eros666
Pierre Nicolas Rolle dresse un portrait du dieu Horus bien éloigné du dieu-faucon
exposé aujourd’hui à nos yeux chastes et vertueux. L’original Horus n’est pas encore tout à fait le « Conducteur du Char du Soleil » car les hommes l’honorent pour les récoltes
agraires. Surtout, il est figuré, lui aussi et surtout, comme un dieu phallique, assimilé au Priape romain (Pan, Bacchus, Apis, par extension l’original Mendès à tête de bélier) :
« Horus, le type de Bacchus éleusinien, est l’emblème du monde produit par l’action combinée du
principe actif et du principe passif de la nature ; c’est l’ordre, le bien, la fécondité qui naît de cette action, c’est le symbole des productions dont il représente la variété et
l’abondance. Il est Bacchus. Les Egyptiens regardaient Horus comme le principal auteur de la fécondité de l’Egypte et de la fertilité universelle ; ils appuyaient le trône de ce dieu sur des
figures de lion pour exprimer sa force : Horus est souvent représenté tenant en main l’organe de la génération dans une forte érection. (…) Il était la même divinité que Priape.
(Pierre Nicolas Rolle – Recherches sur le culte de Bacchus. 1819)
Voici le passage de l’auteur d’après lequel Suidas a donné son article de Priape : « Simulacrum Priapi quem Horum Aegyptii vocant, humana forma fingunt, dextra sceptrum tenens, propterea quod ab eo, tum siccum tellus, tum mare sit in lucem productum : laeva vero tenens veretrum suum tintentum, propterea quod semina, quae in terra occultabantur, educat in apertum, ac manifesta reddat ; alae vero additae celeritatem motus indicat. Eumdem enim ac solem esse arbitrantur (Suidas V. II)
D’après Jablonski, on trouve dans la langue égyptienne une étymologie du mot « Horus », qui est en parfaite harmonie avec la nature de ce dieu, « causa facultatis activae » ; parfois « roi du monde ». Assurément lié à « Aour » signifiant « lumière » (dont vient le mot « or »).
Son caractère phallique est bel et bien figuré. « Ce caractère d’Horus est attesté par une foule de monuments égyptiens. Au temple de Medynet-Abou en Egypte, on remarque un Horus emblème de la fécondité. Il a les jambes collées l’une contre l’autre ; sa coiffure est une mitre composée de deux lames arrondies ; il est enveloppé d’une tunique collante, au travers de laquelle passe le signe de la virilité. Devant lui est un personnage remarquable par le grand bonnet dont sa tête est surmontée : il a le corps penché en avant, et il est dans l’action de labourer la terre, avec un instrument qu’il tient par le petit côté. (…) Dans un autre tableau, on voit un homme qui semble embrasser les parties de la générations d’Horus ».
L’explication possible renvoie au cycle des saisons, au temps des récoltes pour les hommes de la terre : « Chez les nations de l’Occident, la moisson se fait en été à l’époque où le Soleil est dans le signe de la Vierge ; c’est ce qui a fait dire à Macrobe : Virgo quae manu aristam quid aliud est, quam quae fructibus curat (Saturnales, liber I, chapitre 21). Mais en Egypte, la moisson se faisant au printemps, lorsque le Soleil est dans le signe du Bélier, cette époque est pour eux « l’heure des réjouissances ».
Aussi, « dans la première chambre du palais de Medynet-Abou, on voit la grande divinité de Thèbes, Horus en érection ; il est précédé d’une femme tenant à la main le sceptre à fleur de lotus et la croix ansée. En avant sont des végétaux et des fleurs : un sphinx à tête de femme et à corps de lion qui tient un vase surmonté d’un disque, couronne toute cette offrande ».
« Au temple ou Typhonium de Denderah, Horus est représenté dans toute sa force avec des marques non équivoques de virilité. Sa barbe rassemblée en une seule mèche pointue, tombe de son menton jusque sur sa poitrine : c’est sous cette forme qu’on l’a adoré à Thèbes, où on l’a représenté en mille endroits sur les murs du palais et des temples ».
On connaît l’épisode arrivé à Aleister Crowley, qui nomme Horus « Râ-Hoor-Khuit » (en égyptien Râ-Hoor-Khu-It, Râ-Har-Khuti ou encore Râ-Har-Akht) : « Se rendant au printemps 1904 au Caire pour son voyage de noces, Aleister Crowley entendit sa future épouse Ourda (Ourda signifiant Rose en arabe) lui dire « Ils t’attendent », alors qu’ils évoquaient Horus. Et, bien qu’ignorant tout de l’Egypte antique, la compagne du mage reconnut au musée Boulak une stèle de bois peint datant de la XXVIème dynastie représentant Horus et immatriculée du nombre auquel Crowley était associé depuis son enfance : 666 ».
Ce 666 apparut, puisqu’Horus est la personnification du « Conducteur du Char du Soleil », comme le nombre du Soleil, il est vrai que son carré a pour total 666 ; mais Horus, également identifié avec Priape ou le Pan égyptien, est Mendès ou Amalthée, dont l’étoile dans la constellation du Cocher est liée au même nombre 666.
Horus, comme les autres divinités antiques, est représenté par un phallus, d’abord emblème du Soleil, puis de la génération, pour dégénérer en symbole de la débauche ; ce qui impose de l’identifier avec les autres divinités présentées sous cet aspect : « Les initiations de Vénus, où l’on donnait un phallus pour une petite pièce de monnaie, les fêtes de Pan, des satyres, des faunes, des sylvains ; les fêtes de Priape ; les solennités d’Eleusis ; le culte de Mercure à Cyllène ; les Neurospates de Lucien ; les amulettes de Pline. Saint Denys l’Aéropagite parle d’une fête semblable à celle des Pamylies qui était célébrée en l’honneur de Mithra chez les Perses, où les fêtes de cette divinité étaient phalliques, c’est-à-dire, qu’on y adorait le Phallus comme emblème de la force fécondante, prolifique et génitale de Mithra. Le Belphégor (Baal Peor) des Moabites et des Madianites était la même divinité qu’Osiris, Mithra, Bacchus, Priape ; c’était le dieu protecteur avec les attributs de la fécondité. Saint Jérôme nous représente Belphégor portant le Phallus à la bouche, comme Kneph (Cnouphis) chez les Egyptiens y avait l’œuf symbolique ».
Lucien qui rapporte cette inscription et la traduction du voyage de Bacchus en Syrie, par le chemin qui l’a conduit en Ethiopie, ajoute que les Grecs élevaient à Bacchus des Phallus sur lesquels ils représentaient des hommes sculptés en bois qui étaient armés de gros Priape appelés « Neurospasta (Enervis tracta) » : ces Phallus se voyaient de son temps dans le temple d’Hiérapolis, et à leur droite était un petit homme d’airain qui portait un Priape monstrueux.
Dans les Mystères de Vénus, ses ministres buvaient dans un phallus de verre. Tant que les mœurs romaines conservèrent leur antique simplicité, le culte du phallus fut respecté ; mais les progrès de la corruption l’avilirent et le dégradèrent, et ce culte ne fut bientôt plus que le prétexte du libertinage : le phallus cessa d’être cet objet sacré.
Les Egyptiens attachaient à ce signe et à son culte toute la fécondité et tout ce qu’il y avait de félicité humaine sur la Terre ; pour eux, il n’y avait rien de si honteux que la stérilité*, ils regardaient même le Phallus comme le symbole de la vie à venir : c’est pourquoi ils les plaçaient dans les tombeaux. Monsieur Denon donne la gravure d’un membre viril embaumé et enveloppé de bandelettes, qu’il a trouvé à Thèbes dans le tombeau d’une femme, sachant qu’il était considéré comme l’emblème de l’immortalité.
(* Typhon, Seth et Lilith figurent la stérilité ; et plus tard, ces divins déchus au rang des démons, rangés dans le règne des Qliphoth, apparaîtront à leur tour comme des Génies stériles. Des Gnostiques empêcheront de les faire disparaître et continueront de jurer par eux, sacrifiant au moyen de rites sexuels et assurant qu’ils se pratiquaient pareillement avant.)
Non seulement on adora le Phallus isolé, mais on l’ajouta à tout ce que les Egyptiens regardaient comme symbole à la divinité. Monsieur Knight a publié une figure représentant la tête seule du bœuf Apis, ornée du disque du Soleil ; des deux côtés de sa bouche sortent deux Phallus de même proportion et qui s’étendent horizontalement sur une même ligne ; c’est pour exprimer l’action fécondante d’Osiris qu’Apis eut des testicules d’une grosseur extraordinaire.
C’est idem pour l’antique Osiris, figuré par un taureau, et qui n’est autre que Pan. « Douze prêtres portaient, dans les pompes religieuses d’Osiris, sur leurs épaules, un riche brancard couvert d’un tapis parsemé de fleurs de lotus épanouies, sur lequel s’élevait la statue du dieu coiffé d’une mitre, tenant en main le fouet, et ayant un phallus très saillant ».
Pierre Nicolas Rolle apporte ce fait historique : « Ce culte subsista en Egypte jusqu’à la fin du quatrième siècle de l’ère chrétienne. Lorsqu’en 389, l’évêque Théophile obtint de l’empereur Théodose la permission de détruire l’idolâtrie égyptienne, il mit en fuite les prêtres, brisa les idoles, démolit les temples ou y établit des monastères. Le temple d’Osiris tombant en ruines fut converti en temple chrétien, et on trouva dans les souterrains un grand nombre de phallus que l’évêque Théophile fit apporter au milieu de la place publique, afin, dit Socrates, de couvrir d’ignominie les mystères des païens. Quelques-uns des Phallus étaient doubles, d’autres triples, d’autres avaient des ailes : suivant Kircker, les ailes signifiaient la prompte puissance de la faculté génératrice. Dans la table Isiaque, Osiris est représenté avec des ailes.
Pas étonnant ensuite d’apprendre que dans nombre de ces monastères, les hommes qui y vivaient dans la solitude se sentirent attaqués par des succubes.