Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 18:03

(Suite de « Messaline et ses esclaves »)

 

messaline-BD.jpgDécrivant les mœurs de l’Eglise chrétienne du moyen-âge, où certains religieux rendaient un culte avec des divinités héritées de la mythologie, un pamphlet écrit par des Pères de l’Eglise, datant de 1110 et contant la vie de Pascal II, cent soixante cinquième Pape, cite, pour imager la conduite infâme de certaines nonnes, Messaline, texte qui fera d’elle l’incarnation de la femme débauchée : « L’histoire de l’Église au douzième siècle offre une longue suite de crimes horribles et de corruptions infâmes : le cardinal Baronius, zélé défenseur des papes, avoue lui-même qu’il semblait alors que l’Antéchrist gouvernât la chrétienté. Saint Bernard, qui vivait dans ces temps déplorables, écrivait à Gaufrid : « Ayant eu depuis plusieurs jours le bonheur de voir le pieux Norbert et d’entendre quelques paroles de sa bouche, je lui ai demandé quelles étaient ses pensées sur l’Antéchrist ; il m’a répondu que cette génération serait certainement exterminée par l’ennemi de Dieu et des hommes, car son règne avait commencé. »

Bernard de Morlaix, moine de Cluny, leur contemporain, écrivait également : « Les siècles d’or sont passés ; les âmes pures ne sont plus ; nous vivons sous le dernier des temps ; la fraude, l’impureté, les rapines, les schismes, les querelles, les guerres, les trahisons, les incestes et les meurtres désolent l’Église. Rome est la ville impure du chasseur Nemrod ; la piété et la religion ont déserté ses murs ; hélas ! Le pontife ou plutôt le roi de cette odieuse Babylone foule aux pieds l’Évangile et le Christ, et se fait adorer comme un dieu ».

Enfin, Honorius, prêtre d’Autun, s’exprime sur le clergé avec plus d’énergie encore : « Regardez, s’écrie-t-il, ces évêques et ces cardinaux de Rome ! Ces dignes ministres qui entourent le trône de la bête ! Ils sont toujours occupés de nouvelles iniquités et ne se lassent point de commettre des crimes. Non seulement ces infâmes s’abandonnent avec les jeunes diacres à toutes sortes de dépravations ; mais encore ils veulent forcer le clergé des provinces à les imiter. Aussi dans toutes les églises les prêtres négligent le service divin, souillent le sacerdoce par leurs impuretés, trompent les peuples par leur hypocrisie, renient Dieu par leurs œuvres, se rendent le scandale des nations, et forgent un réseau d’iniquités pour asservir les hommes. Ce sont des aveugles qui se précipitent dans l’abîme et entraînent avec eux les simples qui les suivent.

Regardez aussi ces moines, la fourbe et l’hypocrisie s’abritent sous leurs capuces ; le froc couvre tous les vices, la gourmandise, la cupidité, l’avarice, la luxure et la sodomie. Regardez enfin les couvents de nonnes ! La Bête a dressé son lit dans ces dortoirs dont toutes les couches sont maculées des plus horribles débauches. Ce n’est plus la Vierge que ces filles abominables prennent pour modèle ; c’est Phryné et Messaline : ce n’est plus devant le Christ qu’elles se prosternent, c’est devant une idole de Priape. Le règne de Dieu est fini, et celui de l’Antéchrist a commencé : un droit nouveau a remplacé l’ancien droit ; la théologie scolastique est sortie du fond de l’enfer pour étouffer la religion ; enfin il n’y a plus ni morale, ni dogme, ni culte, et voici venir le dernier temps annoncé par l’Apocalypse ! »

 

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Car la fièvre monte chez l’Impératrice. Amoureuse autant qu’adoratrice de Priape, elle sait mieux que personne la réputation de celui-ci, qui est d’être nommé le maître des démons incubes. Une description de lui au moyen-âge rapporte : « Héritier de ses pères, dans les démonographies, Priape est devenu le prince des démons incubes. Le même que Bacchus, dit Leloyer, qui n’était qu’un démon ayant cornes en tête et javelot en main. C’était le maître guide-danse, et dieu des sorciers et des sorcières : c’est leur chevreau, c’est leur bouc cornu, c’est le prince des bouquins, satyres et silènes. Il apparaît toujours aux sorciers et sorcières, dans leurs sabbats, les cornes en tête ; et hors des sabbats, bien qu’il montre visage d’homme, les sorcières ont toujours confessé qu’il a le pied difforme, tantôt de corne solide comme ceux du cheval, tantôt fendu comme celle du taureau ». « Ce qui appuie, ajoute Collin de Plancy, cette opinion que le démon du sabbat (Satan) est le même que Bacchus, c’est le souvenir des orgies qui avaient lieu aux Bacchanales ».

 

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Elle fait soumettre l’ex-voto humain de son vieil époux aux bacchantes, qu’elle condamne sur ordre à leurs supplices, et jure à Priape de s’adonner à lui sans limites. Ainsi, son mari mis sous pénitence est témoin de ses chevauchées sauvages où l’Impératrice rendue catin multiplie le nombre des assaillants, chacun venant à elle avec un vit plus arrogant et comptant l’achever. Deux, trois, quatre, cinq et six gladiateurs ou condamnés à mort s’activent auprès de Messaline, l’affectionnent dans tous les positions et les postures obscènes ; et dès que l’un d’eux, accusant le coup et pris d’une irritation insurmontable vient à sacrifier sur l’autel de son diable, une bacchante va déposer une couronne autour du Priape.

 

(D’où cette autre anecdote, empreinte cette fois de mystique, dont Jacques-Antoine Dulaure rend compte, racontée par ailleurs et résumée ici, mettant en parallèle le goût et la réputation de « mangeuse d’hommes » de Messaline avec le culte rendu à Priape, dieu toujours en érection et réputé exigeant de luxure ; d’une phrase, « ceci voudrait bien expliquer cela » : « Du côté des Romains, ils ne firent pas mieux ; peut-être pire. Aux unes, on leur impose de sacrifier leur virginité à leur dieu qui avait la forme d’un phallus. (…) Un certain contact suffisait sans doute pour rendre la cérémonie complète, assurer la fécondité et neutraliser les enchantements ». « C’est une coutume considérée comme très honnête et très religieuse, dit Saint Augustin (en condamnant), parmi les dames romaines, d’obliger les jeunes mariées de venir s’asseoir sur la masculinité monstrueuse et surabondante de Priape ». « Ne conduisez-vous pas, même avec empressement, dit Arnobe aux maris, vos femmes auprès de « Tutunus » ? Et, pour détruire de prétendus ensorcellements, ne les faites-vous pas enjamber l’horrible et immense phallus de cette idole ? ». Pour d’autres, le nombre de phallus témoignait de la quantité de leurs conquêtes : « C’est ainsi que l’épouse de l’empereur Claude, cette Messaline, fameuse par sa lubricité extrême, et bien digne, sous ce rapport, de figurer à côté du trône des Césars, après être sortie victorieuse de quatorze athlètes vigoureux, se fit déclarer « invincible », en prit le surnom, et, en mémoire de ces quatorze succès, fit au dieu Priape l’offrande de quatorze couronnes ». « D’autres femmes faisaient hommage à ce dieu Priape d’autant de phallus en bois de saule, qu’elles avaient vaincu d’hommes dans une nuit » (Jacques-Antoine Dulaure – Des divinités génératrices).)

 

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A chaque mâle qui succombait à son pouvoir sexuel, elle se tournait du côté de la statue de son amant divin et prononçait ses paroles : « Voici, ainsi je te rends gloire, Priape… ; tu vois comme je me donne à toi, Priape… » Caligula lui-même, qui imposa qu’on le nomme Bacchus, rendait un culte au même dieu viril. Une anecdote en fait foi : « Caligula, ne parvenant pas à satisfaire une jeune vierge au cours d’une cérémonie dédiée au dieu Priape, se déroulant sur le mont Phallus, va vivre des aventures polissonnes pour retrouver sa puissance sexuelle ». D’autres fois, s’agissant de vénérer Isis, dont les traits chez les Romains l’identifiaient avec Vénus, on trouva l’Empereur « déguisé en femme ».

 

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D’où cette pratique que Messaline imposa à l’ex-voto humain de son époux l’Imperator, de le soumettre lui aussi à la virilité de Priape. C’est connu, Jupiter lui-même adora Ganymède, anciennement une femme et devenu soudain un jeune homme, car certains dignitaires romains jugeaient du plaisir de l’acte comme du raffinement suprême. Un époux pouvait accepter qu’un prêtre vienne dépuceler sa future mais pas un jeune homme, dont il voulait connaître le premier ses prémices.  

 

« Je le sais, annonça Messaline, à cet instant les serviteurs du dieu sont en colère (les incubes étaient excités), ils sortent par moi, par mes yeux, par mon corps, ils ont juré de te posséder physiquement, ils s’expulsent de ma chair et entrent dans le pieu ardent du dieu. Ave Priapis… »

 

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 Puis, à nouveau la soumission : « Ce qui me répugne autant chez toi, dit-elle, est que tu ne veux point plaire à Priape, notre Dieu-Phallus » ; « Mais si que je veux lui être agréable ! », répondit le simulacre de l’Empereur sur la tête duquel on avait reposée la couronne de laurier. « Ah bon, et que fais-tu donc pour l’apaiser ? » ; « Je lui offre des couronnes, je fais des prières, je lui jette des spintriae ». Mais l’Impératrice ne reconnut là aucune offrande valable. Elle s’approcha de lui, le fit monter sur le noir autel, sa tête face à Priape en bouc et lança : « Mets-toi en position de prosternation, soumets-toi au dieu des dieux ». De derrière le bouc, elle fit apparaître l’objet* qui fait tant la réputation du divin et promit à l’Empereur de le punir avec cela. Des esclaves vinrent lui apporter tous les attributs de son titre tandis que l’Impératrice prononça les paroles qui appellent à Priape d’incarner sa puissance virile dans le membre postiche.

 

(* Description initiale de Priape par Jacques-Antoine Dulaure dans « Des divinités génératrices » : « Le Phallus, adhérant à une pierre appelée Terme, à un tronc d’arbre façonné ou non en Hermès, recevait, avec le corps dont il faisait partie, chez les Romains comme chez les Egyptiens et les Grecs, le nom de Priape. Cette idole était représentée avec la tête de Pan, ou des Faunes, c’est-à-dire avec les cornes et les oreilles de bouc. Quand on lui donnait des bras, car il n’en était pas toujours pourvu, Priape tenait d’une main une faux, et quelquefois, de la main gauche, il empoignait, comme Osiris, le trait caractéristique de sa divinité, lequel était toujours colossal et menaçant ».)

   

mess5-spintrae.jpgAprès quoi elle prononça au-dessus de l’ex-voto de chair et de sang, l’invocation à Priape tirée de la pièce 37 du Recueil des Priapées :

 

Cur pictum memori sit in tabella

Membrum quaeritis, unde procreamur.

Cum penis mihi forte laesus esset :

Chirugique manum miser timerem.

 

Elle tournoya l’objet sacré au-dessus des parties intimes du mâle devenu autel avant de sacrifier dans le temple de Ganymède. Dans l’esprit de chacun, le dieu prit l’allure du diable et l’Empereur se sentit chavirer. La prêtresse sodomite moqua son ex-voto afin d’humilier sa virilité mais le mâle n’eut plus de cesse que de sacrifier à Priape.

 

Plus tard, des esclaves en nombre prirent la place du membre postiche, grimpèrent sur la table et forniquèrent l’autel. 

 

Messaline-overblog-copie-1.jpg

 

(* D’où cet Epître aux Romains ; 1 – 24/28 : « C’est pourquoi Dieu les a livrés, par les convoitises de leurs cœurs ; à l’impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps. (…) C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions avilissantes : leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; les hommes de même, abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés les uns pour les autres, commettant l’infamie d’homme à homme en recevant en leur personne le juste salaire de leur égarement ».)

 

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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