Partager l'article ! Priape et priapées érotiques: Certains, nous l’avons maintes fois souligné, identifient Priape avec Belphégor. S’il nous faut tout de ...
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Certains, nous l’avons maintes fois souligné, identifient Priape
avec Belphégor. S’il nous faut tout de même les distinguer, nous préciserons que ces Baals se rapportaient toujours à des cultes où mystique, magie et sacré dominaient la pratique, même si
celle-ci contenait du référent luxurieux, tandis que le Priape des Romains, confondu in fine dans le paysage extérieur, prit une forme triphallique à qui les uns, hommes de la terre, faisaient
des « prières » plus ou moins fantaisistes, les autres, mélangeant volontiers l’exercice sacré avec le goût pour le sexe, ce qui, en fin de compte, annihile toute
mystique.
Pour rapprocher la mythologie et la réalité matérielle dans la vie romaine de Priape, Jacques-Antoine Dulaure le décrit ainsi : « Priape est un dieu, fils de Bacchus et de Vénus Aphrodite, qui fut abandonné par sa mère en raison de sa laideur, car il avait un petit corps tordu et grotesque, doté d’un phallus énorme ». Cet épisode traduit, dans son style poétique, l’épisode de l’Histoire où le culte de Vénus, dont la représentation était le Priape, en un autre, légiféré par les Romains, où la figure devint une belle femme. Le premier se sépara du second. C’est-à-dire qu’on sortit du temple de Vénus l’idole que l’on adorait jusque là sous la forme d’un bouc et qu’on le remplaça par une femme voluptueuse. De même, il apparaît qu’on supplanta à la représentation du phallus celle d’un grand coquillage.
« On l’invoquait, à la vérité, pour écarter les
charmes contraires à la fécondité des femmes ; mais, dans cette circonstance, bien loin d’être considéré comme un dieu-soleil, il n’était employé que comme un talisman. Il présidait aux
plaisirs légitimes du mariage, mais encore plus aux excès de la débauche. Si l’on voyait quelques époux parmi ses adorateurs, leur plus grand
nombre était des libertins et des prostituées ».
« On peut joindre ici l’exemple qu’offrent les Gindanes, peuple de Lybie, voisin des Maces. Leurs femmes portent chacune autour de la cheville du pied, autant de bandes de peaux qu’elles ont vu d’hommes : celle qui en a davantage est la plus estimée, comme ayant été aimée d’un plus grand nombre d’hommes » (Hérodote, Melpomène, chapitre 176).
Voici à présent quelques « Priapées ». Le poète, ici, fait parler la mentule de Priape, que le dieu brandissait généralement dans sa main gauche, tandis qu’il tenait sa faux de la main droite.
Cette mentule était énorme. La légende conte, en
effet, que Priape, fils de Bacchus et de Vénus, fut mis au monde sur les bords de l’Hellespont, à Lampsaque, aujourd’hui Lampsaki, en face de Gallipoli, mais que Junon, jalouse de Vénus, étira le
sexe de l’enfant et le rendit de proportions si monstrueuses que sa mère en eut honte et l’abandonna dans le petit port de Priapos, sur la mer de Marmara. Là, il fut si aimé des dames de
Lampsaque que leurs maris le chassèrent, en punition de quoi ils furent tous atteints de maladies vénériennes, tant et si bien qu’ils se virent contraints de rappeler Priape, puis,
lorsqu’il quitta Priapos pour l’Olympe, de lui élever un temple. Le dieu, représenté d’abord sous la forme d’un phallus et confondu plus tard, par les Latins, avec le dieu indigène de la
virilité, Mutunus Tutunus, fut ensuite figuré avec un sexe « tendu », épouvantail des maraudeurs.
Cf. Hérédia, Hortorum deus, III :
Le colon vous épie, et, s’il vient, par mon pieu !
Vos reins sauront alors tout ce que pèse un dieu
Du bois dur emmanché d’un bras d’homme qui frappe.
Mais vous n’en direz mot...
Priape, s’adressant ici à de jeunes hommes, leur recommande
de ne pas divulguer des sacrifices sanglants et de honteux mystères, qui le plus souvent d’ailleurs s’accomplissaient la nuit.
Non seulement on sacrifiait parfois à Priape un bouc (cf. aussi Satiricon CXXX), une chèvre ou un porc (cf. Satiricon, CXXX, et Priapées, LXV, 2), avec le sang desquels on barbouillait son fêne (pénis), mais encore on « adorait » celui-ci, les cinèdes en le couvrant de baisers (cf. Priapées, XXIV, 5), les femmes et leurs amants en y suspendant des couronnes (cf. Priapées, XL, 3 ; L, 6-7) ou des gâteaux (cf. Priapées, LXXI, 2 et 7).
Dévotions en échange desquelles plus encore peut-être que les autres religions, la religion romaine a pour fondement un pacte tacite. Cf. Priapées, LXXXIII, 1-4 :
Villicus aerari quondam, nunc cultor agelli,
Haec tibi Perspectus templa, Priape, dico
Pro quibus officiis, si fas est, sancte, paciscor
Assiduus custos ruris ut esse velis.
(« Autrefois intendant de la trésorerie, aujourd’hui cultivateur de ce petit champ, moi, Perspectus je te dédie Priape, ce temple-ci ; pour ces bons offices, je fais, si tu le permets, le pacte, ô vénérable, que tu veuilles bien être le gardien assidu de cette terre ».)
Les anciens croyaient qu’une défaillance amoureuse était causée par la colère des dieux et notamment par celle de Priape. C’est ainsi que dans le Satiricon (CXXXI), on voit, lorsque Polyène-Encolpe fait fiasco auprès de Circé, la vieille Prosélénos invoquer le dieu rustique du désir :
...Tu, rustice custos,
Huc ades, et nervis tente Priape, fave.
(« Toi, rustique gardien, assiste-nous, et ô Priape tendu de toutes tes forces, favorise-nous ».)
Priape, apaisé par des offrandes et des sacrifices, non seulement portait remède à l’impuissance virile, mais encore pouvait guérir de la maladie ou d’une blessure un sexe malade, comme en témoigne l’ex-voto à Priape recueilli dans les Priapées (XXXVII), où l’on voit un quidam remercier le dieu d’avoir bien voulu, à la place de Phébus ou d’Esculape, « dieux légitimes, certes, mais trop grands », soulager son sexe d’un mal redoutable qui faisait craindre la main du chirurgien.
Triphallus... Autre nom de Priape, confondu par les Latins avec leur dieu indigène Mutunus, puis avec Phallus, Ithyphallus, Triphallus. Le dieu était souvent figuré avec un triple sexe : l’un lui tenant lieu de corps, l’autre de sexe normal, le troisième, opposé au second, et se dressant par derrière. C’est sans doute en mémoire de Priape Triphallus que Pétrone nomme Trimalcion l’affranchi célèbre du Satiricon.
Plus loin, nous apprenons que Priape se sert de la
pratique de sodome comme d’une punition qu’il menace d’infliger à tout voleur des récoltes d’un champ. Est-ce de cette époque qu’il faut dater la pratique anale comme une punition, un exercice
répressif, des adeptes de Priape l’ayant décrite comme nécessaire à la « purification des fautes commises ». D’où aussi, qu’elle est souvent comprise comme une soumission.
«Un pal tout prêt, dit-il... Menace habituelle de Priape et de sa mentule. Cf. Priapées, V : « J’ai beau être, comme tu le vois, un Priape de bois, une faux de bois, un membre de bois, cependant je te prendrai et je te maintiendrai une fois prise, pour t’enfoncer sans mentir aussi longue qu’elle est et plus tendue qu’une corde de cithare, ma mentule jusqu’à la septième côte » ;
X, 3-4 : « Tu seras si bien transpercé de mon pieu long d’un pied que tu
croiras que ton cul n’a jamais eu de rides » ;
XVI, 3 : « Laisse venir (le voleur) : il s’en retournera plus large »
Accedat sine, laxior redibit.
XXVII : « Toi qui as de mauvais desseins..., tu seras empalé de mon fêne (pénis) long d’un pied, et si ce châtiment si pénible et si gênant ne suffit pas, je t’atteindrai plus profondément ».
XXIV, 6-7 : (Mon sceptre) entrera dans les boyaux du voleur jusqu’à ses poils et jusqu’à la garde des couilles ».
Ailleurs enfin (Priap., LXXIII) le poète invoque ainsi Priape :
Pomarii tutela diligens, rubro,
Priape, furibus minare Mutino.
(« Tutèle diligente du verger, ô Priape, menace les voleurs de ton rouge Mutinus ».)
« Je le voudrais, par
Pollux », dis-tu... Priape prête au passant cette réponse obscène, qui lui fait désirer comme un plaisir le supplice dont la mentule le menace.
La même idée se retrouve dans les Poèmes priapiques. Cf. LI, 27-28 : « Vous
volez, dit Priape aux maraudeurs, vers le supplice qui vous est découvert, et cela même dont nous vous menaçons vous y invite » :
Nimirum apertam convolatis ad poenam,
Et vos hoc ipsum, quod minamur, invitat.
Et LXIV, où Priape parle d’un quidam qui vient à la maraude par amour du supplice :
Quidam mollior anseris medulla
Furatum venit hue amore poenae...
Voici le fermier qui vient... On voit aussi, dans un poème de Priapées (LVI, 5-6), Priape raillé remettre son fêne au maître de l’enclos pour besogner les maraudeurs :
Mandabo [lignum] domino tamen salaci,
Ut pro me velit irrumare fures.
« Cette mentule dont tu ris... » Dans le poème priapique cité à la note précédente, le voleur se rit aussi de la mentule de Priape, et, en signe de raillerie, lui fait le geste du médius qui a la signification obscène que l’on sait (cf. Perse, Sat., II, 33-34; Pétrone, Satir, CXXXI) :
Derides quoque, fur, et impudicum
Ostendis digitum mihi minanti...
« Lorsqu’il l’arrache... L’engin de Priape était mobile. C’était une arme de jet (telum), une lance (hasta), dont, à l’égal des voleurs obscènes, les filles voulaient aussi être percées ». Cf. Priapées, XLIV.
A en croire ce paragraphe, bien des efféminés, des hommes aimant Sodome et des femmes sensuelles s’amusaient à voler exprès, espérant justement la sanction qu’infligeait Priape.
Autre formule liée à la même
sanction anale en cas de faute commise, en particulier ici du vol :
Proin, viator, hunc deum vereberis
manumque sursum habebis ; hoc tibi expedit,
parata namque trux stat ecce mentula. -
Velim pol ! inquis. - At pol ecce vilicus
venit, valente cui revulsa bracchio
fit ista mentula apta clava dexterae.
(Priape dit : « C’est pourquoi, passant, tu respecteras le dieu que je suis, et tu garderas la main dans ta poche : cela vaut mieux pour toi. Car c’est un pal tout prêt que dresse cette mentule-ci. - Je le voudrais, par Pollux ! Dis-tu - Eh bien, par Pollux ! Voici le fermier qui vient : à son bras vigoureux cette mentule dont tu ris devient, lorsqu’il l’arrache, une massue qu’il a bien en main ».)