Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 17:53

Etat des lieux au milieu du moyen âge : Satan décide de redoubler d’intensité son influence luxurieuse. Surtout, s’il besogne avec toutes les femmes, il se montre, comme à l’égal de sa nature véritable, empressé auprès des femmes luxueuses, les bourgeoises et même des nobles. Avec elles, la vulgarité a toujours de la classe ; et ce sont ces femmes, si désireuses de beaux et riches apparats, qui sont les meilleures pratiquantes de cérémonies sataniques. En leurs présences, et lorsqu’elles incarnent l’autel du Satan, l’efficacité du rituel est maximal. 

 


Eros est devenu Asmodée et voici ce dernier décochant ses flèches dans les rues de la capitale, visant tant et tant de jolies filles et les tentant avec succès de goûter aux joies de la luxure : « An 1463. Les femmes de Paris faisaient de fréquents pèlerinages à Aubervilliers ou Notre-Dame-des-Vertus, à Notre-Dame-de-Boulogne, à Saint-Maur-des-Fossés et ailleurs ; mais ces promenades avaient moins pour motif la dévotion que le plaisir : c’étaient des rendez-vous galants ou des parties de débauche ; et, si l’on en croit l’officiel de l’église de Reims, Guillaume Coquillard, les pèlerines parisiennes n’avaient de dévotion que pour les moines et se rendaient secrètement dans leurs couvents ». (Tous les textes cités sont tirés de l’ouvrage non réédité de Jacques-Antoine Dulaure intitulé « Histoire civile, physique et morale de Paris »)

 

Et puisque le meilleur autel pour la Messe Noire est la croupe nue (« Mais, dit Durtal, au moyen âge, la messe se célébrait de façon autre ; l’autel était alors une croupe nue de femme ; au XVIIème siècle, c’est le ventre… » (Joris-Karl Huysmans – Là-bas)), qu’en pratiquant de la sorte les résultats sont puissants, nombreuses sont les femmes qui courtisaient les religieux, lesquels, nous le rappelons, ne sont pas nos catholiques d’aujourd’hui mais des hommes qui priaient auprès des saints descendants de Priape ayant le même avantage viril que lui. Bien sûr, ces religieux d’antan gagnaient de l’argent, Mammon pourvoyait à leur aisance, ce qui tient lieu d’un avantage certain pour être entouré de nombreuses femmes. « La cour donnait des exemples de débauche qui n’étaient que trop bien imités. Lorsqu’Isabeau de Bavière eut fait son entrée à Paris, entrée magnifique, où fut étalé un luxe extravagant, la cour se rendit, le 2 mai 1389, à l’abbaye de Saint-Denis, où elle passa trois jours en cérémonies religieuses, en fêtes et en plaisirs. On entendit la messe, les offices : « Mais c’était chose connue que les joutes venaient de choses déshonnêtes, en matières d’amourettes, dit un écrivain du temps, et dont depuis beaucoup de maux sont venus. « Lubrica facta sunt » ». La nuit dernière de cette fête, les princes, princesses, seigneurs et dames se livrèrent, à la faveur des masques dont ils se couvrirent leurs visages, à tous les excès de la débauche. Sans respect pour la présence du roi, ni pour la sainteté du lieu, « chacun chercha à satisfaire ses passions ». C’est tout dire qu’il y eut des maris qui pâtirent de la mauvaise conduite de leurs femmes, et qu’il y eut aussi des filles qui perdirent le soin de leur honneur ».


 

 « Mayeu ou Mathieu, dans son poème intitulé « Matheolus Bigamus », dit que les femmes vont à l’église, non par amour pour les reliques et le crucifix, mais par amour pour les prêtres. « Celui, dit-il, qui mènerait son cheval à l’église pour le vendre, ferait une action très inconvenante ; mais les femmes, qui, sous prétexte de religion, viennent à l’église pour  s’y vendre elles-mêmes, ne sont-elles pas plus coupables ? Ne convertissent-elles pas la maison du seigneur en un marché de prostitution ? » »


 

« Charles VI et Charles VII ont laissé des témoignages authentiques de cette protection. La prostitution, autorisée par les rois, était encore favorisée par le grand nombre de célibataires, prêtres et moines, par le libertinage des magistrats, des gens de guerre, etc. Les femmes publiques, richement vêtues, se répandaient dans tous les quartiers de la ville, et se trouvaient confondues avec les bourgeoises, qui, elles-mêmes, menaient une vie fort dissolue » ».   

 

« Le prévôt de Paris, Ambroise Delore, baron de Juilly, ne faisait nullement exécuter les ordonnances contre les filles publiques ; il les tolérait, et, quoiqu’il eût une très belle femme, il vivait encore avec quatre concubines. Un écrivain du quinzième siècle dit qu’il existait dans Paris cinq à six milles belles filles, dévouées à la prostitution ».

 

Dans le même temps, comme convenu pour les affaires de Satan, « Paris n’était jamais dépourvu de sorcières ou devineresses. On continuait à fabriquer en cire des images baptisées par un prêtre ; on les torturait, on les perçait au cœur, dans le dessein de faire souffrir ou périr les personnes dont ces images avaient reçu le nom ».

 

Satan appelle Asmodée et lui demande d’intensifier ses flèches auprès des luxueuses bourgeoises dont il a besoin pour entrer ici bas par les plus beaux hommages : « Vous, bourgeois, qui louez vos maisons où les femmes publiques exercent leur immonde métier, où se rendent les agents de la prostitution… Vous voulez vivre des produits de la débauche Vultis vivere de posterioribus meretricum ». Il existait alors à Paris une grande quantité de ces agents de prostitutions, dont la qualification, grossière en français, est cependant crûment énoncée dans les sermons des prédicateurs. Il s’en trouvait du sexe masculin ». Et pas seulement des efféminés, des époux, des amants se faisaient gratifier par derrière, tant et tant ils étaient nombreux à aimer sacrifier pour Satan Priape.  

 

Les mœurs des femmes de Paris sont présentées sous un jour peu favorable. Asmodée inspira les femmes d’être physiquement plus attirantes : « Elles se fardaient le visage, portaient des perruques ; leurs robes, d’étoffes riches, étaient fourrées de pelleteries, et avaient de très longues queues qui, disent nos prédicateurs, balayaient les rues. Ces robes, ouvertes par-devant, laissaient voir leur poitrine nue et découverte jusqu’au ventre, pectus discoopertum usque ad ventrem. Ces robes, garnies de grandes manches, étaient nommées « à la grand-gore », et celles qui les portaient, des « dames gorières ». A leur ceinture dorée pendait un chapelet dont les grains étaient d’or, objet de luxe et non de dévotion. Les prédicateurs reprochent aux Parisiennes d’aller à l’église pour y parler de galanterie, pour faire des signes d’amitié à leurs amants, tout en disant leurs « heures » ; de se trouver souvent avec leurs agents de prostitution et leurs ribauds. Vos, Burgenses, quando habetis Lenones vestros et ribaldos. « N’est-il pas beau de voir la femme d’un avocat qui a acheté son office, et n’a pas dix francs de revenus, s’habiller comme une princesse, étaler l’or à son cou, à sa tête, à sa ceinture ? Elle est vêtue suivant sont état, dit-elle. Qu’elle aille à tous les diables, elle et son état ! Et vous, monsieur Jacques, vous lui donnez l’absolution ! Sans doute, elle dira, ce n’est point mon mari qui me donne de si beaux vêtements ; mais je les gagne à la peine de mon corps. A trente mille diables une telle peine ! » »

 

« Maillard ne craint pas de dire en pleine assemblée : « N’est-il pas vrai, mesdemoiselles, qu’il se trouve parmi vous à Paris plus de femmes débauchées que de femmes honnêtes ? Vis, domicellae, numquid plures ribaldae Parisiis quam probae mulieres ? » Je ne reproduirai pas ici les reproches multipliés qu’adresse ce prédicateur aux bourgeoises de Paris, qui, pour soutenir leur luxe, se prostituaient à des conseillers du parlement, à des abbés, à des évêques ; qui vendaient leurs corps aux prêtres et aux moines ; commettaient des indécences dans les bains, en présence de leurs filles ; consultaient les sorciers et les sorcières, et mettaient en usage des opérations magiques, etc. Mais je dois m’arrêter à un reproche plus grave encore. Les mères prostituaient elles-mêmes leurs filles à des hommes riches, pour leur faire gagner leur dot : ce reproche est si souvent reproduit dans les sermons de Maillard et dans ceux de Menot, qu’on doit le croire fondé. Voici les principaux passages qui attestent l’existence de cette abominable corruption. « Ne sont-elles pas ici ces mères qui prostituent leurs filles et les livrent à des hommes du Parlement, pour leur faire gagner leur mariage ? Mesdames les bourgeoises, n’êtes-vous pas du nombre de celles qui font gagner la dot à vos filles à la sueur de leur corps ? Ad sudorem corporis qui. Nous avons plusieurs mères qui vendent leurs filles, et sont les maquerelles de leurs filles, et leur font gagner leur mariage à la peine et à la sueur de leur corps. Et faciunt eis lucrari matrimonium suum ad paenam et sudorem sui corporis. Mères, vous qui donnez à vos filles des robes ouvertes, et autres vêtements indécents, pour leur faire gagner leur mariage ! Et vous, bourgeois, n’est-ce pas pour prostituer vos filles que vous leur donnez de beaux habits, et que vous les fardez comme si elles étaient des idoles ? Je ne crois pas, dit ce prédicateur, que depuis l’incarnation il y ait eu, dans tout le monde, autant d’hommes luxurieux qu’il s’en trouve à Paris ».    

 

Les bourgeoises ont succombé aux tentations de Satan, c’est au tour des femmes nobles d’entrer en commerce charnel avec « Lui » : « Ce n’était pas seulement les femmes de la dernière classe ni les bourgeoises de Paris qui se livraient à cette infamie : des femmes nobles ne rougissaient pas d’y prendre part. Dans les registres manuscrits du parlement, on trouve, au 10 février 1405, une dame du nom de Jeanne de Fenilloy, dame de Voltis, condamnée par le prévôt de Paris pour avoir prostitué sa fille. Elle en appela au parlement qui prononça contre elle une peine fort adoucie ».

 

« En 1459, on trouve une dame noble, demoiselle Laurence de Villars, vêtue d’apparats luxueux et d’un bréviaire, femme amoureuse. Voilà une femme noble, dévote et prostituée : ce mélange monstrueux d’actes de débauche avec des « heures » et des chapelets, se trouve dans tous les pays où l’on fait principalement consister la religion dans les pratiques. Les « étuves », ou maisons de bains, étaient aussi des lieux de plaisir où les dames bourgeoises pouvaient se rendre sous un prétexte honnête : il s’y passait beaucoup d’indécences. Dans les bains des hommes se trouvaient des filles publiques, et ceux des femmes servaient de rendez-vous aux amants favorisés : « Mesdames, dit Maillard, n’allez-vous pas au étuves, et n’y faites-vous pas ce que vous savez ? » Le clergé ne fut pas à l’abri des censures des prédicateurs : le luxe des prélats, la vie licencieuse des uns et des autres leur sont fortement reprochés ».

 

« Monsieur Jean, dit-il, il faut absolument que vous renvoyiez votre concubine, sinon vous irez à la léproserie du diable. Combien d’ecclésiastiques entretiennent des femmes publiques et célèbrent tous les jours la messe ! Et les curés sont assez complaisants pour ne pas leur refuser l’eucharistie ! Saint Nicolas n’entassait pas des trésors, comme font nos prélats modernes, il n’entretenait point, comme eux, des femmes débauchées, « à pain et à pot » : à tous les diables une telle conduite ! » »

 

Par Jacques Moritz - Publié dans : occulte - Communauté : Sorcellerie Sciences Occultes
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