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« La « fête des fous », des soudiacres, de l’âne, etc., imitée
des Saturnales antiques (les Saturnales ayant précédé les Bacchanales), se célébrait dans presque toutes les églises, leurs cérémonies burlesques et indécentes étant très connues et attestées par
un grand nombre de témoignages authentiques. Les prêtres d’une église élisaient un « évêque des fous », qui venait, pompeusement accompagné, se placer dans le chœur sur le siège
épiscopal. La grande messe commençait alors ; tous les ecclésiastiques y assistaient, le visage barbouillé de noir, ou couvert d’un masque hideux ou ridicule. Pendant la célébration, les
uns, vêtus en baladins ou en femmes, dansaient au milieu du chieur et y chantaient des chansons bouffonnes ou obscènes. Après la messe commençaient les extravagances. Les prêtres, confondus avec
les habitants des deux sexes, couraient, dansaient dans l’église, s’excitaient à toutes les folies, à toutes les actions licencieuses que leur inspirait une imagination effrénée. Plus de honte,
plus de pudeur ; aucune digue n’arrêterait le débordement de la folie et des passions. Le lieu saint qui en était le théâtre n’en imposait plus. Au milieu du tumulte, des blasphèmes et des
chants dissolus, on voyait les uns se dépouiller entièrement de leurs habits, d’autres se livrer aux actes du plus honteux libertinage.
La scène se portait ensuite hors de l’église. Moins sacrilège, elle n’en était pas
plus décente. Les plus libertins d’entre les séculiers se mêlaient parmi le clergé, et, sous des habits de moines ou de religieuses, exécutaient des mouvements lascifs, prenaient toutes les
postures de la débauche la plus effrénée, et ces scènes étaient toujours accompagnées de chansons ordurières et impies.
Ces cérémonies, étonnantes par leur mélange avec la religion, par le lieu sacré où elles s’exécutaient en partie, et par la dignité sacerdotale dont étaient revêtus les acteurs, on subsisté pendant douze ou quinze siècles ; elles ont trouvé des apologistes parmi les docteurs de l’église, et n’ont été abolies qu’avec la plus grande difficulté ».