Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 15:23

babylon2.jpgLes experts assurent que nombre des dieux, des mythologies, des légendes, l’histoire de l’Atlantide, le premier couple Adam et Eve, tout cela nous vient des Babyloniens. De même les noms des démons, la description de leur monde inférieur, leur figure, de baleine ou de monstre. Les mêmes nous présentent Mardouk comme Grand Dieu et d’autres assurent que c’est Bel ou Ba'al. Pour saisir un peu mieux et sortir quelque peu de cette confusion, usons des connaissances acquises et enseignées par un érudit du domaine, Gaston Maspero (1846 – 1916), Professeur de langue et d’archéologie égyptienne au Collège de France, Membre de l’Institut, Directeur Général des Antiquités de l’Egypte, lequel s’intéressa à la Chaldée, à Babylone, et tente dans un chapitre, de distinguer les cultes religieux les uns des autres et les animer pour les faire fondre en une religion majeure (Gaston Maspero – Histoire ancienne des peuples de l’Orient ; chapitre IV « La Chaldée » ; sous-chapitre « Les religions et les dieux de Chaldée ».

 

Ce sujet vient enrichir le chapitre « Qui est donc Lilith « l’écarlate » ? » ; « 666 : origines possibles » ; « Comment la Lilith fardée devint Lilith d’outre-tombe… ». Nous soulignons ce qui a trait à l’objet de nos études et mettons en exergue nos suppositions.

 

« A chacune des trois zones de l’univers commande un double, un dieu suprême : Zi-ana, l’esprit du ciel, Zi-kia, l’esprit de la terre, Enlil, le maître des démons au fond de l’abîme (ceci après son union avec Ninlil, qu’il épie alors qu’elle se baignait nue, et viole, lui enlevant sa virginité. Les autres dieux, scandalisés par son attitude, le condamnent à l’exil aux enfers. Mais Ninlil ne lui en veut pas, elle est très attirée par lui et le rejoint). Zi-ana, ou plus simplement Ana, était à la fois le corps et l’âme du ciel, le ciel matériel et l’intelligence qui régit la matière céleste. Zi-kia, qui à Endon s’appelait Éa, règne sur la surface terrestre et sur l’atmosphère, mais sa lilith et astartédemeure favorite est le fleuve Océan ; il est appelé souvent « le grand poisson de l’Océan, le poisson sublime », et il parcourt son empire sur un vaisseau symbolique, manœuvré par les dieux ses enfants, comme chez les Égyptiens la barque solaire par les fils de Râ. Sa compagne Damkina ou Davkina est la personnification de la terre : le dieu se répand sur elle, la féconde, et de leurs embrassements naissent les eaux matérielles qui font tout verdir. Enlil et sa forme féminine Ninlil siègent dans l’abîme infernal (le couple infernal est né ; et Ninlil, nous le lirons plus loin, sera identifiée plus tard avec Mylitta) et y reçoivent les survivances humaines à l’instant de la mort.

Au-dessous des grands dieux s’agitait un peuple innombrable de dieux moindres et d’esprits, toujours en lutte les uns contre les autres. Le dieu du soleil diurne, Outou, Babbar, « fait évanouir les mensonges, dissipe les mauvaises influences et déjoue les complots méchants ». Le feu, Bilgi ou Gishbar, supérieur au soleil même, est « le pontife suprême à la surface de la terre », soit qu’il brûle dans la flamme du sacrifice, soit qu’il flambe au foyer domestique. Mardouk ou Asari, « celui qui dispose le bien pour les hommes », est le fils d’Éa, l’intermédiaire entre son père divin et l’humanité souffrante. C’est par lui qu’Éa publie ses décrets et révèle son nom réel, le nom mystérieux qui met les démons en fuite.

Les démons et les mauvais esprits sont échappés de l’enfer. Ils s’insinuent partout et se dissimulent sous toutes les formes pour nuire aux bons esprits et aux hommes. Les uns ont rang de demi-dieux et sont connus sous les noms de mas, combattants, lamas, colosse ; les autres sont classés hiérarchiquement par clans de sept, les alal, destructeurs, les telal, guerriers, les maskim ou tendeurs d’embûches, « qui se cachent au plus profond de l’abîme et dans les entrailles de la terre, ni mâles ni femelles, n’ayant pas d’épouses et ne produisant pas d’enfants ». Certains d’entre eux s’attaquent à l’ordre général de la nature et ils s’efforcent de le bouleverser. D’autres se mêlent aux hommes pour le mal : « de maison en maison ils pénètrent ; dans les portes, comme des serpents, ils se glissent. Ils empêchent l’épouse d’être fécondée par l’époux ; ils ravissent l’enfant sur les genoux de l’homme ; ils font fuir la femme libre de la demeure où elle a enfanté ; … ils font fuir le fils de la maison du père ». Ils gîtaient de préférence dans les lieux déserts (Lire chapitre « Comment la Lilith fardée devint Lilith d’outre-tombe… » ; Esaïe 34 -14 ; La description de Maspero est la même que celle apportée par Esaïe. Sauf qu’il ne cite point Lilith, ni les Satyres. Le nom Lilith fut-il jeté là pour diaboliser définitivement l’antique Maîtresse des plaisirs et de la volupté, nous tenterons de le deviner plus loin), et ils n’en sortaient que pour harceler les hommes et les animaux. Ils s’introduisaient dans les corps et ils y fomentaient les maladies graves. La peste et la fièvre, le fantôme, le spectre, le vampire, les incubes et les succubes étaient autant d’êtres distincts appartenant à cette engeance redoutable. Sans cesse en hutte à leurs assauts, l’homme était sur la terre comme un voyageur égaré dans une contrée inconnue, au milieu de tribus sauvages. Pour se défendre, il devait se ménager des alliés parmi les dieux et les esprits, se munir d’armes offensives ou défensives contre les démons, en un mot, avoir recours à la magie. Le culte des premiers habitants de la Chaldée est une véritable magie, où les hymnes à la divinité prenaient tous la tournure d’incantations : le prêtre y est moins un prêtre qu’un sorcier.

 

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A côté de ce peuple étrange, une autre race florissait, de tempérament et de tendances opposés. La langue qu’elle parlait est apparentée à l’hébreu, à l’arabe et aux autres idiomes sémitiques. Ses origines sont obscures : tandis que la plupart des savants l’amènent du Nord et de l’Orient et se l’imaginent cantonnée d’abord en Arménie, au pied de l’Ararat, entre le cours supérieur du Tigre, de l’Euphrate et du Cyrus, d’autres en placent le siège primitif très loin vers le sud, dans la péninsule Arabique. Les monuments les plus anciens nous la montrent établie déjà sur le Tigre, sur l’Euphrate et sur le golfe Persique. Une portion, la plus importante, séjournait dans l’intervalle compris entre les deux fleuves, côte à côte avec les premiers possesseurs, et elle devint plus tard l’élément prépondérant des populations mésopotamiennes. D’autres tribus, répandues aux confins du désert Arabique et dans les marais qui avoisinent l’embouchure du Tigre, de l’Euphrate et de l’Ulæus, étaient connues sous le nom générique d’Araméens. Une troisième branche s’implanta sur la côte occidentale du golfe Persique et dans les îles prochaines, Sour et Arad, Dilmoun ou Tilvoun, qui sont à quelque distance des bouches du Tigre ; une tradition antique, recueillie par Bérose, mettait là les débuts de la civilisation chaldéenne. La religion des nouveaux venus différait sensiblement de celle des anciens maîtres. Ceux-ci adoraient le dieu Lune comme être suprême et ils n’admettaient, à proprement parler, qu’une seule déesse, Ishtar, la reine de l’amour et de la guerre, la maîtresse baal ashera de la Lune et de la planète Vénus : il y avait autant d’Ishtar que de centres religieux. Les Sémites exaltaient le Soleil au-dessus des autres dieux, et ils réunissaient en une personne les deux principes nécessaires de toute génération, le principe mâle et le principe femelle. Anou, le roi du ciel, se dédoublait en Anat ; Bîlou, Bel (Ba’al), le seigneur, en Belît ou Bèltis, Mardouk en Zarpanit. La fusion entre les idées religieuses des Sémites et celles de leurs prédécesseurs s’opéra lentement et dans des circonstances encore inconnues. Les Sémites adoptèrent en bloc le vieux Panthéon. Quelques-unes des divinités principales furent identifiées l’une avec l’autre : Outou, le soleil diurne, se fondit en Shamash, Enlil en Bîlou (étonnant : le dieu en enfer devient Ba’al), Asari en Mardouk. La plupart ou gardèrent leur nom antique ou ils le modifièrent à peine. Quant aux dieux inférieurs, ils furent relégués parmi les trois cents esprits du ciel et les six cents esprits de la terre, sans presque rien perdre de leur signification première. La religion ainsi modifiée ne fut plus qu’un mélange souvent incohérent de notions contradictoires, empruntées, d’une part, au rituel des esprits et aux conceptions magiques des tribus non sémitiques, de l’autre, aux cultes solaires et aux théories astronomiques des Sémites.


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Au début, les dieux n’étaient pas encore groupés et distribués selon une hiérarchie régulière. Ils coexistaient sans se commander, et chacun d’eux était fêté de préférence aux autres dans une ville ou par un peuple, Anou dans Ourouk, Bel à Nipour ; Sin à Ourou, Mardouk à Babylone. L’ordre et la préséance des cultes divins s’altéraient au hasard de la politique, et celle des villes qui était la plus forte imposait son dieu aux autres dieux : Sin, le dieu Lune, eut le pas au temps de la suprématie d’Ourou, Shamash, le dieu Soleil, au temps de la suprématie de Larsam.

Au sommet de la hiérarchie trône la triade suprême : Anou, Bîlou (Bel, Ba’al), Èa. Sur les monuments, Anou, le ciel, « l’antique, le père des dieux, le seigneur du monde baal en poteau sacré phallique2inférieur, le maître des ténèbres et des trésors cachés », a la figure d’un homme à queue d’aigle, coiffé d’une tête de poisson monstrueuse, dont le corps lui retombe sur l’épaule et sur les reins. Bel, « le démiurge, le seigneur du monde, le maître de toutes  les contrées, le souverain des esprits », est un roi assis sur un trône. Il a deux formes secondaires : Bel-Mardouk, le deuxième démiurge, à Babylone, et Bel-Dagan au corps de poisson surmonté d’un buste humain. Èa, « le guide intelligent, le seigneur du monde visible, le maître des sciences, de la gloire, de la vie », l’Esprit porte sur les eaux, est un génie muni de quatre ailes éployées comme les chérubins. Chacun de ces dieux projette hors de lui une divinité femelle, qui est son doublet passif et comme son reflet, Anat (Anaïtis), Bélith (Bèltis, Mylitta) (sachant qu’Enlil devient Ba’al, logiquement Ninlil devient Mylitta, qui est Astarté. Dans ce cas où « Ninlil devient Bélith », est-il possible de croire que ses dévots, pour assurer leur foi que la seconde englobait bien la première, qu’ils la nommèrent aussi « Ninlil-Bélith » ou « Lilith » ?) et Davkina (Daukê). Anat, Bélit et Davkina, moins vivaces que leurs associés mâles, se perdent aisément les unes dans les autres, et elles se réunissent le plus souvent en une seule déesse, qui prend le nom de Bélith et qui représente le principe féminin de la nature, la matière humide et féconde.

Cette première trinité ne renferme que des êtres d’un caractère vague et indéterminé ; la seconde contient des personnages nettement définis, émanations et symboles des précédents. Elle se compose du dieu-lune Sin, du dieu-soleil Shamash, et de l’atmosphère Adad ; puis viennent cinq dieux que l’on accordait comme protecteurs aux planètes : Ninip (Saturne), Mardouk (Jupiter), Nergal (Mars), Ishtar (Vénus) et Nabou (Mercure). Ninip fut considérée plus tard comme une des incarnations du Soleil, le soleil destructeur de midi.

 

Mardouk fut élevé au rang de dieu principal par les Babyloniens et il s’allia avec Bel ou Ba’al. Ishtar, de même qu’Anat et Bèltis ou Bélith (la maîtresse du taureau), personnifie la nature. Dans un de ses rôles, elle est guerrière, « reine de Victoire » et « juge des exploits de la guerre » ; comme telle, on la voit debout sur un lion ou sur un taureau, coiffée de la tiare étoilée, armée de l’arc et du carquois (les deux attributs majeurs du futur Eros Cupidon). Elle est aussi la déesse de la volupté et de la génération, et elle reçoit le surnom de Zirbanit, « productrice des êtres », ou Zarpanit : alors elle s’étale de face, nue et les deux mains pressées contre la poitrine (c’est le signe de la luxure, un trait majeur du caractère de Ninlil, que récupère Bélith ; la première aidera aux détracteurs de la seconde d’en faire une démone idéale, hantant les lieux déserts décrits plus haut).

 

Quelques-unes d’entre elles n’étaient en réalité que de simples doublets des noms divins, auxquels la tradition locale prêtait une existence distincte : ainsi Bélith-Balati « la dame de vie », est une épithète animée de Bélith. D’autres étaient de véritables personnes indépendantes, et elles exerçaient des fonctions d’importance, dirigeant des constellations comme Ashmoun et Koummout, ou s’intéressant aux récoltes ; Baou était le Chaos, Martou, fils d'Anou, l'Occident, et Shoutou le Sud.

 

Le sacerdoce magique comprenait trois classes : les conjurateurs, les médecins, les théosophes. Il « essayait de détourner le mal et de procurer le bien, soit par des purifications, soit par des sacrifices ou des enchantements ». Les rites et les incantations qu’il employait nous ont été conservés en partie dans plusieurs ouvrages dont les débris sont au Musée Britannique.

leviathan2.png L’un d’eux se divisait en trois livres. Dans le livre des Mauvais Esprits, on lit les prières dirigées contre les démons ; le second livre est rempli d’exorcismes contre les maladies ; le troisième contient des hymnes mystérieux, destinés à évoquer les dieux.

A côté du magicien d’action bienfaisante, il y avait  l’enchanteur  qui évoque les démons dans une intention criminelle, le charmeur, la charmeuse, le jeteur de sorts, le faiseur de philtres. Le sorcier chaldéen, comme son confrère moderne, vendait des poisons, envoûtait, déchaînait par ses imprécations les esprits de l’abîme. « L’imprécation agit sur l’homme comme un démon mauvais, … l’imprécation de malice est l’origine de la maladie ». Tout malade était réputé ensorcelé et ne pouvait être guéri que par l’effet d’une conjuration contraire à la conjuration qui l’avait frappé. Aussi n’y avait-il pas à proprement parler de médecins à Babylone : il y avait des prêtres sorciers qui vendaient des philtres et des brevets contre les maladies. Sans doute l’expérience des siècles leur avait révélé les vertus d’un certain nombre de plantes et de substances médicinales  leurs breuvages et leurs poudres magiques étaient souvent de véritables remèdes vraiment efficaces contre les maladies. Mais poudres et breuvages n’allaient jamais sans l’incantation : si le malade guérissait, l’incantation et non le remède avait l’honneur de la cure (preuve que la sorcellerie n’est pas née au moyen-âge, loin de là, peut-être au commencement même de l’humanité) ».

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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