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Finalement, le Grand Dieu-Bouc (ou le Grand Démon-Bouc),
nous le reconnaissons dans chaque culte antique, quel que soit son nom ; et même si l’enseignement kabbaliste rend compte d’un Arbre Qliphotique comprenant dix Grands Démons, s’il est jugé
si maudit, c’est bien parce que ces Archidémons ne sont pas autres que ces dieux antiques, ou même un tout seul qui fut représenté sous différentes formes selon le lieu où il était idolâtré.
Ainsi, le Baal gouvernant Vénus n’est autre que Belus régnant au côté de Mylitta Astarté, lequel est Adon le Dieu-Taureau ou Thammuz ; ici, il est Baal Peor devenu Belphégor, là, il est
Belzébuth, ailleurs Balbérith, Baalam…
« Beaucoup des idoles, écrit Collin de Plancy, étaient des démons dont le nom Baal signifiait dieu ou roi (Maître ou Seigneur – Précisons ici que nous utilisons les informations apportées par Collin de Plancy, évitant soigneusement d’adhérer à son discours – NDA) : il y avait Baalgad, qui donnait la fortune (car « Gâd » signifie « fortune » ; d’où Baalmammon* pour la « richesse » - NDA), Baalpharas qui était malfaisant ; Baalsemen, qu’on disait trônant dans les cieux, ce qui n’était pas vrai ; Baalzrépho, qu’on plaçait en sentinelle aux frontières, aussi selon les démonographes ».
(* « Baalmammon, le veau d’or » (bhzh lgih Nvmmlib) a pour nombre 365, qui est celui du Soleil, dont le carré a pour somme 666.)
Et pourquoi pas Bélial ? Ne pouvons-nous jamais croire, au rendu de la sonorité, que « Bélial » a quelque chose de « Belus », autre nom de
l’antique Ba’al, et dont la
parèdre était Belith (Beltis,
Mylitta, Astarté) ; d’où « Bel » (Beth – Ayin – Lamed), avec son culte réputé lubrique et sa représentation du bouc ou du taureau ; mais aussi, en lieu confiné (dit
« saint »), du Phallus ou du Phallus accouplé au Ctéis. La terminaison « ial », comme dans le cas de « Nahashiel » renvoie, dans le vocable crépusculaire à
« obscène » : d’où « Bel » (taureau ou bouc) et « ial » (obscène) signifie « Taureau obscène » ou « Bouc obscène », idole que les anciens
adoraient à Sodome. Cette ville ayant sûrement davantage subi les conséquences d’un volcan en éruption plutôt que la foudre de Dieu, ceux des experts qui voulurent lui porter le coup de grâce
purent rapprocher son nom d’un autre qualificatif discourtois, comme c’est le cas pour le nom « Satan », et ce dernier terme « Bélial », lié à l’expression « ni dieu, ni
maître », fut traduit par « bon à rien », « inutile », « sauvage », etc. Ou « gaspilleur », du fait que le semen mâle versé comme sacrifice ne servait
point à la génération, et les luxures pour apaiser son irritation s’exerçaient entre homme et femme illégitime, entre homme et homme aussi.
Ceci au point qu’au moyen âge, sa représentation est décrite ainsi par Jacques Collin de Plancy : « L’enfer n’a pas d’esprit plus dissolu que Bélial, démon adoré des Sidoniens, plus crapuleux, plus épris du vice pour le vice même. Mais si son âme est hideuse et vile, son extérieur est séduisant. Il a un maintien plein de grâce et de dignité. Il eut un culte à Sodome et dans d’autres villes ; mais jamais on n’osa trop lui ériger des cultes ».
Les anciens Hébreux connurent aussi Baal Peor sous le nom de Mipheletzeth, qui est le Priape des Romains, tiré du nom « Pri-Apis » ou « Taureau fécond » ou « Pharo-Apis » pour « Taureau débridé », Apis étant le taureau adoré et nommé le plus souvent Pan. Mais aussi Bacis, origine probable de Bacchus, idole identifiée à Baal ou Bel. A moins que le nom, tiré de « Vaccha » signifiant « vache », fait ainsi référence directement au mâle de son espèce, ou, plus mystique, qu’il provient de « Kabir », ou encore de « Zakhor » pour « mâle » et « Phallus » ; ou qu’il fut l’antique Baal de Koush. La Grèce antique le connut sous le nom de Dionysos, lequel dérive d’Adonis ou Adon. Bacchus fut accompagné dans son cortège du doyen Silène, dieu éthylique anciennement figuré par un bouc lubrique. Idem pour Faunus, Silvain et les Sylvains, Sylvestre et ses serviteurs pareillement nommés.
Tout comme le nom « Frey » de la divinité
scandinave de la fertilité, conducteur des cérémonies érotiques, qui est assimilé in fine au Priape romain, la lettre « Phé » pouvant se prononcer « p » et
« f » ; « Frey », ou « Phrey », est la version nordiste de « Peor » ou « Priape », dérivé encore de « Pharo » signifiant
« lâcher la bride ». Jean-Paul Ronecker écrit dans son « ABC des Runes » (éditeur Jacques Grancher) : « La fête de Frey avait lieu au printemps ; durant cette
cérémonie se produisait l’accouplement rituel d’un prêtre avec une prêtresse, qui étaient considérés comme le Seigneur (Frey) et la Dame (Freya). Ce rite sexuel connaissait une forme édulcorée
chez les Celtes. Le culte de Frey comportait des actes sexuels rituels, la prostitution sacrée, des danses, des mariages sacrés, des rites d’initiation sexuelle et des hommes travestis en
femme ».
Il est Horus en Egypte, Mendès dans la
ville du même nom située au Nord, Amon au Sud. Il est connu comme dieu sanguinaire sous le nom de Moloch et décrit comme une bête d’une force virile en tant que Béhémoth.
L’antique Livre saint des Babyloniens place Baal figuré comme un taureau le Créateur d’Adam puis d’Eve, demande au serpent, animal symbole de la sexualité, de leur fournir les moyens de la génération. Ce même dieu, chez les Samaritains, est nommé Azima et sa représentation est celle d’un bouc. Ce nom a quelques sonorités proches d’Azazel, nom d’un démon dont la figure la plus célèbre est le caprin cornu. Ses soutiens, que certains nomment les « Seïrim » ou « Velus », sont exactement les Satyres grecs, dont la figure est celle du bouc.
L’auteur Francis King mentionne, dans son ouvrage
« Esotérisme et sexualité », une « école mystique nommée « Aniza » et fondée au neuvième siècle par Abou-el Atahiyya qui
appartenait à la très puissante tribu arabe des « Aniza » ou « Boucs » ». Idem, le nom
détient quelque similitude avec « Azazel » et « Azima ». Le même auteur ajoute « qu’ils avaient pour symbole un cierge allumé placé au milieu d’une paire de cornes, sans
doute pour rappeler la « lumière sortant de la tête du Bouc » ».
En 1999, Brian Desborough écrit sur ce même sujet :
« Une tribu bédouine connue sous le nom « Aniza », pratiquait l’enseignement d’un soufi adepte du nom d’Abou-el Atahiyya. Le totem tribal était le bouc et son emblème était utilisé
dans le marquage de leurs chameaux, intitulé « pieds de la sorcière », le signe moderne de la « Journée de la paix ». Une branche marocaine de cette tribu formait une secte
rituelle appelée « à deux cornes », selon des apologistes, la sorcellerie ayant existé depuis l’aube de l’Histoire.
La terminologie de la sorcellerie néo-païenne, telle qu’elle est pratiquée en Europe et en Amérique, est née avec ce groupe précédemment mentionné « à deux cornes ». Le vêtement rituel porté par les membres de la secte a été le Kafan, à partir duquel on obtient le mot « Coven ». De même, le couteau utilisé dans leurs rituels était un « Adh-dahmme », tandis que le rituel lui-même a été appelé « Az Zabat » (occasion de pouvoir) qui a donné naissance au terme « Sabbat ».
Des membres dissidents de cette secte s’installèrent au
quinzième siècle en Espagne et s’unirent avec le rabbin Isaac Toledano. Puisque les Juifs souffrirent de la persécution des chrétiens en Espagne à cette époque, le rabbin sortit les
enseignements concernant les rituels
magiques de la secte et un coven qui est le précurseur du conven moderne ». Puisque, précise l’auteur Abdullah Ali al Hanafi, « la secte des « Aniza » fut la source en Europe
de la secte des sorcières, dont les rituels furent popularisés par Gérald Gardner, le fondateur du culte de la Wicca, et Aleister Crowley ». Certains experts croient nécessaire d’ajouter que
cet « Aniza » ou « Bouc » est l’ancêtre du Baphomet dont furent accusés d’adorer les Templiers au moyen-âge, idole qu’ils avaient récupérée chez des initiés arabes soufis
justement ; nous précisions dans le chapitre intitulé « Baphomet » : « C’est
probablement avec l’aide de l’arabe ancien qu’on peut le mieux entendre une résonance originelle au nom et capable de lui donner un sens à sa mesure la plus primitive. Trois noms paraissent
s’approcher le mieux : Ouba-el-Phoumet, Abu Fihamat et Bahoumid
Kharouf, Kharouf pour « Kerub » ou « Chérubin » ». D’autres préfèrent signaler
l’origine du nom chez les antiques Gnostiques (Ophites), idole inspirée d’Agni, le Dieu-Bouc du Feu (dont le rôle est celui de m »médiateur » entre les hommes et les dieux, comme
Baphomet), mais pas seulement ; à moins que la racine « Ba » renvoie, une fois de plus, à Baal.
Jean-Baptiste Félix Lajard fait relever au sujet du nom
du grand Dieu grec : « Remarquons même que le nom grec de Jupiter, « Zeus », a
dû signifier à la fois « le vivant » et le « taureau » ; car, d’une part, Platon et Aristote nous apprennent, sans nous en dire toutefois la raison, que ce nom avait la
première de ces deux significations ; et, d’autre part, nous pouvons, sans craindre de nous tromper, rapporter le nom « Zeus » au zend « gaya », « gava » ou
« gueïe », qui signifie à la fois « vie » ou « âme » et « taureau ». Les altérations successives de ce mot ont produit dans le pehlvi et dans la langue
persane moderne ou le parsi, les mots
« gayo » et « gâo », ainsi que le verbe persan « zâden », « vivre ». Ces diverses formations nous conduisent, d’un côté, au sanscrit
« gâo » et « gava », « taureau » ; et, de l’autre, aux mots grecs qui nous ramènent à Zeus ». (Jean-Baptiste Félix Lajard – Recherches sur le culte, les
symboles, les attributs et les monuments figurés de Vénus en Orient et en Occident ; 1837). Zeus est Jupiter chez les Romains, et l’on dit alors que ce dernier est le Baal des Babyloniens.
D’où que des figures ésotériques montrent deux kabirs unis, Jupiter et Bacchus, comme l’Alpha et l’Omega d’une même réalité.
Même Mars, que les Romains figuraient par un soldat
brandissant son arme et tenant fièrement son bouclier, montrant ainsi qu’il est le Dieu qui soutient les militaires, divinité dont les gouvernants avaient ardemment besoin pour préserver le moral
de leurs troupes, son nom, dont « Ar » ou « Mar » signifie « borne » ou « pieu » (Phallus), fut sans doute inspiré de « Marout », nom oriental,
une entité de l’Air et associée pleinement à l’œuvre de luxure. Les Marouts étaient invoqués pour assurer
au mâle une virilité accrue et on les conjurait pour inspirer aux femmes une forte lascivité. On les montra en Occident sous la forme des
Satyres. De même, le Aeshma-Deva (Asmodée) des Perses, d’abord divinité de la guerre, dégénéra, sous l’influence de Zoroastre qui maudissait les antiques dieux polythéistes, en un démon de la
luxure, le plus ardent et le plus pervers. D’où qu’Asmodée, dans la kabbale antique, gouverne Mars. Et sa figure est celle d’un taureau, d’un bouc, d’un roi et d’un
serpent.
Et que dire de leur parèdre à chacun, qui se présente tantôt sous la forme de la plus belle femme, tantôt comme une chèvre ou une vache, mais que les initiés, au fond de leur saint des saints, adoraient pareillement à un bouc puisque ce dernier était androgyne.