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Pour le sujet qui nous occupe, nous revenons sur une citation décrivant une
certaine Lilith, accoutrée telle une prostituée, mais l’auteur rend compte d’une métamorphose troublante où telle femme prend l’apparence d’un guerrier. Autrement dit, phénomène clé des sciences
occultes, un certain sujet fait sortir de lui un fantôme ou « esprit volant », que certains identifient à un démon incube succube, pouvant être de nature humaine ou de nature
démoniaque. Voici : « Elle se farde de divers maquillages comme une abominable prostituée qui se tient à l’angle des rues et des routes pour séduire les hommes. Le sot qui s’approche
d’elle, elle le saisit, l’embrasse… ses cheveux sont peignés et teints en rouge. A ses oreilles pendent des bijoux, sa bouche est tenue à peine ouverte, superbement offerte et sa langue est
effilée comme une épée. Ses lèvres magnifiques sont rouges, elle est vêtue de pourpre. Le fou la suit, boit la coupe de vin, puis se débauche avec elle et s’égare après elle. Lorsqu’elle ôte ses
vêtements, elle se transforme en un guerrier puissant qui se dresse contre lui habillé d’un vêtement de feu ardent ». (Mystère des mystères – traduction C. Mopsik)
Bien sûr, le combat du monothéisme hébreu luttant contre les cultes voisins atteints par les conséquences d’une trop grande liberté en matière de luxures se lit dans ses lignes. Mais il existe un aspect plus occulte, réservé aux mages et autres sorciers d’antan. Ces gens distinguent la femme de son pouvoir d’attraction, dont ils affirment qu’il est l’énergie du serpent subtil, que les Orientaux nomment Shakti, les Gnostiques Nahash (Heith) et d’autres encore à Vénus Priape.
La femme en action de séduire autrui est elle-même le médium d’une force occulte qui la
dépasse, d’où ce commentaire : « Le modèle érotique, à sa manière et à force de pratique, est un sujet « médium » soumis à l’influence d’Asmodée et de ses Serviteurs ».
Idem pour Lilith. De même, « la force capable de dresser le mâle (« Eros », de « erecta », ou « ce qui est
capable de dresser le phallus ») est celle du serpent (Nahash Heith), lui le Démon de la Chair (la chair se rapporte à l’élément Air, dont les Satyres ou Seïrim (Velus) sont les élémentaires
(Sylphes)), lascif à souhait, dont la meilleure figure est celle d’un bouc au phallus dressé. Le serpent illustre la sensualité, énergie diffusée constamment par la femme, le bouc la lubricité
qui s’en suit. Les serviteurs du Nahash Heith sont des démons androgynes, dont l’aspect féminin est marqué par les succubes, l’aspect masculin par les incubes. Ainsi l’on dit d’une femme fatale,
véritable bombe sexuelle, qu’elle « crache la foudre » : celle du serpent ? L’expression imagée « cracher la foudre » suggère que cette « force » (Heith)
n’appartient pas à celle qui la diffuse. Et les mages antiques, comme les kabbalistes, ayant l’art de personnifier chaque force occulte avec juste raison, en firent une divinité… forcément
démoniaque puisqu’influente dans le domaine des luxures.
Egalement déjà cité mais correspondant au sujet, cette perception des choses occultes dans un texte inspiré des écrits du spirite Alan Kardec et concernant les influences d’Asmodée, un extrait d’une confidence magique, écrite au premier moyen âge, dans le même style que l’on trouve dans « Le diable boiteux » d’Alain-René Lesage, et mettant en scène le démon de l’impudicité et de la luxure, Asmodée :
« A la nuit tombée, alors que les esprits de ces dames
étaient bien échauffés, Asmodée s’approcha de moi, assis, et me dit : « Vois-tu ces deux belles femmes qui ne se connaissent point et pourtant viennent de s’adresser la parole ? Eh
bien ! Je me fais fort de les faire s’aimer ensemble et que dans quelques minutes, je les amènerai à faire entre elles les luxures les plus insensées dans le petit salon à côté ». Puis
il me quitta et je vis les deux femmes bientôt se faire un sourire, un clin d’œil et disparaître par le couloir à côté. Asmodée me fit alors un geste de venir vers lui. Je me levai dans sa
direction et le démon me fit signe d’avancer dans un couloir sombre, approcher d’une porte et me chuchota de regarder par le trou de la serrure : les deux femmes sacrifiaient lascivement à
Lesbos ».
« Plus tard, Asmodée m’invita à le suivre dans un endroit réservé mais plein
de sa considération. Les couples s’échangeaient et la débauche était le maître-mot des jeux de ce club privé. On ne priait que par saint Fornicat et je fus gêné par tant de nudités insolentes,
pénétrées en force par des époux vigoureux rigoureusement anonymes. Voyant Asmodée, je ne pus m’empêcher de lui livrer mon trouble et lui demandai, pour paraître à l’aise, son avis :
« Ce n’est pas trop mal, dit-il, mais cela manque de vices : les hommes forniquent comme des chiens, les femmes se font secouer comme des sacs, voilà tout ; il n’y a pas
d’inspiration. Attends-moi ici, ajouta-t-il, je vais leur donner un peu du feu sacré ». Alors je le vis s’élever vers le plafond, planant au-dessus des débauchés ; un effluve partit de
lui et se répandit sur eux ; à ce moment, on vit les femmes s’ébattre ensemble, provoquant les mâles et une recrudescence visible de perversité anima les esprits de
chacun ».
Idem encore pour ce sacrifice rendu à Vénus, largement cité, contenant plus d’enseignements
qu’on peut l’imaginer au premier abord : « Au temple des Aphaques en Syrie, les ministres y tenaient école de débauche. Des hommes efféminés, impudiques, pour apaiser le démon qui y présidait, se livraient entre eux aux excès du plus honteux libertinage. En outre, des hommes et des femmes mariés s’y
réunissaient, se confondaient ensemble, et assouvissaient la violence de leurs désirs ». Il semble ici que les luxures soient pratiquées justement pour plaire au démon, et que c’est en
fonction de leur caractère obscène et libertin qu’il prend ou non puissance dans le lieu. La luxure des participants tient lieu d’autel et c’est la passion de chacun d’eux à se vautrer dans la
lubricité qui peut en faire un élu du démon ou pas.
Comme le fait dire à une abbesse le Marquis de Sade dans « Juliette ou les
prospérités du vice » : « Viens me baiser, mon ange, me dit Mme Delbène, tu es une fille digne de nous. Eh ! sans doute, poursuivit-elle avec enthousiasme, sans doute, il
n’est aucun plaisir qui puisse se comparer à celui du cul : malheur aux filles assez simples, assez imbéciles pour n’oser pas ces lubriques écarts ; elles ne seront jamais dignes de sacrifier à Vénus, et jamais la déesse de Paphos ne les comblera de ses faveurs ! (…) Ah ! Qu’on m’encule, s’écrie la
putain, en s’agenouillant sur un canapé. Volmar, Flavie, Juliette, armez-vous de godemichés ; vous, Ducroz et Télème, bandez ferme, et que vos vits mutins entrelacent les « membres
postiches » de ces coquines ; voilà mon cul : foutez-le tous ! »
Le rituel tantrique des 5M ou 5 Makaras réclame du
célébrant, lors d’une pûjâ ou
« cérémonie », qu’il utilise cinq éléments, des
céréales, du vin, du poisson, de la viande et l’union sexuelle ; tandis que l’eucharistie catholique se sert uniquement du pain et du vin. La transgression des normes chez ces adeptes
tantriques des temps anciens réside dans l’usage du vin et de la viande, résolument interdits lors d’un cérémonial religieux. Surtout pas, péché impardonnable, l’union sexuelle. Ce faisant,
celle-ci, nommée « Maithuna », ressemble sans doute au rituel de l’énigmatique « Baptême de Métée » tel que l’enseignent certains étudiants du Gnosticisme, sans pour autant
jamais confirmer leurs dires.

Le rituel des 5M et l’adoration de la
Shakti, dont la figure est le ctéis, font partie des fondements du culte antique rendu à Eros, Cupidon ou « Cupa Adon », la Coupe
d’Adonis (Ctéis ou Mullos), figuré par le taureau. Le culte populaire motiva les prêtres à pratiquer de
telles célébrations avec force de victuailles, pain, poisson, viande et beaucoup de vin pour échauffer les esprits, jusqu’aux défilés mélangeant joie de vivre et obscénités. Mais le culte plus
ésotérique, réservé aux élites informées, versa dans ce qu’on peut nommer aujourd’hui, les arcanes d’un pré-satanisme, sachant que chaque élément suggéré, s’il semblait en apparence se prêter
idéalement à une recette de cuisine, ne l’était point et tout concernait l’activité sexuelle. Voici un tableau permettant de s’en rendre compte :
Eléments |
Substance |
Sens |
Centres nerveux Chakras |
Correspondance Kabbale |
Correspondance satanique |
Correspondance démonologique |
Ether(Akâsha ? ; Feu supérieur ?) dans les 5 M : Maïthuna |
Union
Suggère : transcendance de la luxure |
SonOrgane : Oreille |
Sahasrara Aja Vishuddha |
Kether Geburah Chesed |
Engendrer le démon par le frottement (Feu subtil) |
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Airdans les 5 M : Mamsa |
Viande suggère : sacrifice |
ToucherOrgane : Main (caresses) |
Anahata (Vénus) |
Tiphereth (Soleil)
|
Chair |
Belphégor |
Feudans les 5 M : Madya |
Vin Suggère : extase |
VueOrgane : Œil |
Manipura (Soleil) |
Netzah (Vénus)
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Frottement (Coït) |
Asmodée |
Eaudans les 5 M : Matsya |
Poisson Suggère : perpétuation |
GoûtOrgane : Bouche |
Svadhisthana (Mercure)
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Hod (Mercure) Yesod (Lune) |
Ctéis (Mullos) Sexe féminin |
Lilith |
Terredans les 5 M : Mudra |
Céréale Suggère : rituel, mûdra (gestuelle appropriée, spécifique, magie) |
Sentir Organe : Nez |
Muladhara (Mars) |
Malkuth (Terre) |
Phallus |
Satan |
Ceci, bien que lors d’une cérémonie, du fait des pôles, les correspondances sataniques changent quelque peu mais l’essentiel demeure cohérent.
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NORD Terre Belphégor Emblème : Phallus |
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OUEST Eau Lilith Emblème : Ctéis (Mullos) |
Mage + Autel |
EST Air Asmodée Emblème : Chair |
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Emblème : frottement (Coït) Satan Feu SUD |
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Du coup, Maithuna n’est plus l’heure de l’union charnelle, cela fait déjà un bout de temps qu’elle est en cours, dès le choix du vêtement de sa partenaire, mais « d’engendrer le démon ». On enseigne que l’éther est du Feu subtil, qu’il suit par conséquent l’élément Feu. Dans l’ordre, nous avons donc le phallus (Terre), le ctéis (Eau), la chair (corps à corps, caresses, attouchements impudiques) (Air), frottement (coït) (Feu), engendrer le démon (Feu subtil). Comme l’écrit Mircéa Eliade dans « Forgerons et alchimistes » : « La signification sexuelle du feu est universellement liée à la première technique d’obtention du feu par frottement, en va et vient, image de l’acte sexuel. Le feu connait un caractère ambivalent : il est d’origine soit divine, soit démoniaque, car d’après certaines croyances archaïques, il s’engendre magiquement dans l’organe des sorcières ». Le frottement dans l’organe génital de la sorcière produit un feu subtil que les anciens identifièrent avec un démon, de nature incube et succube. Mais nous comprenons aussi que pareil phénomène ne se fait pas en claquant des doigts mais bien selon un rituel précis, dont les 5M sont la base.