Partager l'article ! La femme, le sexe et le Diable: Lorsque les hommes, à l’heure maudite du moyen âge, en vinrent à épier le moindre de leur désir suspect - ...
eros666
Lorsque les hommes, à l’heure maudite du moyen âge, en vinrent à épier le moindre de leur désir suspect -
c’est-à-dire concupiscent -, responsable du péché mortel, ils s’appliquèrent une autodiscipline contre toute luxure, allant jusqu’à la castration morale. Déjà au douzième siècle, les hommes
pratiquaient la flagellation pour punir chaque désir luxurieux qui leur était venu à l’esprit. La conséquence en fut des cauchemars, des dépressions, jusqu’à l’apparition des démons incubes
succubes, comme par hasard…
La faute, demandez-le à Bodin, à Sprenger, était la
femme. Georges Zimra, dans « L’exorcisme amoureux », écrit : « La femme et le Diable étaient liés par une longue histoire, une grande proximité. Dans le Diable déguisé en
voyageuse, tableau du XIVème siècle, la toile montre une femme vêtue de superbes étoffes séduisant saint Benoît. Au bas du tableau, dans une relative obscurité, et sous les précieuses étoffes
émerge, partiellement seulement, le pied fourchu du Diable. Le tableau ne prend tout son sens qu’à son point de chute, là où il finit, dans la pénombre ; la femme belle et rayonnante,
inverse sa séduction en horreur, en aversion : la femme, c’est le Diable, la femme est la métonymie* du Diable. Fuir la femme comme on fuit le Diable, fuir la beauté parce qu’elle reflète
celle du Diable, voilà ce qui était montré. Le Diable pour autant ne saurait sortir victorieux de son emprise sur les femmes. Dans les corps des possédées, il se montre, se démontre, s’insurge,
se révolte, mais aussi se soumet en obéissant à l’exorciste ».
(* « Métonymie : figure de langage par laquelle un concept de langage est dénommé au moyen d’un mot désignant un autre concept, lequel entretient avec le premier une relation nécessaire : « la salle applaudit » pour « les spectateurs ». (Dictionnaire)
La femme, étant douée d’un pouvoir d’attirance sur l’homme mâle qui irrite et trouble son esprit, « le change en une bête salace » par son seul regard, « duquel transpire l’influence du Bouc », la voici donc, au regard des hommes dits « pieux », émissaire des puissances occultes ; et puisqu’il y a régression, décadence au jugé de ces mêmes hommes, les volontés mystérieuses sont déterminées démoniaques, donc sataniques.)
Il rend compte des activités d’exorciste de Jean-Joseph Surin. L’homme fréquenta
assidûment les Ursulines possédées de Loudun et eut l’idée de les étudier lorsqu’elles se sentaient attaquées par le Diable, exigeant de « Celui-ci » qu’il sorte du corps de la femme
pour entrer dans le sien afin de faire mieux connaissance avec Lui.
« Pour ce qui est des tentations infâmes, dit
Surin, que vous ressentez lorsque vous êtes près de moi, ne vous étonnez pas, c’est une malice du Diable qui ne durera pas longtemps ». Surin ressent la douleur et la brûlure du désir, les
morsures de la chair, la nuit il dialoguait avec les Diables, se querellait avec eux, se débattait, se tordait, secoué de tremblements comme une possédée avec rage et frénésie, se mordait la
main, tombait à genoux. Il est envahi par le sentiment exquis d’une fièvre étrange qui le secoue, s’empare de lui. « Je ne saurais vous dire la joie que je ressens de devenir Diable ».
Le Diable pouvait
atteindre les exorcistes. Exorcistes et possédées partageaient le Diable
en toute fraternité. Il n’y avait plus de garants du langage, plus de garants de la doctrine, le savoir était subverti. Dilution des rôles, des fonctions et des places, dilution aussi des sexes,
des corps, des altérités, le Diable passait indistinctement d’un corps à l’autre, des possédées à l’exorciste. Dans une lettre qu’il adresse à un ami, Surin révèle : « Je suis en
perpétuelle conversation avec les Diables, je suis entré en conversation avec quatre Démons des plus puissants et des plus malicieux de l’enfer, le Diable passant du corps de la possédée et
venant dans le mien m’assaille, me renverse, m’agite et travaille visiblement, me possédant plusieurs heures comme un énergumène, ce faisant comme un autre moi-même, comme si j’avais deux âmes
dont l’une est dépossédée de l’usage de ses organes, et me tient en quartier, regardant faire celle qui s’y est introduite ».
Conséquence de ces expériences, lorsque Surin doit quitter le
couvent, une dépression le gagne, avant la folie : « Il quitte Loudun et tombe gravement malade. Amaigri, exténué, affaibli, ne pouvant ni prêcher, ni lire, ni converser, ni parler. Il
perd la parole durant sept mois. Abattu en proie à une profonde désolation, on proposa de l’exclure de l’assemblée des Jésuites, de l’éloigner de la vue du monde et du spectacle qu’il offrait.
Envoyé à Saint-Macaire, il est convaincu maintenant qu’il est damné, exclu, relégué du ciel. La fenêtre de sa chambre est ouverte, il se précipité à travers elle et se retrouve près de la rivière
le corps fracassé. Depuis ce moment, il ne songea plus qu’à se donner la mort. « La nuit, j’allais chercher des couteaux pour me mettre dans la gorge », il essaya « plus de cent
fois de se rendre à la sacristie pour se pendre ». Durant sept années, il porta en lui le désespoir, le désir de mourir. Les Démons de la fornication le hantaient, le sollicitaient,
quotidiennement, et lui occasionnaient une souffrance aigüe, exacerbée. Il répétait après l’apôtre Paul : « Dieu m’a laissé un aiguillon de chair qui est un Démon de Satan qui me
tourmente ». (Georges Zimra – L’exorcisme amoureux – Colloque de Cerisy / Le Diable - éditeur Cahiers de l’Hermétisme)
(* Jean-Joseph Surin est un jésuite né et mort à Bordeaux (9 février 1600 - 21 avril 1665). Il fait partie du courant des spirituels et mystiques et a eu un rôle de premier plan dans la Possession de Loudun (1632-1636).
Jean-Joseph Surin entre au noviciat jésuite de la ville
en 1616. De 1623 à 1625, puis de 1627 à 1629 il fait sa philosophie au collège de Clermont à Paris. Après quelques missions en Guyenne et Saintonge, il est envoyé en 1634 à Loudun où s’est
déclarée en 1632 la plus célèbre affaire de possession diabolique du XVIIème siècle. Tout un couvent d’Ursulines est victime des agissements de démons multiples et variés. Un prêtre, Urbain
Grandier, est brûlé avant que n’arrive Surin. Celui-ci change radicalement les méthodes d’exorcisme, privilégiant l’écoute (quasi lacanienne) de la
parole des possédées. Il commet l’imprudence de demander le transfert de la possession sur sa personne.
La supérieure, Jeanne des Anges, sera guérie (et se spécialisera dans les communications divines), mais lui sera gravement affecté. De 1637 à 1654, il restera dans un état de dépression
suicidaire dont il sort enfin pour composer la majeure partie de son œuvre. Celle-ci est une des plus intéressantes manifestations du courant mystique de la première moitié du siècle. Il meurt à
Bordeaux en 1665. Lors de la querelle autour du quiétisme, en 1695, l’œuvre essentielle de Surin, « Le catéchisme spirituel », sera condamnée par un décret du Saint Office. Son œuvre
sera maintenue dans l’index de 1900 puis à nouveau dans celui de 1929.
Œuvres : « Le Triomphe de l’amour divin sur les puissances de l’enfer en la possession de la Mère supérieure des Ursulines de Loudun 1636 » ; « Catéchisme spirituel » 1654 ; « Dialogues spirituels » 1655 ; « Cantiques spirituels »1657 ; « Science expérimentale des choses de l’autre vie acquise en la possession des Ursulines de Loudun » 1663 ; « Fondements de la vie spirituelle » 1643, pour une nouvelle édition chez la veuve Desaint libraire, rue du Foin - Saint-Jacques ; « Lettres spirituelles » 1695 ; Correspondance publiée en 1966 par Michel de Certeau. (Source Wikipédia))
Pourtant, l’homme guérira. Et loin de condamner le Malin, il l’estimera redevable de cette expérience pour avoir approché du Tout Puissant ; affirmant : « Il n’y a point en qui le Diable n’ait pouvoir d’opérer s’il y trouve du sujet ».