Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 15:06

L’antique Lilith n’était pas figurée comme une femme squelettique, vêtue de noir et hantant la mort, représentation exploitée au moyen âge ; mais sans aucun doute comme la plus expérimentée des putains, la mère maquerelle du temple où l’on rendait un culte à Priape, autant dans celui de son supposé ennemi Seth mais nommée alors « Astarté ».

 

Dans la Babylone antique, terre des libertins d’antan et des prostitutions dites « sacrées », Ishtar fut adorée ; mais pour éviter de voir son culte dégénérer dans des débauches où le sacré aurait complètement disparu, ses prêtres décidèrent de préserver à leur Déesse le caractère sacré et d’accorder à sa servante les luxures de la prostitution. Devant Ishtar, les prêtres prient ; seulement, le temple ne s’enrichit pas par des prières, chacun le devine ; le bénéfice de la prostitution compte pour renflouer les caisses, c’est l’ouvrage de la servante. Qu’ils appellent Innini*.

 

(* Innini ou Innana (Nnya) ; on peut ajouter, pour l’étudier plus loin que Vénus en Babylonie était appelée Mylitta ou Ninlil, et chacun relève que ce dernier nom contient partiellement les noms « Innini » et « Lilitu » future « Lilith » à la manière d’un acronyme.)

 

Jusqu’ici, les rites de prostitution sacrée étaient pratiqués pour la fécondité, l’obsession de la religion et des mouvements spirituels étant la génération, leur credo : « Croissez et multipliez » ; Innini contraste avec cette volonté, la prostitution servant au plaisir charnel avant la génération. Stupeur des prêtres… mais chiffre d’affaires oblige : ils « ferment un œil ». Les prêtres d’Ishtar bien sûr, les autres des cultes monothéistes, sont outrés, et le seront toujours ; aujourd’hui encore.

 

Une tablette en sumérien dit que « la femme, celle qui personnifie la concupiscence, est sous la protection d’Innini ». Puis, autre : « Envoyée par Innini, une belle et licencieuse jeune fille Harlot (« prostituée », un mot utilisé dans le jargon anglais aujourd’hui) séduit les hommes dans les rues et dans les champs ». Clairement, Innini est celle qui gouverne les prostituées. Sauf que dans le cadre de la prostitution sacrée, toute femme la pratiquait, pas seulement celle appartenant à cette corporation*.

 

(* Babylone antique : « Dans les cérémonies du culte de Vénus, l’acte de la génération était sanctifié. La jeunesse des deux sexes venait offrir solennellement à cette déesse, ses premiers essais ». La politique fonda cette cérémonie, la superstition la consacra, et l’attachement des peuples pour les vieilles habitudes la maintint. « Le culte qu’on rend à cette divinité, dit Montesquieu, est plutôt une profanation qu’une religion. Elle a des temples où toutes les filles de la ville se prostituent en son honneur et se font une dot des profits de la dévotion. Elle en a où chaque femme mariée va se donner à celui qui la choisit, et jette dans le sanctuaire l’argent qu’elle a reçu. Les courtisanes sont plus honorées que les matrones. Des hommes s’habillent en femmes pour servir dans son sanctuaire » ».



 « Hélas, bien souvent, le prix de la prostitution ne servait point à leur dot, mais était destiné à subvenir aux frais du culte. C’est saint Augustin qui nous instruit de cette particularité, en nous disant que de son temps les prostitutions religieuses étaient en usage dans toute la Phénicie ».

 

« Au temple des Aphaques en Syrie, les ministres y tenaient école de débauche. Des hommes efféminés, impudiques, pour apaiser le démon qui y présidait, se livraient entre eux aux excès du plus honteux libertinage. En outre, des hommes et des femmes mariés s’y réunissaient, se confondaient ensemble, et assouvissaient la violence de leurs désirs. Il raconte des choses semblables du temple d’Héliopolis, et dit que les habitants y prostituaient leurs filles aux étrangers qui passaient dans leur pays ».



 « On évoque ces gens par les mots grossiers « meretrix » et « scortator », qui se trouvent dans la Vulgate, des expressions qui répondent à celles de « consacrées », « consacrés » ou « efféminés », qualifications servant à caractériser les hommes et les femmes qui prétendaient honorer la divinité par de tels actes d’impureté ».

 

« Idem chez les Arméniens antiques où la déesse de la génération était nommée Diane Anaïtis. Strabon nous apprend que ces peuples lui rendaient un culte particulier, consacraient les prémices de leurs esclaves, de leurs filles, même des filles les plus qualifiées. Elles se prostituaient dans le temple de la déesse ; alors seulement, elles étaient dignes du mariage, et les hommes s’honoraient de les épouser ».

 

« C’était une pratique commune, chez les Lydiens, que les nouvelles mariées se prostituassent avant d’habiter avec leurs maris. « Toutes les filles, dans le pays lydien, dit Hérodote, se livrent à la prostitution ; elles y gagnent leur dot, et continuent ce commerce jusqu’à ce qu’elles se marient ». Pomponius-Mela dit la même chose de celles des Augiles, peuple d’Afrique. Elles reçoivent tous les hommes qui s’offrent avec un présent, et plus le nombre de ceux qui sacrifient à leurs charmes est grand, plus elles en sont honorées ».



 « Les Nasamons, peuples de la Lybie, observaient le même usage : « Lorsqu’un d’eux, dit Hérodote, se marie, la première nuit de ses noces la mariée accorde ses faveurs à tous les convives, et chacun lui fait un présent qu’il a apporté de sa maison ». On peut joindre ici l’exemple qu’offrent les Gindanes, peuple de la Lybie antique, où les femmes portent chacune autour de la cheville du pied, autant de bandes de peaux qu’elles ont vu d’hommes : celle qui en a davantage est la plus estimée, comme ayant été aimée d’un plus grand nombre d’hommes (Hérodote, Melpomène, chap. 176) ». (Jacques-Antoine Dulaure – Histoire abrégée des différents cultes)


 

 Ainsi, un fossé se creuse entre Ishtar et Innini, comme le dit Monsieur Langdon : « En transférant cet attribut licencieux d’Innini en une « Harlot », les Sumériens essayaient d’adoucir le caractère de la Déesse Mère d’un rôle impur mais en aucun cas, ils ne réussirent à cacher sa grande figure de patronne de l’amour libre derrière la forme licencieuse de sa servante ».

 

Dans les textes magiques et incantatoires, dans le Babylonica IV, nous lisons « qu’Innini et la divine harlot Lilitu travaillent ensemble ».

 

« Des femmes venaient au temple sacrifier pour la Déesse par la prostitution sacrée, afin d’obtenir la fécondité, des richesses, des récoltes. L’amour était consacré à la Déesse et des lois furent promulguées pour accorder à Innini « l’adultère non consommé ». (Code de Hammurapi, 127.32).


Les profits devenant peut être importants, les prêtres d’Ishtar poussent leur Déesse de reprendre la place d’Innini ; par voie de conséquence, Lilitu vient la remplacer. A Ishtar les prostitutions sacrées liées à la génération ; à Lilith celles liées à la luxure.

 

Des tantristes affirment que le culte rendu à Lilith comprenait une pratique connue d’eux, exercée par certains en Orient, la retenue du semen. Or, justement, nous croyons que le culte de Lilitu, si orienté vers la luxure, motivait justement la jouissance mais ne la destinait pas à la fécondation mais au stupre ou, pour les mages noirs, aux esprits élémentaires, d’où sa condamnation par nombre de cultes religieux opposés, sauf chez certains Gnostiques, fervents adeptes des pratiques sexuelles orientées vers la stérilité. Au point que le culte de Lilitu est figuré par « une insatiable mangeuse de sperme à qui le crime ne profite pas ».

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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