Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /Nov /2009 15:14

Le cultuel n’étant jamais très éloigné du domaine luxurieux aux temps antiques, Lilitu intéressa des Gnostiques, ceux qui dédaignaient la création divine que représente notre bas monde et qui se répartissaient en différentes familles d’appartenance, aussi bien les Sodomites (ceux qui se revendiquaient des habitants de Sodome et Gomorrhe et de leur culte dédié (d’après les textes) à Bélial), les Ophites ou Naassènes (les originels Gnostiques, dont le dieu était le Serpent pour certains, Pan pour d’autres), ou encore les Caïnites (ceux qui se revendiquaient de Caïn). La raison est trouvée dans cette assertion apportée par le Marquis de Sade dans « Les prospérités du vice » : « Cook découvrit une société à Otaïti où toutes les femmes se livrent indifféremment à tous les hommes de l’assemblée. Mais si l’une d’elles devient enceinte, l’enfant est étouffé au moment de sa naissance : tant il est vrai qu’il existe des peuples assez sages pour sacrifier à leurs plaisirs les lois futiles de la population ! » Pour risquer le moins possible une prostitution qui finit par un accouchement accidentel ou involontaire, les partenaires d’un jour pratiquaient à rebours, dans le vase le plus étroit. Conséquence, point de risque de procréation. Exercice dont les opposants religieux à ces cultes prostitutionnels imagèrent avec la Mort, sachant combien la pratique était incompétente pour engendrer. Et Lilitu la Rouge, imagée comme la plus vulgaire des putains, devint la Noire, hantant les couloirs des ténèbres, d’une allure squelettique et maladive. Voilà comment, pour aimer trop à rebours ses opposants religieux l’ont déguisée en icône de la Mort.



 Ce n’est point tout. Les maris qui venaient faire leur sacrifice en assistant à la débauche furieuse de leur épouse par des prêtres l’assaillant par tous ses orifices* devaient déposer leur semence comme on s’offre en soumission sur l’autel devant le Grand Bouc. D’où l’autre image de Lilitu en un poisson « doué d’une possibilité d’engloutissement énorme ».



(* Comme l’écrit le Marquis de Sade dans « Les prospérités du vice » : Ô tendres créatures, ouvrages divins, créées pour les désirs de l’homme ! Cessez de croire que vous ne soyez faites que pour la jouissance d’un seul, foulez aux pieds, sans nulle frayeur, ces liens absurdes qui, vous enchaînant dans les bras d’un époux, nuisent au bonheur que vous attendez de l’amant qui vous est cher ! Songez que ce n’est qu’en lui résistant que vous outragez la Nature : en vous formant le plus sensible, le plus ardent des sexes, elle gravait dans vos cœurs le désir de vous livrer à toutes vos passions. Vous indiquait-elle de vous captiver à un seul homme, en vous donnant la force d’en lasser quatre ou cinq de suite ?)

  

Parmi ces Gnostiques, nous trouvons les Nicolaïtes, dont les pratiques, décrites avec toute la mystique nécessaire, se rapprochent de celles décrites sous couvert de prostitution dite « sacrée » : Le terme « Nicolaïtes » est cité à deux reprises dans l’Apocalypse. La première mention apparaît aux versets 2:6 dans les paroles adressées à l’Église d’Éphèse : « Tu as pourtant ceci, c’est que tu hais les œuvres des Nicolaïtes, œuvres que je hais aussi ». Une seconde apparaît dans la lettre à l’Église de Pergame (2,14–15) : « Mais j’ai quelque chose contre toi, c’est que tu as là des gens attachés à la doctrine de Balaam, qui enseignait à Balak à mettre une pierre d’achoppement devant les fils d’Israël, pour qu’ils mangeassent des viandes sacrifiées aux idoles et qu’ils se livrassent à l’impudicité ». Le nicolaïsme est également évoqué dans la lettre à Thyatire, qui précise qu’il s’agit d’une « doctrine » enseignant « les profondeurs de Satan » : il s’agit donc peut être d’une secte vénérant Satan (Von Harnack) Nous citons encore : « Clément d’Alexandrie décrit les Nicolaïtes comme des « boucs lascifs » adeptes de la mise en commun des femmes, qui n’existent plus de son temps. Il raconte que « Niqolaï était marié à une très belle femme, dont il était extrêmement jaloux. Comme les apôtres le lui reprochaient, Niqolaï amena sa femme devant la communauté et l’offrit à qui la voudrait. Au IVème  siècle, Épiphane de Salamine reprend l’histoire de la femme de Niqolaï, mais l’interprète de manière radicalement différente : ayant échoué à rester chaste aux côtés de sa femme, Niqolaï bâtit une doctrine où les relations sexuelles deviennent la clef du Royaume des cieux. Enfin, Victorin de Pettau attribue aux Nicolaïtes la doctrine selon laquelle les fornicateurs pouvaient obtenir le pardon le huitième jour. Par la suite, les Pères de l’Église se focalisèrent sur le caractère obscène de leur mode de vie. Jérôme de Stridon fait ainsi de Niqolaï « l’inventeur de toutes les obscénités », arguant qu’il « conduisait des troupes de femmes ». Les Nicolaïtes ne font aucune difficulté de se nourrir de viandes immolées aux idoles, et pratiquent d’autres cérémonies du culte païen. Ils racontent encore, sur le monde, des choses vraiment fabuleuses, mêlant à leurs discours des noms barbares de princes, propres à effrayer leurs auditeurs, plus capables de faire rire que de faire trembler les personnes prudentes. Ils attribuent aussi la création, non à Dieu, mais à des esprits. (source Wikipédia)

 

Ce sont des pratiques du même ouvrage qui sont énumérées par le Marquis de Sade en son temps : « L’adultère était publiquement autorisé chez les Grecs. Les Romains se prêtaient mutuellement leurs femmes. Caton prêta la sienne à Hortensius, qui désirait une femme féconde.

Cook découvrit une société à Otaïti où toutes les femmes se livrent indifféremment à tous les hommes de l’assemblée. Mais si l’une d'elles devient enceinte, l’enfant est étouffé au moment de sa naissance : tant il est vrai qu’il existe des peuples assez sages pour sacrifier à leurs plaisirs les lois futiles de la population ! Cette même société, à quelques différences près, existe à Constantinople.

Les nègres de la côte de Poivre et de Riogabar prostituent leurs femmes à leurs propres enfants.

Chez les anciens Bretons, huit ou dix maris se rassemblaient et mettaient leurs femmes en commun. Singha, reine d’Angola, avait fait une loi qui établissait la vulgivaguibilité des femmes. Cette même loi leur enjoignait de se garantir de grossesse, sous peine d’être pilées dans un mortier : loi sévère, mais utile, et qui doit toujours suivre la défense des liens et la communauté, afin de mettre des bornes à une population dont la trop grande abondance pourrait devenir dangereuse.

Mais on peut tarir cette population par des moyens plus doux : ce serait en accordant des honneurs et des récompenses au saphotisme, à la sodomie, à l’infanticide, comme Sparte en décernait au vol. Ainsi la balance s’égaliserait sans avoir besoin, comme à Angola ou à Formose, d’écraser le fruit des femmes dans leur propre sein.

Il y a, en Chine, une société pareille à celles d’Otaïti et de Constantinople. On les appelle les maris commodes. Ils n’épousent de filles qu’à la condition qu’elles se prostitueront à d’autres : leur maison est l’asile de toutes les luxures. Ils noient les enfants qui naissent de ce commerce.

Il existe des femmes au Japon qui, quoique mariées, se tiennent, avec l’agrément de leurs époux, aux environs des temples et des grands chemins, le sein découvert, comme les courtisanes d’Italie, et sont toujours prêtes à favoriser les désirs du premier venu.

On voit une pagode à Cambaye, lieu de pèlerinage où toutes les femmes se rendent avec la plus grande dévotion ; là, elles se prostituent publiquement, sans que leurs maris y trouvent à redire. Celles qui ont amassé une certaine fortune à ce métier achètent, avec cet argent, de jeunes esclaves qu’elles dressent au même usage et qu’elles mènent ensuite à la pagode pour se prostituer à leur exemple.

Un mari, au Pégu, méprise souverainement les premières faveurs de sa femme ; il les fait prendre par un ami, souvent même par l’étranger qu’il considère. Mais il n’en ferait pas de même pour les prémices d’un jeune garçon : cette jouissance est, pour les habitants de ces pays, la plus délicieuse de toutes.

Les Indiennes du Darien se prostituent au premier venu. Si elles sont mariées, l’époux se charge de l’enfant ; si elles sont filles, ce serait un déshonneur d’être grosses, et elles se font alors avorter, ou prennent, dans leur jouissance, des précautions qui les délivrent de cette inquiétude.

Les prêtres de Cumane ravissent la fleur des jeunes mariées : l’époux n’en voudrait pas sans cette cérémonie préalable. Ce précieux bijou n’est donc qu’un préjugé national, ainsi que tant d’autres choses sur lesquelles nous ne voulons jamais ouvrir les yeux.

Combien de temps la féodalité usa-t-elle de ce droit dans plusieurs provinces de l’Europe, et particulièrement en Écosse ?

Il s’en faut bien que tous les peuples aient également estimé les prémices. Plus une fille, dans l’Amérique septentrionale, avait eu d’aventures galantes, plus elle trouvait d’époux qui la recherchaient. On n’en voulait point si elle était vierge : c’était une preuve de son peu de mérite.

Aux îles Baléares, le mari est le dernier qui jouisse de sa femme : tous les parents, tous les amis le précèdent dans cette cérémonie ; il passerait pour un homme fort malhonnête, s’il s’opposait à cette prérogative. Cette même coutume s’observait en Islande, et chez les Nazaméens, peuple de l’Égypte : après le festin, l’épouse nue allait se prostituer à tous les convives et recevait un présent de chacun.

Chez les Massagètes, toutes les femmes étaient en commun : lorsqu’un homme en rencontrait une qui lui plaisait, il la faisait monter sur son chariot, sans qu’elle pût s’en défendre ; il suspendait ses armes au timon, et cela suffisait pour empêcher les autres d’approcher.

Ce ne fut point en faisant des lois de mariage, mais en établissant, au contraire, la parfaite communauté des femmes, que les peuples du Nord furent assez puissants pour culbuter trois ou quatre fois l’Europe et l’inonder de leurs émigrations ». (Sade – Prospérités vice ; p.47)

 


Les Gnostiques voyaient le Créateur de ce bas monde comme un dieu méchant, aussi ne voulaient-ils point assurer la génération pour lui ; tandis que Sade, en accordant à la Nature plutôt qu’à un Dieu la direction du monde, il explique son drame en démontrant le peu d’intérêt qu’elle accorde à la vie des hommes puisqu’elle détient tant et tant de moyens de l’éliminer physiquement. Des deux points de vue motivèrent ces Gnostiques de conjuguer leur foi avec la Déesse vénérée dans les temples où se pratiquait la prostitution sacrée puisque leurs rites sacrés, portant sur la stérilité, rejoignaient les exercices luxurieux exigés par Lilitu, dont les quatre principaux érigés comme…. la masturbation, la fellation, la sodomie et le coït interrompu.

 

C’est ainsi que l’on apprend qu’il exista des « cérémonies orgiastiques à des fins liturgiques et mystiques : fellations de groupe chez les gnostiques connus d’Épiphane, qui recueillaient le sperme pour « éviter de faire des enfants à l’archonte » ». De même, il exista des séances de soumission et de domination des femmes sur les hommes en vue d’une vénération de la Déesse du bordel Lilitu, exercices dont les Bacchantes romaines s’approprièrent et qui firent tant ensuite leur réputation.



Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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