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Pointer du doigt la Perse pour signaler l’origine possible d’Asmodée, démon
dérivé du dieu colérique Aeshma Deva - bien que le nom est, parait-il, d’abord oriental -, souligne qu’il proviendrait d’un panthéon mythologique régnant du temps de Zoroastre*. L’étymologie des
noms antiques n’est pas notre fort, néanmoins quelques remarques trouvées ici et là peuvent nous être profitables.
(* Zoroastre est réputé pour avoir changé nombre de grands dieux orientaux en des mauvais démons.)
Procédons par ordre ; au sujet du mot « nazar » pour « Nazaréen », HPB (Héléna Petrovna Blavatsky) explique : « Le terme Nazar (Nun – Zain – Resh) signifie « se vouer, se consacrer à » ; dans le même ordre pour « Zoro » ou « Zeru », qui est le prêtre, le prophète, le hiérophante ou le mage. Ne pourrait-on pas, par conséquent, supposer que le Zoro-Aster était le Nazar d’Ishtar (Astarté) ou « Zeru-Astar » ». (HPB – Isis dévoilée ; p.147 – éditions Adyar)
Jean-Baptiste Félix Lajard, de son côté, tente d’expliquer le nom « Astarté » : « Plusieurs auteurs modernes ont fait dériver du mot persan « astara » (astar) ou « étoile », le nom « d’Astarté ». Il faut ajouter qu’en zend, « çtâra » signifie « astres », et que ce mot répond au sanscrit védique « strî » et au sanscrit actuel « târâ » ou « étoile ». Les mots « astara » pour « étoile » et « Al-Zahar » pour « splendeur, éclat » décrivent la planète Vénus et semblent former le nom « Astarté ».
Monsieur Lajard ajoute, en outre, « que le mot persan pour « or » est « zara » ou « zérin », lié à « brillance », d’où les Arabes appelaient la planète Vénus (la Brillante) « Al-Zahar ». « J’ajoute, dit-il, qu’un merveilleux accord règne entre les traditions orientales qui attribuent à Vénus des qualifications équivalant à l’épithète de « lumineuse », et les traditions grecques qui désignent la planète Vénus sous le nom de « Phosphoros », le Lucifer des Latins » (Jean-Baptiste Félix Lajard – Recherches sur le culte, les symboles, les attributs et les monuments figurés de Vénus en Orient et en Occident ; 1837).
D’où que « As » peut apparaître comme un diminutif « d’Astarté ». Et
« Modée » du nom « Asmodée », selon des kabbalistes du moyen âge ayant orthographié Asmodée « Aleph – Samech – Mem – Vau – Daleth – Yod », peut bien préciser une
région, celle de Médie où l’on pratiquait son culte. D’où qu’Asmodée concernerait le culte d’Astarté (androgyne) dans la Médie. Suggestion audacieuse, diront certains spécialistes, mais pas
impossible, plus aisée à comprendre que le cheminement labyrinthique qui aurait conduit Aeshma Deva, un dieu colérique de la guerre, à devenir le démon le plus lubrique du panthéon diabolique
chrétien.
Autre possibilité, plus forcée encore, qui prend son
point de départ dans le « Targum, Job 1/15 » : « Quand ils demandèrent, « comment vous appelez-vous ? » Il dit : « Shmi Ad, Ad Shmi (je m’appelle Ad,
Ad est mon nom) », et ils l’appelèrent « Ashmodée »
(Asmodée) ». « Ad » signifiant « Un », « Asmodée » voudrait dire : « Je suis l’un ». A moins, plutôt que « Ad » renvoie à
« Adon » (Seigneur, Maître) ou « Adonis », le dieu figuré par un taureau viril ou bien un phallus dressé qui s’affichait en couple au côté de Vénus-Astarté. Et que montre la
figure d’Asmodée du moyen âge sinon trois têtes dont celle d’un taureau ?
Avec « As », le nom souligne l’appartenance de l’entité avec le culte d’Astarté, dont on sait qu’il fut, dans son versant populaire, prostitutionnel. Avec « Ad », on trouve l’aspect mâle de l’entité androgyne, l’Adon ou maître du culte de Vénus-Astarté. Voici notre Asmodée. Pourquoi fut-il considéré comme le maître des luxures et de l’impudicité ?
C’est simple, les descriptions apportées de son culte
populaire en témoignent : « On voit, dans ce passage, les pratiques du culte d’Astarté ou de Mylitta, bien désignées ;
la prostitution des jeunes gens des deux sexes, et le prix de cette prostitution
offert à la divinité. L’auteur du Deutéronome emploie, dans le texte hébreu, au lieu des mots grossiers « meretrix » (prostitution femme) et « scortator » (prostitué homme),
qui se trouvent dans la Vulgate, des expressions qui répondent à celles de « consacrées », « consacrés » ou « efféminés », qualifications servant à caractériser les
garçons et les filles qui prétendaient honorer la divinité par de tels actes d’impureté. Josias, dit l’auteur du quatrième Livre des Rois, abattit les cabanes des efféminés ou consacrés, qui
étaient dans la maison du Seigneur, pour lesquels des femmes travaillaient à faire des tentes en l’honneur d’Astarté. (…) Cet usage religieux et galant était établi dans toute la Phénicie. La
déesse qui présidait à la génération s’y nommait bien Astarté, et le lieu qui lui était consacré, « Succoth-Benoth ». (Jacques-Antoine Dulaure – Les divinités
génératrices)
Passons à Vénus-Astarté (ou Mylitta). Voici une description de sa représentation : « Une figure d’Astarté nous la montre sous les traits d’une femme assise sur un trône, et faisant, avec une patère qu’elle tient de la main gauche, une libation sur un autel placé à ses pieds. Elle est coiffée d’une tiare crénelée (couronne) d’où s’échappe une touffe considérable de cheveux bouclés et tombant sur la nuque. La déesse est nue jusqu’à la ceinture. Une ample draperie est attachée au bas des reins, couvre les hanches et le reste du corps. Derrière elle pointe un adolescent ailé qu’il est impossible de ne pas prendre pour Eros ou l’Amour ».
Parfois, elle est montrée, lors des offices réservés aux initiés, comme une divinité androgyne, d’où que le nom Astarté (singulier féminin)donne au pluriel Astaroth (pluriel masculin) (androgynie de la divinité), que les septante ont rendu en grec par « Astartai » (Astartai), elle, la divinité des Chaldéens d’Assyrie, fondateurs de son culte, Vénus-Astarté ou Vénus-Mylitta que les Phéniciens avaient reçu des Assyriens.
Qu’est devenue Vénus-Mylitta, l’antique divinité connue comme mère et maîtresse des
prostitutions et des débauches ? A-t-elle sombré ? Est-elle morte ? Pas tout à fait. Les divinités ne meurent jamais, tout au plus elles sommeillent mais veillent toujours, même
changées en démone. Ce qu’il reste de l’antique Vénus-Mylitta est Lilith.
Quelle description nous fait-on de Lilith ? « Elle a de longs cheveux, l’aspect d’une belle femme de la tête au ventre, et qui du nombril aux pieds est faite de feu ». Servante de la divinité Enlil, qui est Mylitta, elle la devient en effet petit à petit.
Une autre description de Lilith, donnée par ses
détracteurs, est plus significative encore : « Elle se farde de divers maquillages comme une abominable prostituée qui se tient à l’angle des rues et des routes pour séduire les hommes.
Le sot qui s’approche d’elle, elle le saisit, l’embrasse… ses cheveux sont
peignés
et teints en rouge. A ses oreilles pendent des bijoux, sa bouche est tenue à peine ouverte, superbement offerte et sa langue est effilée comme une épée. Ses lèvres magnifiques sont rouges, elle
est vêtue de pourpre. Le fou la suit, boit la coupe de vin, puis se débauche avec elle et s’égare après elle. Lorsqu’elle ôte ses vêtements, elle se transforme en un guerrier puissant qui se
dresse contre lui habillé d’un vêtement de feu ardent ». (Mystère des mystères – traduction C. Mopsik) Le texte sonne comme un pamphlet prophétique écrit par un hébreu défendant sa religion
contre les cultes voisins adorant le dieu-bouc ou dieu-taureau, dont les sacrifices liés à la prostitution abondent. Il sème la peur autour de lui, devinant les siens céder à la
tentation.
Lilith décrite en prostituée n’est pas autre chose que la représentation de Vénus-Mylitta dans ces temples où il y avait jadis activité de prostitution dite « sacrée ».
D’où la déduction suivante : lorsque les Romains
ont fait renaître, par le vote d’une
loi, une Vénus figurée par une femme belle,
personnifiant l’amour et la beauté, ils ont voulu faire oublier l’autre Vénus qui sombrait dans sa Nuit, qui avait causé tant de cauchemars, la Vénus-Mylitta ou Vénus-Astarté antique, mère et
maîtresse des prostitutions dites sacrées. Tandis que les hommes s’émerveillaient alors devant les statues de la nouvelle « belle » Vénus, ils oubliaient quelle diablesse fut son
ancienne effigie à son heure de gloire dans son temple. La Vénus-Aphrodite, née de l’écume des eaux (tel le phénix renaît de ses cendres), fut portée à la gloire par les Romains pour faire
oublier Vénus-Mylitta et ses activités de débauchée. Mais elle ne mourut point, elle entra dans l’ombre et porta le nom de « Lilith »*.
(* Hérodote établit l’identité de Vénus-Uranie avec Mylitta, Alitta ou Alilath et Mithra ; or, Lilith est appelée par ses fidèles Alilath. Ainsi, avant de devenir pour certains la Qlipah des ténèbres, elle fut pour d’autres dans l’Antiquité, la mère et maîtresse des prostitutions et des débauches.)
Si Collin de Plancy, dans son « Dictionnaire infernal », dit vrai,
« qu’Asmodée est Samaël », alors le fameux Satan, avant d’être le prince des ténèbres, était le prince des bordels. Ceci explique peut-être cela, qu’à force d’avoir inspiré la
prostitution et la débauche, les hommes aient tenu à mettre ce prince à l’ombre.
De son côté, ce prince noir répond que les chefs spirituels de ce bas monde, qui sont les dieux devant lesquels nous nous prosternons aujourd’hui, ont tant d’aversions pour les hommes que nous leur devons tous nos malheurs. A commencer par Ildabaoth (tvhbdly) ou « enfant désolation », (xyybdly) ou « enfant de l’œuf », le plus méchant d’entre tous, puis ses six Archons* : Iove (Jehovah), Sabaoth, Adonaios, Eloios, Ouraios et Astaphaios ; dont les Ophites disaient « qu’Adonaios, le troisième fils d’Ildabaoth, était un Génie malfaisant et, de même que ses cinq autres frères, un ennemi acharné, adversaire de l’homme ». (HPB – Isis dévoilée ; p.213 – éditions Adyar) Ouraios invente des femmes à l’image de Lilith, capables de séduire les hommes, mais non pour leur jouissance, pour leur malheur.
(* Les orthographes françaises diffèrent d’un texte à l’autre : voici les plus fiables : « Ilda-Baoth et ses six Archons : Sabbaoth ou Mars ; Adonaios-Sol ou le Soleil ; Iao, la Lune ; Eloaios, Jupiter ; Astaphaios, Mercure ; Horaios, Vénus ». (HPB – Isis dévoilée ; p.330 - éditions Adyar))
Ces pratiques, ces mœurs furent condamnées, combattues farouchement par les cultes opposés, essentiellement monothéistes. Pourtant, la fascination pour l’antique culte de Vénus-Mylitta ou Vénus-Astarté fut si ardente que les religions qui lui succédèrent durent reprendre à leur compte quelques-uns de ses symboles.
« Suivant Munk, le terme « Galiléen » serait presque synonyme de
« Nazaréen » ; le peuple avait sans doute suivi certains rites et modes du culte des païens. (…) Leurs relations les portèrent, à une date ultérieure, à adopter les
« Adonia » ou rites sacrés pratiqués lors des lamentations du le corps mutilé d’Adonis, ainsi que nous les constatons par les plaintes de saint Jérôme. C’est ainsi qu’il dit :
« Le bois de Thammuz, c’est-à-dire d’Adonis, jetait son ombre sur Bethléem ! Et dans la grotte où pleura jadis l’enfant Jésus, on lamente la perte d’Adonis, l’amant de Vénus »
(Saint Jérôme – Epitres). Ce fut à la suite de la rébellion de Bar-Kochba, que l’Empereur romain établit les mystères d’Adonis dans la grotte sacrée de Bethléem ; et qui sait si ce ne fut
pas sur ce « petra » (pierre ou Pierre) ou « temple » sur le roc, que l’Eglise fut édifiée ? Le sanglier d’Adonis (de
« Adon » ou « Seigneur ») était placé au-dessus de la porte de Jérusalem qui faisait face à Bethléem ». (HPB – Isis dévoilée ; p.159 – éditions Adyar) Ces
religieux laissaient croître leurs cheveux longs comme le font les cénobites et les fakirs hindous.
« Adonis est le même que Pan, Bacchus et Dionysos, figuré par un taureau ou un Phallus. C’est à Biblos que ce culte était particulièrement célébré. On y adorait dans le même temps Vénus-Astarté ». En suivant bien ces enseignements, Adonis occupa ultérieurement la place du Christ et Vénus celle de Marie. De plus, Vénus-Astarté montrée sous son jour androgyne, est barbue, tout comme Jésus fut décrit barbu, né en décembre sous le signe du Capricorne (capri cornus ou bouc) et mort crucifié un vendredi, jour consacré à Vénus.
Monsieur Lajard approuve que « Vénus continuait à recevoir un culte public plusieurs siècles après la naissance du Christ, mort sur la croix un vendredi. Des témoignages authentiques nous font connaître qu’à l’avènement de Constantin-le-Grand, la multitude conservait l’habitude de fréquenter les temples de la déesse à Aphaques, à Jérusalem et à Héliopolis. Si l’on en croit Rodolphe Hospinien, une statue de Vénus très obscène aurait même subsisté jusqu’au temps de l’empereur Arcadius, à Majuma, port de Gaza, dans la Palestine ».
La religion musulmane n’est pas étrangère à cette réalité, puisque, pour s’imposer sur cette terre, elle adopta la couleur verte, qui est celle de Vénus, pris l’étoile à cinq branches ou pentagramme, symbole vénusien ; consacré le vendredi jour saint, celui où les hommes ont pour devoir de s’occuper affectueusement de leur épouse. Pour le reste, bien entendu, c’est le jour et la nuit. La violence et la culture monothéiste mirent un terme au culte de l’antique débauchée Mylitta.
La divinité antique mâle / femelle (androgyne), Bel – Mylitta, Adonis – Astarté, Bacchus – Vénus, comme elle donnait lieu à la prostitution et à la débauche, leurs successeurs imposèrent le culte monothéiste, fondant ainsi le deux en un, qu’il n’y ait plus qu’une réalité, et que de celle-ci, on ne soupçonne que son aspect masculin. Car le religieux monothéiste, de surcroit ascétique, s’assura que son culte s’empêcherait toute dérive luxurieuse. L’Eglise du premier moyen âge prouva tout le contraire.
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