Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /Jan /2010 19:47

Les mythologues et autres experts de l’Antiquité répètent ainsi que Lilith est « sans doute une démone venue de Sumer » ; et que son passé, ajoutent des étudiants du tantrisme, vient d’Orient où certains la nommaient « Lalita ». Les premiers se rapportent aux versets où Esaïe citent Lilith, la décrivant comme un vampire car hantant les lieux de mort. La présence des Satyres à ses côtés pose quelques doutes sur cette affirmation (lire chapitre « Comment la Lilith fardée devint Lilith d’outre-tombe… »).

 

Restons en Babylonie antique. Le chercheur Jean-Baptiste Félix Lajard écrit : « Les ténèbres premières ou la nuit étaient composées du mélange des ténèbres et de la lumière, et appelées, dans les idiomes sémitiques, Mylitta, Alitta, Allileth, ou Alilath, et Gâd ; dénominations qui représentent les idées de « mère » ou « génitrice », de « Nuit », et de « Destin » ou « Fortune » (Jean-Baptiste Félix Lajard – Recherches sur le culte, les symboles, les attributs et les monuments figurés de Vénus en Orient et en Occident ; 1837).


babylon.jpgBabylone antique

 

C’est ce même terme « Alilath » qu’emploie l’écrivain Gérard de Nerval (1808-1855), cité dans le livre « Lilith, La Lune Noire », pour nommer « Lilith ». Clairement connaisseur, il évoque une certaine Lilith-Alilath ou Kabar-LILITH. Et de citer ce feuillet pour le moins énigmatique : « Quelle que soit cette femme, je l’aime, Lilith-Alilath ou Kabar, captive dans quelqu’un de vos paradis ou de vos enfers, mon âme délivrée ira la rejoindre ». Quant à Kabar, c’est un autre nom de Vénus antique.

 

Preuve en est une, s’il faut encore le préciser, que Lilith n’est pas, contrairement aux nombreuses descriptions rapportées sur elle, « une petite démone sortie de Sumer du nom de Lilitu signifiant « Nuit » et pour cela hantant les lieux funestes, morbides, désertiques et mortels » mais bien plus sûrement Mylitta (Ashera ou Astarté), l’antique Grande Divinité de Babylone, Reine de la débauche et de la prostitution, après qu’elle fut déchue et piétinée plus bas que terre, et qui renaît sous les traits obscurs et ténébreux d’une servante du nom de Lilith.

 

Le même auteur écrit : « La nuit, en conséquence, est la « mère des dieux » ; le premier principe auquel elle avait donné naissance, la lumière crée, a reçu, sous la personnification d’un dieu visible, androgyne et bon, les noms d’Elohim, Baalim, Bel ou Baal, Cronus ou Kronos, concurremment avec ceux de Mylitta, Alitta, Allileth ou Alilath, et Gâd ».


baal-ashera.jpgBaal & Ashera

 

D’où que Baal comme Mylitta sont marqués par Vénus, Cronus ou Kronos par Saturne, et que personnifiant les mêmes divinités, le nom secret d’un Baal put être « Stur » signifiant « Saturne » en chaldéen, dont le nombre est 666, celui du carré du Soleil, astre que le dieu représente*. Baal est figuré par un taureau car il libère ses forces dans le signe du même nom qui domine le temps du printemps ; mais d’autres peuples le montraient sous la forme d’un bouc, et c’est ainsi qu’on le découvre mourant quand vient l’hiver, sous le signe du Capricorne (Caprin cornu) dont le maître est Saturne. 

 

« Dans « l’Almageste », Ptolémée, en parlant des peuples qui vivent sous le triangle « notapéliotique », dit que, chez eux, les membres destinés à la génération sont sacrés, à cause des aspects du Soleil, de Saturne et de Vénus, qui sont « séminaux » (Jean-Baptiste Félix Lajard – Recherches sur le culte, les symboles, les attributs et les monuments figurés de Vénus en Orient et en Occident ; 1837).

 

 

Ce qui signifie alors très clairement, si Astarté Ashera (Mylitta) est représentée de la même façon que Lilith et entourée de chouettes, qu’un nom Alilath appelle autant Astarté Ashera (Mylitta) que Lilith, alors c’est qu’il s’agit de la même entité, exactement comme Baal ou Pan est devenu Satan.


lilith et astarté


Les interprètes des noms répètent avec malice que « Lilith » signifie « nuit » ou « noir », en référence à la mort, au monde des Démons (Qliphoth) et des ténèbres (Sitra Ahara) ; mais il est probable, en prolongeant l’analyse que fait André Van Lysebeth dans « Tantra, le culte de la Féminité » sur le sujet de l’utilité de certains temples brahmaniques antiques, que les anciens, qui avaient institué la prostitution dite « sacrée » au point d’en faire une activité si lucrative pour ne pas dire « juteuse », signifièrent, peut être par les sculptures de chouettes, et le nom de la servante, que le temple était ouvert AUSSI la nuit ! Argument peut être facétieux mais loin d’être naïf. Et qui expliquerait alors la présence « naturelle » des Satyres aux côtés de Lilith dans le texte d’Esaïe.


Puis, du même auteur : « Si, parmi les attributs qui servaient à caractériser Mylitta dans la composition de la statue polymorphe de la Déesse de Syrie, il fallait compter l’amphore et la chouette, je ferais remarquer que l’amphore se retrouve aux pieds de la Vénus assyrienne sur notre cône, et qu’une médaille asiatique représente Astarté portant sur sa main une chouette ».  

 

De la même façon les mythologues nous affirment qu’une représentation de Lilith en Sumer est celle où elle est entourée de chouettes.

Voici l’analyse d’André Van Lysebeth à propos du temple brahmanique de Khajurâho : « Mais alors, que viennent faire, dans ce tableau vertueux de l’Inde brahmanique, les fameux tableaux surchargés de sculptures scabreuses ? Le brahmanisme retombe toujours sur ses pattes et n’est jamais à court d’imagination : il paraît que ces sculptures obscènes sont des paratonnerres ! Urmila Agarwal propose une autres « explication » : « Ces sculptures servent à tester la sincérité des dévots. S’ils restent temple-de-Khajuraho2.jpgimperturbables et imperturbés, ils entreront dans le temple et acquerront le contrôle total des sens. Les faibles en seront troublés, n’entreront pas dans le temple et redoubleront d’efforts pour se maîtriser ». Or, les temples de Khajurâho, de Konarak et de Bhubaneshwar sont des rescapés, les autres ayant tous été saccagés. Mon avis, ces statues sont pornographiques et non tantriques ! Si l’un ou l’autre couple extatique exprime un « érotisme divinisé », que dire de tous les autres ? En effet, ces groupes humains partouzant, cunnilungus, fellationnant, bestialisant, etc. sont de la lourde porno. A. Menen, dans son admirable livre d’art « Inde », a bien vu le problème : « A première vue, ces statues paraissent dénuées de visées commerciales. C’est pourtant le cas ». Le temple indien n’est ni une église, ni une cathédrale. Un lieu de culte ? Peut être. Surtout, un bordel ! Le temple avait des « devadâsis » (servantes de dieu), des séduisantes bayadères sachant danser, chanter, mimer, surtout expertes ès arts amoureux. Je cite Devangana Desai dans son « Erotic Sculpture of India » : « L’institution des devadâsis devin un moyen de jouissance sous le couvert d’une forme de culte. La « Bhavisya Purana » (1,98,67) prescrit « d’acheter » de belles filles, puis de les offrir au temple pour parvenir au « Sûrya-loka »".


temple-de-Khajuraho9.jpg

"Les princes, tout comme les prêtres médiévaux, exigeaient qu’on entretienne les devadâsis dans les temples ». C’est au temple que les hommes venaient satisfaire leurs besoins impérieux, moyennant passage à la caisse. Le temple était un super bordel avec souvent des centaines de prostituées – celui de Tanjore en comptait quatre cents – honorées au même titre que les hétaïres grecques. Dès l’enceinte du temple, on entrait dans le « Natyamandapa » où les dans érotiques des devadâsis « conditionnaient » le client avant de l’écluser dans la « bhogamandapa », l’aire de la jouissance. Le manque d’intimité des maisons indiennes étant peu propice aux ébats amoureux, grâce au temple et à ses servantes devadâsis l’homme pouvait satisfaire ses « besoins impérieux »… moyennant grisbi ! Les brahmanes empochaient le pognon, tout en se servant eux-mêmes des devadâsis pour leurs menus plaisirs. Le maharadjah, de son côté, y trouvait aussi son compte grâce aux taxes : le temple bordel était aussi perception d’impôts. (…) Et voici donc, enfon dévoilée, la vraie raison d’être des sculptures érotico-pornographiques : « Ces sculptures, toutes à l’extérieur du temple, étaient une sorte de gigantesque panneau-réclame montrant tout ce que faisaient les filles à l’intérieur. Tout, sauf le brahmane empochant le fric. Un dernier détail : au temps de leur splendeur prospère, ces panneaux-réclame des temples-bordels étaient en technicolor : les sculptures étaient peintes, pour le réalisme » (André van Lysebeth – Tantra, le culte de la Féminité – éditeur Flammarion).

temple-de-Khajuraho8.jpg

 

Et si l’ésotérisme actuel fait signifier à la chouette l’idée de la mort, dans l’antiquité, elle voulait dire « jolie fille ». Ce qui change tout. Plusieurs chouettes l’une à côté de l’autre indiquaient « un trésor caché dans la maison ». La chouette est encore liée à la fille célibataire et l’on dit couramment d’une femme âgée non mariée qu’elle est une « vieille chouette ». En quelque sorte, la sculpture d’Astarté (Lilith) entourée de chouettes pourrait annoncer au temple bordel, pour reprendre un célèbre titre porno : « Jeunes filles (célibataires) à prendre ».      

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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