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Si l’on parcourt sans cesse des allers-retours entre
l’époque romaine et le temps du premier moyen âge, c’est que les dieux changés d’abord en saints puis en démons étaient toujours les mêmes*, ainsi les pratiques suivaient pareillement. Comme
écrit Jacques-Antoine Dulaure : « Priape reçut le nom et le costume de « saint » ; mais on lui conserva ses attributions, sa vertu préservatrice et fécondante, et cette partie
saillante qui en est le symbole. (…) Le saint de nouvelle création fut honorablement placé
dans les églises et invoqué par les chrétiennes stériles, qui, en faisant des offrandes, achetaient l’espérance d’être exaucées. L’on vit souvent des prêtres chrétiens remplir auprès de lui le
ministère des prêtres de Lampsaque. Ce ne fut pas seulement dans les premiers temps du christianisme, que le culte de Priape substitua parmi les peuples qui avaient embrassé cette religion ;
ce mélange n’aurait rien d’extraordinaire. Des peuples ignorants et routiniers, incertains entre deux religions dont l’une succède à l’autre, pouvaient bien, en adoptant les dogmes de la
nouvelle, conserver les pratiques et les cérémonies de l’ancienne ; mais ce culte s’est maintenu jusqu’au dix-septième siècle en France, et en Italie ». (Jacques-Antoine Dulaure - Les
divinités génératrices)
(* Jacques-Antoine Dulaure, dans « Les divinités génératrices » précise sur ce point : « Il est vrai que si les prêtres voulurent la cause, ils condamnèrent les effets. S’ils fondèrent la continence absolue, ils blâmèrent et punirent les désordres qu’elle entraîne. Ils s’opposèrent autant qu’ils le purent aux pratiques superstitieuses et obscènes dont je viens de parler ; mais ils n’agirent pas de même à l’égard d’autres pratiques non moins indécentes. Moins sévères et plus adroits, ils tournèrent à leur profit le culte antique établi par les Romains, et qu’une longue habitude avait fortifié. Ils s’approprièrent ce qu’ils ne purent détruire ; et, pour attirer à eux les adorateurs de Priape, ils convertirent cette divinité à la religion chrétienne ».)
Avant même d’être figuré par un bouc ou un taureau,
Priape (qui fut Bacchus, Pan, Apis, Mendès, Ba’al Peor, et tant d’autres encore) l’était par un phallus (rappel : « Zakhor » (rkz), mot hébreu, signifie autant « masculin » que
« sexe mâle » en mystique, et l’on sait que Pan, Priape, Apis furent tous figurés par un phallus avant même d’être montrés comme un bouc. En somme, le mot même de « phallus »
les identifia mieux que « bouc » ou « taureau ». Et nous trouvons un peu de « Zakhor »
dans « Zagreus » grec, divinité qui devint plus tard « Bacchus » (de Zakhor à Bakhor), dieu romain rendu démon justement parce que son
culte était devenu… trop phallique) et continua de l’être au temps du premier moyen âge, son symbole viril devenant ainsi autant un porte-bonheur qu’une amulette, un talisman qu’un fétiche.
« Montaigne, après avoir parlé des usages établis chez différentes nations, et des différentes manières d’honorer le « Phallus », ajoute que les femmes mariées d’un pays voisin de
celui qu’il habitait, portent encore ce simulacre sur leur front ; et lorsqu’elles sont devenus veuves, elles le renversent derrière la tête. « Les femmes mariées ci-après, dit-il, en
forgent, de leur couvre-chef, une figure sur leur front, pour se glorifier de la jouissance qu’elles en ont ; et venant à être veuves, le couchent en arrière et ensevelissent sous leur
coiffure ». (Jacques-Antoine Dulaure - Les divinités génératrices)
En magie noire, nous savons que pour leurs
envoûtements, les sorciers noirs et nécromanciens (nigromans) se servaient de figurines en cire. Lorsqu’il s’agissait de provoquer une fascination, un glamour (une impuissance chez un homme) ou
un prestige, ils faisaient fondre le sexe en cire de la statuette. Ou parfois, ils piquaient
avec une aiguille cette partie honteuse. Inversement, les mêmes pouvaient provoquer une ardeur virile hors du commun chez leur victime. Qu’une femme désire une vigueur accrue de la
part de son époux ou de son amant, qu’elle se fasse aimer à nouveau car son mari la trompe avec une maîtresse plus jeune, qu’elle soit désirée par un homme au point qu’il devienne obsédé par
elle, ou qu’elle fasse succomber un riche héritier jusqu’à devenir son esclave, des séances particulières d’envoûtement étaient nécessaires. Et dans ce cas, la statuette avait la forme d’un
phallus, le plus souvent de la même taille que celle de la figurine humaine (20 à 30cm). Le pieu représentait la personne entièrement mais l’envoûtement qu’on lui portait concernait sa vie
sexuelle, Ã fortiori affective et sentimentale.
Jacques-Antoine Dulaure l’écrit ainsi : « On est d’abord porté à croire que le besoin violent de satisfaire des désirs trop contraints, fit seul imaginer, aux femmes chrétiennes, l’emploi de la figure au défaut de l’objet figuré ; mais on pourrait se tromper. Cette pratique honteuse appartient certainement à la religion des anciens ; elle faisait, comme il a été dit, partie intégrante du culte du phallus. C’est elle, c’est cette cérémonie religieuse et obscène qui a fourni l’exemple ; une passion dépravée l’a ensuite imité. (…) D’ailleurs, il est prouvé que la superstition, qui n’est qu’un abus des religions de l’antiquité, a induit les mêmes femmes, dans l’intention d’exciter ou d’accroître la vigueur ou l’amour de leurs amants, de leurs époux, dans l’intention même de les faire périr, à se livrer à des pratiques toutes aussi monstrueuses, toutes aussi obscènes : l’imagination la plus déréglée ne peut rien concevoir de pire ». (Jacques-Antoine Dulaure - Les divinités génératrices)
Les spécialistes en hypnose l’ont prouvé, il est possible en retirant « quelque chose » d’une victime, qu’en pratiquant ensuite sur lui quelque forfait qu’elle le subisse. Un linge intime – les hommes du temps de Louis XI portaient des culottes moulantes qui leur dessinaient si bien leurs parties génitales (braguette) –, porté plusieurs fois, pouvait être volé, mais aussi des excréments, du semen, du sang, de la sueur ; et même, lorsqu’il s’agissait d’un intellectuel, du papier sur lequel des mots avaient été écrits à l’encre (la pensée de l’homme s’était incorporée dans le papier). Si l’on jetait quelque acide sur ces objets, ceci chaque jour, on jura que la victime connaitrait plus tard des problèmes de santé. Si, au contraire, on produisit avec eux quelque luxure appropriée, on promit une virilité accrue chez la victime.
La figurine de cire en forme de phallus montrait une victime choisie par une femme au point de devenir à l’égal d’un ex-voto. D’ailleurs, « voto » a évolué en « voult » puis « envoûtement », sachant que « voult » au départ signifie « figure ». Sur ce priape, on pratiquait un envoûtement « érotique ». Les sorciers noirs invoquaient les démons adéquats, Belphégor (Priape antique), Asmodée, Satan et Lilith, avec leurs orthographes du moyen âge, « retouchés » par des étudiants de la kabbale, qui diffèrent des noms originaux :
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Nord Belphégor (321) rvif lib (Ba’al Peor) Moyen âge : rvgflb |
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Ouest Lilith (89) tylyl Moyen âge : eylyl |
AUTEL |
Est Asmodée (121) ydvmsa |
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Naes Satan (120) Sud |
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Des objets de la victime étaient frottés sur le pieu viril juste avant qu’une huile sainte aux senteurs exquises soit versée sur lui. Chacun récitait sur lui comme s’il s’agissait bien de la victime. La femme ayant fait le vœu s’offrait parfois comme autel. Elle prenait alors le priape et faisait toutes sortes de pratiques obscènes avec lui, affirmant chacun de ses vœux (exigences) par la formule : « Je le jure par le Diable cornu ! ». Jusqu’à s’asseoir dessus ou bien se faisait prendre avec. Mieux que jamais dans cette position, la femme était certaine de posséder sa victime. Des prostituées étaient convoquées par ces nécromanciens qui les mettaient sous hypnose, extériorisaient leur sensibilité, dégageaient leur fantôme qu’ils envoyaient auprès de la victime imposer à son esprit des visions salaces de sa belle qui s’offrait indécemment aux perversités des démons.
Jusqu’à ce que, emportée par l’ambiance, la femme abusait avec furie de la figurine en forme de phallus ; c’est attesté de la sorte : « Un pénitentiel manuscrit, cité dans le glossaire de Ducange, constate le même délit. On y trouve cette particularité, que si une religieuse, par le moyen de cet instrument, fornique avec une autre religieuse, les délinquantes doivent être condamnées à sept ans de pénitence. (…) « Un prélat qui a composé, au douzième siècle, un recueil d’ordonnances canoniques et de règlements de pénitences, Burchard, évêque de Worms, vient encore attester l’existence du même désordre ; mais ses expressions y sont si grossièrement naïves, et les détails si indécemment circonstanciés, qu’il m’ôte la volonté de les traduire. Il n’appartient qu’aux casuistes du temps passé, de décrire impunément ces orduriers mystères* ».
(* « Feciti quod quaedan mulieres facere solent, ut faceres quoddam molimen aut machinamentum in modum virilis membri, ad mensuram tuoe voluntatis, et illud loco veredorum tuorum, aut alterius, cum aliquibus ligaturis colligares, et fornicationem faceres cum aliis mulierculis, vel aliae eodem instrumento sive alio, tecum ? Si fecisti, quinque annos per legitimas ferias paeniteas. Fecisti quod quaedam mulieres facere solent, ut jam supradicto molimine, vel alio aliquo machinamento, tu ipsa in te solam faceres fornicationem ? Si fecisti, unum annum per legitimas ferias parniteas. (Burchard, lib.19, edit in-8°, p.277))
Dans l’état où finissait l’objet phallique finalement, on devait trouver la victime. Ainsi, la messe comprenait un caractère très solennel par la puissance de ses mystères et de ses pouvoirs magiques ; puis venait un emportement des exaltations, pour finir dans une débauche afin d’assurer à l’envoûtement sa meilleure réussite.
La femme s’autorisait aux démons tandis que les nécromanciens portaient toute leur attention sur le pieu viril, figurant la victime, auquel ils conjuraient d’obtenir la plus grande virilité pour le meilleur exercice. Ou bien, c’était plus vicieux, exigeaient-ils de lui toute soumission sexuelle car il était un riche notable ou un héritier chanceux qu’une luxurieuse bourgeoise rêvait de conquérir afin de profiter de son argent.