Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /Déc /2009 17:14

On la dit « sortir de la nuit » ou qu’elle est une figuration du noir, couleur des ténèbres, parce que son nom serait dérivé de « laila » signifiant « nuit », ce qui permet aux spécialistes en mythologie de faire d’elle une démone des lieux morbides et terrifiants. Sans aucun doute, héritage gnostique, nous pouvons lier cette proximité de Lilith avec les obscurités mortifères à son avatar tantrique Kâlî, dont les Siddhas ou initiés en méditations tentaient jadis la fréquentation, assis la nuit près des lieux de crémation ou dans les cimetières. Une invocation magique la concernant évoque cette pratique :

 

Il devient à coup sûr

Le maître de ce monde

Celui qui, dans un cimetière,

Nu, les cheveux défaits,

 

Médite sur Ta gloire

Et récite les sept mantras

En t’offrant des fleurs et des graines.

 

Et de même, à coup sûr,

On règne sur ce monde,

On devient un Voyant,

On circule à dos d’éléphant

 

Lorsque l’on sait, Déesse,

T’offrir, un mardi soir,

A minuit, dans un cimetière,

Des poils pris à la yoginî,

Tout en récitant tes mantras !

 

Au temps des prostitutions vouées à Mylitta, le temple qui voyait le dieu-taureau ou dieu-bouc sous une forme androgyne, comme l’était Vénus*, la Lilith était rouge, mère et maîtresses des prostitutions et autres débauches.

 

(* Pour les amateurs de guématrie, l’observation suivante est intéressante : « Vénus », au cas où le nom est bien dérivé de « Benoth » (tvnb) signifiant « filles », a pour nombre 458, exactement comme Belphégor (rvif lib), qu’on dit être Priape. De son côté, Belphégor ou  plutôt Ba’al Peor a pour nombres 102+356, et 356 est le nombre d’Asmodée ou Ashmeddai (yadmwa).)

 

Mais Lilith la Noire, non pas celle répertoriée au registre des meurtrières au moyen âge mais celle du temple antique, était cette femme qui sortait soudain de l’ombre de la chambre où l’homme mâle était venu faire son sacrifice à Vénus, lequel s’était, pour cela, travesti en femme, et se prosternait devant l’idole à la figure de Bouc lascif ; elle émergeait des ténèbres, vêtue moulée de noir, portant parfois un masque, un « membre viril postiche ceinturé autour des hanches » : soit, « l’androgyne parfait », et prête à immoler. L’orgueil du mâle en prenait pour son supplice alors qu’il devenait femme en interprétant son rôle passif dans l’union. Mylitta rayonnait de toute sa grandeur au cours de ce rituel luxurieux mais Lilith en femme dominatrice munie d’un membre postiche finit par se faire, auprès d’une certaine gent masculine, des ennemis.

 

L’auteur anglais Francis King apporte ainsi ces faits : « Conséquence de la dualité divine (androgynie, hermaphrodisme), les cultes de la fécondité ont souvent, au terme de leur évolution, abouti à ceci, qu’on considéra comme assez impropre pour un homme d’adorer un dieu ou pour une femme d’adorer une déesse. Car rendre un culte à une divinité de son propre sexe équivaut à une violation du principe de la bipolarité. D’après l’écrivain Macrobe, le transvestisme pouvait servir à maintenir la fiction de la dualité sexuelle : ainsi, au temple d’Aphrodite (Vénus-Mylitta), les « desservantes » s’habillaient en hommes, alors que les prêtres d’Hercule ne s’approchaient de l’autel que vêtus d’habits féminins. Au moyen âge, Maïmonide a évoqué une inversion totale du principe, évoquant un livre de magie dans lequel il était dit que lorsqu’un homme invoquait Vénus, il lui fallait s’habiller de vêtements féminins et que quand une femme s’adressait à Mars, elle devait porter, comme un homme, armes et armure » (Francis King – Esotérisme et sexualité).

 

Ce qui a pour conséquence logique, en reprenant les éléments d’informations de l’auteur cité, que, concernant le culte rendu à Vénus-Mylitta, ses « desservantes », prêtresses ou maîtresses « s’habillaient en hommes » et que les hommes venant sacrifier « s’habillaient de vêtements féminins ».

 

Des divinités orientales ayant influencé celles décrites par l’Occident, nous ne pouvons nous empêcher de penser à Kalaratri ou aussi Anahita, à propos desquelles nous trouvons le commentaire suivant : « Il existe une entité tantrique Kalaratri (Kâlârâtrî) d’aspect féminin, vaillante, que des représentations symboliques nous montrent chevauchant un âne. Cette Kalaratri (le « noir » domine son nom) a trop d’apparences semblables à Kâlî pour ne pas finir par assimiler l’une à l’autre.  Jean Varenne traduit « râtrî » par « nuit » disant que c’est un nom de la déesse, la nuit n’étant pas les ténèbres maudites mais le calme apaisant, reposant ; par ailleurs « râtrî » associée au nom d’une déesse, ici implicitement « Kâlî » tend à la décrire, disant qu’elle est « vêtue de splendeur », « brillante », surtout « celle qui donne le plaisir », locution chargée « d’implications érotiques ». Dans le tantrisme de la gauche de la Main Gauche, Kalaratri est figurée par une belle femme attirante et féminine et cependant harnachée « d’un membre postiche d’âne ». Ce n’est pas si étonnant lorsqu’on voit d’autres gravures montrant Kali chevauchant sexuellement Shiva ou le piétinant à la manière d’une maîtresse dominatrice. Elle rejoint le cortège de l’Anahita tantrique identifiée avec Vénus (le culte d’Anahita s’est répandu jusqu’en Perse puis à Babylone où on la sait fréquenter Mithra) qu’on voit sur des fresques entourée de verges et flagellant ses adorateurs, « ceci dans le but de provoquer leur virilité » : l’origine du SM est ici… »

 

En fait, puisque nombre des cultes concernaient au final des œuvres de la prostitution, les mages chercheurs de nouvelles divinités d’aspect féminin cherchaient autant en Occident qu’en Orient, et plus leur réputation luxurieuse avait de mérite, plus elles avaient de chances d’être choisies pour patronner les lieux convertis en de saints lupanars.

 

Kalaratri portant « un membre postiche d’âne » au cours du culte dédié à Anahita, celle-ci étant identifiée à Vénus, nous croyons probable qu’un même rapport unit Lilith avec Vénus-Mylitta, Kalaratri possédant autant de noir dans son nom que Lilith.

 

Cette version noire de Lilith la rendit impopulaire auprès de nombreux hommes qui venaient sacrifier au temple. Mais certains auteurs affirment que des fidèles de Cybèle, la déesse phrygienne, s’automutilaient les organes génitaux qu’ils sacrifiaient pour leur déesse, acceptant la castration et devant eunuques.

 


Le culte de Lilith ne réclamait point cependant du mâle qu’il sacrifia définitivement sa virilité puisque sa vénération concourrait à la luxure et que ses servantes Harlot (prostituées) y tenaient par vénalité. Ce faisant, Lilith la Noire ou la Virile devint l’ennemie de nombreux hommes.  

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés