Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 15:21

Nous citons : « Nous avons vu sous combien d’aspects le vieux culte de Priape se présentait au moyen âge, et avec quelle opiniâtreté il s’est maintenu à travers tous les changements et tous les développements sociaux ; nous retrouverons, en dernier lieu, les particularités des orgies priapiques des anciens combinées avec les A-messe-noire1.jpgadjonctions qu’y fit le moyen âge avec l’immense superstition de la sorcellerie. De tous temps, les initiés ont cru ou ont fait croire qu’ils avaient des pouvoirs supérieurs à ceux des non initiés, et ils étaient supposés connaître seuls les formes d’invocation d’un culte dont les divinités ont été invariablement transformées en démons par les apôtres du christianisme ; en conséquence, les vœux que les anciens adressaient à Priape durent être, au moyen âge, adressées à Satan. Le sabbat des sorciers est donc la dernière forme du priapisme dans l’Europe occidentale, et les incidents des grandes et licencieuses orgies des Romains y étaient reproduits dans tous leurs détails ».

 

Justement, ces cérémonies secrètes pour un dieu ou une déesse et qui comprennent des rites luxurieux paraissent toujours les mêmes, et les quelques descriptions ici et là, soucieuses de précisions graveleuses, semblent être écrites pour satisfaire aux goûts d’un lectorat curieux des prestations salaces, sont toutefois incapables de saisir leur objet et leurs moyens magiques, leur but, trop de documents ayant disparu à tout jamais, incompétents pour en saisir la substantifique moelle.

 

« Les Bacchanales avaient lieu à la fin du mois d’octobre. Le phallus était porté processionnellement et couronné, et, comme pour la « Liberalia », les fêtes avaient lieu la nuit. A mesure que l’ivresse des célébrants augmentait, elles dégénéraient en une extrême licence, durant laquelle le peuple s’adonnait sans honte aux vices les plus ignobles. La fête de Vénus commençait en avril. Ici, les femmes conduisaient baphomet-mendes3.jpgprocessionnellement le phallus dans un char jusqu’au temple de Vénus, hors de l’enceinte de la colline, pour être présenté par elles aux parties sexuelles de la déesse. Les femmes de la mauvaise vie de la ville et du voisinage, appelées de toutes parts par le son du cornet, se mêlaient, entièrement nues, à la multitude et excitaient les passions par des mouvements et des paroles obscènes, jusqu’à ce que la fête se terminât en une scène de folle orgie, sans règle et sans frein. Les fêtes consacrées à Priape, les « Priapeia », avaient les mêmes cérémonies et les mêmes orgies ».

 

Ces fêtes ont duré après l’époque romaine et les premières églises de l’ère chrétienne virent davantage de Dieu-Bouc sur l’autel que de crucifix. Les « prêtres » de ces temps connaissaient les cultes et rites païens à la perfection et continuaient de soutenir leur influence dans le monde populaire. « Il est évident que, dans les premiers âges de l’Eglise, la conversion des païens au christianisme n’était, en bien des cas, qu’une demi-conversion. Les promoteurs de l’Evangile étaient satisfaits si le néophyte s’affirmait chrétien, et ils ne regardaient pas de trop près à la sincérité du sentiment ni à la pratique des rites religieux ». D’où une longue période où évoluent et se pan-satyre-nettoy-.jpg développent parallèlement la chrétienté d’un côté, la perpétuation des rites liés au culte de Priape de l’autre, ceci sans poser le moindre problème pour les prêtres appartenant à l’Eglise du crucifié et sacrifiant pour le Dieu-Bouc.

 

Le dogme catholique s’inspire des enseignements gnostiques mais les pratiques des premiers se détournent rapidement des seconds, jugées inconvenantes. On lit de tout, au point de douter, de sélectionner entre le vrai et le faux. « Les Adamites proscrivaient le mariage et soutenaient que la perfection n’était compatible qu’avec la communauté des femmes. Ils choisissaient des endroits secrets ou des cavernes pour leurs conventules auxquels les deux sexes assistaient dans une complète nudité. Puis ils se livraient indistinctement aux passions sexuelles. Les Nicolaïtes mettaient leurs femmes en commun, soutenaient que le seul chemin du salut était le commerce fréquent entre les deux sexes ; pensée idem pour les Ebionites, les Basilides et les Manichéens ».  

 

Au moyen âge du premier millénaire après J.-C., des mouvements gnostiques émigrent ça et là jusqu’en Orient, s’établissent en Bulgarie. Surnommés « Populacani », « Poplicani », « Publicani », ils deviennent en France les « Bolgres » phallus-mullos4-n-pal.jpgou « Bougres », mot qui devint plus tard celui de tous les hérétiques. On dit « qu’ils n’avaient pas de scrupules pour leurs relations sexuelles jusqu’à des vices contre nature, au point que le « bougre » évolua en « sodomite ».

On dit des Cathares (de « Katz » ou « chat ») qu’ils attendaient, au cours de leurs cérémonies, qu’un chat noir traverse leur pièce, que chacun le congratule comme la présence du dieu ou de la déesse invoqués, puis, les lumières éteintes, s’étreignait de la personne la plus proche de lui, et, quel que fût son sexe, se livrait à un commerce charnel aussi longtemps que ses forces le lui permettaient.

Les Vaudois pratiquaient les mêmes rites à la différence qu’ils n’attendaient pas un chat noir mais exposaient un bouc empaillé exhibant une virilité, à moins que ce ne soit qu’une simple image.   

 

« Les premiers rapports sur les rites obscènes et secrets concernent une secte française. Il y avait, au commencement du onzième siècle, dans la ville d’Orléans, une société de personnes des deux sexes, qui s’assemblaient dans une maison, qu’ils vont à l’assemblée portant chacun une lampe allumée à la main ; ils commencent par baal-peor2.jpg chanter les noms des démons, en manière de litanie, jusqu’à ce qu’un de ceux-ci descende soudainement parmi eux sous la forme d’un animal. Alors chaque homme s’empare de la première femme qui lui tombe sous la main et se livre à des actes sexuels avec elle, que ce soit sa mère, sa sœur ou une nonne consacrée ».

 

Comment est-ce soutenable d’envisager que des femmes et des hommes s’enferment dans une pièce close, attendent la venue d’un animal, puis se livrent à la débauche, et croient ainsi avoir honoré Priape ou quelque autre dieu phallique, de Bacchus à Satan ? Ceux qui rendent compte de ces épisodes n’insistent-ils pas trop sur le « croustillant » à défaut de ne pouvoir percer le domaine magique du rituel, sans aucun doute à jamais perdu ?

 

Pour préciser une piste, nous rappelons que le même rite existe dans la mystique tantrique, nommée « ascèse à seize » ou « rituel des 5-M ». Qu’il y a bien un bouc baal-peor.jpgexposé dans cette cérémonie que les initiés nomment Agni. Que la puissance sexuelle dans l’énergie vitale est figurée par Shakti – c’est donc une personnification d’aspect féminin – et que la force capable de l’exploiter est montrée par le phallus (Linga) de Shiva.

Donc, qu’ils soient prêtres de Babylone, anciens Hébreux en captivité, Gnostiques ou Ophites, ou Catholiques, tous reconnaissaient, en lieu et place de Shakti, le serpent féminin Héva, puissance sexuelle, et que son « influence » ou « Aour Heva* » (222) livrait son nom « Kabar » (222), devenue depuis, pour les uns « Vénus », pour les autres « Lilith ».

 

(* A noter :

Obéah (Hé-Aleph-Beth-Vau Aleph) (15)

comme : Heva (Aleph-Vau-Chet) (15)

bac5.jpgcomme : Shakti (Yod-Teth-Kaph-Shin) (339) (15)

« L’influence de l’Obéah » ou « Our Obeah » (Hé-Aleph-Beth-Vau Aleph Resh-Vau-Aleph) donne le chiffre 222.)

   

Le cérémonial devait servir pour percevoir les influences supérieures et qu’elles soient bien de la puissance divine ou démoniaque évoquée puis que les agissements luxurieux de chacun n’ont qu’un but, celui de garder en conscience d’être en contact avec la puissance sexuelle, celle de Shakti ou Héva. Tant que dure le plaisir se maintient le contact avec elle. De même, les énergies psychiques déployées lors de ces ébats servent aux sorciers et autres mages pour leurs usages magiques.

 

Souvenons-nous de cette théorie sortie de l’occultisme et défendue jadis par les Lucifériens, soutenue par Lotus de Païni (Lotus de Païni – La magie et le mystère de la femme – Editions Arma Artis) (chapitre « De la magie et du mystère de la femme ») : que la femme provient du végétal, l’homme de l’animal, ainsi que la femme du règne baphomet-taxil.jpg atlantéen est sans doute la Nymphe qui engendra la femme d’aujourd’hui ; de même le lien entre le Satyre et l’homme mâle. Un rite au moyen âge pour célébrer le solstice d’été avant la fête de la Saint Jean voyait les filles et les femmes danser nues autour des arbres la nuit : sans doute pour obtenir des propriétés du monde végétal ce qui est enfoui dans leur propre nature féminine. Et les mystiques ajoutent : « Car c’est de ces arbres que les anciens attendaient que des formes subtiles sortent afin d’établir des contacts surnaturels ».

La magie élémentaire ne voit d’autre dieu plus puissant que ces Esprits de Eléments, les Esprits planétaires et leurs conjoints Qliphoth – et Aoboth -. Paracelse précise que « nous sommes les fils des Elémentals et ce sont eux qui tissent nos destinées », qu’ainsi notre propre dieu personnel est un Satyre et notre déesse une Nymphe. C’est ainsi que les anciens pensaient et croyaient, c’est vers eux qu’ils sacrifiaient et, somme toute, ne les priaient point mais les honoraient pleinement, les sentant proches comme ils les bacchante.jpgimaginaient nos conjoints dans l’invisible immédiat.

 

D’où ces luxures lors de leurs offices « religieux », puisqu’ils soulignaient de cette sorte combien ils étaient conscients que l’énergie sexuelle dont ils jouissaient n’était pas « leur » mais était pleinement celle de la divinité qu’ils honoraient ; qu’ensuite, s’ils abusaient en salacités, c’était pour mieux souligner leur satisfaction à la même divinité pour leur avoir fait don et grâce de cette énergie.  

 

Face au Dieu-Bouc, le célébrant s’approchait et invoquait la formule suivante :

 

« Que Priape soit loué ! Il fait germer et fleurir toutes choses ! Il est notre principe, qui est un et sept. Adjure la foi et abandonne-toi à tous les plaisirs ! »

« Exaltetur Priape germinans, stirps nostra ego et septem, fuere, tu regenans reditus fis ».

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte
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