les Kabirs étaient les Grands Dieux cosmiques, leur culte devint, dans les temples grecs, en grande partie phallique et, par suite, obscène
aux yeux du profane (HPB – Doctrine secrète 3 ; p.517). Ceci, au point que ces même divinités sont abordées, dans « Le dictionnaire des symboles », sous le titre de « démons
phalliques » et autres « puissances infernales ». L’objet oblong priapique représentant tel démon représentait, lors de la cérémonie d’invocation ou de glorification, le dieu ou
démon, la puissance infernale.
Les versets cités plus haut de Jean posent une autre énigme : que viennent faire « acheter et vendre » dans un contexte mystique, où l’auteur évoque un rituel comme une messe ? Nous savons seulement qu’acheter correspond au principe mâle (Priape) et vendre au principe féminin (Vénus). On pourrait supposer que derrière ces deux verbes se cache une communion luxurieuse. Car Jean dénonce peut être les pratiques « obscènes » des cultes kabirs mais ceux-là aussi des Gnostiques et autres Aphaques, Baptes, etc.
Si l’auteur prophète inclut les verbes « acheter » et « vendre » en
dénonçant un culte divin, c’est que ce dernier ressemble fort à celui de Vénus ou l’un des siens, où la prostitution était pratiquée à des fins mystiques et aussi… financières. Nous savons bien
le lien existant entre certains cultes et la prostitution dite sacrée. « Dans les cérémonies du culte de Vénus, l’acte de la génération était sanctifié. La jeunesse des deux sexes venait
solennellement offrir ses prémices à cette déesse : ainsi qu’ailleurs on y offrait à d’autres divinités les prémices des fleurs, des fruits, et les nouveau-nés des animaux domestiques. La
politique fonda cette cérémonie ; la superstition la consacra ; et l’attachement des peuples pour les vieilles habitudes, et surtout pour celles qui tiennent à la religion, la maintint
jusque dans un temps où la civilisation avancée, les mœurs altérées, commençaient à la rendre humiliante pour les personnes qui étaient forcées de s’y soumettre. Le culte qu’on
rend à cette divinité, dit Montesquieu, est plutôt une profanation qu’une religion. Elle a
des temples où toutes les filles de la ville se prostituent en son honneur, et se font une dot des profits de la dévotion. Elle en a où chaque femme mariée va se donner à celui qui la choisit, et
jette dans le sanctuaire l’argent qu’elle a reçu. Il y en a d’autres où les courtisanes de tous les pays, plus honorées que les matrones, vont porter leurs offrandes. Il y en a enfin où les
hommes se font eunuques et s’habillent en femmes, pour servir dans le sanctuaire, consacrant à la déesse et le sexe qu’ils n’ont plus, et celui qu’ils ne peuvent pas avoir ».
(Jacques-Antoine Dulaure – Histoire abrégée des différents cultes)
Ou, pire aveu encore, celui qui témoignait des
pratiques des Bacchantes : « Les excès de la table, où le vin coulait en abondance, excitaient à d’autres excès que la nuit favorisait par ses ténèbres. Tout âge, tout sexe, étaient
confondus. Chacun satisfaisait le goût auquel il était enclin ; toute pudeur était bannie ; tous les genres de luxure, même ceux que la nature réprouve, souillaient le temple de la
divinité ». (Même auteur)
Autre description d’un culte de Vénus datant du premier moyen-âge : « Si l’on en croit une légende en vers de saint Romain, évêque de Rouen, le culte de Vénus existait encore dans cette ville au septième siècle. Dans les murs de Rouen était un château fortifié : là, sous des voûtes ténébreuses, des sectaires de la déesse se livraient aux excès de la table, et puis à tous ceux de la débauche la plus effrénée. Au centre du château, s’élevait un édifice appelé « temple de Vénus » : une idole de cette déesse y était adorée ; et ses prêtresses, à qui notre légendaire peu poli donne le titre dont le vulgaire grossier apostrophe les plus viles courtisanes, y remplissaient scandaleusement leur indécent ministère. Saint Romain détruisit tous ces repaires de prostitution, renversa le temple, brisa l’idole, et mit en fuite les prêtresses et leurs partisans. C’est à ce point de dépravation que dégénéra ce culte ». (Même auteur)
Dénoncer l’acte d’acheter et de vendre dans un texte prophétique rappelle au
mystique le dieu Mammon devenu démon au moyen âge. Son nom, on nous l’assure, veut dire « richesses ». Si l’on s’inquiète seulement de l’étymologie et de la phonétique, nous remarquons
une proximité entre les mots « mammon » et « mammosa », dont le sens de ce dernier est trouvé dans l’explication du nom « Iaccchus » pour
« Bacchus » : « Le nom d’Iacchus, suivant Bochart, signifie proprement, dans les
langues orientales, « un enfant à la mamelle » (Lucret). On trouve dans Suidas la
même définition. Sophocle nous représente le jeune dieu sur le sein de Cérès éleusienne. Lucrèce donne à Cérès l’épithète de Mammosa. Orphée cité par saint Clément
d’Alexandrie, et Suidas appellent Iacchus, « infans mammis sive uberibus Cereris admotus ». (Pierre Nicolas Rolle – Recherches sur le culte de Bacchus. 1819) Le sein, emblème de la femme par excellence, emblème de la luxure
aussi pour les mages noirs, vient mêler le féminin au culte de la Bête. En magie, le sein peut être un fétiche de Mammon (il y du sein dans son nom), figurant l’opulence (luxurieuse) ou au
contraire, l’avarice selon sa mensuration.
En même temps, il révèle qu’au temps de Pan le dieu-taureau ou le dieu-bouc, sa parèdre, en forme de chèvre, était appelée « Amalthée », et les mystiques assuraient qu’elle « détient la corne d’abondance » (richesses). Zeus - et les hommes – lui attribuèrent une constellation (du Capricorne) et une étoile « Amalthée », nommée aujourd’hui « Capella* » (chèvre).
(* Nous écrivions à son sujet : « En décrivant
Capella - anciennement Mendès (sdnm) et Amalthée
(haytlma) – les astronomes ont dit
exactement d’elle qu’elle « est la 6ème étoile la plus brillante du ciel d’un ensemble composé de 66 étoiles, qu’elle brille dans une constellation ayant la forme d’un pentagone
appelé « étoile flamboyante », celle qu’on voit sur le front du Baphomet : 6ème de 66
prend la forme du chiffre 666. Au féminin, Capella est figurée par Amalthée, dont « la corne était remplie de
ses bienfaits et était un de ses attributs », ce qui en dit long ; et Mendès, outre sa puissance génésique, capable de réveiller la nature entière, invisible et visible, personnifie la
toute puissance.)
Sauf que cette chèvre Amalthée « fut honorée à l’identique de Pan » ; que de plus, l’étoile la plus brillante de la constellation du Cocher faisant partie de celle du Taureau, et celle-ci ayant pour maître Vénus, les rituels phalliques lui étant liés concernaient sans aucun doute les fameuses prostitutions décrites par Jacques-Antoine Dulaure (lire chapitre « Capella actuelle fait oublier Mendès ancien »), pratiques dites dévotionnelles impliquant l’utilisation de l’argent et commettant la luxure.
Des enseignements gnostiques s’étant inspirés de ceux venus d’Orient, l’une d’elle décrit de la sorte l’icône de la chèvre céleste : « (…) Une seule chèvre rouge, blanche et noire procrée de nombreux rejetons semblables à elle. Un bouc ayant joui d’elle la suit, les autres ayant joui d’elle la quittent ». (Alain Daniélou – Le mystère du culte du linga)
Mammon, dieu ou démon des richesses, entretient quelques liaisons avec la luxure, nous
le savons bien désormais, lui qui confie : « Il n’y a pas de luxure sans argent ». Et puis
ce bas monde est celui du commerce, l’homme lui-même est compté comme une valeur marchande, la plus basse possible d’où l’esclavage.
Si les fameux versets de Jean peuvent être interprétés
de sept manières différentes, l’une d’entre elles doit inclure la pratique de la prostitution sacrée qui sévissait dans les cultes phalliques dont l’idole était figurée par un bouc ou un taureau.
En référence à Amalthée ou Pan (Mendès ; Ba’al Peor), l’étoile dont l’association des chiffres qui la caractérisent forme le nombre 666, nous comprenons que chacun qui voulait entrer au
temple où se pratiquait la prostitution dite sacrée et connaître une femme intimement, laquelle
faisait son sacrifice pour Vénus, devait « se faire marquer au nom de la Bête ou au chiffre de son nom ». L’étoile Capella « brillant dans une
constellation ayant la forme d’un pentagone appelé « étoile flamboyante » », la marque sur
le front pouvait bien être un pentagramme, pointe en haut pour Vénus, pointe en bas pour Vénus noire (Satan – Lilith), et son nombre 666. C’est au moins une des sept explications possibles.
Amené sous cet angle, les versets énigmatiques s’interprètent de la sorte :
« Par ses manœuvres, tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front (pentagramme), et nul homme ne pourra sacrifier
au culte de Vénus (fornication), nulle femme ne pourra se vendre (dans le temple de Vénus) s’il n’est marqué au nom de la Bête (Attein, Pan Priape et Amalthée Vénus) ou au chiffre de son nom
(666) ».
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